CHAMBRE DES COMMUNES
lord palmerston. Je nie qu'il y ait aucune disposition de la part du gouvernement de S. M. à abandonner cette allance, cette union intime avec la France, à laquelle j'ai toujours attaché la plus grande importance... bien que dans cette occasion particulière le dissentiment entre la France et les autres puissances ait été jusqu'à empêcher le gouvernement français de s'associer à l'arrangement qui était l'objet de la convention, cependant j'ai une confiance et une espérance bien fondées que ce dissentiment temporaire ne sera pas de nature à influencer les sentiments modérés des deux pays. .
Constitutionnel du 4 0 août 4840.
«S'il reste encore quelques nuages, au moins faut il reconnaître que les intentions actuelles du ministre sont excellentes, et qu'il regrette les malentendus qui se sont élevés entre les deux pays.»
Il reprend ce thème le lendemain, et termine ainsi : « Nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu'un homme d'Elat puisse agir en sens contraire de ses protestations... Nous sommes donc sûrs que les actes répondront aux paroles, et que notre union avec l'Angleterre, tt?i moment ébranlée, aura repris bientôt toute son intimité, et se fortifiera encore des malentendus qui viennent de lacompromtttie. »
Ce jour-là le 5 p. 400 se relève jusqu'à 4 16.50, et le 3 p. 100 à 82.50. Les spéculateurs, confiant dans les déclarations successives du Constitutionnel , dans ses relations avec le cabinet , avaiei.t cru à des communications diplomatiques.
Messager du 4 4 août 4 840.
r Les journaux ont donné diverses explications du discours de lord Palmerston. On a supposé que certaines de ces explications avaient été inspirées par le gouvernement. C'est une erreur que nous négligerions de rectifier, ainsi que beaucoup d'autres, si elle ne pouvait avoir des conséquences graves.
» Nous devons donc déclarer que le cabinet n'a aucune j art en tout ce qui a été dit à ce sujet. »
Commerce du 12 août 1840.
« Le bruit s'est répandu celte après-midi que le gouvernement venait do recevoir l'avis d'une révolution qui aurait éclaté à Constantinople.
» Les journaux du soir ont été consultés avec empressement, mais ils ne contenaieot rien à ce sujet. Il est certain que le bâtiment à vapeur de l'Etat le Cocyle est arrivé le 7 a Toulon, venant de Constantinople.... Si les bruits qui circulent étaient vrais, il serait à regretter encore une fois qu'ils fussent parvenus d'abord à quelques privilégiés, et que la communicaiion qui leur en aurait été faite, coïncidât avec un mouvement de baisse dans les fonds.
» M. Thiers, plus que tout autre, devrait éviter de voir son nom ou celui de ses amis, mêlé à des tripotages de bourse. »
Presse du 12 août.
« Les politiques à la suite de M. Thiers qui ont fait invasion à la Bourse, y ont répan !u aujourd'hui, 11, la nouvelle d'une émeute qui aurait éclaté à Constantinople. Cette nouvelle, que nous avons tout lieu de croire sans fondement aucun, a produit une baisse de 50 centimes. C'est ce qu'on voulait. Les bénéfices réalisés par plusieurs vertueux et belliqueux journalistes étaient aujourd'hui a la Bourse l'objet de toutes les conversations, et ce soir même il en était fort question. »
Presse du 13 août.
« Le parti de la politique à la baisse s'est encore beaucoup agité aujourdhui à la Bourse, mais presque infructueusement.
. ...» On commence enfin à savoir à quoi s'en tenir à la Bourse sur l'ardeur guerrière et le puritanisme financier des vertueux et belliqueux échos de M. Thiers. »
Presse, du 15 août.
« La baisse a encore fait aujourd'hui de nouveaux progrès (1 4) : le 5 pour 100 a fléchi de 1 fr. 15 c. à terme, et le 3 pour 100 de 85 c. Cette baisse n'a pas seulement pour cause la gravité de la situation; elle est surtout l'etïet des manœuvres qui ont pour principal instrument le journalisme ministériel. »
Commerce du 19 août 1840.
« Une évaluation que nous ne pouvons garantir, mais qui nous vient de personnes ayant autorité dans la matière, porte à la somme presque incroyable de 22 millions les différences payées à la bourse pour la liquidation du mois dernier... On raconte tout haut dan? la Bourse des choses presque merveilleuses sur des profits scandaleux. On cite des noms, on dresse la liste des bénéfices; et la morale publique aurait encore à rougir de ce qui se passe dans certaines régions. »
Constitutionnel du 19 août.
« Le rôle de la presse change avec les circonstances qui ont changé la position de la France devant l'Europe. La discussion
n'est presque plus engagée de parti à parti : elle l'est de peupie à peuple. Dans cette polémique internationale, c'est la susceptibilité de toute une.nation qu'on ne peut blesser par les écarts de la parole. L'irritation qu'on excite chez les peuple passe bientôt dans les résolutions et dans les actes de leurs gouvernements. C'est une phrase de bulletin qui a rompu la paix d'Amiens. »
Presse du 1 9 août.
L8s journaux ministériels ayant fini par dire que l'Angleterre n'avait pas eu l'intention d'insulter la Franco, et ayant cessé d'être provocateurs pour se placer sur le terrain de la discussion, la Presse dit :
» Oui, sans doute, lapresse ministérielle, depuis un mois
eût mieux fait... de se borner à bien définir la question, à éclairer l'opinion sur sa véritable portée, que d'échauffer tout * '/abord les esprits, de les pousser à l'exaltation, pour en ra battre ensuite. Mais, si elle eût agi ainsi, on n'aurait pas pu réaliser à la bourse les bénéfices qu'on y a faits à coup sûr! Ce qui y a été perdu et gagné ne s'élève peut-être pas à plus de six à sept millions; mais la France aurait eu meilleur marché d'en donner vingt, pour que tous les journaux ministériels imitassent la circonspection que nous avons gardée »
Presse du 21 août.
