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notre grave ambassadeur, employait de bien autres ex pressions encore, disant qu'il ferait passer Louis-Philippe et M. Thiers par le trou d'une aiguille. Il savait bien de qui il parlait.
On proposerait pour chef d'un parti de probité et de moralité un homme comme M. Dufaure, que cela se comprendrait ; mais M. Thiers, flanqué de tous les roués, de tous les sceptiques, de tous les matérialistes, de .tous les intrigants, de tous les faiseurs qui chanteraient un Te Deum le jour de sa rentrée aux affaires et de leur rentrée à la Bourse, non ! Par la tournure de son esprit et par son défaut absolu de convictions, par sa versatilité, sa légèreté, par son petit génie brouillon, M. Thiers ne sera jama!s chef que du parti des intrigants politiquas, avec une détestable queue d'intrigants de tous les autres genres.
Quand à la capacité, en dehors de la prestidigitation de la tribune et du talent d'écrivain prolixe, mettant les faits à la place du droit et ses inventions à la place des faits, je la lui dénie complètement. Jamais homme n'a plus tristement gouverné un pays et un parti. Au pouvoir, M. Thiers a ruiné la politique française, et, pour s'être alliée à lui, l'opposition parlementaire s'est vue tomber dans ce genre d'anéantissement politique qui suit toujours le mépris des principes.
Qu'on me cite un acte politique de M. Thiers, un seul, dénotant un homme supérieur ! Je me charge d'en citer cent et encore cent et cent autres démontrant l'infériorité, l'étroitesse, la suffisance folle, le mépris des principes et le caractère inconsistant et brouillon du sujet.
Voilà le sauveur du pays, l'Hercule chargé d'écraser l'hydre du Socialisme !
M. Thiers a passé dix- huit ans à être continuellement compère et dupe de Louis-Philippe et son dernier acte de complicité, sa dernière coquetterie pour se refaire possible sous le père, ou tout au moins se préparer à être le nrnistre de la régence, a enlevé à la dynastie d'Orléans la seule chance de salut qu'elle conservât... M. Thiers était pourtant bien dévoué. Ecoutons seulement quelquesunes de ses paroles dans la discussion de la régence.
Séance du samedi 20 août 1842.
« J'ai parlé dans mon bureau avec peu de respect du pou- » voir constituant, et je m'en excuse; mais savez-vous pour- » quoi j'ai montré pour ce pouvoir si peu de respect? C'est » qu'en effet je n'en ai yas du tout. »
» La nation, représentée par la chambre des députés, d'un » accord unanime, a contracté avec la dynastie ; elle lui a dit : » Voilà à quelles conditions nous vous appartenons comme » sujets, selon la loi de la dynastie dépositaire de la loi que » nous Lndons.
(Violenta explosion de murmures à l'extrême gauche.) Plus loin, s'adressant au côté droit qui l'interrompait en lui disant qu'il ne allait pas exagérer le principe de l'hérédité monarchique :
« Vous avez raison de parler au nom de votre droit de
» citoyens; là, vous êîes inviolables, et c'est notre honneur que » vous le soyez ; car nous ténors la parole que vous n'avez pas » tenue ; c'est notre honneur que vous soyez inviolables ; mais » quand vous parlez au nom do votre passé et de vos souve- » nirs, prenez garde, c'est nous qui vous les raDDellerons ; » ils seraient la condamnation de oe aue vous représentez.
« Pour moi, quanl la charte a institué la royauté comme » nou3 l'avons, en lui donnant une masse de pouvoirs énormes, » l'unité du pouvoir exécutif, le droit de paix et de guerre, le » commandement des armées, le droit d'administrer tout ce qui w compose le gouvernement, tous les pouvoirs enfin; quand » elle lui a donné l'inviolabilité, quand elle lui a donné l'héré- » dite, l'hérédité du prince capable au prince incapable, et » quelquefois, comme cela s'est fait on Angleterre, au princ? » aliéné, sans que le pays en fût moins grand, dans ma con- » viction, ce n'est pas un présent qu'elle a fait à la royauté, » c'est une institutioyi profonde, admirable, qu'aucun doc- » teur de droit public n'a inventée, que la nature seule a in- » ventée dans les grands pays. Pour moi, c'est l'invention » admirable du génie, non pas de tel ou tel génie, mais du » vrai génie de l'homme.
» J'adhère à la charte, non pas seulement comme â une » lettre écrite, mais de toute la puissance de mon esprit. Je » crois que la royauté qu'elle a faite est la bonne royauté, » la seule que le bon sens moderne pût conseiller, la seule » qui satiifait.à tous les intérêts. »
Si, avec ces convictions, M. Thiers n'a pas sauvé la monarchie, n( us demandons comment, avec ces mômes convictions (elles étaient trop profondes et trop absolues sans doute pour avoir pu changer), comment M. Thiers sauvera la République? Nous demandons comment un homme qui admirait à ce point la charte et le gouvernement monarchique, dont cette forme était la seule idée, la seule philosophie, la seule religion, comment cet homme a osé venir dans une Constitnante républicaine , et s'y donner l'air de vouloir s'associer à la fondation d'une République ? Nous demandons enfin à tous les badauds qui admettent que, après tout, leur intérêt le plus cher
aujourd'hui, c'est la consolidation et la pacification de la République, que nulle autre forme n'est désormais possible, que toutes les tentatives de restaurations impériales, légitimistes ou orléanistes, sont grosses seulement de horions, de sang et de misères, nous leur demandons comment ils ne comprennent pas qu'ils devraient laisser faire la République aux démocrates, et ne pas leur jeter des intrigues et des embarras dans les jambes, en donnant force à des hommes ayant les antécédents, les habitudes et le genre de facultés politiques de M. Thiers?
Je termine en répétant que M. Thiers a perdu la politique de la France par sa déplonble et extravagante administration du 1er mars ; que l'Opposition s'est perdue en s'associant à lui; qu'il a enfin perdu la monarchie en repoussant la régence d'une femme respectée et populaire en France, pour ne laisser en réserve, à la monarchie, au premier accident de l'impopularité de Louis- Philippe, que l'impopularité du duc de Nemours....
Vantez-nous donc la haute capacité politique de M. Thiers, et sauvez-moi la société avec un pareil sauveur.
11 faut donc rayer M. Thiers, et le grand Parti sauveur à sa suite, do Y Avoir de la Résistance.
P. S. Et les légitimistes ! les légitimistes, ces représentants de l'honneur et de la chevalerie qui s'allient aujourd'hui sub invocations Ludovici Napoleonis, avec l'homme qui a acheté leur folle, mais brave duchesse de Berry à l'infâme Deutz, et qui l'a déshonorée à Blaye à la face de l'Europe entière ! — Fi ! fi donc !
