COMMUNISME DE BUCHEZ
Toujours la guerre à ce maudit Capii al ! Faut-il qu'il en ait sur ia conscience, ce Capital, pour se faire mettre à la porte par un socialiste d'une figure aussi rose, par un collègue aussi gros et aussi bonhomme que le premier, par ordre de date, des présidents de l'Assemblée nationale.
Sq. LES ANTÉCÉDENTS DEBUCHEZ; TENDANCES RELIGIEUSES.
Bûchez est un homme d'un dévouement sincère. Sa ^ie, comme celle do la plupart des socialistes, a été toute de sacrifice à ses idées, à sa foi et à l'humanité. Il a l'air de capituler un peu aujourd'hui. Il se passe bien, dans les couloirs de l'Assemblée ou entre deux côtelettes en déjeunant avec tel ou tel, de pelites médisances contre ses confrères en Socialisme, contre ceux mêmes qui sont loin d'avoir jamais été aussi révolutionnaires que lui, et, comme lui, anti-propriétaires. Pour faire oublier qu'il est socialiste, il a l'air de l'oublier lui-memo. Je suis pourtant sûr qu'il garde, au fond, toutes ses idées, — bien qu'il pût sans inconvénient grave en troquer quelquesunes et donner encore du retour. Il est, d'ailleurs, un peu bourru, mais bienfaisant.
Ancien aihée et carbonaro, le Socialisme saint-simonien l'a ramené à Dieu à qui il n'avait pourtant jamais, quoique matérialiste,
cessé de rendre leculte que Dieu préfère, en faisant sans relâche du bien à ses frères. I! était des Saint-Simoniens de la première fournée. Quand il vit le Saint-Simonisme incliner vers l'entreprise d'une religion nouvelle , et M. Enfantin se préparant au grade de loi virante pour en venir à passer dieu, il quitta la nouvelle Eglise, pensant avec raison que le Christianisme, qu'il s'était mis à étudier à ses sources, n'était pas aussi raffalé que nous le croyions tous quelque peu à cette époque de premier éblouissement de nos idées, nous autres socialistes de saint Simon ou du Phalanstère.
Bûchez avait raison, je le répète, et il a eu, sur ce point, raison avant la plupart d'entre nous. Quand une Religion s'est formulée sur ce dogme fondamental : « Aimez-vous les uns les au- *< très, et aimez Dieu par-dessus toutes choses, » on peut assurer que la formule religieuse définitive de l'humanité est donnée, et qu'avec tout l'esprit et la meilleure volonté du monde on n'en trouvera pas de plus humaine et divine a la fois. Ce Verbe-là, c'est bien dieb fait homme: et homo factus est : et je doute fort que M. Cousin, lui-mêmf», cette grande lumière dont la philosophie rayonne d'un si vif éclat à l'Académie des sciences morales et politiques, ait devers lui quelque chose de mieux, bien que, trouvant le Christianisme excellent pour les gens du commun, il veuille pour le monde comme il faut un éclairage spécial au gaz éclectique et philosophique dont il a l'entreprise. Ce grand homme a dit, il y a quelques années à peine, « Que le Christianisme en avait ercore pour trois cents « années dans le ventre, et qu'en conséquence il lui tirait son « chapeau... » Le Christianisme doit être flatté de l'hommage et satisfait des trois cents ans que le philosophe éminent lui
laisse dans le ventre. Mais je voudrais savoir du prophète,
— entre nous, — ce quesa philosophie nous réserve de mieux. Je promets pour ma part de n'en rien dire aux gens du commun. Profaîium vulgxis arcebimus. Jusqu'à édification sur ce point, cependant, je reste avec le Christianisme et le Peuple contre M. Cousin et ses éclectiques splendeurs.
Je reviens à notre premier président. En homme qui connaissait sa Bible , Bûchez ne quitta pas l'Egypte , je veux dire le Saint-Simonisme , les mains vides. In exitu Israël e populo barbaro il emporta ce qu'il pût des vases sacrés : l'abolition progressive de l'hérédité, de la propriété individuelle, et quelques autres menus détails. Il n'est pas jusqu'à certains morceaux de la Loi vivante et de la Théorie des incarnations progressives et spéciales de Dieu dans tels ou tels citoyens, dont il ne se pourvût dans sa fuite. En effet, si ma mémoire ne me trompe, c'est bien dansl'Ecjîecatholico-conventionnelle qu'il fonda avec notre collègue à l'Assemblée, Roux-Lavergne , — Ecole
dont le monument laborieux et surtout massif, fut la série des gros volumes de l'Histoire parlementaire, flanqué de Y Européen, — que Robespierre se trouvait être quelque chose ou approchant, comme la septième incarnation do Jésus Christ sur la terre : point de vue complètement abandonné au reste, s'il en a été question un moment comme je l'ai entendu dire à quelques disciples. Nous eûmes ensemble, devers celte époque, une grande querelle, — dont il ne reste pas plus de trace, je l'espère, dans son bon esprit que dans le mien, — pour un discours un peu vif que je commis sous sa présidence, dans une manière de congrès dit historique, où l'on faisait tout autre chose que de l'histoire, salle Saint-Jean à l'Hôtel-de-Ville.
Quoi qu'il en soit, Bûchez, et c'est son mérite, a concouru par de solides travaux , — solides est un peu le mot de toutes les manières , — à rattacher la tradition Chrétienne à celles de la Philosophie du dix-huitième siècle et de la Révolution française, et toutes trois au Socialisme moderne. Il n'a pas été sans influence sur la découverte que nous avons lira par faire, nous autres Phalanstériens, que nous n'étions, après tout, que les chrétiens du dix-neuvième siècle. Les études physiologiques de son Écoie, concurremment avec celles des Allemands et de Geoffroy Saint-Hilaire, ont aussi fourni au Socialisme, sur la loi du développement historique de l'humanité, des analogies et des vues qui ont porté leurs fruits. — • Je gage que M. Thiers n'est pas fort sur tout cela. Savez-vous pourquoi? — Bag;i.;e d'utopistes, de rêveurs, de gens entièrement dépourvus de ['esprit pratique, n'est-ce pas, monsieur Thiers? — Nous v:>us ferons lire un peu de tout cela si vous passez quelques jours au Phalanstère.