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LES BOURSES DU TRAVAIL EN FRANCE ET EN BELGIQUE

Les Bourses du travail sont réclamées avec insistance par les chefs du mouvement ouvrier.

Puisqu'il y a des palais monumentaux pour les transactions sur les valeurs mobilières et sur les marcbandisesi n'en faut-il pas pour cette marchandise qu'on appelle le travail ? C'est l'idée qu'a propagée, dans maintes brochures, depuis 1848, un économiste distingué de l'école libérale, M. de Molinari. Pour lui, l'idéal serait atteint le jour où le travail humain serait absolument traité comme une marchandise. Pour cela, il faut d'abord créer des Bourses où les offres et les demandes d'emploi seront constamment inscrites, comparées et débattues. Puis il faudra provoquer la formation de grandes entreprises, qui se chargeront de transporter, au plus juste prix, la main-d'œuvre sur tous les points du monde où elle est demandée.

Est-ce bien cette science* pure qui a séduit les meneurs du parti? Nous en doutons. 9 Ils n'en ont pas moins fait leur l'idée de la Bourse du travail, A Paris, où ils sont tout puissants, le Conseil municipal a voté d'importants crédits pour élever place du Château-d'Ëau la Bourse centrale du travail ; provisoirement, il Ta installée^ en juin 1887, rae Jean-Jacques Rousseau, n** 35. '

La Bourse du travail est administrée par les délégués

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des chambres syndicales ouvrières, à l*exclasion complète des chambres patronales. L'intervention de celles-ci cependant semblait nécessaire pour remplir le programme ostensible de la Bourse du travail^ qui est de faire la siatisliqae du mouvement industriel et des salaires et de placer les ouvriers . Une institution de ce genre pourrait rendre des services dans les très grandes villes, où les bureaux de placement privés donnent lieu à maints abus. Mais la chambre syndicale ouvrière et la chambre patronale de chaque profession obtiendraient ce résultat bien plus efficacement et plus économiquement en s*entendant directement . (Test ce que le syndicat des ouvriers bouchers et le conseil syndical mixte de la papeterie font depuis longtemps et ce dont ils ,se trouvent fort bien . Quel besoin de concentrer dans un local unique les représentants de professions diverses et de leur donner une organisation centrale?

La Bourse du travail de Paris est un temple où il n'est pas donné à tous d'entrer. V Union des chambres sifndicales ouvrières de France, présidée par M. Veyssier, se plaint amèrement de Texclusioa des chambres faisant partie de œ groupe, et particulièrement de la chambre des typographes de la rue Saint- Sauveur, formée par les ouvriers qui n'ont pas voulu accepter la tyrannie du puissant syndicat de la rue de Savoie. La Bourse du [trawùl appartient à peu près sans partage aux syndicats delà Fédération socialiste destra^ vailleurs (Vf, § 7) ; on y admet an besoin les délégués des cercles S études sociales et des groupements corporatifs^ c'est-àdire des groupes socialistes qui ne {prennent môme pas la peine de se constituer en syndicat légal. Toute l'influence résultant de la possession d'une institution officielle est donc livrée à une faction qui s*en sert pour opprimer la minorité et souvent même la majorité (i). Déjà, à propos de

(1) Au mois de mars 1888, un groupe corporatif depeintras a envahi la Bourse du travail à E'aris et a expulsé par la force la chambre syndicale qu'y avait installée le Conseil municipal.

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l'oi^anisation des commissjoiis locales charijées de la survelltance du travail des enlaDts dans le dèparlemenl de la iielne. en verlu de In loi de 1874, le Conseil nnioicipal, après avoir posé en principe qiieces commissions devraient élre composées, pour les deux liera, de délégués des associations ouvrières , a éliminé ceu:i de VUnion des chambres syndicales de Fraw.e, au profit des syndicats de la Fédéralion soiintiste (Ij. Volli, prises sur le fait, deux applicallone de la théorie de la corporation privilégiée qu'un publiciste allemand préconise comme l'a chemine me ni graduel à la corporation obligatoire.