« Le 5 0[0, qui avait fermé hier (4 9) à 11 495, après s'être élevé aujourd'hui au commencement de la bourse à 1 12 40, a fermé à 1 10 40, ce qui fait une baisse de 2 francs entre le premier et le dernier cours... Cette baisse considérable a eu pour cause les bruits qu'on a répandus de nouveau des blocus d'Alexandrie et de Saint-Jean-d'Acre par les Anglais, et de l'occupation de Candie par les Français.... Nous nous bornerons seulement à faire remarquer qu'on choisit toujours, pour mettre en circulation des nouvelles graves et inquiétantes, le jour où les feuilles ministérielles ont opéré dans le sens inverse, c'est-à-dire le jour où, par plus de modération dans leur langage, elles ont rendu l'espérance que la paix ne sera pas troublée. Tout paraît calculé avec un art infini pour créer des intermittences de hausse et de baisse et rendre les fluctuations plus considérables. »
Débals du 22 août.
(Art. du 21.)
« La bourse d'hier a offert un grand scandale; de nouvelles très graves ont circulé toute la journée, et ont produit parmi les spéculateurs une véritable terreur panique, et, malgié l'invraisemblance et l'absurdité de ces bruits, il faut avouer que la panique a été artistement préparée et habilement exploitée
«Ce qu'il y avait de vrai au fond do tous ces mensonges,
c'est que le gouvernement avait reçu hier une dépèche télégraphique de Toulon Lo ministère possède deux journaux officiels qui ont paru hier au soir, qui ont annoncé que le paquebot d'Alexandrie est arrivé le 19 à Toulon, et qui n'ont rien dit des événements de la bourse. »
Gazette des Tribunaux du 23 août. (
« L'opinion publique est vivement émue des scandales dont la Bourse est le théâtre. Ceux-là seuls restent impassibles et calmes dont le devoir est de prévenir et de réprimer de semblables méfaits. Le gouvernement se tait au bruit des nouvelles frauduleuses qui viennent en aide au honteux tripotage des spéculateurs ; le ministère public se tait quand il sait le délit , quand il en peut connaître les auteurs , quand la loi pénale est violée au grand jour, quand les coupables font pour ainsi dire eux-mêmes trophée de leurs prouesses ; il n'y a pas là seulement une scanda ■ leuse impunité qui compromet la morale publique, et fait douter de la justice; il y a aussi peut-être matière à de graves recherches sur les causes d'une telle indifférence, et il serait à craindre pour ceux qui tiennent en leurs mains l'action du pouvoir, que l'opinion publique en arrivât à commenter trop longtemps la tolérance dont ils couvrent les friponneries de l'agiotage.
« Nous n'insisterons pas sur ce qu'il y a eu de grave, surtout dans la crise de jeudi dernier, sur l'incompréhensible silence du ministère, qui a permis que la nouvelle d'un commencement d'hostilités dans le levant se répandît, se fortifiât, restât une journée-tout entière sur le tapis-vert de la Bourse, tandis qu'il avait entre les mains, depuis la veille, une nouvelle contraire ; qui, le soir, dans les journaux qu'il fait payer au budget, a cru devoir encore fermer la main aux vérités qu'il tenait, et qu'il a permis seulement à un organe privilégié du lendemain de taire tardivement connaître. Nous ne répéterons pas ce que tout le monde dit ; — quels sont les instigateurs da ces coupables manœuvres, — quels sont cous qui en profitent, — à quel- 13S relations de politique ou de famillo ils les doivent, — quel est celui qui, des mains d'un seul agent do change, a reçu, ces jours derniers, I million 164 000 fr. de différence. Sur tout cela, nous n'apprendrions rien à personne, pas plus à l'opinion publique, qui en gémit, qu'à l'autorité qui est chargée de sévir.
« Au reste, il y a de la part du gouvernement quelque chose de mieux à faire que de donner des démentis équivoques ; c'est.... de provoquer une enquête judiciaire qui permettra de faire à tous justice en mettant au grand jour le tableau des coupables déprédations qui, depuis trois semaines, dévorent la fortune publique. »
Moniteur parisien du 25 août.
« M. le garde des-sceaux vient de donner ordre au ministère public d'informer sur les faits qui se sont passés à la bourse ces jours derniers. »
La Presse, du 26 août.
«Les journaux ministériels, qui n'ont pas reproduit l'article de la Gazette des Tribunaux, n'ont pas trouvé un seul mot pour relever le fait d'une différencs de 1 million 16i 000 fr. touchée des mains d'un soulagent de change, par une personne dont le nom est le secret de tout le monde
. » De quel nom qualifier la conduite des dépositaires du pouvoir qui, lorsqu'ils ont des nouvelles dont la connaissance appartient également à tout le monde, ou ne doit être donnée à personne, en font en réalité un scandaleux monopole dont l'exploitation est livrée à leurs proches et amis? »
Et dans un petit article du môme jour :
« On disait ce soir que M. Dosne, beau-père de M. Thiers, et receveur-général du département du Nord, avait dû quitter Paris pour se rendre à Lille. Ce départ, qui aurait été provoqué par une allocution d'un député, dans le salon même du président du conseil, prêtait à des commentaires que nous nous abstenons de rapporter. »
Presse du 27 août.
