‹ Le socialisme contemporainChapitre 65 sur 68 · Der Sozialdemokrat , juin · texte numérisé non relu

Der Sozialdemokrat , juin

nulle part encore il ne fut en état de s'affirmer comme parti politique. De plus, il est pour ainsi dire un élément étranger dans les États-Unis; jusque dans les derniers temps il était presque exclusivement composé d'immigrés allemands, qui se servaient de leur langue et qui ne parlaient qu'imparfaitement la langue anglaise. Tous ces immigrés sont venus avec toute Texpérience qu'ils ont acquise en Europe dans une longue lutte de classe, et avec une intelligence des conditions de l'émancipation de la classe ouvrière telle qu'on ne la rencontre qu'exceptionnellement dans les rangs des ouvriers américains. A ce titre, ils sont d'un grand secours pour le prolétariat américain. . . Et leur parti est évidemment appelé à jouer un grand rôle. Cependant, pour qu'ils puissent le remplir, il faut qu'ils déposent jusqu'au dernier reste de leur costume étranger; il faut qu'ils deviennent Américains d'outre en outre. Ils ne peuvent pas exiger que les Américains viennent à eux ; ils sont la minorité ; il faut qu'ils aillent à la majorité américaine , il faut avant tout qu'ils apprennent la langue anglaise. »

Les socialistes allemands se mêlèrent bien aux grandes associations américaines, mais ils ne parvinrent pas à s'emparer de leur direction, quoique l'esprit de classe s'y soit affirmé davantage et que des idées socialistes aient été maintes fois exprimées dans leurs réunions.

A quoi faut- il attribuer la résistance des Trade- Unions d'Amérique à la propagande du socialisme collectiviste? L'Amérique a encore de l'espace pour toutes

les convoitises. Puis l'ouvrier américain cède difficilement à Tentraînement : il raisonne et calcule froidement. Ceux qui ont vu de près la puissance de l'argent dans le Nouveau Monde croient aussi à son influence sur les chefs de file. Enfin, une des causes qui entravent l'action des socialistes allemands est évidemment celle qu'a reconnue Frédéric Engels : l'antipathie des Américains pour l'élément allemand. Les ouvriers américains voient dans les doctrines socialistes une importation allemande , et ils s'en défient.

La résistance des Chevaliers du travail (Knights of Labor) est due , en outre , aux sentiments religieux de ses chefs et de ses membres. Le grand maître de cet ordre, M. Powderly, fit au cardinal Gibbons la déclaration suivante :

« Un arbre est connu par ses fruits , un système par ses résultats. Nous demandons à Votre Éminence de vouloir examiner les antécédents de notre Ordre, les antécédents de nos principaux membres. C'est notre espoir, aussi bien que notre désir, de purger l'Ordre de tous les éléments violents, de ces éléments radicaux qui veulent fonder la société sur l'anarchisme athée. »

Les socialistes comptaient principalement sur les partisans du système de Henry George, qui demande la nationalisation du sol y en d'autres termes, la propriété collective nationale du sol. Ce système se rapproche évidemment du système collectiviste de Marx. En 1886, les sections socialistes de New-York appuyèrent vivement la candidature de Henry George à la

dignité de major de la principale ville des États-Unis. Mais Talliance ne fut pas de longue durée. Les partisans de Henry George firent exclure les sections socialistes du Parti réuni des ouvriers, à la convention de Syracuse au mois d'août 1887 , par 91 voix contre 86. Henry George avait demandé lui-même Texclusion « d'un parti qui cherchait à implanter dans Tassociation d'autres principes que ceux qui se trouvaient exprimés dans son programme ».

Les socialistes allemands , répudiés par les Trade- Unions, par les Chevaliers du travail et par les partisans de Henry Geoi^es , ne se déconcertèrent point. Grâce aux membres les plus avancés dix Parti réuni des ouvriers, ils parvinrent à former sans retard une nouvelle association, celle du Parti progressiste du travail. Son programme très élastique admit comme base des principes socialistes et revendiqua une large protection ouvrière avec la journée de travail de huit heures.

Tout se passa à merveille en 1888. Les sections socialistes des grandes villes semblaient se consolider. Outre ses feuilles hebdomadaires allemandes et anglaises, le socialisme allemand possédait dans les États-Unis da journaux quotidiens, publiés à New-York, Philadelphie, Newark, Cincinnati, Saint-Louis, Milvaukee, Chicago, Détroit , Indianopolis. Mais le problème de la création d'un grand journal socialiste anglais n'était pas encore résolu.

