‹ Le socialisme devant le vieux monde; ou, le vivant devant les morts; suivi de Jésus-Christ devant les conseils de guerreChapitre 16 sur 50 · S 1. DES COMMUNISTES QUI S'ENRICHISSENT · texte numérisé non relu

S 1. DES COMMUNISTES QUI S'ENRICHISSENT

Il est des Communistes pas trop mal avisés qui, par une application anticipée de la formu'e tout à tous et de l'identité dm tien et du mien, prennent purement et simplement à Fourier qui un morceau, qui un autre, qui tout ou presque tout, de sa critique économique, de ses plans de transition, voire même du système organique de la Phalange. De telle sorte que, repoussant seulement la Propriété individuelle et la répartition proportionnelle au Capital, au Travail et au Talent, par haine pour le premier des trois termes et par amour de l'égalité et de 'a confusion, ils se trouvent à peu de frais en possession de quelque chose. Ce n'est déjà pas si maladroit. Ils acquièrent de celtefaçon l'avantage de n'avoir pas à s'incliner devant un grand génie, de ne pas reconnaître une grande supériorité intellectuelle et de posséder une doctrine anonyme, — ce qui a son agrément, vu que quand on exprime une idée qui ne porte le nom de [ ersonne, fut- ce la plus grande banalité, on a l'air d'avoir des opinions à soi. Par principe cependant un communiste ne devrait pas tant tenir à ce genre de propriété ; mais il y a pas mal de ces ennemis de la personnalité qui ont une personnalité d'enfer. J'en connais, et des plus éloquents, qui prennent même ce petit travers pour une supériorité. Ne disputons pas des goûts.

Quoi qu'il en soit, je le répète, le tour est ingénieux, et ce n'est pas mal calculé de s'adresser à Fourier. Quand on n'a pas grand chose et qu'on veut prendre, on ne saurait mieux faire que d'aviser un riche. Essayez donc de dépouiller M. Duvergier de Hauranne ou M. Thiers? tentez, voire, de dévaliser l'Académie des sciences morales et politiques tout entière elle-même?... vous me direz ce que vous aurez rapporté. Le coup fait, en pareille circonstance, ce pauvre Robert-Macaire s'écriait avec désespoir : « Jesuisvolé!» Quant au larcin que nous signalons, Dieu nous préserve de nous en plaindre. On peut puiser à la source tant qu'on voudra sans l'appauvrir. Le grenier est ouvert, et peu nous importe qui y preud du grain, pourvu qu'on le sème. L'inà* portant est qu'il pousse et que la moisson mûrisse.

j m DES PHALANSTÉR1ENS Q01 S'APPAUVRISSENT.

Enfin, et pourquoi ne le coniesserai i j< pas: le Capital atantfaii des siennes ; il a, par ses brutales orgies, si violemment indisposé tant do gens d'esprit depuis Proudhon, rnômo sans passer par M. Cabet, jusqu'à sir Robert Peel <i ui dénonçait, il y ;i deux ans, en plein parlement les cm m us pe LA PROPRIÉTÉ, qu'il y a bien aussi quelques phalanstériens d'emportés par le courant de la réaction ôontil est menacé de devenir victî oe.

Il en est de la Propriété aujourd'hui comme do la Religion au temps de Pascal : « Un peu de 6cience en éloigne, beaucoup de science y ramène. » Il est certain qu'avec ses mauvais antécédents do conquête, d'usurpation, de spéculation ot d'agiotage ; en présence do cette tradition universelle do la sagesse des nations qu'on nous répète à satiété au collège, dans les livres, dans la chaire sacrée et partout, et qui n'est pas sans fondement, à savoir: Que la vertu a toujours appauvri les hommes, et que la violence, la ruse, la cupidité ot la fourberie ont plus fondé de fortunes que le désintéressement, la loyauté et l'honneur ; il est certain, dis-je, qu'il y a fort à faire aujourd'hui pour défendre la Propriété. Il faut creuser un peu plus avant que ne le font les citoyens Cousin, Troplong, Thiers et consors, pour lui trouver sa base légitime ot ses appuis véritables. Voilà seulement vingt ans qu'on l'attaquo un peu sérieusement , les Saints-Simoniens ayant commencé le feu vers 1828. Qu'est-ce que vingt an3 pour la marche dune idée? Peu de chose. Voyoz pourtant ses ravages. Le Socialisme a bien dérangé nos affaires? L'esprit humain a pris des allures tellement emportées qu'il galoppo en ce moment à trois siècles on avant des idées si convenables du libéralisme do la lîestauration. No pouvait-on en rester là? Pourquoi a-t-on inventé ce maudit Socialisme ? Le général Foy et R njamin-Constant soraient, avouons-le, pas mal dépaysés s'ils se réveillaient parmi nous. El s'ils reconnaissaient la Révolution do 1s:io pour leur-fille, âgée de I8ans au %k février, ils trouveraient qu'on la leur a traîtri usement changée en nourrice ou tout au moins fort mal élevée. Elle est méconnaissable, la pauvre petite. Los tempérament - chang mtavec l'âge. • Jo dis donc qu'aujourd'hui, par le vent d'idées qui souille, il faut de fortes méditations pour reconnaître la légitimité absolue du principe de la Propriété, — à moins cependant qu'on ne médite pas du tout et qu'on so mette derrière son paravent, le bonnet do coton du Constitutionnel sur la tête, ("est un procédé : il a sa vakur; ca on ne peut douter qu'un moyen de ne pas se laisser emporter par les idées, c'est de n'en avoir point du t>ut. Beaucoup de gens qui parlent fort bien on usent. Ce procédé est moral et surtout sédatif. Jo le conseille à ceux qui