Et vous vous croyez quelque force quand vous en êtes réduits les uns les autres à dételles alliances! Allons, Ruines, débarrassez-nous le chemin, que la Démocratie et l'Humanité passent...
§ 58. Le Socialisme impérialiste.
Que vous reste-t-il donc, ô représentants de la vieille Société? A quoi en êtes-vous réduits? Vous avez une telle foi en vous-mêmes que vous voilà forcés de vous faire des fétiches ! Voilà tous mes éminents, mes grands hommes politiques subissant l'affront d'un engouement ridicule du peuple ignorant des campagnes, pour un nom dont les titres politiques au gouvernement du pays se réduisent aux deux risibles équipées de Boulogne et de Strasbourg !
Il fait beau voir toutes ces têtes qui se croient possibles capituler avec leur sentiment intime, et après s'être exprimées dans les termes les plus méprisanta sur le candidat impérial, s'apprêter à devenir ses ministres, servir platement sa candidature ou se réserver gravement pour sauver le pays sous son inspiration.
Sauvez donc la société avec votre Aigle vivant !
Mais, pardieu ! j'y songe ; à quoi pensez-vous donc? il est Socialiste, votre Prétendant.
Avez-vous lu, M. Thiers, X Extinction du paupérisme, par votre Prétendant ? Avez-vous parcouru, ô Constitutionnel, cette œuvre d'abomination ! Tout ce que vous avez combattu, écrasé, conspué à la tribune s'y trouve réuni en 53 pages, ô M. Thiers ! je viens de lire cela à l'instant, 4e édition, chez Ed. Tremblnire, rue Neuve-des- Petits-Chamr s, 36, septembre 1848. Septembre 1848! 4e édition, à la barbe de vos discours, ô M. Thiers! et de vos anathèmes, ô Constitutionnel ! D'abord, j'y trouve, chap. 1er, toutes les idées générales du domaine commun du Socialisme, de fort bonnes idées, ma foi, que nous ne renions pas, nous autres, que nous louons d'autant plus franchement qu'on nous les a prises plus textuellement; et jusqu'aux critiques qui vous déplaisent le plus, celle-ci, par exemple, contre les caisses d'épargne : « Vouloir soulager la misère des hommes qui n'ont » pas de quoi vivre, en leur proposant de mettre tous » les ans de côté un quelque chose (sic) qu'ils n'ont pas, » est une dérision ou une absurdité. » — M. Charles Dupin, je vous invite à vous voiler la face.
« Qu'y a-t-il donc à faire? Le voici. Notre loi égalitaire » de la division des propriétés ruine l'agriculture; il faut » remédier à cet inconvénient par une association qui, » employant tous les bras inoccupés, recrée la grande » propriété et la grande culture sans aucun désavantage » pour nos principes politiques. »
Et là-dessus, mon prince nous broche un projet de quatre-viDgt-six colonies agrico-militari-socialisks, au prix de 300 millions, prélevés, ô horreur! sur le budget de l'Etat, et destinés, voyez page 34, à envahir un jour... le monde ! pas moins que cela... « Quand il n'y aura plus » assez de terre à assez bas prix en France, l'association » établira deg succursales en Algérie, en Amérique uuô- » me; elle peut un jour envahir le inonde! car partout » où il y aura un hectare à défricher et un pauvre à nour- » rir, elle sera là avec ses capitaux, son armée detra- » vailleurs, son incessante activité. »
Ce pauvre M. Thiers et son Constitutionnel se doutentils, quand ils crient si haut contre les ateliers sociauxles colonies agricoles et tous les moyens proposés par les Socialistes pour les premières réalisations du droit au travail, c'est-à-dire, n'est-ce pas, pour organiser la grève, que leur candidat à la présidence a fait réimprimer, en septembre 1848, ceci :
« Lorque l'industrie privée aura besoin de bras, elle » viendra les demander à ces dépôts centraux (ateliers » sociaux), qui, par le fait, maiatiendront toujours les » salaires à un taux rémunérateur ; car il est clair que » l'ouvrier, certain de trouver dans les colonies agrico- » les uneexistence assurée, n'acceptera de travail dans » l'industrie privée qu'autant que celle-ci lui offrira des » bénéfices au-delà du strict nécessaire que lui fournira » toujours l'association générale. »
Est-ce clair?
Je trouve, page 22 :
« Ces institutions charitables, au milieu d'un monde » égoïste, livré a la FÉODALITÉ DE L'ARGENT, doi- » vent produire le même effet bienfaisant que les monas- » tères qui vinrent, au moyen-àge, planter au milieu des » forêts, des gens de guerre et des serfs, des germes de » lumière, de paix et de civilisation. » — Comparaison flatteuse pour le régime actuel.
Est-ce tout? — Ecoutez, s'il vous plaît (page 50) :
« Aujourd'hui, la rétribution du travail est abandon- » îée AU HASARD OU A LA VIOLENCE. C'est LE MAI- » THE QUI OPPRIME ou l'ouvrier qui se révolte. »
Page 52 :
« La pauvreté ne sera plus séditieuse, LORSQUE L'O- » PULENCE NE SERA PLUS OPPRESSIVE. »
il y a, par ma foi, du bon dans V Extinction de M. Louis-Napoléon, et l'on s'apperçoit qu'il a été longtemps lecteur assidu et renteur de la Démocratie pacifique. On peut espérer qu'il condescendrait peut-être à retirer ce qu'il a mis de lui dans ce petit travail, à déraidir, à désimpérialiser et démilitariser son Socialisme, à le rendre plus flexible, plus pratique, plus conforme aux idées de liberté,- à s'éloigner un peu plus de la caserne pour se rapprocher du Phalansière. Avec ces modifications, en élargissant un peu son triste idéal, si M. Bonaparte avait consenti d'ailleurs a ne point prendre sa princtrie au sérieux , à renoncer catégoriquement à ses droits légitimes, à faire oublier ses équipées de prétendant par quelques années de travaux louables, a donner à la République des
garanties sérieuses, à ne pas réserver sa couronne et son sceptre, à ne pas tripoter avec les instincts égoïstes et réactionnaires, à ne pas se faire une candidature d'images et de bons hommes, à demander à la France éclairée ce qu'il demande à la France ignorante, etc., etc., à ces conditions-là nous aurions bien pu, un jour, lui donner, nous autres socialistes, nos voix pour une présidence.
Mais qu'il soit aujourd'hui patrôné par tous les pourfendeurs du Socialismes ; que M. Thiers, muî n'a pas assez de sarcasmes contre toutes les idées, bonnes et mauvaises, justes et absurdes, qui défraient les 53 pages de la petite brochure que son prétendant vient de réimprimer, se soit fait, avec le Constitutionnel et tutti quanti, le hérault de cette candidature; voilà qui couvre certainement de honte et de confusion et le Constitutionnel et M. Thiers, et toutes les autres Eminences anti-sociales qui ont passé au candidat du Socialisme impérialiste.