Une scission entrava en 1889 les progrès du Parti progressiste du travail, La scission se produisit au

grand jour dans deux congrès successifs qui furent tenus à Chicago.

Au congrès international de Paris , en 1889, trois délégués représentèrent le socialisme allemand des États- Unis. Kirchner fit le rapport sur la situation : « Les forces du capital sont concentrées en Amérique, dit-il, et elles sont formidables. L'état de concentration des forces du prolétariat laisse malheureusement beaucoup à désirer. » « Les immigrés » ajouta Kirchner, « ne se lassent pas dans les efforts qu'ils font pour éclairer et organiser les masses encore aveuglées. »

Du congrès international de Paris au congrès international de Zurich la situation du socialisme collectiviste en Amérique ne s*est pas sensiblement modifiée. Les Trade- Unions se sont fait représenter, il est vrai , au congrès de Zurich, mais cette représentation se rapportait avant tout à la journée de travail de huit heures. Le délégué américain Gahan déclara, à la dixième séance plénière du congrès de Zurich, que 23.000 socialistes avaient pris part aux dernières élections pour la présidence des États-Unis; ce chiffre n'est pas très imposant.

Gahan est le délégué américain qui prit la part la plus active aux débats de Zurich. Or, il est un juif immigré , et il représentait au congrès international une section socialiste de juifs immigrés.

Anarchisme.

Le socialisme n'a pas tardé d'amener l'anarchisme en Amérique, comme en Europe. Il y eut là aussi de

bonne heure des éléments plus radicaux , qui se séparèrent peu à peu des éléments plus modérés et qui devaient, à la première occasion, former le noyau d'un parti anarchiste. Le parti de la violence était considérable à Chicago. Dans un congrès, qui se tint en cette ville du 21 au 24 octobre 1881 , on exprima aux nihilistes russes une entière sympathie et Ton recommanda l'organisation d'associations ouvrières armées, telles qu'elles existaient déjà à cette époque à Chicago. Il est vrai que ce congrès voulait encore que Ton prît part aux élections. Mais déjà en 1882, à l'occasion des élections qui eurent lieu au mois de novembre, Tinutilité des élections fut proclamée. La voie était parfaitement préparée à l'anarchiste allemand Most, qui, au sortir de sa prison de Londres, devait aller demander à l'Amérique la liberté illimitée que l'Angleterre lui refusait. Il fut accueilli avec enthousiasme à New- York, le 18 décembre 1882, par ceux qui étaient déjà les siens. Use donna la mission d'organiser, au nom du congrès de Londres de 1881, des groupes anarchistes; il alla de ville en ville et recommanda , avec la Propagande par le fait, la diffusion de son journal la Freiheity qui devait désormais paraître à New- York. En moins d'une année, il avait conquis de nombreux partisans partout où il avait passé , principalement parmi les immigrés allemands. Le parti anarchiste était formé ; le congrès qui s'assembla au mois d'octobre 1883 à Pittsburg put constituer l'anarchisme américain conformément à l'organisation recommandée par le congrès de LoAdres. L'anarchisme américain est composé de groupes au-

tonomes ; neuf comités d'agitation ou de propagande sont préposés à autant de grandes circonscriptions; un comité d'information est chargé du service de la correspondance entre les groupes du pays et de Télranger. Les groupes fédérés forment ensemble la Fédération américaine de Vassociation internationale des ouvriers. Voici la péroraison du manifeste que le congrès de Pittsburg résolut de répandre en masse parmi les ouvriers d'Amérique.

« Le jour est venu où il s'agit de dire : Chacun pour tous et tous pour chacun. Faites entendre le cri de guerre : Prolétaires de tous les pays, unissez- vous ! Vous n'avez à perdre que des chaînes, et vous avez tout un monde à gagner! Tremblez, tyrans de l'univers! Encore un peu de temps, et vos yeux à courte vue pourront apercevoir la lueur rouge du jour de la justice ^ ! »

On reconnaît facilement dans cette citation le rédacteur de la Freiheit. Celle-ci se trouvait à l'aise dans le pays où il est permis de tout dire et de tout écrire. Elle ne connut plus de bornes. Qu'on en juge par les lignes suivantes, écrites au sujet des forfaits anarchistes de Stuttgart et de Vienne, qui devaient procurer de l'argent au parti. « Ce qui manque avant tout à la révolution, dit d'abord la Freiheit^ c'est l'argent... Il ne faut donc pas y aller trop délicatement avec les crânes de quelques-uns de ces vampires. » Elle célébra ensuite les crimes de Stuttgart et de Vienne comme des exploits dignes de certains caractères héroïques qu'on ne voit que

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