honorent père et mère, en vue du bénéfice spécial attaché à ce commandement.

Quoi qu'il en soit, je confesse connaître des partisan* du Phalanstère qui veulent bien du Capital comme transition, mais qui s'en passent très agréablement d;ms un certain avenir. La Propriété personnelle 1-ur paraît une faiblesse de Fourier. Or, il n'est, pas sans quelque douceur, quand on a salué d'ailleurs la supériorité transcendante d'un grand homme, de se trouver, à part soi, plus esprit fort que lui. C'est toujours flatteur.

Il est bien vrai que la théorie de l'Association, comprise dans son principe, est aussi éloignée de l'égalité simple ou de la confusion du Communisme que de l'Individualisme égoïste et antisocial des Économistes de la vieille Ecole ;

Que sa vérité, sa fécondité et sa gloire consistent, précisément, tout en les humanisant, les christianisant, les socialisant et les harmonisant, à développer l'individualité et la personnalité dans toute la plénitude de leurs énergies diverses et de leurs attributions propres; à consacrer la variété dans tous ses caractères, dans toutes ses cli-tinc ions légitima et infinies, au lieu d'absorbé!- et de noyer individualité, personnalité et variété dans l'océan d'une unité vague et confuse;

Qua la Série, qui est le procédé naturel d'organisation de la liberté et de- l'harmonie, D'étant quo la graduation des inégalités, et l'égalité pratique ne pouvant se produire que par la compensation, V engrenage et Y équilibre des inégalités naturelles, artificielles et sociales, l'égalité, la liberté et l'harmonie seront d'autant plus parfaites et plus pleines qu'il y aura plus d'inégalités naturelles, artificielles et sociales ;

Qu'en conséquence, si la Propriété individuelle n'existait pas encore, il conviendrait de l'inventer tout exprès pour le Phalanstère dans l'intérêt formel de la liberté, de l'égalité compensative et pratique, en un mot, de l'harmonie. (Voyez Note E.)

Tout cela est bien vrai ; mais que voulez-vous? I! y a des esprits tellement nés pour l'activité, l'invention et le perfectionnement qu'ils aimeraient mieux ajouter ou retrancher quelque chose du leur au meilleur chronomètre de Bréguet, quitte à le détraquer, que de s'en servir tout bonnement pour regarder l'heure.

Donc, voici l'opinion de nos phalanstériens sur ce point désorbités. Ils pensent que pendant quelques centaines d'années, plus ou moins, chacun aura effectivement sa fortune, sa rétribution proportionnelle et son compte particulier de crédit et de débit avec la société. Mais viendra un temps où toutes les richesses seront si abondantes que, sans cesser d'avoir de l'utilité, elles cesseront d'avoir du prix. Il ne sera des-lors plus nécessaire de compter avec personne, chacun jouissant de

îa richesse sociale à volonté comme on jouit, dans un beau jardin et par un temps superbe, de l'air, de la vue , du soleil ou de l'ombrage.

On voit que si cette opinion est contestable, elle n'est du moins pas dangereuse. Je ne trouve, pour ma part, iiul inconvénient à ce qu'on la nourrisse. Que la Propriété individuelle disparaisse quand personne n'en fera plu* de compte ; à cette condition, on ne se compromet pas d'y consentir. Qui vivra verra.

