‹ Le socialisme d'état et la réforme sociale; (volume 2)Chapitre 32 sur 45 · LES BOURSES DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LES BOURSES DU TRAVAIL

(le Li surveillance du travail des enfants dans le département (le la Seine, en vertu de la loi de 1874, le Conseil général, il près avoir posé en principe que ces commissions devraient êtres composées, pour les deux tiers, de délégués des associations ouvrières, a éliminé ceux de V Union des syndicats de France^ au profit des syndicats de la Fédération socialiste (1). Voilà, prises sur le fait, deux applications de la théorie de la corporation 'primlègiée qu'un publiciste allemand préconise comme l'acheminement graduel à la corporation obligatoire.

Comme institution générale, la Bourse du travail va au rebours de la vraie solution. Quoique l'abondance plus ou moins grande des offres et des demandes de travail ait, de tout temps, — depuis la parabole de l'ouvrier delà onzième heure, — influé sur le taux des salaires, les rapports des patrons et des ouvriers ne peuvent pas être réglés uniquement à ce point de vue : des obligations morales découlent de l'engagement de travail, et plus les rapports entre le patron et l'ouvrier seront personnels, mieux ces obligations seront observées de part et d'autre. Toute organisation, qui accrédite l'idée du travail simple marchandise, est donc mauvaise par cela seul. Puis, rien n'est chimérique comme la statistique des salaires : ils varient et doivent varier selon les condilions locales de la vie de l'ouvrier et de l'organisation de l'atelier. Cherchera annihiler ces conditions locales, c'est réduire les familles ouvrières à l'état d'atomes emportés dans untourbiilon, au lieu de leur donner la stabilité qui est leur premier besoin ; c'est aussi activer leur agglomération dans les villes.

On fonde dans le mond(^ socialiste de grandes espérances

(1) L'antagonisme do ces deux groupes avait déjà éclaté au Congrès ouvrier tenu à Lyon, eu octobre 1881)., M. Lockroy avait attribué exclusivement la subvention de l'État aux syndicats de la fédération sociahste. Nos gouvernants s'inclinent toujours devant les groupes les plus révolutionnaires, parce qu'ils en ont peur, et ils augmentent par là leur force d'attraction sur la masse incertaine et irrésolue.

sur la nouvelle institution. Le Congrès ouvrier algérien du mois d'avril 1887 et auparavant le Congrès du Centre de la fédération socialiste ont réclamé en termes identiques la fondation de Bowr^f s du travail dans tous les chefs-lieux, aux frais des départements et des communes. D'après eux « elles sont un instrument servant à régler et à déterminer les conditions de salaire et de travail. Elles devront être administrées exclusivement par les chambres syndicales ouvrières et groupes corporatifs. Une fois l'organisation établie, on se livrera à une propagande active pour faire que les ouvriers isolés se rallient à leur syndicat respectif. >

Des Bourses du travail oniéié ouvertes kNîmes, à St-Etienne, à Marseille : il est question d'en créer à Lyon et dans plusieurs autres villes. Elles seront en correspondance avec celle de Paris, en sorte que l'impulsion donnée aux ouvriers rayonnera sur tout le territoire.

Gela peut servir l'organisation révolutionnaire, mais n'améliorera en rien la condition des ouvriers sérieux. Les statistiques qui ont été déjà publiées prouvent que le nombre des placements faits à la Bourse du travail a été insignifiant. Mais c'est la moindre préoccupation de ses promoteurs en France. En août 1888, la Bourse du Travail est devenue à Paris le centre d'impulsion de la grève organisée par les pires éléments révolutionnaires. Il en a été de même à Saint-Etienne au mois de septembre.

Les Bourses du travail sont ou une utopie ou une machine de guerre sociale (1).

(1) Tandis qu'une institution officielle aboutit à l'alternative indiquée au texte, une institution créée par l'initiative de forces sociales honnêtes peut produire un grand bien. Ainsi la Maison des ouvriers à Bruxelles, la Maison des métiers à Louvain, offrent un centre très utile aux sociétés ouvrières catholiques et aux sociétés de patrons qui sont en union avec elles.

Page 1