Vous voyez bien que vous avez beau faire, beau vous retourner, le Socialisme est partout, sous une forme ou une autre. A chaque pas que vous faites vous tombez dedans. Vous en trouvez jusqu'au bec de votre Aigle....
§ 39. L'Apocalypse.
Mais quoi, me faudra-t-il donner un coup de talon dans toutes vos planches de salut pour prouver qu'elles ne sont que des planches pourries ? A quoi bon? Demandtz-vou3 chacun le cas que vous faites des plan^ ches de salut des autres, et le cas que ceux-ci font de la vôtre... Tenez, vous nous faites pitié, avec vos restaurations de monarchie impériale, de monarchie aînée, trois fois chassée, de monarchie cadette, é.ouffée sous seâ hontes en pleine paix, en pleine puissance. Vraiment ! c'est quand les vieux empires s'écroulent, quand les sceptres tombent sous le vent de la colère des peuples comme les feuilles en automne, que vou3 songez à nous ramener la monarchie dans cette France qui avait déjà coupé la tète à un brave homme de roi parce qu'il était roi, quand toute l'Europe était encore monarchique et se battait pour la monarchie ! Vous n'avez pas encore pu comprendre que l'histoire se fait avec des idées, vous croyez toujours qu'elle se fait avec des intrigues. Eh bien ! moi je vous dis que vos prétendants ce sont des coups de fusils de plus entre nous, et des balles dans le ventr? pour eux, voilà tout. Avec cela, ramenez la confiance.
Quand vous voulez faire marcher la société avec les idées qui la faisaient marcher autrefois, c'est comme si
vous ramassiez les feuilles sèches tombées d'un arbre et que vous essayiez de les remettre en place. L'arbre ne portera de feuilles que celles de la nouvelle pousse, entendez-vous bien!
Vous êtes profondément divisés, incapables de vous réuDir, de faire corps, et surtout de foire âme... Je vois vos haines, vos colères, vos passions violentes, vos baisers de Judas. Vous êtes sans foi, sans cohésion et sans accord possibles. Autour de quelle croyance unirez-vous les cœurs? Montri z-nous un drapeau? un symbole? Quel gage aux intérê's, quel espoir, quelle nourriture aux âmes? — Passez, passez donc, nuées de poussière.
Comment! en pleine paix, après quinze ans, puis dixhuit ans de prospérité toujours croissante, vous avez eu deux révolutions, deux expulsions de familles royales ; les crises industrielles de plus en plus graves, une corruption, un avilissement de l'esprit public et des mœurs nationales comme on n'en avait jamais vu depuis la décadence de l'Empire romain, et vous croiriez cette société capable de tenir! Mais lisez seulement vos journaux, voyez ces débordements d'accusations réciproques, de haines, de calomnies ! ce dénigrement universel ! cette impopularité qui vient saisir quiconque est au pouvoir depuis huit jours ! Et vous croyez cette société gouvernable et disciplinable?
Depuis Foixante ans, l'esprit français est saisi d'une rage de critique, d'opposition et da dénigrement, devant laquelle rien ne peut rester debout. Cette disposition est providentielle. Le peuple initiateur, dès qu'il a atteint l'époque où une vieille forme sociale est à remplacer par une autre, doit avoir dans l'esprit une disposition corrosive et destructive suprême à laquelle rien ne puisse résister. Il le faut pour que l'ancien Ordre ne puisse se rétablir; il le faut pour que toutes les idées qui doivent servir à la construction du nouveau soient passées à l'étamine ; car, sur mille idées que l'on propose, il y en a toujours neuf cent quatre-vingt-dix-neuf de saugrenues, et il est bon qu'on les éprouve rudement toutes avant de s'en servir. Vous voyez que votre propre scepticisme, comme invincible agent de dissolution, est lui-même un élément providentiel. Cela doit vous faire plaisir de vous raccrocher à la Providence par quelque bout.
Je proclame la mort de la vieille société. Vorwœrtz !
La société nouvelle qui tend à surgir du chaos du vieux monde est une société de paix universelle, d'accord des
individus, des peuples et des races, de travail, de richesse et d'associatioD.
Liberté, salut ! ton règne arrive.
Qu'est devenue la sagesse des oppresseurs, des Metternich, des Guizot, des Philippe, d( s aristocrates de la vieille Allemagne, des exploiteurs des peuples en tout pays ! Le souffle de Dieu balaie tous ces prétendus sages.
Les temps de l'exploitation de l'homme par l'homme et par la bête sont passé?.
Les signes sont manifestes.
Les rois de la Banque, les princes de la finance sont tombés avec ceux de la politique pour ne plus se relever. Le vieux crédit féodal est mort. Le travail, la confiance, la production de la richesse, sont suspendus jusqu'à la constitution du crédit démocratique et socialiste, jusqu'à l'entrée régulière en voie d'association fraternelle du Capital avec le Travail et le Talent.
Trois grands mouvements tourmentent le sein de l'Europe.
Il se fait un travail de races et de nationalités. Les nationalités et les races s'ébranlent pour réaliser leur indépendance.
Il se fait un travail de liberté politique. Les peuples, dont le droit politique était naguère encore le droit féodal, s'élancent à la conquête du droit nouveau proclamé par la France en 89, et réalisé dans sa dernière formule générale par la Révolution de Février.
Se fait, enfin, le travail socialiste, le travail de l'affranchissement social du Peuple par la création de nouveaux rapports économiques. La France et les peuples les plus avancés s'agitent pour remplacer le morcellement, l'égoïsme et l'antagonisme divergent, par une société fondée sur l'association, l'accord fraternel, la liberté réelle et l'unité d'action.
Ecoutez à l'orient de l'Europe, en Italie et dans toute la Slavie, depuis les bouches du Danube jusqu'à la Baltique, en Illyrie, en Hongrie, en Bohème, en Pologne, dans les provinces occidentales de la Russie, et jusque dans les anciennes provinces de la Scandinavie, éco tez le bruit que fait le dégagement des races et des nationalités. Quel chaos déjà! et quelles luttes se préparent....
Ecoutez, en Allemagne, le travail révolutionnaire de la démocratie politique. Toujours l'aveuglement et la folie sur les trônes et l'invincible ardeur révolutionnaire dans les masses qui conspirent leur affranchissement. Hourra ! hourra pour les peuples.
Ah ! que de sang, que de iar mes, que de misères et de cadavres coûtent à l'humanité les extravagances furieuses de ces monarchie' (t de ces aristocraties qui se prétendent des droits sur les nations, et qui résistent avec les débris de leurs puissantes organisations militaires et despotiques aux tendances libres du monde ! Hourra ! hourra pour les peuples! A bas tous ces sceptres, tous ces jougs qui empêchent les peuples de se donner la main, de former leur définitive et Sainte-AMasce.
