‹ Le socialisme des ProphètesChapitre 3 sur 41 · LATE · texte numérisé non relu

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l'avalanche des armées...le monde antique avait d'autres soucis. L'Inde faisait de la métaphysique et à force de raisonnements, déraisonnait. Le Boudhisme avec sa philosophie athée et nihiliste, sa morale assoupissante gb son intempérance mythologique allait naître.

Babylone avec ses gigantesques palais, ses vastes agglomérations de peuples importés, son aristocratie guerrière, dure et cruelle,odieuse personnification dela force brutaleet terreur

de l’Asie était la négation du bien. Sans doute la CGhaldée

était aussi le pays de la science positive, de la mathématique, de l'astronomie, de la cosmogonie. Mais ces théories sèches et mortes manquaient d'expression morale. Les mages, Les charlatans astrologues n’ont jamais fait vivre le monde et sauvé de la ruine les sociétés perdues.

L'Egyptese survivait, avec sa vieille civilisation onpressive

et conservatrice, tristement symbolisée dans ces lourdes

pyramides édifices barbares cimentés avec la sueur des peuples. C'était en ce temps là le pays des industries de luxe, d'un luxe pompeux, vain, sans élégance et pour lequel des milliers d'hommes gémissaient dans les marais du Nil et sur les galères de la mer Erythrée.

En tout cela d’ailleurs Israël considéré comine nation ne

s’est guère distingué des autres peuples et le siècle du pro-

phétisme des autres temps. Mais ce qu'il y a de vraiment étonnant, c’est que dans ces petites tribus de Palestine il se

soit trouvé quelques hommes pour relever les droits de la

conscience méconnus et pour dresser au milieu des nations l'idéal sans lequel « l'avenir pend comme un haiïllon ».

C'est ici le grand miracle de l’histoire. L'Hellade elle-même avec ses poètes, ses artistes, ses philosophes à la sérénité parnassienne, n’abordera jamais ces angoissants problèmes qui ont bouleversé l’âme d'Israël. Thalès, Platon, Sophocle, Phidias conçurent des chefs d'œuvre aux formes pures que les générations admireront longtemps, mais ils n'ont pas découvert les sources d’eau vive où le monde vient s'abreuver, ils n'ont pas enfanté la religion de l'avenir. Les anavim de Jérusalem angoissés désespérés souffraient, d'une inquié-

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tude à la vue des malheurs du juste et devant les douleurs de Job ils pleuraient avec les sages d'Idumèle. Pendant ce temps, la conscience grecque se consolait en pensant que la volonté de Zeus est arbitraire et que le Destin est le plus grand des Dieux.

«Tout ce qui t’accommode m'accomode à Cosmos, dira Marc Aurèle. Rien ne m'est prématuré ou tardif de ce qui pour toi vient à l'heure. Je fais mon fruit de ce que portent les saisons, Ô Nature. De toi vient tout, en toi cest tout, vers toi va tout.

Cité de Cécrops loi que j'aime !..….

dit le poète, comment ne pas dire :

Gilé de Jupiter, je t'aime...

Quel contraste entre ceb optimisme déterministe et les puissantes protestations des prophètes de Jéhovah !..... Solon et les sept sagestels qu'ilsnous apparaissent à travers leur légende sont peut-être bien supérieurs à Amos ou à Jérémie dans le domaine de la raison et de la beauté. Mais

en ce qui concerne les questions morales et sociales, c’est la

prédication des prophètes e£ non la froide spéculation du Lycée et de l’Académie qui peut féconder l'avenir et faire vibrer la conscience humaine sous son souffle divin.

Renan,un maître en hellénisme, caractérise admirablement cette race amoureuse de beauté, mais sèche, superficielle et manquant d’élévation morale:

« C’est une race superficielle prenant la vie comme une chose sans surnaturel ni arrière plan. Une telle simplicité de conception tient en grande partie au climat, à la pureté de l'air, à l’étonnante joie qu'on y respire, mais bien plus encore aux instincts de la race hellénique adorablement idéa!iste..…. Cette race a toujours vingt ans. Pour elle £».271gere genio n’est pas la pesante ivresse de l'Angais, le grossier ébattementdu Français ; c'est tout simplement penser que la nature est bonne, qu’on peut, qu’on doit y céder. — Pour le grec en effet la nalure est une conseillère d'élégance, une maitresse de droiture et de vertu...

« Une telle race, on le comprend, eût accueilli Jésus par un sourire. Il était une chose que ces enfants exquis ne pouvaient nous apprendre : le sérieux profond, l'honnêteté simple, le dévouement sans gloire, la bonté sans emphase, Socrate est un moraliste de premierordre, mais il

n'a rien à faire dans l’histoire religieuse, Le grec nous apparait toujours un peu sec et sans cœur; il a de l'esprit, du mouvement, de la subtilité ; il n’a rien de rêveur, de mélancolique. Nous autres, Celtes et Germains, la source de notre génie, c’est notre cœur. Au fond de nousest comme une fontaine de fées, une fontaine claire verte et profonde où se révèle l'infini. — Chez le grec l'amour propre, la vanité se mèlent à tout, le ‘sentiment du vague lui est inconnu, la réflexion sur sa propre destinée Jui parait fade. »

Certes nous ne sommes nullement disposés à contester les mérites de la civilisation hellénique. Les grecs furent un peuple d'observation, de calcul, un peuple de science à l'intelligence critique, un peuple artiste capable de composer ces œuvres prodigieuses de pureté, d'harmonie qui s'appellent les chants d’'Homère, les tragédies de Sophocle, le Zeus de Phidias, le Parthénon, un peuple législateur, les discussions politiques, les agitations de la vie de cité ne furent nulle part plus grandes. Ils nous ont donné la liberté, la libre discussion, le libre examen. En un sens le monde leur doit beaucoup, et l’on peut répéter à leur sujet le panégyrique d’Isocrate :

« Notre ville à laissé si loin derrière elle, en pensée et en éloquence, les autres hommes que ses élèves sont devenus les maîtres des autres, et elle a faitsi bien quelenom des grecsne semble plus être la désignation d’une race, mais celle de l'intelligence même, et qu’on appelle grecs

plutôt encore ceux qui participent à notre eulture que ceux qui sont'du même sang que nous. »

Mais la supériorité intellectuelle d’un peuple no suffit pas pour le faire vivre et pour faire vivre le monde par lui. Les . habitants de l'humble Judée ont pu n'être que de grossiers barbares, des esprits bornés aux yeux du dédaigneux helléne, leur parole rude ef incorrecte n’en est pas moins puissante à transformer l'humanité, C’est que nous ne vivons pas seulement d'art de critique, de spéculation, nous vivons aussi … d'idéal, de justice, nous vivons du pain de vie qu'Israël a ; jeté dans le monde,

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