LES PETITES SOEURS DE L'OUVRIER
L'Irslifut des Petites Sœurs de l'ouvrier a' été fondé, il y a dix ans, sous la haute direction de Tévêque de Grenoble, par un humble religieux qui possède, à un rare degré, l'intelligence des conditions sociales modernes. Ce qu'il y a de nouveau dans notre temps, c'est le travail de la femme hors de la famille, c'est la vie d'usine avec les dangers moraux qu'elle comporte, l'oubli de la religion qu'une propagande impie trouve la facilité d'y répandre.
Les Petites Sœurs de Vouvrier ont pour mission de rétablir les influences de la vie domestique et chrétienne dans la population des usines. Elles fondent pour les jeunes filles des maisons de fomille^ où celles qui n'ont pas leurs parents reçoivent le logement et la nourriture au prix de revient, où toutes les ouvrières peuvent trouver, le dimanche et le soir, un patronage affectueux. De plus, elles acceptent, dans les usines où les patrons les appellent, la surveillance des ateliers. Sans empiéter sur les attributions des contre-maîtres ni prendre aucune responsabilité quant au travail, elles garantissent la moralité dans les ateliers de femmes, font l'école, tiennent la pharmacie et le dispensaire, visitent les malades, distribuent au besoin des secours, dirigent des congrégations de femmes et de jeunes filles. Elles deviennent! «linsi les amies de la famille ouvrière toute entière. Le P. Félix a admirablement indiqué leur apostolat :
Comment l'ouvrier pourrait-il ne pas voir dans cette sainteté, qui ne le visite que pour lui faire du bien, une incarnation de l'amour, alors qu'elle en porte en son nom de petite sœur la plus touchante signification et dans toute son action la plus grande manifestation... Ce qui fait surtout de la Petite Sœur de l'ouvrier pour l'ouvrier lui-même un apôtre tout- puissant, un ange de lu-
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niière et de conversion, c'est la pensée que cet amour, qui se donne sans rien recevoir et se prodigue sans rien attendre, que cette personnification humaine de la charité dis^ine est une création de cette religion que des hommes lai ont dénoncée et signalée comme sa plus grande ennemie (1).
Les Petites Sxiirs de l'ouvrier ont plusieurs fondations dansla région lyonnaise (2) ; miis ce sont surtout les grands industriels chrétiens du Nord i VIII, § 3) qui ont compris les services incomparables qu'elles rendaient. Elles sont installées dans plusieurs usines de Turcoing et de Roubaix, et elles sont demandées dans de nombreux établissements du département.
D'autres congrégations, notamment les Sœurs de Saint- Vincent de Paul, se sont rendu compte du bien qu'il y avait à faire dans les usines, et elles y envoient au besoin des religieuses. Mais une œuvre si importante et si délicate réclame une spécialité, qu'on nous passe l'expression. Elle exige une formation toute particulière et l'application d'une vieentière. 11 faut comprendre l'ouvrier ell'abordertoujours avec tact. La Petite Sœur fait partie de la famille ouvrière, voilà la pensée qui revient constamment dans les constitutions de l'Institut. Aussi se rendent-elles semblables à lui le plus possible : parmi elles, il n'y a point de converses, toutes remplissent également toutes les fonctions. Néanmoins, on ne sera pas surpris qu'une bonne éducation première soit une des conditions du succès de leur apostolat. Elle est presque nécessaire pour prendre de l'ascendant sur les populations de nos agglomérations manufacturières qui ont l'esprit si ouvert. Déjà des personnes du plus haut mérite se pressent dans les rangs de l'Institut naissant. Espérons que leur nombre se multipliera de plus en plus. Ce
(1) Les Petites Sœurs de l'ouvrier, discours prononcé à la Madeleine. In-12. Tequi, éditeur, 1883.
(2) La maison mère de l'Institut se trouve à Grenoble, avenue d'Eybens, 79.