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gion del'avenir, cette religion ne serait-elle qu'un vague symbolisme. Ils ont besoin de croire. Ils ont vu tomber les uns après les autres les dogmes et les habitudes religieuses auxquels leur foi d'enfant s'était naïvementattachée; ils ont en vain lutté, le sanctuaire de leur conscience reste vide de toute espérance et de tonte foi. Ils ne peuvent remonter le courant, revenir à la religion de leurs pères. Mais d'autre part la science positive manque trop d'expression morale pour que leur àme obsédée parle divin puisse s'en contenter.
D’autres, les matérialistes grossiers, ou dilettantes blasés, ont cyniquement chassé toute illusion spiritualiste, et se sont contentés du mécanisme en philosophie, de l’utilita'isme en morale, et au lieu des hymnes dithyrambiques au progrès, à la liberté, à la fraternité, nous avons entendu les maîtres de la pensée contemporaine, répéter avec le dauvinisme social : « La force c’est le droit! » et s'élever contre la chimérique devise «liberté, égalité, fraternité! » « mots qui traînent dans tous les estaminets d'ouvriers parisiens » dit Engel.
Et pendant ce temps l'édifice social croule. Le vieux monde souffre d’un inexprimable malaise. La plainte immense des foules opprimées, qui tantôt avec un long gémissement de pitié, tantôt avec un concert formidable de menaces et de malédictions, réclament leur pain quotidien, est montée jusqu'à nous... Et déjà, l’on entend gronder à l'horizon les révolutions imminentes qui menacent de déchirer les sociétés et d’engloutir les nations.
VIT. — Le principe de réconciliation est dans l’hébraiïsme
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Cependant un tel étal de choses ne saurait durer. Le divoree entre la religion et la conscience moderne a trop profondément troublé le monde pour qu'il ne faille rien moins qu'une réaction décisive, qu’une nouvelle réforme pour le sauver.
Comment opérer cette révolution féconde? La réponse n'est pas douteuse ! En affranchissant le christianisme de la fatalité des traditions, des vieilles formules impuissantes, pour le ramener à ses vraies origines, à la prédication du royaume qu'entendirent les foules du lac de Tibériade et
aux oracles des vieux prophètes de Sion.
Le prophétisme seul peut réconcilier l'Eglise avec l'âme moderne. Les prophètes, nous l'avons vu, sont à un certain point de vue, les ancôtres spirituels de notre génération, Ces héros du passé descendus depuis près de trois mille ans dans la tombe, cormmandent toujours aux vivants. Ils sont aussi les pères du christianisme. ['Evangile est sorti du sol hébraïque. Revenir au prophétisme, ce n’est donc pas pour le christianisme se renier lui-même, c’est revenir au Christ, qui est venu pour accomplir la loi et les prophètes et qui a été le Roi, le Messie social.
Il faut que l'Eglise retourne au Messie social, qu'elle remplace par le Christ roi, son Christ métaphysique et par la religion de la justice sociale et du Royaume de Dieu sa
dogmatique et son ecclésiologie.
Un Christ mélaphysique, une religion théologique... mais le monde moderne a besoin de bien autre chose. Ce n'est pas en des temps pareils aux nôtres qu'il faut prétendre monopoliser l’enseignement religieux, décréter ce qu'il faut croire, intenter des procès en hérésie sur des question d'exégèse ou
de dogme, excommunier ceux qui ne se font pas des rapports du Filset du Père les mêmes idées que nous. Le peuple se soucie fort peu de toutes nos discussions critiques, historiques et philosophiques. Le peuple a besoin de pain, d'amour, de justice. Ses souffrances, ses désirs, ses espérances, n’ont rien de commun avec les préoccupations de la théolog'ie.
Pour la transformation de notre société, l’orthodoxie des croyances est peu de chose. Avoir des opinions justes sur Dieu et les exprimer en confessions de foi de 39 articles, répéter dans la langue hiératique et sacrée que Christ est mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification, tout cela n'empêche pas un homme d’être un incrédule et un athée; car l’athéisme, c’est Dieu absent des relations sociales, c’est l'indifférence à l'égard des problèmes du juste et de l'injuste, c’est l'oubli du Messie social.
Le christianisme n’est pas seulement un système de doctrines, c’est la révélation d’une vie, la vision d’une société nouvelle. La vérité théologique toute seule est impuissante à produire des fruits de justice. Ge n’esf pas par la gnose que le monde est sauvé. Une doctrine qui ne plonge pas ses racines dans l'amour du Christ peut être juste e6 vraie, ses résultats n'en sont pas moins maudits.
Le christianisme n’est pas non plus une religion ecclésiastæ)
tique. Pour la Réforme sociale il ne suffit pas d’une piété
entre ciel et terre, de la fidélité à la tradition, de la fréquentation assidue des assemblées religieuses. Nous chantons des cantiques, nous prions pour Je réveil ef nous faisons bien. Mais le réveil qu’il faut à notre socitété moderne, c’est l'émancipation des opprimés, le relèvement des âmes perdues de vice et de misère, le triomphe de l'amour sur l’égoïsme, le renouvellement de notre vie sociale par l'esprit de l'Homme de douleurs. Il ne suffit pas de répéter dans de pieuses élévations.
