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ou combattre l'étatisation de certaines industries — les chemins de fer, les mines, etc. — aussi longtemps que subsistent les cadres de la société actuelle.
Les socialistes adversaires de toute étatisation en régime capitaliste, invoquent deux arguments principaux : d'une part, l'existence des services publics fortifie l'ennemi, en diminuant les libertés de la classe ouvrière; d'autre part, elle augmente directement les forces bourgeoises, parce que c plus l'État bourgeois englobe d'industries, plus il rattache, il intéresse d'individus à sa conservation, ne serait-ce que ceux qui, favorisés d'une paye plus forte ou d'un grade plus élevé, doivent redouter tout changement comme un saut dans l'inconnu » .
Que ce soient là des arguments très forts contre l'étatisation, nul ne Incontesté. Ils sont même tellement forts que l'on doit approuver la démocratie socialiste d'y être hostile dans les pays où l'État, l'État-gendarme, est resté ce qu'il était à l'époque où Marx et Engels écrivaient le manifeste du Parti communiste. Mais ces arguments deviennent moins décisifs dans les pays démocratiques où la classe ouvrière n'est plus, politiquement, une quantité négligeable et où l'État, organe de gestion, se différencie plus ou moins complètement de l'État, organe d'autorité.
C'est ce qui permet de comprendre qu'en France, en Italie, en Angleterre, en Suisse, en Belgique par exemple, les socialistes ou la majorité des socialistes soient plutôt favorables à l'étatisation
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(ou la municipalisation) de certaines industries privées.
Est-ce à dire qu'ils méconnaissent les inconvénients ou les dangers que l'étatisation peut présenter? Nullement. Personne ne conteste, en effet, que, si les employés et les ouvriers de l'État jouissent — au point de vue de la sécurité de leur emploi, par exemple — d'avantages que n'ont pas les travailleurs de l'industrie privée, ces avantages mêmes ont pour -résultat de les rendre, en général, plus timorés, plus souples vis-à-vis du pouvoir, plus enclins à attendre de la faveur, et non de leur effort propre, des améliorations nouvelles de leur sort.
D'autre part, et pour les mêmes motifs, leur liberté syndicale, dans la plupart des pays, est singulièrement limitée. On leur marchande le droit d'association ; on leur refuse le droit de grève ; on les militarise, en cas de conflit, pour les contraindre au travail; on fait peser sur eux tout le poids de l'État-pouvoir.
Dans ces conditions, on peut se demander comment il est possible que, malgré tout, la plupart des socialistes continuent à réclamer, dès à présent, des extensions du domaine de l'État ?
Pour s'expliquer pareille attitude, il faut, tout d'abord, ne pas perdre de vue que, si les ouvriers de l'État sont moins libres et aussi moins indépendants d'allures que les ouvriers de l'industrie privée, ou plutôt que la plupart des ouvriers de
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Pindustrife privée, cela tient beaucoup plus à la nature de leur travail et des services qu'ils rendent, qu'au fait qu'ils ont pour patron l'État.
En France, par exemple, où les ouvriers des compagnies des chemins de fer jouissent — au point de vue des retraites et de la stabilité de l'emploi — des mêmes avantages que ceux de l'État, on ne remarque pas qu'ils aient des allures plus indépendantes. C'est plutôt le contraire qui est vrai. Et, d'une manière générale, dans toutes les grandes entreprises dont la structure se rapproche, par sa concentration et sa bureaucratisation, de celle des entreprises d'État, la psychologie des ouvriers tend à être la même.
D'autre part, quand il s'agit de « services publics » tels que les chemins de fer, l'État-bourgeois, alors même qu'il n'est pas en même temps l'État-patron, recourt aux mêmes moyens contre les ouvriers des compagnies qui se mettent en grève que contre ses propres ouvriers.
Dans l'un comme dans l'autre cas, on invoque des nécessités de salut public, et M. Briand, jadis, militarisait et réquisitionnait tout aussi bien le personnel du Nord que celui de l'Ouest-État.
