‹ Le socialisme de M. Henri de ManChapitre 9 sur 15 · EU · texte numérisé non relu

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Bref, M. pe Max part, comme RoosEveLT ou même: Moussorrxt, de la critique du régime actuel qui a rendu possible la erise économique, et il désire principalement faire disparaître le chômage, la sous-consommation.

Il estime que ce régime ne peut être conservé, car il a permis un développement exagéré des monopoles, une mauvaise distribution du crédit, une transformation du capitalisme industriel en capitalisme financier, un déséquilibre général de l’économie où ne jouent plus les lois bienfaisantes de la concurrence, de l’offre et de la demande, où le pouvoir d’achat a baissé, et ne suit pas un développement parallèle à celui de la production. Cesont ces mêmes déformations qu’ont mises en lumière des théoriciens américains comme Sruarr SHaAse, Tuc- WELL, Berzey, dont les idées ont incliné le Président RooseveLT à abandonner la politique libérale pour adop-

ter un système de direction de l’économie.

Les remèdes préconisés par M. pe Max consistent essentiellement dans l’instauration d’une économie dirigée et mixte. La direction sera recherchée par des organismes à compétence technique, et imposée avec l’autorité de l’Etat. L’un des moyens les plus efficaces de la direction de l’économie étant l’initiative de la distribution des capitaux par l’Etat, la nationalisation du crédit prend une importance très grande dans le système de M. ne Max. On peut remarquer à ce propos que si les systèmes américain, ou même italien, adoptent aussi une économie dirigée, la réforme bancaire préconisée. par M. 2e Max leur est étrangère. Celle-ci va plus loin que les réformes bancaires de Roosevezr ; car malgré les grands pouvoirs donnés en Amérique à la « Reconstruction Finance Corporation », qui a même pu faire l’acquisition d’une grande quantité de titres dans des petites banques privées, les grandes banques privées n’ont pas, en effet, perdu leur influence prépondérante ; tandis que M. ne Max préconise des modifications qui

assureraient à l’Etat la haute et complète direction de la disposition et de la distribution du crédit.

Cette nationalisation est prévue enfin pour les principales industries de base faisant déjà l’objet de monopoles, et il s’agit ici aussi d’une véritable mesure de socialisation, sinon intégrale, du moins s’étendant aux branches vitales de la production (en capital même, celles-ci représenteraient environ 45 % de la fortune du pays, d’après des évaluations faites en 1935). Ce régime d’économie mixte est l’une des grandes originalités du plan ; M. ne MAx l’estime suffisant pour atteindre le but immédiat qu’il se propose. La méthode est ici bien différente de celle d’un système comme le système fasciste d'économie dirigée où il n’y a pas expropriation et où la production est simplement organisée, par les -corporations de producteurs, sous le contrôle de l’Etat ; différente aussi de celle du régime américain où il n’y a pas davantage expropriation et où l'Etat règle seulement par des codes l’activité et le fonctionnement de chaque branche de l’activité productrice. Le plan belge envisage une véritable socialisation par le transfert de la propriété même (par voie de rachat des titres fait de gré à gré ou par expropriation pour cause d’utilité publique). Les communistes lui reprochent à ce point de vue de ne pas étendre à tous les domaines cette expropriation, de ne pas réaliser une socialisation intégrale et de n’envisager que pour un avenir indéterminé des réformes de répartition. À quoi M. ne Max et ses collaborateurs répondent que ces dernières ne pourront être que des conséquences de la réforme de structure qui est nécessaire au rétablissement de la prospérité, -car il est vain de vouloir répartir de la misère.

