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Cette renaissance de l'hébraïsme nous la constatons dans la plupart des domaines de la vie contemporaine. Et tout d'abord dans l'art. L'art est l'expression la plus spontanée, la plus vivante de l’âme sociale. Nous n’admirons une littérature que dans la mesure où nous y retrouvons nos émotions, nos sentiments, nos volontés. Nous aimons l’œuvre de l'artiste parce que nous sentons notre âme dans son âme, parce que nos cœurs vibrent à l'unisson. Si l’on revient aujourd’hui à la vieille poésie hébraïque n'est-ce pas une preuve que l'es-
prit des prophètes est encore dans l’âme moderne ?
Sur le sol de la Judée est née une littérature à la fois beaucoup plus simple et beaucoup plus colorée que les œuvres grecques et qui a fortementtransformé leslittératures de notre siècle en y introduisant des éléments nouveaux de. force, de grandiose, de pittoresque. La littérature hébraïque fut dans toute l'acception du terme, la littérature de la vie. Elle a donné à la poésie moderne un sentiment de la nature nouveau. La nature est comprise bien différemment par l’hébreu et par l’hellène. L’hellène est surtout frappé par la perception visuelle, lhébreu par l'émotion interne. L'un s'appuie sur le sens intellectuel et superficiel de la vue, il a surtout le sens des formes, l’autre en appelle aux émotions du tact et du sens interne moins précises, moins définies, mais aussi beaucoup plus puissantes, Chez lui la force remplace la netteté et le fini des contours.
Guyau(ZL’ Art au point de vue sociologique) compare la vision de Théoclymène au Festin de Pénélope à la vision d'Eliphaz dans Job. La différence est saisissante, c’est la poésie des formes précise dans la description, merveilleuse pour lerendu des lignes comparée à la poésie de la vie, de la réalité profonde et concrète :
Ah malheureux ! que vous est-il arrivé de funeste ? quelles ténèbres sont répandues sur vos iêles, sur votre visage, autour de vos genoux débiles ? Un hurlement se fait entendre, vos joues sont couvertes de pleurs, les murs, les lambris sont teints de sang. Cette salle, ce vestibule sont pleins de larves qui descendent dans lErèbe à travers l'ombre. Le soleil s'évanouit daps le ciel et la nuit des enfers se lève.
Quelque belle que soit cette description d'Homère elle le cède en force et en profondeur à celle du prophète :
Dans l'horreur d'une vision de nuit, lorsque le sommeil endort le plus profondément les hommes je fus saisi de crainte et de tremblement, et la frayeur pénétra jusqu’à mes os. Un esprit passa devant ma face, et mes cheveux se hérissèrent, une figure à l'aspect étrange était devant mes yeux...
Jusqu'au commencement de ce siècle les littérateurs modernes se sont surtout inspirés de la littérature antique grecque el romaine. De Racine à Delille, de Boileau à la Harpe, poètes et critiques littéraires ne vivaient que de pur classique. Leurs œuvres sont des résurrections plus ou moins réussies du genre gréco-lalin, des pastiches d'Homère, de Sophocle, de Virgile. — Depuis la Renaissance, la poésie moderne s’est enfermée dans l’imitation d’une littérature de deux siècles à Athènes, et d’un siècle à Rome. On se défiait de tout ce qui sortait un peu du cycle de Périclès et de celui d'Auguste, de peur de se gâter le style par cesbagatelles. On sait à quoi ce classicisme puriste aboutit. Les descriptions si précises et si nettes mais assez superficielles et purement formelles de la littérature gréco-romaine ont fini dans les fadeurs du premier empire, la critique des classiques de 1830 et l'esthétique de Cousin. | = Mais voici que lassées d’un art impuissant et d’une littérature assoupissante, les générations modernes ont secoué la poussière du passé e£ des conceptions nouvelles de l’art ont apparu. — Or queile est l'influence qui a le plus contribué à transformer les litlératures modernes et à y introduire des éléments nouveaux de jeunesse et de vie ? C’est celle dela Bible. L'influence de la Bible se fait sentir chez les plus:
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grands écrivains do notre siècle : Chateaubriand, de Vigny, La Mennais, Hugo, l'auteur de Silammbô, voire même l’auteur de la Faute de l'abbé Mouret. La conception du Paradou est hébraïque, c'estla manière orientale de décrire la nature qui reparaît. La poésie des psaumes inspire l’auteur d’Ibo, de Plein ciel et les morceaux lyriques du romantisme.
Quelques citations empruntées au bel ouvrage de Gayau vont nous faire sentir ces ressemblances. Voici du Chateaubriand. N'est-ce pas une page du Cantique des Cantiques que ce morceau des Martyrs.