Debout sainte cohorte! ,
Jusqu'à la mort nous te serons fidèles !
il faut encore marcher sur lestraces de Christ, être en agonie avec Christ, porter à la suite du Christ la croix de la
Rédemption sociale. La religion ne consiste pas dans la
phraséolog'ie religieuse mais dans l’accomplissement des devoirs sociaux.
L'impuissance du christianisme à l'heure actuelle vient de ce qu’il s'adresse à l'âme et au sentiment, beaucoup plus qu il ne pénètre les vies et les institutions humaines. Le commerce dirigé par des négociants chrétiens reste cruel et barbare. Les piliers de nos églises n'hésitent pas à laisser flotter leur fortune sur l’affreux Océan des souffrances humaines. Des chrétiennes réputées par leur douceur, leur charité, vivent dans un luxe aussi insensé qu'inutile faisant servir aux caprices de leur toilette et de leur table des milliers d’existences. Unenation réputée pourla plus religieuse du monde, S’affolera avec un féroce égoïsme contre un voisin plus faible et trafiquera des peuples comme de vils troupeaux.
Sans doute Jésus est notre modèle, notre éternel modèle, mais nous lelaissons prudemment dormir dans le fond de nos temples comme une relique de saint, nous tenant pour quittes avec le Roi qui veut régner quand nous lui avons conféré une royauté de chapelle. O Christ ! tu peux aller jusque là, mais pas plus loin! Tu peux pénétrer nos émotions pieuses nos douces extases et même notre vis privée ; mais pas plus loin !…
Or, c’est dans cet ostracisme, dans ce bannissemeut du Messie social, du domaine des relations humaines qu'est le crimeirrémissible de l’Eglise. Jésus est Roi, il veut régner sur la terre, eb non pas seulement sur un trône céleste, dans un infini qui n’est nulle part. Il veut régner à la fabrique, à l'atelier, au marché, dans les réunions parlementaires, au cercle, à l’Académie. C’est là qu'il faut offrir le culte que nous devons à Jéhovah. C’est là que sont nos rituels et nos sacrements. Une piété faite de contemplation, de détachement des biens d’ici-bas, et qui dédaigne le comptoir, la ferme ou la bourse comme sphères d'action religieuse, n'est que la caricature du christianisme du Royaume de Dieu.
- Car le Royaume n’est nullement l'idéal mystique perdu
dans des sphères célestes éloignées ; c’est la restitution des biens mal acquis, de la richesse obtenue par oppression, la transformation radicale de l'organisation économique» l'établissement de la justice sociale dans les rapports du capital et du travail. C'est la transformation radicale du vieil homme et du vieux monde par une révolution purificatrice, c’est le bouleversement de la société actuelle, le redressement des iniquités de la terre, l'application aux civilisations modernes de l’économie sociale d'Amos, d’Esaïe, de Saint Jean, de la politique de Jérémie et de l’auteur de l’Apocalypse.
L'Eglise officielle se désintéresse généralement de ces. grands problèmes du juste et de l’injuste, d'où dépend le salut social. La foi sociale, l'effort social, l'espérance sociale se rencontrent en dehors de nos cadres ecclésiastiques. Nous ignorons le peuple. (1)...
Ne nous faisons pas illusion, si des âmes affamées de justice ne veulent plus du christianisme, si les multitudes souffrantes, qui attendent anxieusement l'avènement du Messie roi de justice, ont abandonné les disciples du Christ, pour aller vers un autre Evangileet vers d'autres prophètes c'est que nous, chrétiens, nous avons abdiqué notre glorieuse mission d'ouvriers du Royaume. Nous avons allumé dans les foules la soif de justice et nous avons refusé de la satisfaire. Nous avons parlé d'amour, de patience, de résignation, et nous nous sommes ainsi faits les soutiens d’un état de choses inique et les complices de ceux qui outragent Jéhovah.
Et voici, je vois le Christ vivant se promener au milieu de nos Eglises, comme au jour où il balaya le temple et foula aux pieds la justice rituelle des adorateurs satisfaits.Si notre
(1) Sans doute hos aumônes, nos sociétés de bienfaisance, nos missions populaires, nos sociétés d'évangélisation sont aujourd'hui plus florissantes que jamais. Néanmoins il faut reconnaitre que nous nous sommes Jaissés devancer pur la démocratie moderne à la poursuite du Royaume et de sa justice. Nos églises restent des églises de classe. Les distinctions sociales y subsistent. Et bien souvent hélas nous avons donné raison à la définition irrévérencieuse de Naumann : « Le pasteur c'est le chien de garde du capital, » |
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