Cité par la Germania, 20 juin
poignard dans Tautre , et les poches pleines de bombes , que Ton marche par la révolution à la liberté. » Il y eut des grèves à Chicago à l'occasion des manifestations, et le 3 mai une première collision sanglante entre les grévistes et la police vint encore ajouter à une surexcitation qui était déjà très grande. Le lendemain, la police tenta de disperser une grande réunion ouvrière , organisée dans un but de protestation. Les agents de la force publique étaient venus en grand nombre ; des bombes , dont l'explosion fut terrible , furent jetées dans leurs rangs. Au milieu d'une scène indescriptible les agents firent feu à leur tour. La collision prit l'importance d'un grand combat par le nombre des personnes qui furent atteintes; il y eut dix morts et plus de cent blessés, tant du côté de la police que du côté des manifestants.
Chicago était consterné et épouvanté. La répression fut énergique. Au mois d'août, sept anarchistes furent condamnés à mort : Frédéric-George Engels, Samuel Fielden, Adolphe Fischer, Louis Lingg, Albert Parsons , Michel Schwab et Auguste Spiess. Oscar Neebe fut condamné à quinze années de détention. Parmi les condamnés, cinq appartenaient à l'anarchisme allemand.
La condamnation ne devint définitive qu'après de longs mois. L'exécution n'eut lieu qu'au mois de novembre 1887. Les anarchistes et les socialistes d'Europe et d'Amérique avaient tout fait pour l'empêcher; les menaces, les meetings de protestation, les appels aux sentiments d'humanité étaient venus de partout. On
fut inflexible à Chicago ; la peine de mort fut commuée en la peine de la détention perpétuelle pour Michel Schwab et pour Samuel Fielden, qui avaient adressé, avec Auguste Spiess , un recours en grâce au gouverneur Richard Oglesby. Louis Lingg se suicida dans la prison.
De Breslau , où un grand procès socialiste les retenait, les chefs du socialisme allemand^ Bebel, Grillenberger, Liebknecht et Singer avaient adressé, à la date du 9 novembre, au gouverneur Richard Oglesby, la dépêche suivante :
<( Les soussignés , députés actuels ou anciens députés du Reichstag., viennent au dernier moment, quoiqu'ils soient les adversaires déclarés de l'anarchisme, vous supplier au nom de l'humanité d'épargner la vie des condamnés de Chicago. Ils ne peuvent plus recueillir les signatures des membres de leur parti, mais ils ont la ferme conviction qu'ils parlent au nom de l'immense majorité des ouvriers allemands. »
Le New- York Herald a donné quelques détails sur l'exécution des quatre condamnés Engels , Fischer, Parsons et Spiess, qui eut lieu le il novembre.
« L'arrêt fut lu à chacun des condamnés , et le cortège funèbre se mit en marche. Fischer entonna la Marseillaise (des ouvriers), et ses compagnons firent chorus. Tous les quatre montèrent sur l'échafaud : le nœud fut ajusté au cou de chacun d'eux et , avant que la trappe fût ouverte, Fischer cria en allemand : « Vive l'anarchie I »
Environ 60.000 personnes suivirent au cimetière , qui
est à plus de deux lieues de la ville , les restes des quatre anarchistes. Une foule énorme se pressait dans les rues, sur le parcours du cortège, dans lequel les insignes rouges prédominaient. Les bières étaient recouvertes d'un drap de même couleur."
Les discours prononcés sur les tombes furent d'une violence extrême :
« Ici, devant ces hommes assassinés, s'est écrié un des orateurs, jurez que vous vengerez ce crime, que vous le ferez expier à ceux qui vous haïssent! » La foule répondit : « Nous le jurons. » •
« Nous affirmons , continua Torateur, que vous aurez le sang pour le sang I »
Ces cris de vengeance féroce se firent entendre dans tous les meetings anarchistes de l'Amérique et de l'Europe, et les organes anarchistes rivalisèrent avec les meetings. A une réunion de New- York, Most dépassa tous les autres : « Chaque goutte de sang des victimes, dit-il, coûtera une vie. »
La presse socialiste fut bien près d'être à la hauteur de la presse anarchiste. Elle protesta et provoqua des protestations. Le SoziaWemoATaf appela l'exécution des anarchistes l'assassinat judiciaire deChicago * .
Tel est l'anarchisme. Il voue à la haine et à la vengeance sanglante le juge qui n'a fait qu'appliquer des lois connues par ceux qu'elles ont frappés, et il proclame tous les jours son droit à lui de tuer et de détruire. Il déclare la guerre à mort à la société, mais il refuse à cette société le droit de se défendre.