I/Italie à l'Italien ! l'Allemagne à l'Allemand! l'Irlande à l'Irlandais ! tous les éléments slaves libres chez eux et confédérés! Plus de domination d'une famille sur un peuple, d'un peuple ou d'une race sur un autre peuple on éixr une autre race. Que les variétés de l'espèce humaine se groupent suivant leurs libres affinités. C'est la condition première de leur libre accord; car il n'y aura pas de paix sur le continent tant que l'Italie, la Pologne, la Hongrie, la Bohême, etc., conspireront contre le joug de l'étranger. La liberté pour tous, ou la révolution et la guerre à l'ordre du jour de l'Europe en permanence !
Nicolas, czar de toutes les Russies, salut à toi ! salut à toi, grand instrument de la Providence ! à loi, l'homme fatidique appelé à faire marcher la Piévolution et la Démocratie en Europe et à sauver la liberté !
Dès que j'ai vu manquée l'occasion de Février, cette magnifique et sublime occasion de ralliement universel yn France autour du drapeau républicain; dès que grâce au désaccord et à l'absence d'idées au gouvernement provisoire, j'ai vu les uns, un instant qui a suffi pour tout gâter, se trompant de soixante ans, effrayer les esprits par d'absurdes restaurations du ton et des allures de la première révolution, les autres les épouvanter par les prédications d'un socialisme raide, étroit et inacceptable ; dès que j'ai vu qu'on ne savait pas rallier et entramer les âmes, instaurer à la place du vieux crédit tombé des institutions nouvelles et démocratiques, inspirer confiance et foi au nouveau régime, l'inaugurer par des bienfaits, fonder le crédit foncier, le crédit mobilier et le crédit personnel sur la libre association des valeurs, et, dès lors, la défiance, l'égoïsme, le matérialisme aveugle, les préjugés, les intrigues, et bientôt la passion réactionnaire, divisant et affaiblissant la France, la faisant dévier de sa grande mission protectrice de la démocratie en Europe, annulant son influence morale à l'extérieur et renouant la politique honteuse de la monarchie philippiste ; dès que j'ai vu ces choses, ô Nicolas! je n'ai plus
compté que sur toi pour sauver la liberté en Europe ! Il se lèvera bientôt en effet le jour où tu croiras venu le moment de marcher. Tes hordes asiatiques s'ébranleront! Tu feras appel au panslavisme ! Tu seras plein d'espoir et dévore d'ambition et d'orgueil. Tu t'entendras avec ton beau-frère de Berlin, avec ton cousin de Vienne, et, sous prétexte d'appui à donner aux couronnes et aux bases de l'ordre social en Europe, tu avanceras sur l'Allemagne et l'Italie....
Alors, ce sera le grand jour; alors, toutes les forces de la démocratie européenne, ralliées par toi contre toi, se lèveront comme un seul homme ; tu joueras, vis-à-vis l'Europe et les rois de l'Allemagne, le rôle que la coalition a joué vis-à-vis la France et le malheureux Louis XVI. Le sol retentira sous les pas des chevaux, sous les roues des canons ; les peuples entonreront une immense Marseillaise, et c'est à la suite de cela que l'Europe ne serapas cosaque, ô Czar, mais républicaine.
Entre temps, ce grand mouvement d'affranchissement politique et national se compliquera des bouillonnements de la révolution socialiste, et le calme ne renaîtra pas avant
Que chaque peuple ne soit libre chez lui ;
Que l'Europe centrale et méridionale ne soit une grande confédération d'Etats républicains;
Que les peuples les plus avancés ne soient en voie d'organiser régulièrement les institutions de la République fraternelle et sociale, pour donner bon exemple et prompt espoir aux autres.
Jusque-là, Soulèvements, Révolutions, Misères et Guerres civiles et Guerres étrangères d'un bout à l'autre de l'Europe, avec le Choléra brochant sur le tout. Mais le Choléra est bien peu de chose au milieu des désastres de la liquidation des iniquités du vieux monde.
Il eût été cependant facile d'épargner à l'humanité cette crise suprême ! Si l'on eût su faire reprendre la greffe sociale sur la République politique en Février, la France sauvait le monde sans coup-ferir.
Je crains bien qu'il soit tard aujourd'hui, et que les anti-sociaux refusant de se convertir assez tôt, l'Apocalypse ne s'accomplisse de nouvtau.
Une fois déjà, elle s'est accomplie la prédiction du vieux Jean :
L'Empire romain a mis quelques siècles à crouler.
Aujourd'hui, les choses vont plus vite.
Depuis soixante ans, nous avons fait le travail de trois
siècles du temps des Romains. Depuis l'invention de l'imprimerie et de la vapeur, les Morts vont vite-,
La monarchie absolue a terminé sa carrière historique par une manifestation glorieuse sous la forme de l'Empire napoléonien.
Il est probable que cette dernière forme est destinée à recevoir sa caricature et à faire enterrer à jamais sous le ridicule l'illusion de ses glorieux souvenirs. Le nom impérial brillera deux mois, pour être bientôt dévoré par le dénigrement du siècle, comme tous les autres pouvoirs que l'on pourra encore imiter du passé.
Entre temps les peuples se convertiront rapidement au Christianisme , c'est-à-dire au bon Socialisme, au Socialisme à la fois scientifique et évangélique.
Cette fois, la Science éclairant le Sentiment, nous aurons les Nouveaux Cieux et la Nouvelle Terre.
Au reste, voici les paroles du vieux Jean. Princes de la terre, rois, aristocrates, hauts et puissants seigneurs de la féodalité financière et mercantile, exploiteurs de tous les genres écoutez votre horoscope :
Annonce de la condamnation et de la ruine de cette grande prostituée qui vient dêtre décrite. Consternation de ceuor qui lui étaient unis. Joie des anges et des saints.
1 . Après cela, je vis uu autre ange qui descendait du ciel, ayant une grande puissance, et la terre fut éclairée de sa gloire ;
2. Et il ciia de toute sa force : elle est tombée la grande Babylone ; et elle est devenue la demeure des démons, la retraite do tout esprit immonde, et le repaire de tout oiseau impur et haïssable ,•
3. Parce que toutes les nations ont bu du vin de la colère de sa prostitution, que les roi- de la terre se sont corrompus avec elle, et que les marchands de la terre se sont enrichis par l'excès de son luxe ;
4. J'ent .ndis aussi une autre voix qui venait du ciel et qui dit: Soitez de cette ville, mon peuple, afin que vous n'ayez p.int de part à ses péchés, et que vous ne soyez point enveloppés dans ses plaies ;
5. Car ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est ressouvenu de ses iniquités ;
G Traitez-la comme elle vous a traités ; reniez-lui au double selon ses œuvres ; dans le même calice où elle vous a donné à boire, donnez lui à boire deux fois autant;
7. Multipliez ses tourments et ses douleurs à proportion det»ce qu'elle s'est élevée d'orgueil, et livrée au luie ; parce qu'elle a dit dans son cœur : Je suis sur le trôno comme reine ; je ne su>> point veuve, et je ne serai point sujette au deuil ;
8. C'est pourquoi ses plaies, Ja mort, le deuil, et la famine, viendront fondre sur elle en un même jour, et elle périra par le feu, parce que Dieu qui la condamnera est puissant;
9. Alors les rois de la terre qui se sont corrompus et ont vécu dans le luxe avec elle, pleureront sur elle, et frapperont leur poitrine en voyant la fumée de son embrasement ;
10. Ils se tiendront loin d'elle dans la crainte de ses tourments, et ils diront: Hélas l hélas! Babylone, grande ville, vill* Si puissante, ta condamnation est venue en un moment.