Je vais plus loin et j'accorde aux Communistes avisés qui veulent bien prendre, comme ils disant, le Phalanstère pour transition, à ceux même qui le prennent sans penser à en convenir, et aux Phalanstériens qui boudent le Capital, que s'il leur convient, dès le début, dans leurs Phalanges, de ne rien offrir audit Capital, ils en sont parfaitement les maîtres. Seulement, je cloute qu'il y vienne en abondance, qu'il s'y plaise et qu'il y y fixe son domicile.

Pourvu qu'on ne contraigne personne, j'accorde tout. Si l'en a trouvé le moyen d'attraper le Capital saus lui mettre le plus petit morceau de fromage sous la queue, qu'on en essaye. Quand le Capital se fera communiste, MM. Crtton, Faucher(Léon) et de Montalembert n'auront plus rien à dire. Je tiens beaucoup à ce que la loi ne permette pas qu'on prenne, je n'entends point qu'elle été la faculté de donner.

S n. DU REMBOURSEMENT DÉFINITIF DU CAPITAL.

Le même désir de s'affranchir de ce cauchemar du Capital amène quelques Phalanstériens avancés à l'idée ingénieuse du remboursement des actions par la Phalange. Attrape, Capital, on te rembourse! Je suis fâché pour ceux de mes amis qui ont inventé ce petit perfectionnement sur Fourier, qu'ils n'aient pas même le mérite du stratagème. Ce procédé de mise à la porte de la Propriété individuelle par la voie polie du remboursement, appartient à M. Bûchez, et constitue, du côté des idées pratiques, comme nous le verrons un peu plus loin, le tribut du ruisseau dont il verse depuis vingt ans les eaux dans le tleuve du Socialisme.

Mais, ô mes amis ! indépendamment de beaucoup d'autres questions que je pourrais vous adresser, pourquoi donc ce remboursement? Si votre Phalange doit vingt millions, il faudra qu'elle en économise autant et qu'elle s'en prive pour payer sa dette. Mais ces vingt millions qu'elle lâchera appartiendront individuellement à ceux qui les auront produits, car ce seront des personnes — et non la Phalange, pur être de raison sans les personne.-, — qui les auront gagnés, et il faudra que ces personnes

les prêtent à la Phalange. Nous ne faisons dès-lors que changer de prêteurs.

Direz- vous que ces personnes consentiront à donner vingt millions à la Phalange, l'autoriseront à prélever sur elles, sans conditions, et par voie d'impôt, un fonds de remboursement, pour le plaisir de s'affranchir <'e l'intérêt à payer à ce damné Capital? Mais si la Phalange se prive bénévolement de ces vingt millions, elle fait une sottise économique et financière ; car, en pareille hypothèse, il lui serait toujours bien facile de garder les vingt millions moyennant un intérêt inférieur aux avantages que lui en procureraient le maniement et l'usage.

Tant qu'on ne sera pas arrivé à ce temps heureux dont nous parlions tout à l'heure, et, nous n'y sommes pas encore, où. les richesses, par supposition, surabonderont à ce point queleur consommation et leur usage ne coûteront pas plus que l'air et le soleil ; tant qu'on n'en sera pas là, il pourra y avoir lieu à variation dans le prix à offrir au Capital ; mais il y aura toujours utilité sociale à l'employer, et toujours bénéfice à s'en servir—pourvu qu'on ne le paye pas trop cher. Avec le même travail et vingt millioris, une Phalange, à moins d'être bien sotte, produira toujours beaucoup pl^ qu'elle ne le ferait sans cetf© valeur. Aidé du Capital et lui offrant une juste part, le Travail gagnera donc p' us qu'< n mettant le Capital dehors. Il se ferait donc, en congédiant ceiui-ci, du tort à lui-même. C'est simple comme bojjour. D'ailleurs, comme le Travail deviendra promptemenfi capitaliste dans la Phalange, il n'y a pas de chance qu'il tienne beaucoup, alors, à se nuire pour faire un mauvais tour à son adversaire actuel. La paix sera vite faite eu Phalanstère.

Dès que le Capital ne gruge plus, n'exploite plus, ne tyrannise plus; dès qu'il n'est plus maître et seigneur, mais simple associé, on ne saurait trop le redire, son concours devient aussi favorable au Travail que celui du Travail l'est à lui-même.

