LES BOURSES DJ TRAVAIL
L'échec des Bourses du travail, que M. de Molinari avait essayé de fonder à Bruxelles en 18^6 et M. Max Wirth eu Allemagne en 1836, ne tenait assurément pas à des causes personnelles à leurs honorables promoteurs. 11 paraît provenir de ce que ces messieurs comptaient trop sur l'intervention du gouvernement et sur la publicité générale pour une œuvre qui n'est pratiquement réalisable qu'à la triple condition d'être locale, de se maintenir dans un cadre modeste et surtout de procéder de l'initiative des intéressés.
C'est la réunion de ces trois conditions qui a assuré à Liège le succès de l'œuvre de placement qui s'intitule la Bourse du travail. Elle est née en février 1888 du développement de Tœuvre des chauffoirs gratuits, qui avait été fondée au plus fort de la crise industrielle de 1886 par la Société des étudiants libéraux et par la Société des étudiants catholiques. Ces hommes de bien, après avoir satisfait les souffrances les plus aiguës, voulurent aider à trouver du travail les nombreux ouvriers de bonne volonté qui venaient à eux. Dans ce but ils s'adressèrent à la Chambre de commerce et aux industriels de la ville, et, sous leur patronage et avec leurs subventions, ils ont établi un bureau où sont reçues les offres d'emploi et les demandes de travail. Elles sont affichées dans le local de l'œuvre et publiées dans les trois grands journaux de la ville : enfin le bureau, au moyen d'un système ingénieux de cartes, met les intéressés en rapport personnel, mais sans fournir lui-même aucun renseignement feur les ouvriers. Les patrons les prennent à leurs risqnes et péiils. Les services de la Bourse du travail sont absolument gratuits.
En treize mois, la Bourse du travail avait procuré 2897 placements : non seulement les ouvriers y viennent en nombre; mais les industriels les plus importants ont pris
LE SOCIALISME DÉTAÏ
rhabilude d'envoyer leurs coDtremaîtres y faire TembaQchage.
Elle est administrée par une commission de douze membres, dont cinq nommés par la Cbambre de commerce, deox par l'Œuvre des chauffoirs publics, un désigné par le Conseil communal et quatre ouvriers choisis dans les principales branches de Tindustrie. Ainsi qu'il convient à une oravre de ce genre qui ne crée pas de communauté de vie entre ses membres (1, § 24), toute pensée politique en est exclnei et pour donner une garantie absolue de neutralité en cette matière, la commission d'administration est co imposée à peu près par moitié de membres appartenant aux deux grands partis. Les quatre ouvriers appelés à la compléter n'appartiennent à aucune organisation socialiste.
Enfin ce qui achève de caractériser la Bourse du travail de Liège, c'est qu'elle n'intervient pas dans la question da salaires. La rémunération des ouvriers reste un point i débattre entre les intéressés. Elle se borne à s^in former auprès du patron, qui demande des ouvriers, du taux de salaire qu'il est disposé à donner à un ouvrier de capadté moyenne. Les questions de salaires ne sont pas même discutées en séance de commission. On avait voulu établir uns sorte de statistique des salaires servant de base aux engagements des ouvriers ; mais on a reconnu que la multitude des professions engendrées par la division du travail et la fréquence du travail à la tache rendaient une pareille statistique irréalisable (1).
Une Bourse du travail^ qui a été organisée à Bruxelles par le Conseil communal, a beaucoup moins réussi pour les raisons que nous exposons plus haut. Les demandes d'emploi sont de beaucoup supérieures aux offres, parce qu'on n'a pas su y intéresser les patrons.
Au contraire, dans cette même ville, la tfatson desouvriersy
(1( Renseignements dus à robligeance de M. Armand Julin, (lecteur en droit à Liège.