4 4. Les marchands de la terre pleureront et gémiront sur ©lie, parce que personne n'achètera plus leurs marchandises ;
12. Ces marchandises d'or et d'argent, de pierreries, de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d'écarlate, de toute sorte de bois odoriférants, de toute sorte de meubles d'ivoire, et de pierres précieuses, d'airain, de fer et de marbre ;
4 3. De Cinnamome, de senteurs, de parfums, d'encens, d'huile, de vin, de fleur de farine, de blé, de bêtes de charge, de brebis, de chevaux, de carosses, d'esclaves et d'âmes d'hommes ;
4 4. Les fruits aussi dont tu faisais tes délices t'ont quittée, toute délicatesse et toute magnificence est perdue pour toi, et tu ne les retrouveras jamais ;
45. Ceux qui vendent ces marchandises et qui se sont enrichis avec elle, s'en tiendront éloignés dans l'appréhension de ses tourments, ils pleureront et soupireront ;
46. Et ils diront : Hélas! hélas! qu'est devenue cette grande ville qui était vêtue de fin.lin, de pourpre et d'écarlate et parée d'or, de pierreries et de perles ?
47. Car toutes ces richesses se sont évanouies en un moment. lit tous les pilotes et tous ceux qui sont sur mer, les mariniers et ceux qui trafiquent sur mer, se sont tenus loin d'elle ;
4 8. Et se sont écriés en voyant la place de sou embrasement : Quelle ville, disaient-ils, à jamais égalé cette grande ville?
49. Ils ont couvert leur tète de poussière, jetant des cris accompagnés de larmes et de sanglot*, et disant : Hélas ! héas ! cette grande ville, qui a enrichi de son opulence tous ceux qui avaient des vaisseaux en mer, se trouve ruinée en ce moment;
20. Ciel! soyez-en dans la joie; et vous aussi, saints apôtres et prophètes, parce que- Dieu vous a fait justice d'elle ,
21. Alors un ange fort leva en haut u,e pierre semblable à une grande meule de moulin, et la jeta dans la mer, en disant : C'est ainsi que Babylone, cette grande ville, sera précipitée avec impétuosité, en sorte qu'on ne la trouvera plus ;
22. Et la voix des joueurs de harpe et des musiciens, ni celle des joueurs de flûte et de trompette, ne sera plus entendue chez toi, et nul artisan de quelque métur que ce soit, ne s'y trouvera plus, et on n'y entendra plus le bruit de la meule ;
23. La lumière des lampes ne luira plus chez toi, et la voix de l'époux et de l'épouse ne s'y entendra plus ; car tes marchands étaient les princes de la terre, et toutes les nations ont été séduites par tes enchantements ;
2i. On a trouvé dan? cette ville le sang des prophètes et des saints et de tous ceux qui ont été tués sur la terre.
i . Après cela, je vis un Ciel nouveau et une nouvelle Terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
2. Et moi, Jean, je vis descendre du ciel la Ville Sainte, la Nouvelle-Jérusalem, qui venait de Dieu, étant parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
3. Et j'entendis una grande voix qui venait du trône, et qui disait : Voici le tabernacle ce Dieu avec les hommes ; car il demcM'.rora avec eux, ot ils seront son peuple, et Dieu demeurant avec eux sera leur Dieu.
Si l'on voulait cependant travailler tout de suite au Koyaume de Dieu, organiser la Nouvelle Terre, et préparer les Nouveaux Cieux, il serait peut-être temps encore d'échapper au cataclysme apocalyptique...
si on s'obstine à ne le pas vouloir, l'Ange de l'extermination sonnera la trompette d'airain, et sa meule broiera le vieux monde.
Je crois que l'acte final pourra bien durer cinq ou six années. Auquel cas ces années seront des siècles.
11 y a plus de cent ans que l'Apocalypse nouvelle est commencée, et que le dénouement se prépare.
% 40. Aux Routes et aux Purs.
Les réactionnaires qui sèment l'intrigue et la peur, pour récolter l'avortement des ambitions cupides et la guerre
civile, ne déversent pas leurs calomnies seulement sur toutes les espèces de Socialistes; ils excitent encore la colère des populations abusées contre tous les républi cains sincères et dévoués, qu'ils traitent de ronges. Tout ce qui veut fermement la conservation de la République, — la seule chance d'ordre qui reste, — tout cela est rouge... c'est bien entendu.
Je reconnais les écarts et les extravagances de certains exaltés de la République démocratique, comme je l'ai fait pour les éléments analogues de la République sociale. Mais je n'en trouve pas moins odieuses les abominations dont sont l'objet des hommes de conviction et d'humanité dénoncés aux populations comme des brigands à cause de la chaleur de leur patriotisme.
La plupart des Représentants que l'on désigne sous le nom fâcheux et rétrospectif de Montagnards , sont des hommes pleins de cœur, de bons sentiments et d'amour de l'humanité. On les fait passer pour des tigres altérés de sang : ils ont tous voté l'abolition absolue de la peine de mort.
Ils forment un parti qui a le tempérament et l'ardeur bouillante de la jeunesse, ses emportements, ses fougues souvent peu réfléchies. Ils manquent de maturité ; ils ne sont point encore un parti de gouvernement, j'en conviens; mais ils sont animés de bons, d'excellents désirs. Les opinions violentes, spoliatrices et terroristes qu'on leur attribue sont d'odieuses calomnies, et, en somme, ils valent mille fois mieux et offrent beaucoup plus de garanties de modération véritable que les réactionnaire? prétendus modérés qui leur prêtent l'amour de la guillotine.
La Montagne vient de passer, avec armes et bagages, au Socialisme : c'est un signe d'intelligence et d'avenir. Ceux-ci, du moins, comprennent que la République doit servir à quelque chose au peuple et organiser la prospérité publique. Ils comprennent qu'il ne suffit pas, pour que tout soit au mieux, qu'une forme de gouvernement soit conquise et que les Citoyens tels et tels remplacent Messieurs tels et tels au Pouvoir.
