XXVIII INTRODUCTION
présent; elle doit se faire graduellement, progressivement par voie de rachat, de même que doit s'effectuer graduellement, progressivement, la conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel.
C'est ce que, dans son discours de Saint-Mandé, Millerand affirmait dans les termes les plus catégoriques, en protestant avec énergie contre le « ridicule reproche » d'attendre de la révolution violente le triomphe de ses idées :
Recourir a la force, et pour qui, et contre qui ? Républicains avant tout, nous ne nourrissons point l'idée folle de faire appel au prestige illusoire d'un prétendant ou au sabre d'un dictateur pour faire triompher nos doctrines... Non, pour réaliser les réformes immédiates, susceptibles de soulager le sort de la classe ouvrière et de la rendre ainsi plus apte à conquérir elle-même son émancipation, pour commencer, dans les conditions déterminées par la nature des choses, la socialisation des movens de production, il est nécessaire et suffisant au parti socialiste de poursuivre par le suffrage universel la conquête des pouvoirs publics ( x ).
Le socialisme ainsi compris est évidemment un socialisme d'Etat, qui répond à la définition générale que Leroy-Beaulieu donne du socialisme. Il s'efforce de conquérir PÉtat, non pour l'abolir, mais au contraire pour étendre son domaine, lui confier de nouvelles fonctions, pour assurer sa mainmise sur tous les monopoles, naturels ou artificiels.
(i) Le Socialisme réformiste Jrançais, p. 3a.
INTRODUCTION < *XlX
§ 2 — Le syndicalisme révolutionnaire
Toute la doctrine du syndicalisme révolutionnaire se trouve en germe dans Particle de la société nouvelle que Sorel publia, en 1898, sous le titre L'Avenir socialiste des Syndicats.
Dès avant cette époque, bien entendu, il y avait, en France, des syndicalistes plus ou moins hostiles à Faction parlementaire et qui opposaient aux militants du Parti ouvrier, fondé par Guesde et Lafargue, des théories ou des pratiques qui les rattachaient, consciemment ou inconsciemment, à Proudhon ou à Bakounine (').
Mais l'originalité de Sorel fut de représenter le syndicalisme comme une déduction logique de la conception marxiste elle-même. Sa conclusion, à cet égard, est à citer tout entière :
Cette étude nous fournit une belle illustration des doctrines de Marx : les chefs du mouvement syndical ne connaissaient pas ses théories et, même le plus souvent, n'avaient sur le matérialisme historique que des notions confuses. Leur tactique a pu être parfois critiquable, parce qu'ils étaient obligés de faire l'apprentissage de la vie et que personne ne pouvait leur donner des conseils. Aujourd'hui, les choses sont assez avancées pour qu'il soit possible de se rendre compte du rôle que les syndicats sont appelés k jouer.
(1) Voir à ce sujet l'élude de Lagardelle sur les origines du syndicalisme en France dans le Mouvement socialiste, novembre-décembre 1909.