Au point de vue des inconvénients donc, il ne semble pas qu'il y aurait une grande différence entre des entreprises de même nature, selon qu'elles sont exploitées par l'État ou par des compagnies capitalistes. Mais, par contre — dans les pays démocratiques bien entendu — le personnel de l'État
a, pour améliorer ses conditions de travail et d'existence, des moyens d'action que les ouvriers de l'industrie privée n'ont pas, ou, du moins, n'ont pas au même degré. Bien plus facilement que ces derniers, en effet, ils peuvent — par leur action politique — obtenir un minimum de salaire, des institutions d'assurance plus complètes, etc.
Hâtons-nous d'ajouter cependant qu'ici encore la différence n'est pas très considérable, quand on compare les industries étatisées à des industries comme l'industrie charbonnière et textile, dont les ouvriers, tvèé nombreux et concentrés dans certaines régions, disposent, par le fait, d'une influence politique considérable. Mais si, en définitive — du point de vue des travailleurs — les avantages et les inconvénients de l'exploitation par l'État, au regard de l'exploitation par des particuliers, tendent à se balancer, il faut, en faveur de l'exploitation par l'État, tenir compte :
i° Des avantages que — dans certaines industries tout au moins — elle présente au point de vue de l'intérêt général;
a Des transformations, toujours plus radicales, qui peuvent et doivent s'effectuer, dans le sens de la séparation entre l'État, organe d'autorité, et PÉtat, organe de gestion.
Supposons, par exemple, que, la propriété des mines de la Saar restant collective, l'État prussien cesse d'être un État de classe sur lequel le prolétariat n'exerce aucune influence « Ses institutions se
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démocratisent. La classe ouvrière, sans être encore à même de prendre le pouvoir politique, exerce une action grandissante sur le Gouvernement.
N'est-il pas évident que des réformes profondes pourraient et devraient être apportées dans l'organisation de la régie ?
i° L'exploitation cesserait d'avoir un caractère fiscal, et il en serait de même des autres industries publiques, sauf celles qui se prêtent par leur nature à procurer des bénéfices au Trésor, comme le monopole de l'alcool et des tabacs ;
2° L'État-industriel devrait, bien plus encore qu'aujourd'hui, avoir une organisation tout autre que l'État-Gouvernement : la centralisation est une des caractéristiques de l'autorité; la décentralisation une des nécessités de la gestion ;
3° La gestion industrielle n'appartiendrait plus à des fonctionnaires* délégués par le Gouvernement, et ayant sous leurs ordres des salariés, mais à l'ensemble des travailleurs, organisés en associations de droit public.
Certes, avant que ces transformations radicales s'opèrent, et même puissent s'opérer, il faudra du temps et des peines.
Mais, dès aujourd'hui, tout le mouvement ouvrier, dans l'ordre politique aussi bien que dans l'ordre économique, tend à ce résultat final.
La guerre a pu interrompre ce mouvement. Il ne reprendra qu'avec plus de force quand elle sera terminée.
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Déjà, dans tous les pays où le suffrage universel n'existe pas encore, les peuples, pour prix de lews sacrifices y le réclament et préparent ainsi la conquête des pouvoirs publics par le prolétariat.
Au lendemain de la guerre nous assisterons à un effort puissant des travailleurs pour soustraire aux puissances financières les monopoles que la guerre aura fait naître; et„ ainsi, nous nous acheminerons vers l'appropriation collective des principaux moyens de production et d J échange.
L'action syndicale, rendue plus intense par les difficultés de l'après-guerre, créera, dans les entrailles de la société bourgeoise, les organes de la société future, les associations de droit public qui exploiteront dans l'avenir les industries socialisées.
Enfin, la reprise des relations internationales entre les travailleurs, le développement de la société des nations, la réaction formidable de la paix contre la guerre, tendront à restreindre progressivement les fonctions de FÉtat-Gouvernement, ea même temps que les progrès du collectivisme multiplieront les fonctions de l'Étatr-industriel.
C'est ainsi que, peu à peu, par une immense addition d'efforts individuels et collectifs^ se prépare le passage de la société actuelle au régime nouveau, qu'un précurseur illustre, Victor Considérant, décrivait, par avance, dans sa Destinée sociale :
« Les États ainsi transformés ne sont que des gérances, nommées par des associations plus ou