Depuis que la réunion de la rue Taitbout est entrée dans ces voies nouvelles, Proudhon tire chaque jour sur elle à boulets rouges. Qu'est-ce à dire? Est-il donc fâché, celui-là, que le Socialisme fasse des progrès ou bien craint-il la concurrence ? Au reste, Proudhon a la manie dûla démolition. Il faut qu'il attaque, qu'il détruise, qu'il contredise. Soit. 11 est comme cela. Chacun m na-
ture. Quand on est né avec des dents pointues et la bosse de la morsure, il faudrait bien de la vertu pour se retenir de déchirer tous les jours quelqu'un ou quelque chose.
Pour nous, nous nous réjouissons de cette conversion d'un parti d'anciens politiques purs. C'est un signe à ajouter à beaucoup d'autres pour montrer où va l'esprit du temps, et, déplus, c'est une force.
Que la Montagne étudie sérieusement et entraîne à l'étude sérieuse de la Science sociale les mas?es vives sur lesquelles elle a de l'action dans le pays. La première Révolution avait à détruire l'Ordre ancien. Celle-ci a à organiser l'ordre nouveau. Trêve aux formules, au ton et aux allures violentes de 93. Les fortes études de l'avenir doivent remplacer les souvenirs du passé. Que la conversion de la Montagne ait cette heureuse influenc1. sur les esprits ardents et jeunes qu'elle représente et dont elle a la confiance, et elle aura bien mérité de la France et de l'Humanité.
Il ne manque pas de gens aujourd'hui qui se pavanent en disant : « Je suis Socialiste, mais je n'appartiens à aucune Ecole. » Qu'est-ce à dire? En traduisant, cela signifie : « Je suis Socialiste parce que c'est de ton et je me mets » dans le courant, mais je n'ai rien appris et, en der- » nière analyse, je reste un âne. » Soit!... qu'il y ait beaucoup de Socialistes de cette espèce, c'est très bien. Il n'est pas absolument nécessaire que dans un parti, non plus que dans une armée, tout le monde pense. Il faut beaucoup de en-avant-marchons purs et simples, pour former une grande opinion envahissante. Mais tous ceux qui ont de l'intelligence, qui veulent compter pour autre chose que pour des zéros donnant du nombre aux chiffres à gauche, tous ceux qui veulent servir avec quelque efficacité la cause de l'Avenir, ceux-là ne peuvent pas rester des Socialistes vagues , confus, ignorants et sans idées. Il faut qu'ils étudient les solutions, qu'ils les connaissent à fond, qu'ils les acceptent ou les rejètent avec connaissance de cause. Il ne suffit pas de faire un flot, il faut encore que le flot soit intelligent, ou tout au moins intelligemment dirigé.
Je sais bien qu'il est de ton de soutenir que le Peuple a l'intelligence suprême, que le Peuple résout les problèmes, etc.. Oui, cela fait bien dans uu club, dans un journal qui vise a la grande vente, dans une'réclame électorale; c'est une opinion très portée. Pour moi, qui crois ux besoins, aux droits et aux bons sentiments du Peu-
pie, je ne crois pas à sa science infuse, et je tiens ceux qui font semblant d'y croire pour des hâbleurs.
Il ne s'agit pas aujourd hui de faire des partis comme par le passé, des partis qui n'aient qu'à devenir forts. Ce n'est plus une question de pouvoir, c'est une question de savoir,
Quand il n'y avait qu'à démolir, qu'à détruire des privilèges, ou à décréter des droits, il ne s'agissait que d'avoir le dessus. Aujourd'hui ii n'en est plus ainsi. Les prolétaires seraient maîtres sans contestation du gouvernement, qu'à moins de savoir organiser de nouvelles conditions économiques, cela n'avancerait de rien du tout. La transformation du Salariat est un problème. Sans le Savoir, le Pouvoir n'y peut rien faire.
Hélas ! sur ce point capital, nous n'avons que trop raison aujourd'hui. Ah ! Rép ablicains purs, qui vous obstiniez à rester dans l'ignora ce des questions sociales, qui n'aviez pas assez d'aï athê nés contre nous parce que, disiez vous, nous endormit ns c que vous appeliez l'esprit public, parce que nouv nuirions à ce que voue, appeliez le travail révolutionnaire, vous rappelez-vou3 aujourd'hui nos querelles?
Vous nous disiez : — Une Révolution d'abord.
Nous vous disions : — Qi'en ferez-vous?
Vous répondiez : — La Révolution fera ses hommes, trouvera les solutions des problèmes. Rien n'est fécond comme une Révolution! (J'avais déjà cette querelle textuellement avec ton frère, en 1832, mon pauvre Eugène. Où sont donc les hommes et les solutions, c'est à toi que je le demande?)
— Oui, répondions-nous, rien n'est fécond comme une Révolution préparée par des idées, faite parles hommes de ces idées. Mais une Révolution qui n'est pas préparée par des idées, el qui est faite par des ânes!...
Eh bien ! vous avez travaillé pendant dix-huit ans à une Révolution. Grâce à Louis-Philippe, vous avez eu la République. Vous avez même eu pendant deux mois et demi la dictature la moins contestée qui se vit jamais. Qu'avez-vous fait? — Vous avez montré votre profonde iguorance, votre profonde incapacité en fait de réorganisation, donné votre petite mesure et prouvé la stérilité de toute Révolution qui n'est pas faite par des idées mûres. Voilà tout !
Si cependant vous nous aviez écoutés à temps, quand nous vous vous disioLS : « Avant tout, il faudrait savoir > ce que nous voulons. Voyons, supposons-nous maîtres
» du Pouvoir, de la France, du Gouvernement. Qu'est-ce » que nous ferions pour le peuple, pour le bien du pays ?»
Hélas ! hélas ! pendant dix-huit ans nous vous avons demandé de mettre cela à l'ordre du jour de la discussion, et nous vous disions : « Voyez l'avantage de cette » manière de procéder ! Trouvons les moyens de prospé- » rite et de bonheur du pays. Quand nous serons d'ac- » cord, quand nous connaîtrons bien ces moyens, quand » ce que nous voudrons sera bon, bien raisonné, effica- » ce, nous l'enseignerons au pays. Alors, nous y met- » tant tous, le pays sera bientôt édifié. Il acquerrera des » idées, il saura ce qu'il veut, il le demandera avec nous » au gouvernement, et si le gouvernement refuse de don- » ner ce que le pays voudra, la Révo'ution sera bientôt » faite. Et cette Révolution, faite en vue d'un but déter- » miné, sera féconde; elle ne dévorera pas ses enfants; » le pays réalisera spontanément ce dont il aura la vo- » lonté, la conscience. L'idée qui aura fait la légitimité » de la Révolution en fera la fécondité.