Et puis, a quoi bon tant disputer là-dessus, et pourquoi s® venger ainsi sur le Capital inoffensif et fraternel de l'avenir, des méfaits du Capital grugear et païen du passé? Est-ce bien raisonnable? Tenons en respect les tentatives de résurrection de la Féodalité financière, à la bonne heure ! Poussons le Capital à l'Association, qui lui sera bien plus profitable encore que le despotisme et la guerre ; mais n'écartons pas les éléments sociaux etles puissances économiques qu'il faut unir et amener à vivre en bon ménage. Le Communisme et Proudhon suffisent amplement pour tenir le Capital actuel en bride et lui faire peur. Ce n'est pas à nous, qui avons, par voie d'ACCORD volontaire nE tous les intérêts, la solution du Problème, à suspendre sur la tète de l'un quelconque de ces intérêts, l'épée de Damoclès.

Il me revient, en corrigeant mon épreuve, une anecdote qm

j'intercale ici. Deux, frères se promenaient par une belle nuit d'été. L'un d'eux s'écrie en regardant en haut : « Je voudrais » avoir un i prairie grande comme le ciel. » — « Mui, dit l'autre, je • voudrais avoir autant de moutons qu'on y compterait d'étoiies.» — « Ton souhait ne vaut pas le mkn, réplique le premier, tu » ;.e ferais rien de tes moutons. Comment pourrais-tu les nouri> rir? » Celui-ci hésite un moment et riposte: « Je les met- » trais dans ta prairie. » Sur ce, contestation, dispute, coups, blessures, et les deux frères, jusque-là liés d'une amitié tendre, s'assomment pour une hypothèse. — Frères ! restons unis, admirons le ciel, rêvons aux moutons et aux prairies de l'avenir, mais ne nous querellons point pour savoir où paîtront nos troupeaux et laissons quoique chose à décider à nos fi's.

Faisors des Phalanstères! voilà qui est raisonnable. Quand on verra à l'oeuvre le Capital associé, on lui pardonnera bien des choses. Le beau papillon fera vite oublier la chenille impure et rongeuse. Lorsque la Propriété sera facilement accessible à tous, que tous deviendront, à divers degrés, propriétaires, qu'on reconnaîtra l'utilité de la Propriété personnelle et du Capital pour l'ordre, pour la mesure, pour la liberté, pour la production, pour la multiplication des lienssociaux et pour I'égalité pratique et compensative, on ne songe» plus à lui disputer sa part et son droit, à contester son principe. Le Capital à Métal naissant, c'est-à-dire le Travail, ne songera plus à faire la guerre au Travail à l'état accompli, c'est-à-dire au Capital. Je serais bien surpris d'avoir tort en pensant ainsi.

S o. MORALE.

Je n'ai pas caché cette petite infirmité phalanstérienne, cette petite invasion du Communisme chez nous. Il r<"»gne, c'est certain, une cholérine contre la Proprièié. L'amour du changement, d'ailleurs, est dans la nature. Fourier n'a t-il pas reconnu lui-même les droits de \aPapilonne? Un peu d'indulgence donc à aui, faute d'autre objet, la satisfait en quittant une idée juste pour en cares-er une qui ne l'est pas. Cela délasse, cela réveille, cela fait discuter ; et puis on aime à se croire en avant du gros de la troupe. Aujourd'hui que nous avons depuis six mois la République , n'y a-t-il pas des esprits avancés qui se font partisans de l'Empire, même sans 1 Empereur?

Il y a pourtant une morale à tirer de ce fait, et c'est à cette fin que j'ai tenu à le signaler. Un par.' il entraînement chez des Phalanstériens, c'est-à-dire chez les hommes (parmi ceux qui pensent et se tiennent au courant des iflées de leur temps) que leurs propres principes garantissaient le plus solidement contre l'atteinte des négations du Communisme ; un tel entraînement, si réduit qu'il soit, prouve quels griefs, quelles irritations,