« Puisque le Messager (propriété du gouvernement) a pris l'habitude de nous répondre, nous allons toi fournir l'occasion de le faire encore demain.
« Oui ou non, M. Dosne, beau-père de M. Thiers, a-t-il, à la dernière liquidation, joué et réalisé des bénéfices à la baisse des fonds publics ?
« Nous acceptons d'avance le démenti, la Bourse l'appréciera.»
Presse du 29 août.
« Nous avons, il est vrai, dit deux mots du départ de M. Dosne. Ces deux mots ont blessé la susceptibilité de M. Thiers. Mais comment n'a-t-il pas compris plus tôt que dans un moment où l'agiotage était si vivement excité , où il était si facile à une personne habitant l'hôtel de la présidence , assistant aux dépèches reçues ou envoyées, aux décisions prises , jouissant d'un grand crédit financier, ayant des relations avec d'importantes maisons de banque, où il était si facile enfin de réaliser d'immenses bénéfices en une seule ou en quelques bourses, la place de M. le recaveur-général du département du Nord n'était pas à Paris, près de son gendre, mais à Lille, près de sa recotte. »
Presse du 29 août.
« Le démenti du Messager d'hier soir a été accueilli aujourd'hui (28) à la Bourse, non seulement avec incrédulité, mais avec hilarité. M le juge d'instruction Boulloche a entendu aujourd'hui le rédacteur du journal l'Office de publicité. L'enquête se traîne et s'égare sur des traces où elle ne pourra ramasser que des propos sans consistance. Si M. le juge d'instruction a la volonté de recueillir des renseignements sérieux, que ne se faisait-il autoriser a demander à M. le gouverneur de la Banque de France communication des mandats que MM. les agents de change ont délivrés en paiement do différences de la liquidation de juin, et particulièrement de ceux dont on a débité le compte de l'un d'eux, M. G...?»
L'enquête, comme de juste, se garde bien de s'enquérir ; la toile tombe sur le drame bouràico-fmaucier et
la gravité des événements qui surviennent le couvre d'un silence protecteur...
Les journaux d'où ces extraits sont tirés ne sont ni du parti rouge, ni du parti socialiste, c'est-à-dire du grand parti des malhonnêtes gens. Ces extraits cependant suffisent pour rappeler à l'opinion publique combien l'entourage de M. Thiers, les journaux avec lesquels il manœuvre et les hommes qui le servent, forment un bon noyeau pour la composition du parti de la moralité, de l'honnêteté et de toutes les vertus champêtres et politiques.
Le Moniteur officiel du parti de M. Thiers, le Constitutionnel est-il entre les mains d'un homme politique, d'un homme de principes? Il appartient à M. Véron. M. Véron est connu pour un spéculateur, un homme d'affaires, pas autre chose. M. Vtiron pourrait sans doute, à cause de la pâte qui a commencé sa fortune, prétendre au titre de chef du parti pectoral en France ; mais pour être à la tête du parti moral, nous ne lui connaissons pas de titres suffisants. M. Véron n'en est pas moins le Verbe de ce grand parti. C'est M. Véron et M. Thiers qui défendent la famille et la vertu, qui vengent la morale, qui fondent la grande ligue des gens honnêtes et austères, qui luttent contre l'immoralité socialiste et assurent les bases de l'ordre social !
Eh bien ! voulez vous que je vous dise ce que vous faites et ce que sont vos déclamations, vos sermons, vos grandes colères, et tout le mouvement que voas vous donnez? — Vous jouez la comédie et vous faiies de l'intrigue, pas autre chose. Je le prouve.
Vous attaquez avec fureur le Socialisme. Vous avez loué un rédacteur chargé de vous fournir sept articles antisociaux par semiin^. C'est sa fonction au Constitutionnel, à cet homme. Sivez-vous pourquoi vous faites cela? — Oh! que oui, que vous le savez bien, compères, et ce n'est pas pour vous que je vais le dire.
D'abord, je le reconnais, le Socialisme étant l'adversaire acharné d .*. l'agiotage, de l'accaparement, de la spéculation, du maquignonage, de tous les atf tires habiles en un mot, auxquels votre monde gagne beaucoup d'argent légalement et sans travailler, vous n'aimez pas le Socialisme en lui-même. Mais vous n'avez pas, pour autant, contre lui une colère sérieuse : d'abord, parce que vous êtes des gens de trop d'esprit, — les sceptiques ne se mettent pas en colère, — ensuite parce que le Socialisme a beau crier, vous ne croyez ni à son efficacité pour transformer la société ni à sa puissance pour la culbuter. Le
Socialisme est une idée et vous ne croyez pas à une idée. Pendant dix-huit ans vous n'avez pas voulu le voir; aujourd'hui que vous le voyez, que vous le touchez, dans les conditions mêmes qui ont vaincu l'incrédulité de St- Thomas, votre incrédulité persévère. Vous vous moquez parfaitement du Socialisme entre vous ; mais vous vous en servez admirablement devant le public. Voilà votre affaire.