» Une nation, pas plus que la plus belle fille du mons de, ne peut donner autre chose que ce qu'elle a. Or, » aujourd'hui, vous disions-nous à satiété', la nation » française n'a pas d'idée. Les anciennes opinions sont » détruites, les nouvelles ne sont pas faites. Il n'y a. pas la » moindre apparence d'une foi collective quelconque. » Que voulez-vous que tire de là un suffrage aussi uni- » verscl qu'il vous plaira? Le néant ne vous donnera » toujours que le néant. »
C'est vrai qu'à la fin les autres en ont tant fait, ils ont poussé si loin l'indignité, la lâcheté, l'insolence et l'infamie, que nous étions devenus aussi révolutionnaires que vous. Tout, tout! un cataclysme universel plutôt que la continuation de ce qui était ! La mort violente de la société plutôt que l'asphyxie dans le cloaque où nous étions enfoncés déjà jusqu'aux lèvres! Oui, mais nous ne cessions de vous prévenir que le suffrage universel, sans l'idée, sans la. science de ce qu'il faut, ne vous donnerait pas grand chose de mieux que l'ancien suffrage. Vous avez un premier échantillon qui ne sent encore des sentiments généreux de Février. Mais qu'a-t-il produit ? qu'a-t-il enfanté? que sait-il? que veut-il? que peut-il?-— Et puis, attendez le second...
Républicains, démocrates, vous tous qui aimez le peuple, votre pays et 1 humanité; vous qui sentez résonner de nobles cordes dans vos proitrines, je vous le dis : En France, nous n'avons plus rien à détruire.
Nous avons à construire.
Or, pour construire, il faut savoir Si vous n'étudiez pas la Science Sociale, certes les mécontentements, les besoins, les aspirations et les ambitions do toute nature feront un parti , un parti qui grossira, qui pourra devenir formidable. Mais sans la Science, ce parti ne sera qu'un parti aveugle, et, à un moment donné peut-être, qu'un immense flot de barbarie...
Démocrates sincères, étudiez, étudiez, étudiez, et faites étudier tous ceux sur qui vous avez influence.
Les hommes qui fulminent contre le Socialisme, et ceux qui s'instituent Socialistes sans connaître à fond les principales sources du Socialisme, sans avoir, étudié les solutions sérieuses que le Socialisme propose, ne sont pas plus sérieux les uns que les autres.
En dernière analyse, le vrai problème à résoudre est celui-ci : Etablir entre les éléments de la production, le Capital, le Travail et le Talent, des rapports favorables, justes et fraternels, capables d'accroître dans une grande proportion la richesse publique, et d'en étendre équitablement l'augmentation sur toutes les têtes. — Il n'y a pas de violences ni d'ignorances qui jamais résolvent ce problème-là.
Et ce n'est pas tout de s'instruire. A la lumière de la science il faut joindre la chaleur de l'amour. Aujourd'hui, comme au temps du Christ, il s'agit toujours d'affranchir des esclaves, et de remplacer par une société fraternelle une vieille société de misère, de fourberie et d'oppression. Vous n'y parviendrez pas avec un parti de violence, de haine, d'envie et de colère. C'est une nouvelle explosion du sentiment évangélique dan3 l'humanité qu'il faut pour sauver le vieux monde. Si vous n'êtes pas religieux, vous pouvez avoir un jour la force de l'ouragan qui déracine et renverse, vous n'aurez pas celle de la nature qui prépare les germes et du soleil qui les féconde.
Plaçons-nous sincèrement sous l'invocation de l'Evangile. Revendiquons-le pour nous, montrons-nous de vrais agôtres de la fraternité. Que les bourgeois et les riches sachent de nous que nous les considérons eux-mêmes comme nos frères, et qu'ils n'ont rien à craindre des Socialistes intelligents et sérieux; que les pauvres espèrent en nous et nous aiment; à ces conditions seules 1© socialisme deviendra une force régulière , salutaire et directrice. — Jusque-là, du combat, du combat, et rien q;e les conséquences du combat....
Tenez, croyez-moi, jetez par dessus bord votre impôt progressif, et toutes ces petites mesures sans portée, qui sentent la violence, qui peuvent être très justes en principe; mais qui, en réalité, ne rapporteraient aux. pauvres que des avantages miscroscopiques, imperceptibles, et qui ne valent pas la dixième partie des querelles et du mal qu'elles feraient naître. Présentez des solutions organiques. La moindre institution de crédit ou de réforme commerciale, la moindre amélioration dans l'ordre économique, vaudra cinq cents fois mieux que. toutes ces mesures facilement exploitées contre vous par les habiles et qui, si vous y teniez beaucoup, prouveraient effectivement que vous n'avez devers vous pas grand'chose.
Si vous voulez améliorer l'état de la société, il faut savoir améliorer l'état de la Commune. Tant que vous ne saurez pas comment organiser la justice, l'aisance, l'éducation, la liberté, l'accord, le -bonheur et le travail dans une commune, vous resterez trente-six mille fois incompétents pour organiser tout cela en France; car la France, c'est trente-six mille Communes à rendre prospères.
Tout Socialisme qui ne sait pas organiser la Commune rurale mieux qu'elle ne l'est aujourd'hui, peut avoir une valeur de déclamation, de destruction, de révolution; mais une valeur d'organisation et de pratique, il est bien évident que non.
Donc, voici ce que je dis à ceux qui veulent être des ouvriers sérieux dans la construction de la société nouvelle :
Lisez l'Evangile pour vous pénétrer de son esprit et de sa chaleur;
Et étudiez les conditions scientifiques de l'introduction de la liberté, de l'égalité et de la fraternité dans la Commune,— attendu que vous n'aurez jamais, dans la Société, qui est une collection de Communes, ce que vous n'aurez pas su préalablement mettre dans la Commune.
C'est pour cela qu'il est grotesque et qu'il serait plaisant s'il n'était lamentable, de voir depuis soixante ans la France et l'Europe s'escrimer à faire des Constitutions d'Etats, destinées à tomber les unes sur les autres en écrasant les peuples, mais se bien garder de mettre seu lement en question la réorganisation de la Commune, la Constitution de la Commune, l'établissement d'une Commune-modèle.
La solution du Problème de la Commune, pourtant, résoudrait TOUT.
Et, de plus, rien n'est plus facile que de faire des e\-
périmentations locales des diverses combinaisons que l'on peut proposer pour une*meilleure organisation de la Commune et d'améliorer les solutions par des tâtonnements successifs.
