XXX INTRODUCTION
Nous voyons aujourd'hui, d'une manière très claire, que le prolétariat ne peut s'émanciper de toute exploitation en se constituant sur le modèle des anciennes classes sociales, en se mettant à l'école de la bourgeoisie comme celle-ci s'était mise à l'école de la noblesse, en adaptant à ses besoins nouveaux les vieilles formules politiques, en conquérant les pouvoirs publics pour s'en approprier le profit comme a fait la bourgeoisie en tous les pays.
Si, comme le dit Marx, les prolétaires ne peuvent s'emparer des forces productives sociales qu'en abolissant le « mode d'appropriation en vigueur jusqu'à nos jours », comment peut-on admettre qu'ils puissent conserver la quintessence du mode d'appropriation bourgeois, c'est-à-dire les formes du gouvernement traditionnel ? Une pareille conclusion serait la négation de tout le matérialisme historique. Enfin, comment la différenciation des gouvernés et gouvernants pourraitelle disparaître, s'il n'existe point dans la société des forces, longuement développées, capables d'empêcher le retour du passé?
Vis-à-vis de l'État, l'action du prolétariat est double : il doit entrer en lutte dans les rapports actuels de l'organisation politique, pour obtenir une législation sociale favorable à son développement; il doit user de l'influence qu'il acquiert soit dans l'opinion, soit dans les pouvoirs, pour détruire les rapports actuels de l'organisation politique, arracher à l'Etat et à la commune, une à une, toutes leurs attributions, pour enrichir les organismes prolétariens en voie de formation, c'est-à-dire ses syndicats.
Le prolétariat doit travailler à s'émanciper, dès maintenant, de toute direction qui n'est pas interne; c'est par le mouvement et l'action qu'il doit acquérir la capacité juridique et politique. La première règle de sa conduite doit être € rester exclusivement ouvrier »,