Vous avez vu les badauds avuir peur du Socialisme, et vous avez compris que dans cette vieille société restaient debout deux sentiments dont l'exploitation n'a jamais manqué son effet, et au moyen desquels Philippe a si longtemps fait tout ce qu'il a voulu, la Peur et l'Egoïsme. Alors votre rôle était tout tracé et bien facile. Louer au Constitutionnel quelqu'un pour avoir tous les jours une tartine violente, ab hoc et ab hdc, contre le Socialisme; tirer les ficelles du fantôme pour bien effrayer et courroucer les badauds ; épouvanter, irriter, diviser, et finalement racoler une queue indéfiniment plus longue que celle dont le Charivari nous gratifie, — mais sans œil pour y voir, à la différence de la nôtre, — voilà votre tactique.
Vous vous êtes dit : Le pays n'a pas grande confiance en nous. C'est vrai qu'il est payé pour cela. Il nous a vu travailler. Nous avons été aux affaires, et nous les avons embrouillées et gâchées Dieu sait comme ! Mais le pays a peur. Redoublons sa peur, soufflons-lui la colère, envenimons tout, empêchons que l'on écoute les Socialistes, que l'on distingue ce qu'il peut y avoir de bon et de fécond de ce qu'il y a de subversif dans toutes ces idées nouvelles qui ont eu l'insolence de croître et de multiplier malgré nos dédains. Posons-nous en chefs de la peur, des colères, des préjugés. Crions fort, très fort, plus fort que personne. Le troupeau de l'ignorance, de la peur, du préjugé, la grande cohue des sots, qui est toujours îa majorité, se disciplinera autour de nous et nous prendra pour des Dieux sauveurs.
Voulez-vous la preuve que voua n'êtes pas sérieux dans vos colères, et que tout cela est jonglerie pure? (jonglerie, en politique, cela s'appelle habileté : écrivant vite, ce n'est pas toujours l'expression la plus parlementaire qui me vient la première.)
En voulez-vous une preuve incontestable? — C'est que c'est vous, vous-mêmes qui avez propagé le Socialisme sur la plus grande échelle, et que vous le propagez encore...
Voyons! Eugène Sue venait de se convertir au Socia-
lisme ; il venait de terminer cet abominable chef- d'oeuvre socialiste des Mystères de Paris, qui avait ému la France et eu cent éditions, une dans tous les coins du monde civilisé. Votre organe, le Constitutionnel, réduit à la pure politique de M. Thiers, râlait tristement et misérablement. Il restait 1 800 abonnés!.. Qu'avez-vous fait? Vous avez rassemblé de l'argent et préparé un grand coup, une grande affaire. Vous avez offert à Eugène Sue 100 mille francs par an pendant quinze ans, pour avoir le monopole de sa plume socialiste, de cette plume qui, par le véhicule du feuilleton des Débats, venait (Vensocialipester la France et l'Europe ! Pardieu ! vous saviez bien que c'était du Socialisme que vous achetiez si cher ! Mais vous comptiez sur l'attrait de ce Socialisme, cent fois plus dangereux et plus contagieux sous la forme du romanfeuilleton que sous toute autre, pour ramener les abonnés à l'organe du grand parti des honnêtes gens, et l'argent fans la caisse! Et, avec l'accompagnement d'affichesmonstres et de grosse musique que vous y avez joint, le tour ne vous a pas mal réussi. Seulement, vous avez demandé à Eugène Sue d'assaisonner son Socialisme d'une capilotade de jésuites, à cause de vos traditions. Cela allait à Eugène Sue, qui n'était pas fâché de mettre la puissance de la mauvaise association pour le mal, en regard de celle de la bonne pour le bien- Donc, il vous a donné du Juif errant et du Martin, du Socialisme très vert et beaucoup plus foncé que le nôtre, par parenthèse. Et vous avez répandu vos feuilles empoisonnées à autant de centaines demilliers que vous avez pu !
Est-ce de la fable ou de l'histoire ?
Et aujourd'hui encore, qu'est-ce que les Sept péchés capitaux que vous publiez? Du Socialisme, du Socialisme pur, plus fort et plus tranché en doctrine que le précédent. Seulement, je le reconnais, vous ne passez plus à l'auteur le Socialisme sousjorme de réflexion. Il le met dans le roman, dans la fable, dans les faits. C'est du Socialisme en action. Mais de la phrase dictatique, on l'en prive. La situation ne le permet plus. Le tableau est socialiste ; seulement vous ne souffrez pas qu'on écrive au bas : Ceci est un tableau socialiste. Au contraire, vous avez dit quelque part : Les romans de M. E. Sue, que nous continuons à publier, ne sont plus socialistes. — Caillards!
Vous voyez donc bien que vous n'êtes pas des hommeB sérieux, et que vos tartines anti-sociales et vos grandes coi.'res sont pure jonglerie.
Et le livre de la Propriété de M. Thiers! en voilà une de plaisanterie. Les effarouchés et les peureux sentent le besoin de voir la Propriété défendue et les Socialistes écrasés. Bon! un livre sur la Propriété et contre les Socialistes, ce serait un coup de partie pour redevenir chef de parti. Vite donc un livre sur la Propriété et contre le Socialisme! Voici la division, la table des matières: il faut que cela soit broché rapidement. On remarque que M. Thiers a écrit cette fois d'un style... qui n'est pas le sien. Quelque couleur, de l'image, de la littérature, et non plus le robinet d'eau claire du discours parlementaire, du premier-Paris du Constitutionnel ou de Y Histoire du Consulat et de l'Empire. Mais je ne chipote pas là-dessus. M. Thiers, après tout, est bien capable d'avoir écrit cela lui-même et en quinze jours. Tout ce qui y concerne la défense de la Propriété (l'afhire capitale) et l'aUaque du Socialisme est si superficiel, si misérable, si nul ! Tout cela accuse une si profonde ignorance de ce que l'on y prétend écraser, des arguments qu'on y devrait réfuter, que j'ai vu déjeunes Socialistes de première année, sachant à peine leurs petits livres élémentaires, rester ébahis d'une telle pauvreté. « Mes boDS jeunes gens, leur ai-je dit, vous » n'avez pas compris... Vous avez cru, âmes candides, » qu'on avait écrit un livre pour redresser des idée3 faus- » ses, pour réfuter des raisonnements vicieux, pour raf- » fcrmir des principes ébranlés, pour ramener à la Pro- » priété les gens qui s'en éloignent et démonter les bat- » teries de ceux qui t'assiègent.
