Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon
Au, reste ce n’est pas seulement dans la description de la. palure et dans le style que la littérature moderne est
IE
revenue vers l'Orient, c'est aussi dans le choix des sujets.
Le Grec ne chantait que les héros et les Dieux : Hercule, Philoctète, Agamemnon. Le classique du X VIE et du X VIITS siècle ne s'occupe que des princes et des grands. Pompée, Néron, Bérénice, toute la défroque des cours défrayent la tragédie et l'épopée. Si l’on considérait quelquefois la canaille c'était à la comédie et pour s’en moquer. Les littératures classiques sont des littératures d’aristocrates et d'honnêtes gens. « Dans la grande foule composée d’imbé- : ciles et parsemée de cuistres, il y a, dit Voltaire, un petit troupeau séparé qu'on appelle la bonne compagnie, Ce petit troupeau élant riche, bieu élevé, instruit, poli, est comme la fleur du genre humain ; c’est pour lui que les plus grands homives ont travaillé, c’est lui qui donne la réputation. » |
Tandis que l’hellenisme nous donnait ia littérature héroïque, l'hébraïsme nous conservait la littérature des pauvres. Ses poëles et ses penseurs cherchent parmiles humbles de la terre, dans la foule ignorée les joies et les douleurs avec lesquelles ils sympathisent. Qu'est-ce que les psaumes, les prophéties d'Amos, de Sophonie, du grand anonyme,les petits romans de Ruth, de Judith, de Tobie, les histoires évangéliques, sinon le cri des pauvres d'Israël. Pendant dix siècles la littérature hébraïque a raconté l'effort des humbles et la souffrance des petits. Pour elle, richs est un syuonyme de méchant et pauvre un synonyme de juste. Heureux les ébionim.
Aujourd'hui le philosophe, l'historien, le poète, le romancier , reviennent sur les traces de l'écrivain biblique vers Ja multitude misérable et souffrante. Les Misérables, Notre- Dame de Paris de Victor Hugo, l'Histoire du Moyen âge de Michelet, les romans des réalistes modernes ete, autant de monuments élevés à cette partie de la société qui vit méprisée de «la bonne compagnie » pour laquelle parlait Voltaire, et qui est cependant le fond même de l'humanité.
Et en vérité il y a plus de vie, plus de poésie dans lexistence obscure du plus petit de ces humbles que le monde ignore, que dans tous les lauriers d’un Alexandre et dans
tout le luxe d’une Cléopâtre.