DARMESTETER
[. — La modernité des prophètes
« Il arrivera dans la suite des temps... que les peuples afflueront à la montagne sainte... Car de Sion sortira La loi et de Jérusalem la parole de Jéhovah. »
Le voyant avait bien prophétisé. Sans doute les douze tribus sont maintenant dispersées parmi les nations, et Jérusalem en dépit des utopies du Sionisme n’est plus que l’humble et banale ruine d’un monde disparu ..….
Mais les grands peuples survivent à leur gloire politique, et les races qui ont travaillé pour l'humanité sont à jamais immortelles.— Jérusalem est la ville sainte où les nations vieunent adorer. Israël est le peuple que cherchent les peuples, celui qui porte dans le monde l’étendard de la loi éternélle, Les remparts de Sion ont pu s’écrouler et descendre lourds blocs de pierre au fond de la vallée, les paroles prononéées à leur ombre n'en laisseront pas moinsleur empreinte ineffaçable au fond de loates les âmes de bonne volonté.
C’est qu’un jour, il y aura bientôt trente siècles, se livra dansles montagnes de Judée la grande bataille pour les droits du faible ; c’est que là pour la première fois, furent proclamés les principes de justice et de solidarité qui devaient révolutionner le monde,
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Il y a deux philosophies sociales: le matérialisme mécanique qui ne voit dans l'espèce humaine que conflits de forces, lutte d’égoïsmes. C'est l'acceptation du fait accompli, la glorification de la violence. Les petits sont une quantité négligeable, la misère une conséquence inévitable des lois naturelles, une condition du progrès. Le monde est une arène, la terre est un champ clos.où se lancent aveuglément les uns contre les autres les membres du troupeau humain à la conquête de la vie. Les plus forts, les plus habiles triomphent, malheur aux faibles, aux infirmes, aux incapables, dans le grand combat des hommes et des bêtes ils sont impitoyablement écrasés. Il y a aussi le solidarisme éthique, qui considère la société comme un ensemble de rapports entre volontés libres d'obligations entre agents moraux. En face des oppressions, de l'écrasoment des faibles cette doctrine proteste au nom de la pitié, de l’amour, de la justice, Elle déclare la guerre aux forts et prétend relever les pauvres et les déshérités. Elle affirme qu’au dessus de la loi naturelle se trouve la loi de justice, qu’au dessus de la réalité brutale se trouve l'idéal éternel. Elle espère que. le monde tel que nous le connaissons finira et que l'humanité {ravaille à réaliser un. état supérieur, une société parfaite dont tous les membres vivront étroitement liés par l’attraction puissante de l’amour infini.
Les plus anciens défenseurs du faible, les premiers prédicateurs de la justice sociale furent les prophètes d'Israël. Et c’est pour cela que Jérusalem est bien pour nous le centre du monde, et l’hébraïsme le principe fécond dont vit l'âme moderne.
Les prophètes sont les grands réformateurs sociaux, les justiciers de Jéhovah qui, au milieu de la lutte des intérêts, des ‘explosions de l’égoïsme, annonçent aux riches, aux oppresseurs lès menaces divines. C’est. dans leurs oracles | de flamme qu'il faut chercher la protestation la plus puissante contre l'inégalité, la condamnation la plus violente de la richesse, l'aspiration la plus puissante vers l'idéal. — Dans: un monde d'impiété, d'injustice, de conflits sanglants, ils
ont-proclamé avec assurance la ruine des oppresseurs, Je
relèvement des: opprimés, la délivrance des captifs, le triomphe universel des bons sur les méchants. De la lutte sanglante, dela guerre exterminatrice, du règne brutal du
soldat, ils en ont appelé au jour bienheureux de la paix des:
nations, de l'alliance -universelle des peuples. unis dans l’adoration de Jéhovah. Ils ont ainsi jeté dans les lointains
de l'avenir l'espérance féconde, ils ont fait briller par dessus :
les ténèbres de notre pauvre monde le soleil radieux d’une
immense espérance, ils ont illuminé l'humanité perdue dans la. souffrance et le péché par l'espérance d’une société :par-
faite où l'esprit de Jéhovah serait répandu sur toute chair. Ces, protestations enflammées, ces cris de justice foudroyants, ces rêves consolants des obscurs prédicateurs de la pauvre Judée déclamant à Jérusalem devant la foule indifférente ou perdus dans le triste exil, sont devenus nos protestations, nos cris, nos rêves. Nous tous qui travaillons pour l'émancipation des foules opprimées, pour. l'affran-
chissement des prolétaires exploités, pour le triomphe du.
règne de justice et de bonté, nous sommes les disciples de ces grands révoltés. Nous vivons encore de leur doctrine, Les puissants ferments révolutionnaires qui travaillent le monde et qui font crouler de toutes parts le vieil édifice d’oppression et de haine, sont sortis de là.
Saluons donc dans ces grandes crises de la conseience israëlite la première origine, du grand mouvement humanitaire qui à {ransformé le monde, relevé au dessus de Ja poussière de cette terre l'idéal de l'humanité. Nulle part en
vérité, nous ne trouvons de semences aussi fécondes que
dans ce petit peuple d'Orient. A Tyr, en Egypte, à Babylone,
à Carthage, il y eut des classes opprimées, des esclaves
écrasés, des nations égorgées, mais du sein de l'éternel conflit il ne s’est jamais élevé le cri de justice et depitié. Les peuples et les individus se levaient et tombaient victimes de tous les jeux de la force sans que jamais, personne protestât.
Plainte du pauvre, gémissement des foules fléchissantes sou le poids des iniquités, peuples paisibles broyés par
is?