» Eh! certes oui, si l'on se fût proposé ce but sérieux, » vous auriez bien raison d'être étonnés. Alors il eût fallu » étudier, lire, prendre connaissance des ouvrages et des » idées socialistes, approfondir les principes des diverses » Ecoles, se rendre compte des systèmes, des théories, » des arguments vrais ou faux; savoir d'abord ce que » l'on voulait réfuter, reconnaître les positions de l'en- » nemi, l'emplacement de ses pièces, la valeur de se3for- » ces, de ses magasins, de ses réserves. Mais il s'agissait » bien de cela! H fallait tout simplement tirer en l'air, » tirer à poudre , obtenir beaucoup de bruit, de vo- » lume et de fumée et avoir l'air de rester maître du y champ de bataille...
» Il fallait, en un mot, faire un ouvrage publié à grand » fracas dans le Constitutionnel, que le peuple socialiste » n'y lirait pas (5 sous le numéro) ; un livre dont la re- » production eu toutou màine en partie serait formelle - » ment interdite pour ne pas nuire à l'édition à trois
» francs, ainsi cotée en faveur du peuple, ô patriotique » désintéressement de l'auteur et des éditeurs ! ; un livre » enfin que les badauds de la queue à former liraient ou » ne liraient pas, mais trouveraient dans les deux cas » superbe, péremptoire en faveur de la propriété et dé- » cisif contre les socialistes.
» Comprenez-vous maintenant, ô jeunes gens, qu'il ne » s'agissait pas de faire du bien à la Propriété, en conver- » lissant ceux qui s'en sont éloignés, en retenant ceux » qui s'en éloignent, en réfutant sérieusement les Sociay lis'es; mais de plaire à la Propriété, de la flatter, et de » lui offrir une apparence de hachis du Socialisme. En » un mot, il ne s'agissait pas de servir la cause de la » Propriété, mais bien de su servir de la Propreté pour • sa cause à soi. On a voulu faire un livre pour les Bour- >' geois qui croient à la Propriété et qui détestent le So- » cialisme, c'est-à-dire une manœuvre politique, et non » une bonne action sociale. En ce temps-là, on songeait à » la présidence de la République. Telle a été la première » idée de ce livre, ô mes bons jeunes gens. »
Et de fait, moi qui défends depuis 1828 la Propriété contre lesSaiuts-Simoniens,les Communistes, les Proudhonnistes,et qui viens encore de batailler ce soir jusqu'à minuit et demi, en faveur de la part du Capital, contre un de mes amis qui prétend qu'il sera bon de s'en passer dans l'avenir, je déclare hautement que si la cause de la Propriété ne pouvait pas être soutenue autrement que ne le fait M. Thiers, je serais depuis longtemps dans le camp de ses adversaires.
M. Thiers était cependant si content de ce livre qu'il en a donné une première édition à l'Assemblée nationale le 13 septembre, initiant par avance le public socialiste à sa suprême ignorance. De ce ton enseignant et tranchant qui caractérise son débit, d'ailleurs toujours clair et spirituel, M. Thiers a appris à l'Assemblée qu'il y a quatre espèces de Socialismes :
Celui de M. Proudhon,
Le Communisme,
L'Association (il se trouve que l'Association c'est chez M. Thiers le système de Louis Blanc, et M. Thiers le distingue du Communisme !)
Enfin... le Droit au Travail !
M. Thiers faisant du Droit au Travail un des quatre systèmes du Socialisme, ceci passe toute permission. C'est le Pirée pris pour un nom d'homme ! et cela a été enseigné d'un ton doctoral, parfaitement dégagé et sur de
soi, à l'Assemblée nationale qui, en assez grand nombre, a parbleu bien coupé dans la science de M. Thiers et pris le Pirée... je veux dire le Droit au Travail pour un système. Et, au lait, je me demande pourquoi M. Thiers se donnerait la peine de savoir ce qu'il dit? En débitant spirituellement des banalités que les badauds politiques sont toujours enchantés d'entendre professer par un parleur agréable et qui passe pour fort, il produit l'effet qu'il veut. 11 obtient mieux encore quand il leur enseigne tranehément des choses qu'il ignore et qu'ils ignorent eux-mêmes, à la condition d'avoir beaucoup d'aplomb et d'entrer dans tous leurs préjugés. Gagnant tout ce qu'il désire par ces deux procédés, pourquoi se donnerait-il une peine quelconque pe ur faire sur quoi que ce soit des études inutiles?
