LE COMMUNISME
J'ai caractérisé dé;à le Communisme politique, subversif et despotique de Babceuf, la Commimisme/aeW/a^i/ d'Owen et de son disciplo français et umnivore M. Cabet. Ce que j'ai dit dans le cours de cet écrit me dispensera de m'étendre beaucoup sur le Communisme en général, et sur ses variétés d'ailleurs très confuses.
§ k. CARACTÈRE COMMUN A TOUS LES COMMUNISMES.
Le Communisme est, avant tout, une idée négative. C'est une réaction exagérée et souvent violente, en faveur du Travail et de ses droits, provoquée par les saturnales de l'individualisme égoïste, par la domination immorale et grossière de la Féodalité financière, par l'inique et insupportable tyrannie du Capital.
Cette réaction est paisible et purement spéculative chez les uns, politique, violante et subversive chez les autres, avec une foule de nuances intermédiaires.
On se débinasse de la Propriété et de ses droits ici par co-
1ère contre ses abus, là par envie de ses avantages, plus loin parce que l'on croit que tant qu'il y aura des riches il y aura «les aristocrates, que tant qu'il y aura des inégalités et des fortunes individuelles, la recheiche et l'acquisition de la Propriété seront des causes permanentes de luttes, de domination, d'exploitation, de passions basses et de crimes. C'est une force qui embarrasse, qui gène, qu'on ne sait pas comment utiliser et socialiser : on la supprime. On ne sait pas dénouer le nœud gordien : on le coupe.
Les Communistes, en généra!, s'occupent peu du problème de Y organisation de la Communauté, des questions de classemenf , de hiérarchie, de la distribution des travaux, des fonctions et des grades. Le règlement voté par la majorité, la loi ou le dévouement supposé feront face à tout.
Le Communisme, pour beaucoup, c'est tout simplement ceci : « Plus de supérieurs ni d'inférieurs , plus de propriétaires ; plus » de riches ni de pauvres; partageons; ou bien : mettons eu » commun , que tous apportent tout à la masse. ■>> — Je répèio que souvent ce n'est pas même un système confus, mais une simple négation, une réaction pure.
C'est ce vague, cette absence de science, ce caractère négatif, accompagné, suivant les tempéraments, tantôt d'une haine violente, d'une envie sauvage, tantôt d'un se: timent d'égalité et de fraternité , démocratique et au fond chrétien , mais peu réfléchi, qui rendent cette doctrine très simple et son inccculation, sous les formes les plus insaisissables, très facile dans les masses.
Il y a pourtant des communistes très capables, très forts, qui f-tablissent, sur des bases très sérieuses, de redoutables béliers battant en brèche le principe et le droit de Propriété. Et l'on ne préservera pas les murs do la citadelle sacrée en les couvrant de matelas bourrés des petits livres de M. Cousin et de ses discours à l'Académie des sciences mora'e', où il oémolit ttès proprement la Propriété, — croyant la défendre, le cher homme, ce ne sont pas les bonnes intentions qui lui manquent, — en la fondant sur le fait àepremière occupation. On ne les garantira pas davantage avec les petits livres de M. Trolong, avec les discours de M. Thiers, et, je le crains bien, avec le fameux livre du même que le Constitutionnel va enfin nous livrer pour se faire pardonner la publication désastreuse, mais utile à la caisse, des romans socialistes d'Eugène Sue.
Qu'on le sache et qu'on s'en pénètre : Ce n'est pas par le Socialisme révolutionnaire de la rue que la Propriété est le plus sérieusement menacée. Elle a aujourd'hui un formidable courant de traditions, de logique, d'idéos, d'arguments et dépassions contre elle. Il n'y a, croyez-le bien, qu'un moyen de la sauver d'une grande guerre de l'idée d'abord, du fait en-
suite : C'est de savoir faire beaucoup de propriétaires, et de se hâter.
Certes, au commencement du dix-huitième siècle, l'Autel, le Trône et la Noblesse se croyaient bien au moins aussi solides que peut se croire la Propriété aujourd'hui. On sait ce que 1© flot des idées philosophiques en a laissé debout. Il n'y a pas d© fait qui résiste à un courant d'idées lorsque ce courant devient fort.