IL. — Hébraïsme et Hellénisme
La grande erreur du monde moderne est dans l’oubli du principe hébraïque auquel nous avons substitué le principe greco-romain. |
Le mal vient de loin : I vient du vieux limon de civilisation païenne sur lequel la plante chrétienne a poussé, Pour conquérir le monde antique il fallait que le christianisme se traneformât, qu'il traduisîtle sémitique en grec, au risque de devenir un produit hybride formé d'éléments très divers et quelquefois contradictoires. On apprit des grecs l’art des définitions, on prit goûtàlaspéculation, on remplaça les préoccupations éthiques des premières générations chrétiennes par les formules impuissantes de la métaphysique de !l’Académie et du Lycée.
C’est là Le legs que la Grèce fit aux civilisations modernes. Damnosa hæreditas. Le christianisma faillit en mourir. Les doctrines gnostiques, au second siècle, la théologie, arienne ét athanasienne au {roisième et au quatrième sont beaucoup plus hélléniques qu'hébraïques. Le Christ s’est fait grec. Le Messie est devenue l’Æon ou le Logos omoousios.
Heureusement l'invasion barbare intervint pour donner à une société caduque et surannée de nouvelles forces et une nouvelle jeunesse. Du baptème de sang slave et germain sortit une civilisation solide que la postérité naïve appellera plus tard les ténèbres du moyen âge, mais qui n’en a pas moins sauvé le monde d’une profonde décadence. Cependant la rupture avec le passé d'institutions déchues et de vaines doctrines ne futjamais complète. Un vieux ferment d’hellénisme restait. Il produisit la philosophie scolastique. Aristote mal interprété fut l’occasion d’étranges errements.
Bientôt l'antiquité mieux comprise nous donna la Renaissance, Les optimistes y virent une nouvelle aurore, C’étaiten
Re Ne
effet la réapparition de la libre science et de l'observation rationnelle. Et malgré tout, cet abandon de la tradition du moyen âge fut néfaste. Il désorienta l'humanité et la jeta dans des voies qui n'étaient plus les siennes.
Et plus que jamais le monde moderne est resté fils de la Grèce. Sa philosophie, sa littérature, son économie sociale, sa morale et sa religion ne sont que des restaurations plus ou moins réussies des vieilles disciplines d'Athènes et de Rome. Notre éducation classique est toute gréco-latine, et, en dépit de toutes les attaques dont elle est l’objet ces derniers temps, elle n’est pas prête à abdiquer : « Demander si l’hellénisme est toujours un ulile objet d'étude, nous dit-on, s'il doit conserver un rôle dans notre éducation classique, c’est demander si jamais nous voudrions renier notre histoire et les traditions communes à tous les Européens civilisés..» (V.Egger.)Ilest vrai, depuislaRenaissanceles modernes n'ont cessé de se rapprocher des anciens. De tous les hommes qui ont vécu, les grecs sont bien ceux auxquels nous devons le plus,et l’on à pû dire « l'histoire classique est une partie de l’histoire moderne, c’est l’histoire du moyen âge seule qui est ancienne. » |
Cette influence de l’hellénisme, qui,comme nous le verrons tout à l'heure,a été la cause de bien de nos maux n’en est pas moins restée aux yeux de la grande majorité des esprits la source bénie de toute civilisation. » Nous sommes tous grecs : s'écrie avec enthousiasme Shelley, notre littérature, notre religion, notre art, ont leurs racines en Grèce. » M. Gaston . Deschampsajoute: «Je ne serais paséloigné de croire quelarace grecque, ainsi que la race juive, doit être éternelle.Elle a tout subi et résisté à tout... Il y a une religion qui n’a pas péri, et qui est plus vivace que jamais au cœur de l'humanité : c’est le culte d'Athènes, »
M. Renouvier, dans quelques articles de la critique philosophique arrive à des conclusions analogues. Si l'on retranchait du milieu où nous vivons tout ce qui vient de la source classique le libre examen, la discussion, la politique disparaîtraient, ce serait Le règne de l'autorité et de la tra-
dition dans la religion et dans les mœurs, de l'habitude dans le droit. Plus d'assemblées, de pouvoirs électifs, de liberté civique, de science libre, d'écoles libres, plus d'art, plus de poésie, en un mot plus de civilisation. Et M. Renouvier conclut : {° L'hellénisme est la civilisation même. % Il ny a pas de civilisation chrétienne. Les Grecs et les Romains leurs. disciples nous ont donné toute la tradition civilisée. Nous leurs ressemblons plus que nous ne ressemblons, non seulement aux sujets des anciens monarques ou aux chrétiens des premiers siècles, ou aux croisés, mais même aux Courtisans ou aux bourgeois dutempsde François[°" ou de Louis XIV. Leurs chefs-d'œuvre nous appartiennent, Ils ont la même culture, la même logique, les mêmes sentiments que nous. Arislote et Ménandre sont des nôtres. Piah-Hotep avec ses sentences décousues, Ezéchiel avec ses métaphores confuses se trouveraient égarés dans notre XIX® gièele. L’Athénien du temps de Périclès serait enchanté de vivre au milieu de nos discussions de presse, de tribune, de notre civilisation individualiste, sans exaltation malsaine, sans foi positive, sans esprit seclaire.
Ces considérations de M. Renouvier sont assez vraies,
- bien que sur certains points il y eût des réserves à faire.
Notre civilisation est l'œuvre de la Grèce beaucoup plus que du christianisme hébraïque. L'Hellade est bien toujours notre patrie.
Mais nous ajoutons : L'influence grecque a fait son temps. Le génie grec a cessé de répondre aux besoins de notre siècle. L'âme moderne souffre d'un malaise que toute la civilisation hellénique ne peut guérir. Il faut restaurer en elle le vieux principe hébraïque que les générations avaient oublié et qui reparaît maintenant après vingt siècles d'histoire
avec une puissance ef une actualité saisissantes.
L'hellénisme nous a donné la civilisation, soit. Mais la civilisation la plus raffinée peut bien n'être qu'un monstrueux chef-d'œuvre d’iniquilé, et il est des oppressions, des injustices pour la disparition desquellesnous sacrifierions volontiers toutes les merveilles de notre exposition universelle, Plus
! io, Res
Lerr
a Ve
éncore que de libre discussion, de science, d'art, de formés pures d'harmonie l’homme a soif dejustice, de pureté, de vie. et cette soif l’hébraïsme seul peut l’apaiser. Et voici notre monde moderne en quête d’un Dieu nouveau plus juste que celui de ses philosophes et d’un évangile éternel, plus vivant que celui de ses prêtres, s’est tourné vers le vieux prophète et a salué en lui l'oracle des tempsnouveaux Amos de Tekoa dans une crisesemblable àlanôtre s’écriait :
« Voici venir des jours dit le Seigneur, où j'enverrai dans ce pays la faim et la soif, non la faim après le pain et la soif après l’eau, mais la faim et la soif d'entendre la parole de Jéhovah. Ils erreront d’uné mer à l’autre ct du nord au Levant ils courront pour chercher la parole divine mais ils ne la trouveront pas. En ce jour là dépériront de soifrles belles jeunes filles et les jeunes gens...»
Et aujourd'hui aussi l'âme moderne erre désorientée d’une mer à l’autre et du nord au Levant pour chercher la parole de Jéhovah... Le XX°" siècle verra de grandes choses, il - verra la décadence de l’hellénisme et la transformation des - peuples parles principes féconds quel’hébraïsme a proclamés.
PE OU, SR RE RS 7 re d NT NE OT cs à NE 2 F \æ :
© IL — L'hébraïsme et l'hellénisme dans l’art |