Si l'Assemblée nationale n'avait pas de notions claires sur les lapins et les crocodiles et que M. Thiers eût un intérêt politique quelconque à passer pour fort en histoire naturelle, il expliquerait sans sourciller à l'Assemblée que le lapin est une variété de crocodile , le crocodille une espèce de lapin, et le résultat demandé serait produit. Tout dépend de la manière de présenter 'es choses. « Voulez-vous savoir ce que c'est que le la] in? (Si- » lence !) Voulez-vous que je vous dise ce que c'est que » le crocodille? (A droite: Ecoutez! écoutez!) Eh ! mon » Dieu, j'ai beaucoup étudié, beaucoup approfondi ces » questions d'histoire naturelle; j'ai fait sur celle-ci en » particulier un livre ; j'ai observé ces animaux dans les » contrées qu'ils habitent; j'y ai consacré les trois » quarts d'un de mes voyages; ce sont de ces choses qu'un » homme qui a eu l'honneur de manier les affaiies d'un » grand pays ne doit pas ignortr; j'ai chez moi des col- » lections nombreuses de ces animaux ; je pourrais les » apporter à cette tribune ; mais ce serait inusité ; je ne » veux pas abuser des moments de l'Assemblée. (Parlez! » parlez!) En deux mots, en deux mots, si vous voulez » me prêier cette attention bienveillante à laquelle vous » m'avez accoutumé... (Oui! oui! parlez!)
» Je sais, messieurs, je n'ignore pas que les Socialistes v soutiennent que le crocodile et le lapin n'ont pas le » moindre rapport de parenté. Eh bien ! il faut que mes- » sieurs les socialistes me permettent de le leur dire, et » je ne prendrai pas quatre chemins pour leur dire cela, » (Très bien !) je le dirai à celte tribune, au grand jour de » cette tribune nationale où la vérité n'est jamais pro- » damée en vain ! où toutes les erreurs fatales à la go-
* ciété viennent se briser devant les reflets du bon sens » de ce grand pays que vous représentez. Eh bien ! c'est » une erreur de plus, ajoutée à toutes les illusions dan- » gereuses, fallacieuses.... (Bravo! très bien!) au moyen » desquelles les socialistes ont gangrené l'esprit peu cul- » tivé, facile à égarer, d'une portion des ouvriers des » villes (A droite : C'est cela ! très bien !) et menacé l'or- » dre social que nous raffermirons, que vous raffermirez, » que votre prudence, votre esprit de sagesse, votre ma- » turité... (Bruyants applaudissements à droite.) Les » Socialistes, messieurs, ont intérêt à bouleverser les » éléments des sciences naturelles: savez-vous pourquoi ? » C'est que la Propriété, qui est l'objet de toutes leurs » attaques, n'a pas seulement ses bases dans l'ordre lé- » gai des sociétés, elle a ses bases, et les plus solides, dans » l'ordre de la nature... (Explosion d'enthousiasme.) » Cela continue à couler ainsi pondant trois quarts d'heure ou une heure ; la droite est ravie ; pas mal de la gauche, qui voudraient bien résister, se sentent entortillés, et en lin de compte, clair comme le jour, le crocodile est une espèce de lapin, et M. Thiers lui-même un fameux... crocodile. — « On apprend toujours quelque chose avec ce diable de petit homme -là, » disent en jubilant se- amis à toutes les bonnes figures qu'ils rencontrent pendant la suspension de la séance. Le tour est fait.
M. Thiers n'a- 1- il pas eu l'aplomb de soutenir à la tribune, carrément, comme un fait, comme une chose évidente, connue de tous, incontestable, « que le Socialisme » ne s'étend qu'aux ouvriers des villes, que jamais les So- » cialistes ne se sont occupés de l'agriculture et des agri- » culteurs!... » M. Thiers, qui prononce avec dédain, à l'occasion, le mot de Phalanstère, dans une réclame électorale ou ailleurs, ignore donc qu'un Phalanstère est l'habitation saine, économique et somptueuse d'une Association de quatre cents familles de cultivateurs ; il ignore donc que le principal ouvrage de Fourier, publié en 1822, ouvrage d'où est sorti, souvent par voie de mutilation et de déformation, en grande partie tout ce qui constitue les idées du Socialisme moderne, a pour titre : Traité de l'Association domestique agricole. Il ignore que le Saint-Simonisme, que le Communisme, que toutes les variétés et les nuances du Socialisme, à quelques exceptions près, ont toujours entendu reposer en pleine terre, puisqu'elles visent à l'absorption et à l'organisation du travail social tout entier.'
La Démocratie pacifique a amusé pendant quinze jours
ses lecteurs avec les contradictions, les puérilités, les ignorances et les bourdes de tout genre dont fourmille le livre de M. Thiers ; elle eut pu faiie durer ce jeu six mois et ne pas épuiser la matière. Quand on fait un livre sur le Socialisme, et qu'on y prend un carré pour un cercle, un crapaud pour un chameau, un blaireau pour un cheval pur sang, la poudre à poudrer pour la poudre à canon, le tonnerre pour un paquet d'allumettes chimiques, etc. , on donne une belle marge à la critique de ceux qui savent. Qu'importe à M. Thiers ? Il sait très-bien que les Socialistes ne seront pas dupes de la mystification, mais ce n'est pas sur eux qu'il entend agir. Les ignorants applaudissent, cela suffit.
C'est donc l'audace extrême dans l'ignorance suprême! l'indifférence innée pour la vérité des choses aussi bien que pour le droit et les principes ! enfin la transformation de tout en moyens , en procédés au jour le jour, en ficelles pour faire jouer des ressorts donnés. La vie politique entière de M. Thiers est notre gage. Toujours de la tactique, et sans jamais s'en trop cacher, tant il compte (et il a bien raison) sur la sottise générale.