quelles défiances ont produits les monstrueux abus dû Capital et de la Propriété sous le honteux régime de la Féodalité financière, industrielle et commerciale qui régnait et gouvernait naguère, et qui s'efforce aujourd'hui, bien aveuglément, de chercher à rerégner et à regouverner. Si la Noblesse avait été «âge, raisonnable, humaine si elle avait ouvert ses rangs à tout< s les gloires et a tous les mérites dans tous les ordres, on n'eût pas aboli la Noblesse. Si le Catholicisme fût resté démocrate et chrétien, la démocratie moderne irait encore en masse à Ici messe. Ce n'est pas le Communisme qui menace sérieusement la Propriété aujourd'hui, c'est la résurrection de la Féodalité financière et la restauration du régna ignoble et gross'er du matérialisme des écus. Fondez-moi seulement de bonnes, de solides et démocratiques institutions de crédit ; mettez le Capital à bon marché; facilitez-en l'accès au Travail : et rien qu'avec ces mesures, même avant la transformation de vos villages morcelés, incohérents et misérables, en bons et beaux Phalanstères, vous n'aurez plus rien à craindre de cette réaction immense, suscité" dans la conscience du Peuple contre le Capital, par les crimes de la Propriété, comme dit sir Robert Peel. — Que pensez-vous de cette opinion, messieurs les anti-sociaux? La, comment trouvez-vous que je raisonne? Est-ce donc bien extravagant, ce que je vous débite, et croyez-vous que, pour être socialiste, très socialiste, socialiste radical et indécrottable comme je le suis, on ait nécessairement sa place marquée à Charenton ou à Bicêtre? Si je raisonne mal, essayez donc de raisonner mieux sur ces matières.

g p. LES VARIÉTÉS DU COMMUNISME.

Le Communisme, en général et en somme, est surtout , comme je l'ai dit, une négation implicite ou explicite de l'individualisme et de ses attributs, provoquée par ses excès; une réaction contre les abus de la propriété, emportée jusqu'à l'attaque du principe et des droits de celîe-ci. C'est souvent, en outre, une conception plus ou moins osbcure, plus ou moins confuse, de l'idée de la collectivité, de l'action unitaire, de la coopération.

On dresserait une Série assez régulière de ses variétés, commençant au Babouvisme, transition inférieure : tout ce qu'il y a de plus négatif, de plus violent, de plus durement impératif et despotique, de plus écrasant pour l'individualité. On passerait de là àdesvariétésmoins déterminées, moins politiques, plus confuses, mais aussi plus humaines. En traversant le Communisme qui se formule tout simplement en ces mots : « Il y a assez long- » temps que nous travaillons pour les riches : chacun son » tour ! » on atteint le Communisme icarien et facultatif auquel la grande et loquace activité de M. Cabet a donné une vogue sérieuse et beaucoup d'adeptes dans des classes qui sentent

et qui souffrent : — classes . certes , beaucoup plus avancées qi:e les savants économistes de la vieille Ecole et les savants politiques de l'ancienne Chambre, parce qu'elles comprennent le caraclère social de la Révolution de Février, parce qu'elles savent qu'on ne peut pas refaire la société comme elle était, et qu'elles sont bien décia'ées à ne pas le souffrir; mais dont les esprits peu difficiles préférer t à la Science une doctrine comprise tout entière dans quelques formules (elles que ; « Les biens en » commun , plus de pauvres ni de riches ; plus d'exploitation du » travail par le capital ; iout à tous, et vivent l'égalité et la fra- » ternitél »

Du Communisme icarien on arrive à l'Owennisme, plus riche que le précédent en notions pratiques, en vues organisatrices. On atteint bientôt, à travers Bûchez, Guy-Coquille, Dupin et Louis Blanc, plus déterminés mais moins larges, au Saint- Simonisme; lequel était bien un Communisme puisqu'il supprimait la propriété individuelle pour ne laisser subsister que la propriété collective de l'État, mais qui sentait fortement les besoins de la classification, de la hiérarchie, et faisait, faute de mieux , par l'intermédiaire du prêtre , — supposé capable, aimant, aimé et infaillible, — la part des inégalités nécessaires.

Viennent maintenant les communistes qui pratiquent la communauté des biens sur la théorie de Fourier, et lui prennent, en en convenant ou sans en convenir, partie ou tout de son organisation, lui laissant seulement, pour compte, la Répartition proportionnelle, la Propriété, le Capital et l'Hérédité.

Ceux-ci donnent la main à la petite variété des Phalanstériens atteints de la grande contagion anti-propriétaire et quelque peu malades d'Icarisme, d'Ovvennisme ou de Buchézisme à l'endroit du Capital.

Enfin, nous entrons en pleine voie d'accord du Capital, du Travail et du Talent. Nous voici sur la grande route de la raison, du bonheur et de la science, qui mène tout droit, en plaine, à travers des fleurs, des épis, de beaux jardins et de frais ombrages, à la cour d'honneur devant le péristyle du premier Phalanstère. Les portes magistrales du palais sont toutes grandes ouvertes : dépêchons nous d'y entrer pour que les aigres disputes, l'envie, les haines, les misères, les guerres et les révolutions finissent. Association volontaire, répartition proportionnelle,

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