‹ Le socialisme d'état et la réforme sociale; (volume 2)Chapitre 22 sur 45 · LES HONNÊTES GENS ET LES AFFAIRES · texte numérisé non relu

LES HONNÊTES GENS ET LES AFFAIRES

formations économiques? et il répond avec l'histoire tout entière :

Ce n'est pas elle qui les provoque, ni qui les accomplit. Elle n'est pas vaincue avec le régime ancien ; elle ne triomphe pas avec le régime nouveau. Seulement elle continue son apostolat à l'égard de tous, en l'accommodant avec les besoins créés parles relations nouvelles (1).

Une des parties les plus intéressantes du livre du père Ludovic est celle où il montre que VAssociation chrétienne des honnêtes gens sur le terrain des affaires est le meilleur moyen de réaliser le vœu exprimé par le Saint-Père dans l'Encyclique Humanum genus en faveur d'une imitation des anciennes corporations dans des conditions appropriées aux besoins du temps présent. Il réagit ainsi judicieusement contre des opinions, venues d'Allemagne, qui prétendent s'autoriser de ce grave document pour préconiser le rétablissement des monopoles et des privilèges des anciens corps de métier (I, §§ 7, 11, 12, 19. )

Il est des principes nécessaires à toute société. De ce nombre sont le patronage et l'association. Mais l'un et l'autre principe doivent revêtir des formes fort différentes selon les temps.

M^'" Hugonin, dans la lettre pastorale que nous venons de citer, dit fort judicieusement à propos des anciennes et des nouvelles formes du patronage :

« On a cru voir dans la grande industrie l'établissement « d'une nouvelle féodalité. L'usine serait le château ; le di- « recteur de Tusine, le seigneur féodal ; les ouvriers envi-

(l) On rapprochera avec profit de la lettre du savant prélat les vues très sages indiquées par le père Fontaine, de la Compagnie de Jésus, dans ta Chaire contemporaine et les questions sociales, in-8, l'aris, Palmé, 1885.

39a LE SOCIALISME D'ÉTAT

« ronnant l'usine, les serfs qui vivaient au pied du château, c Ce sont là des ressemblances plus apparentes que réelles. « L'ouvrier n'est pas le serf du chef d'usine, quoiqu'il dé- « pende de lui, parce que c'est par le travail de l'usine « qu'il vit. Les liens qui l'attachent à son chef ne sont pas t des liens seigneuriaux... Maîtres et ouvriers forment une c vraie société... Les membres de cette société sont inégaux ( par leurs mises sociales ; les uns sont puissants, les autres « faibles. Le patronage est nécessaire,* mais le patronage € seigneurial reposait sur un droit juridique ; celui qu'exi- « gent nos sociétés modernes doit être désintéressé : il a « pour fondement et pour règle la charité. »

Ainsi en est-il du principe de l'association. Nous avons dit plus haut(Vni, §3) quel devait être l'objectif des associations professionnelles de nosjours et à quelles conditions ces groupements pourront se décorer comme d'un titre de noblesse du vieux et beau nom de corporation chrétienne, sans qu'aucun malentendu se produise.

C'est là ce qu'a admirablement saisi le père Ludovic et ce qui constitue le caractère éminemment pratique des oeuvres qu'il a fondées ou qui s'inspirent de sa pensée. Personne moins que nous ne méconnait le grand rôle qu'a à remplir, surtout dans un pays tel que le nôtre, la souveraineté fondée sur ledroit national et ayant la conscience de ses devoirs envers Dieu (ï,§ 22). Mais encore le prince légitime, le prince chrétien ne peut pas en un jour rendre la société chrétienne.

Il faut qu'il soit soutenu dans cette tâche de longue haleine par des forces sociales ayant une vitalité propre. Or, ce sont les œuvres dans lesquelles les gens de bien s'organiseront et se solidariseront sur le terrain des affaires qui lui fourniront le point d'appui sans

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