Hé bien ! la création du grand parti des honnêtes gens, qui est une tactique plus audacieuse que toutes les autres, et qui, rien que par sa dénomination, jette l'injure à tout ce qui reste en dehors, cette tactique-là ne réussira pas. On n'a jamais fait un parti de la vertu, ou seulement en ayant l'apparence, sans une foi sérieuse ou au moins des airs vertueux. La légèreté, l'outrecuidance, la largeur de la conscience au sujet des procédés, la transformation de tout en moyens, et la justification cynique de tous les moyens par le succès, ce ne sont pas là des bases pour un grand parti de la morale et de la vertu. M. Thiers ne sera pas le Caton de cette époque. Il y faudrait un fanatisme de principes que n'exprime point sa petite figure sceptique et sensuelle. Mais le chef du grand parti des badauds et des moustiques, à la bonne heure.
% 57. La capacité du grand parti des gens capables.
Nous avons expliqué comment et pourquoi il y a des gens qui croient à la capacité politique de M. Th'ers. Dans ce pays-ci, l'agilité, le savoir-faire et l'esprit, joints à un aplomb solide, ont toujours donné des réputations et de l'autorité pour un temps.
Mais qu'on cite un acte, une conduite de gouvernement ou de pirti, quelque chose enfin qui soit, pour M.
Thiera, un titre de capacité supérieure. Je serai» bien aise de connaître quelque chose.
Je le suis depuis dix-huit ans. Souvent j'ai constaté qu'on lui faisait d'absurdes querelles; je me sons parfaitement disposé à le louer demain s'il fait ce soir quelque chose de bien; mais enfin je ne connais rien qui l'indique sérieusement comme un homme d'État de quelque supériorité. Bien au contraire , et son inconsistance ne lui a valu que des mystifications en Europe où on ne l'a jamais pris au sérieux : et l'on a eu bien raison ; je n'en veux qu'une courte preuve.
La question d'Orient chauffait. Le ministère du 12 Mai, composé d'hommes que M. Thiers regardait comme insuffisants, et qui n'avaient pas il est vrai fa suffisance, avait compris qu'il ne s'agissait pas le moins du monde du sultan et du pacha, que c'était une question européenne avant tout, qu'elle devait être résolue par le congrès des Puissances. La partie engagée était spécialement l'affaire des routes de l'Orient, par l'Isthme de Suez et l'Euphrate. 11 n'y a pas d'enfant qui ne comprenne que l'Angleterre aurait usé son dernier homme et son dernier scheling plutôt que de laisser constituer, à chevai sur l'Isthme et sur la Syrie, une force qui pût dominer ces routes et les lui interdire un jour.
Hé bien ! savez-vous ce que voulait M. Thiers? C'est lui qui l'a dit, de sa bouche, à la tribune de la chambre des députés, quand il cherchait à liquider, avec des phrases, sa banqueroute du 1er Mars. Constantinople étant trop loin pour que la France y pût exercer une prépotence, M. Thiers la voulait a Alexandrie : « J'ai toujours pensé que » nous ne pouvions pas avoir une irfiuence prépondé- » rante à Constantinople; qu'il fallait, en vue de la Mé- » diterranée, fonder cette influence à Alexandrie...»
La France, d'après M. Thiers, devait donc, au nom du droit européen, du droit de tous, tenir en échec les prétentions exclusives et lYgoï.-me de la Ru??ie à Constantinople. C'était la politique dictée à M. Guizot, son ambassadeur en Angleterre. Très bien !
En même temps elle devait, contrairement au droit européen, au droit de tous, contrairement au premier intérêt de 1 Angleterre, se ménager une influence prépondérante, c'est-à-dire poursuivre des prétentions égoïstes et exclusives sur l'Egypte et la Syrie !
En même temps l'Angleterre était notre magnanime alliée, toute notre politique extérieure se traduisait par l'alliance anglaise , nous devions sacrifier notre marine à
cette alliance, et ne songer qu'à nous montrer redoutables à nos voisins continentaux !
M. Thiers était tellement persuadé (toujours l'effet de cette même inexprimable suffisance) qu'il ferait ce qu'il voudrait de lord Palmerston, qu'il l'amènerait où bon lui semblerait, que, au moment même où il se disposait à suivre à Alexandrie une politique contre laquelle l'Angleterre eût plutôt, et avec raison, fait mille ans la guerre que d'en accepter les conséquences, M. Thiers arrangeait la querelle très envenimée de l'Angleterre avec le roi de Naples, et rendait ainsi à lord Palmerston la liberté d'une partie de ses forces navales !
L'Angleterre a 80 à 100 millions de sujets dans l'Inde. Ses conditions de vie se trouvent dans ce monde oriental dont l'Isthme de Suez etlaligne de l'Euphrate sont les routes directes. L'Angleterre ne consentira jamais à l'établissement, en Egypte et en Syrie, d'une force qui puisse lui barrer ces routes. Il n'appartient, d'ailleurs, qu'à une politique étroite, misérable, barbare, et par dessus le marché absurde, de prétendre les lui barrer. L'Angleterre représentait ici un intérêt de progrès et de civilisation, et ia France, sous la conduite de M. Thiers, un intérêt d'ambition barbare et d'égoïsme.
Mais soit! Quelque misérable, quelque absurde que l'on puisse trouver l'idée, acceptons-la. La conséquence inévitable, infaillible, nécessaire, c'est que nous avons contre nous la Grande-Bretagne, et que nous ne pouvons nous saisir, directement ou indirectement, de cette clef de l'Orient que par une guerre de mille ans, si l'Angleterre et nous nous pouvons entretenir mille ans la guerre.