LE PLAN DU TRAVAIL z 155

Les directives données à la production doivent avoir pour but principal, dans le système de M. ne Max, la rationalisation et l’élargissement du marché intérieur en vue d’une résorption du chômage et d’une augmentation du bien-être général. L'idée générale du système est qu’une sage réglementation de la production est indispensable. Cette réglementation tendra par exemple à une coordination des diverses branches de la production, par l’établissement d’une proportion convenable entre les industries produisant des moyens de production et celles produisant des biens de consommation ; elle cherchera à répartir comme il convient la force productrice entre industrie et agriculture, entre régions ; recherchera leur meilleur emploi aux nouveaux investissements de capitaux. Cette direction aura pour premier effet de redonner vigueur et succès à la production ; pour effet indirect, mais quasi-immédiat, une hausse du pouvoir d’achat découlant de l’augmentation du nombre des travailleurs et du chiffre des salaires, hausse du pouvoir d’achat qui non seulement réalisera la disparition de la misère du peuple, mais encouragera à nouveau la production. Il importe de remarquer que st M. pe Max met l’accent sur la nécessité d’un accroissement du pouvoir d’achat, il estime que c’est par voie de conséquence que celui-ci pourra être accru, en raison d’une meilleure direction de la production, et non par un système de charges sociales imposées à une production non encore revigorée.

Une autre caractéristique importante du système de M. »e Max est le renforcement des pouvoirs de l'Etat ; tant du législatif que de l'exécutif, dit-il. Il prévoit, d’une part, la création d’une chambre unique issue du

suffrage universel pur et simple, l’augmentation des. pouvoirs de contrôle de cette chambre ; et d’autre part, l’adjonction à l’exécutif d’un pouvoir exécutif économique. Ce dernier recevrait ses pouvoirs du Parlement devant lequel il serait responsable, mais ses membres seraient nommés pour plusieurs années ; il aurait un vaste champ d’activité et des pouvoirs d’action rapide et énergique. Il semble qu’un renforcement de l’exécutif et non du législatif doivent surtout découler de telles modifications, bien que M. ne Max estime que le législatif ne serait pas diminué, ayant l'initiative de la réforme, et gardant un contrôle sur l’action de l’exécutif économique. Le renforcement de l’exécutif n’est-1l pas, d’ailleurs, dans la logique et la tradition des systèmes d’économie dirigée ? Il faut reconnaître, toutefois, que M. ne Max préconise une action s’exerçant déjà dans le cadre des institutions existantes. Il estime que le gouvernement doit rester issu de la nation, que le principe démocratique doit être respecté, que le pouvoir ne doit pas être conquis par le socialisme au moyen de la force et qu’il ne faut pas envisager un changement forcé de la constitution consécutif à une révolution violente. La réalisation du socialisme reste alors subordonnée à une socialisation des mentalités et des volontés, à une conquête du pouvoir par la persuasion, plus difficile qu’une prise de possession par la ruse ou la force. Dans l’état actuel des régimes politiques du type belge, anglais ou français, le mouvement socialiste ne peut dès lors manquer de rencontrer de grandes difficultés, difficultés que ne rencontre pas un pouvoir dicetatorial comme celui de Mussouini où d’Hrrrer, difficultés qui sont déjà plus grandes aux U. $. A. à cause de

la responsabilité du Président devant le peuple et du contrôle de la Haute Cour. En Belgique, comme en Angleterre et en France, le gouvernement ne peut agir, en effet, que s’il est appuyé par la majorité des élus. Il est vrai que le parti socialiste belge a pu, dans sa participation au gouvernement, faire réaliser quelques réformes importantes (et le vote récent de la « Loi de cadre » a donné au Ministre des Finances, M. De MAN, des pouvoirs spéciaux pour réorganiser la Banque Nationale et le Régime du Crédit). Ses élus représentent, en effet, une grande partie des électeurs ; et d’autre part, ne posait-1l pas comme condition à sa collaboration que celle-ci serait subordonnée à l’application tout au moins partielle du plan par le gouvernement, et que lui-même pourrait se donner pour tâche principale de lutter et de plaider pour ce plan ? Des résultats ainsi acquis peuvent, certes, être compromis d’un jour à l’autre sous l’influence d’un revirement de l’opinion publique, d’un changement de la majorité politique et de la composition des cabinets. Mais justement, on ne peut manquer de rendre justice sur ce point à l’attitude planiste (quoi que l’on pense, par ailleurs, de tout ce que pose le plan), celle-ci étant orientée vers la conquête du pouvoir par la seule adhésion des volontés, et vers l’usage de ce pouvoir avec franchise et sans crainte des responsabilités, en vue de la réalisation de mesures considérées par les planistes comme indispensables à l’intérêt général des citoyens.

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