Comme inslilution générale, h Bourte du travAt va au rebours de lu vraie solution. Quoique l'abondance plus ou moins grande des otTres cl des demantles de travail ait de tout temps, — depuis la parabole de l'ouvrier de la onzième heure, — iolluè sur le taux des salaires, les rapports des patrons et des ouvriers ne peuvent p^is être réglés uniquement i ce point de vue : des obligations morales découlen I de l'engagement de travail, et plus les rapports entre le patron et l'ouvrier seront personnels, mieux ces obligations seront observées de pari et d'autre. Toute organisation, qui accrédite l'Idée du travail simple marchandise, est donc mauvaise par cela seul. Puis, rien n'est chimérique comme la stalislique des salaires : ils varient et doivent varier sfr Ion les conditions locales de la vie de l'ouvrier el de l'organlsalion de l'atelier. Chercher à annihiler ces condiliooa locales, c'est réduire les familles ouvrières à l'élat d'alomea

Dans sa session de dÉcembre ISijl), lu Coii^il a ' i . iis

vainement, U'iilablir un modu» uivendi ciidv li-^n ■i'.

et de déterminer les conditions du conji.-i.iii< ' <1 ik

qui prétendent l'administrer. V, le Ttmps 'Ui ', \ ■ "i.

(1) L'antagonisme dt' ces doux groupes av„ii .|. , ■ ■ ■ I .! .u Congrès ouvrier tenu à Lyon, en uL'loLira ISBt., M. Loriii'oy, alors mini>!lre du commerce et <!'' l'IriduMriu, avait ulLribué exclusivement la subvention de I U'.rt um avnilifnta de la Fédération locialisle. Nos gour'ni.nidi s'Inclinent toujours devant les groupes les plus révcliihi^ritiiiiroa, parce qu'ils en ont peur, et ils augmentent par-l j tuur iotcc d'ulti'aclion sur la masse incertaine et irrésolue.

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emportés dans un tourbillon, au lieu de leur donner la stabilité qui est leur ptemier besoin ; c est aussi activer leur agglomération dans les villes.

On fonde dans le monde socialiste de grandes espérances sur la nouvelle institution. Le Congrès ouvrier algérien du mois d*avril 1887 et auparavant le Congrès du Centre de la fédération socialiste ont réclamé en termes identiques la fondation de Bourses du travail dans tons les chefs-lieux, aux frais des départements et des communes. D'après eux c elles sont tin instrument sei^vant à régler et à déterminer les conditions de salaire et de travail. KUes devront être administrées exclusivement par les chambres syndicales ouvriéreset groupes corporatifs. Une fois Torganlsation établie, on se livrera à une propiigande active pour faire que tes ouir/Vr.s iàoUs se rallient a leur syndicat respectif. ■

Des LourM'S du travail oui été ouvertes à luîmes, à Saint- Etienne, à Ifarseille : il est question d'en créer à Lyon et dans plufeieurs autres villes. Elles seront en correspondance avec celle de Paris, en sorte que Timpulsion donnée de là aux ouvriers rayonnera sur tout le territoire.

Cela peut servir Torgiinisation révolutionnaire, mais n*a. méliorera en rien la condition des ouvriers sérieux. Les slatibtiques, qui ont été déjà publiées, prouvent que le nombre des placements faits du us les livurses du travail a été insignitiant. Mais c'est la moindre préoccupation de leurs promoteurs en Fnince. En «oût 1888, la Bourse du travail est devenue à Paris le centre d'impuUiou de la grève organisée par les pires élénjents révolutionnaires. 11 en a été de même à Saint -Etienne an mois de septembre de la même année. En juillet 1889, la Bourse du travail de .>:ar«ei/te a organisé une grève de charretiers et une grève de boulangers. (V. la Gazette du Midi du 14 juillet 1889.; En novembre 1889, la Boursf! du travail de Paris a encore multiplié les envois d emii^salres dans les charbonnages du Nord pour soutenir des grèves que la grande majorité des travailleurs repoussait.

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