Eh bien ! M. Thiers entendant ainsi la question d'Orient, M. Thiers la résolvant par la prépotence de la France en Egypte , imaginait qu'il aurait facilement raison de l'Angleterre! que lord Palmerston en passerait par où il voudrait ! il proclamait l'alliance anglaise, et se hâtait d'arranger le différend anglo-napolitain pour que Palmerston eût la disponibilité de toutes ses forces dans la Méditerranée!!!
Si c'était ici le lieu de reprendre l'histoire de cette question, de retracer les débats auxquels elle a donné lieu en novembre et décembre 1840, dans les Chambres françaises, nous en ferions suer par tous les pores les preuves de cette inconséquence, de cette légèreté, de cette fatuité politique, de cette folie qui aboutissait à la guerre au printemps, à une guerre absurde, injustifiable avec toute l'Europe continentale, peuples et rois contre nous.
couronnement de la politique du chef de parti de la capacité !
Nous autres, pauvres utopistes, gens incapables, grands visionnaires, nous n'avions cependant pas laissé passer un jour sans exposer la solution vraiment rationnelle et politique de cette grande question : la Neutralisation des roules de l'Inde et l'établissement, en commun, sous le protectorat de toutes les Puissances, d'une grande voie de communication maritime à travers l'Isthme. Telle était la grande idée sur laquelle la diplomatie française devait glorieusement poser la question. Tous les bons esprits acceptent aujourd'hui, comme la véritable, cette solution sur laquelle, ainsi que sur tant d'autres nous avons été de dix ans en avance de l'opinion publique. Cela n'empêche pas que nous restions des rêveurs extravagants, des crétins, et que M Thiers ne soit un homme pratique et éminent.
Nous ne refuserons pas à nos lecteurs le plaisir de trois échantillons du Constitutionnel qui ont leur prix. Attention aux dates.
Constitutionnel un 7 juillet 4840.
La confiance que le pouvoir inspire au dedans crée son ascendant au dehors. Sans sacrifices d'intérêts, nos rapports avec l'Angleterre, refroidis sous l'influence d'une autre politique, ont été améliorés par une politique nouvelle; témoin celte noble réponse du cabinet anglais à la demande en restitution des cendres de l'empereur. L'affaire d'Orient, entravée par une intervention inopportune dont la France aurait eu le tort de prendre V initiative, se montre aujourd'hui sous un aspect favorable. Tandis que le projet d'une conférence à Londres reste suspendu , l'espoir d'une transaction directe et prochaine surgit d'Alexandrie et de Constantinople.
Constitutionnel du. 4 3 juillet 18 40.
Dans que! état le cabinet du 1er mars a-t-il trouvé l'affaire d Orient? L'offre imprudente d'une médiation européenne, loin de rapprocher les parties, aurait divisé les médiateurs. L'irritation entre toutes les puissances mêlées directement ou indirectement à ce conflit était extrême; une solution paraissait impossible. Aujourd'hui on ne niera pas que la question ne se présente sous un aspect beaucoup plus calme. Qu'a fait à cela le ministèro? Ce n'est pas à nous à dévoiler les secrets d'une diplomatie que nous ne connaissons pas; mais cette question, qui donnait des alarmes, n'en inspire plus pour le moment. Il semblait qu'on allait prendre des résolutions violentes contre le Pacha; on ne parait plus le craindre aujourd'hui. On regardait eu général un arrangement comme impossible, entre la Porte et l'Eeypte, et aujourd'hui, les dispositions les plus pacifiques et
les plus accommodunU i Nous
ne pourrlon p dit ■ quelle part le cabinol a priiedani i que nous tenon i | >< >r j r in< onto Ite et la fermeh apportées dans la polltlq , \qvsl'
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lltuttonnel du i ; juillet I
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pari de la fortune, loi ta part très grande
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h" ..n appn ii. m le traité 15 |uillet .
pn oliémeut deux Jours avant que le Constitutionnel dm i.it on coi termes I faits diplomatiques de sou
ii. n i ! Le lendemain, 1 l, avait lieu l'insurrection deB
i i, qui enlevait li pouvoirànotrs auguste nièce Marie*
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M oui r oi es citations tout aussi bouffon
n- m dei autres joui u iux voui s, en ci tempi là, •> I des | in: i ces de M i bit i t e Cow
i a i frai ■ nui, mi.iik la <iin ction de M. i son Fauchai . s'était Jeté dans la guerre jusqu'au cou, et embou ■ii ut, .i faire pitié, la trompette dei fanfaronnades et de la conquête du Rhin, noui en fournirait de mirobolan m 1 1 on, conqui rant I Ces geni le onl pourtant i.ui .i la i ni ice un mal énorme lia onl irrité profondé ment l< h peuples alli mandi . n I irmé contre nous II litlon • uropi > in. 1 1 n'ont lai é au pays, an i e retirant comme m Dufaure r i dit avec M i bi<
"» novembre 18 10, d'autre parti que la r< ii| nation
Voilà pourtant ce qu'on! fait le* hontmet m/' quand ils avaii ni Is Pouvoii dan elles lug< i li .i leurs œuvres ^ui fruits <>n • onns l l'arbre
in ré umé
Depuis hull mois, li Conttitvtionnêl nous répète sur tous les tons qu 11 osl i organe des hommes de la haute i»"» bité et de la haute capai Ité , que la Iti publique ne peut être fondée, affermie que par ces hommes; quels salut de la i rani a est attai hé 6 M i bii i . au Comtituti et .i leurs amis , que la polltl |u lu pays ne peut être empreinte que pat eus d'un • n irai et gierleui
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