Maisbast! n'est-ce pas trop simple? Ne vaut-il pas mieux faire à chaque instant une révolution? bouleverser l'Etat? s'arracher le pouvoir? ruiner l'industrie, le commerce et l'agriculture? C'est bien plus pratique! Les choses se sont toujours passées comme cela. Laissons donc aux Phalanstériens l'idée de l'amélioration de la société par l'étude de l'amélioration de la Commune; laissons cela aux Phalanstériens, à ces utopistes, à ces imbécilles qu'ils s'occupent de ces billevesées, conjointement avec leur mer de limonade, leur queue de trente-deux pieds, ce sont leurs affaires... et continuons, nous, à faire des constitutions, des révolutions et à agrandir par tous les moyens usités les sources des misères publiques.
g 41. Qu'on ne parle pas de L'origine des fortunes.
Je n'ai donc rien trouvé de solide et de résistant en dehors du grand mouvement socialiste, aspiration de l'humanité au XIXe siècle.
Le temps des guerres et de la spoliation, de la force brutale, est passé. Le temps du travail et de la production est arri?é, et ceux qui travaillent ne veulent plus, comme cela s'est fait depuis cinq ou six mille ans, travailler pour le compte d'une minorité de fainéants, d'oppresseurs ou de spéculateurs...
Le dévoloppement de plus en plus rapide de ce droit nouveau dans l'opinion publique et dans la conscience des travailleurs, c'est l'invasion du Socialisme. Le besoin chaque jour croissant de liberté, de justice, de bien-être, d'aisance, c'est la force invincible du temps.
A ce besoiu, qu'avez-vous à répondre, ô vous, qui voulez pulvériser le Socialisme?
Vous répondez : « Travaillez (sous-entendu pour nous). » Le travail est le père de toutes les vertus. Souffrez et » résignez-vous.»
Eh bien ! de cette réponse-là on n'en veut plus.
Puisque le Travail crée la Propriété et que la Propriété c'est la Liberté, les travailleurs veulent un Travail qui les enrichisse et qui les rende libres.
Ce sont les légitimistes, les descendants des anciens nobles qui se sont montrés avec la bourgeoisie financière du Constitutionnel, les plus acharné: contre le Socialisme dans ces derniers temps
Or, Messieurs, sur quoi vous fondez-vous et qu'avezvous à dire de juste et de logique au Socialisme même au plus radical et au plus violent?
Voyons. Vous criez à tout rompre contre Prouihon, qui a dit : La propriété, c'est le vol, et vous voulez que l'on rapprenne au Peuple à croire au Dieu qui punit les voleurs. Vous faites de la vertueuse colère contre ces misérables qui veulent dépouiller les propriétaires, les hommes qui ont le plus laborieusement gagné leur fortune, qui veulent enlever à celui-ci le produit de ses sueurs, à celui-là le produit des sueurs de ses pères.
Pas tant de paroles, et au fait.
Où donc, messieurs de la légitimité, messieurs les fils de l'ancienne noblesse, où avez-vous gagné vos fortunes? Quand est-ce que vous ou vos pères vous avez créé les valeurs dont vous êtes en possession? Faites-nous donc un peu les preuves de l'origine de vos propriétés?
Vous voilà parfaitement d'accord aujourd'hui avec les coqs de la bourgeoisie, avec ses hommes d'Etat, ses historiens ?
Or, que nous ont appris ces historiens? Qu'ont prouvé au dernier siècle les écrivains, les philosophes de la bourgeoisie, et que nous ont répété les écrivains et les publicistes de la Restauration?
Que les seigneurs, les barons, les comtes, les ducs, tous les plus ou moins hauts personnages de la féodalité, dont vous êtes les descendants, étaient des spoliateurs, des brigands, qui se sont emparés de la terre en la volant à main armée, qui se sont enrichis par mille droits odieux, qui ont enfin opprimé, pressuré, dépouillé le manant, le bourgeois et le pauvre monde pendant mille ans et plus.
Voilà, au dire de l'histoire faite par vos amis d'hier, l'origine unique, unique, entendez-vous bien, de vos fortunes, car vos pères n'ont jamais travaillé.
Vos pères n'ont jamais travaillé, jamais rien créé, jamais rien produit. Vos richesses sont très légales sans doute, puisque la loi les consacre. Mais aux yeux de la raison, de l'équité et de l'histoire , elles originent de la spoliation, du vol, du brigandage féodal et de tous les genres d'exactions. — Est-ce vrai?
Et que dites-vous à votre tour des fortunes de la bour- Leoisie? Vous en dites : Spoliation ou spéculation! biens nationaux achetés pour rien ou gains de trafics, de jeu, d'agiotage. Fortunes prélevées sur des ouvriers rançonné?, gagnées par des traitants, par du maquignonnage, par des coups d'accaparement, de hausse ou de baisse. Enfin,
vous médisez fort, entre vous, des fortunes de la bourgeoisie. Est-ce que nous n'avons pas lu vos auteurs? Ne savons-nous pas ce qu'ont dit et écrit les vôtres depuis cent ans et plus sur les fortunes bourgeoises? A-t-on jamais dépensé plus de mépris que vous ne l'avez fait sur ce chapitre ?
Mais, défait, qui est riche? Sont-celes classes qui travaillent? Non. On ne s'est jamais, jamais, entendez-vous bien, enrichi en travaillant, en produisant. Les exceptions sont imperceptibles.
Vous n'aimez pas que l'on dise cela. Vous vous plaisez à dire pompeusement le contraire. Eh bien ! vous mentez pompeusement, voilà tout... et vous le savez bien que vous mentez, cela disant.
Le travailleur ne s'enrichit nulle part ; c'est la règle.
Celui-là seul qui peut s'enrichir, c'est celui qui en fait travailler d'autres, qui gagne sur des travailleurs ou sur des produits du travail : le maître, l'entrepreneur, le marchandeur, ou bien le spéculateur et le marchand.
En travaillant toute sa vie, si l'on ne spécule pas, si l'on ne gagne sur le travail de personne, on ne gagne pas, on n'a jamais gagné de quoi vivre un peu et se faire enterrer. Les imperceptibles exceptions confirment la règle.
Que les adversaires du Socialisme ne soulèvent donc pas la redoutable question de l'origine des fortunes. On n'en trouverait pas une sur mille due purement au travail. Cette question est oiseuse. On ne peut pas faire une liquidation depuis le commencement des choses. Ii faut partir d'où l'on est et améliorer rapidement le sort de ceux qui souffrent. Telle est notre opinion, à nous phalanstériens. Mais il faut que ceux qui jouissent sachent bien qu'ils ont du bonheur, et voilà tout, et qu'il est parfaitement sûr que depuis que le monde est monde, ceux dont les durs labeurs créent les richesses sociales au lieu d'être ceux qui s'enrichissent sont ceux qui, en masse, restent pauvres. Les oppresseurs, les spéculateurs et les habiles, seuls à très peu d'exceptions près, se sont enrichis.
Ainsi donc, pas plus dans les faits économiques que dans les faits historiques, que dans vos traditions classiques morales, philosophiques, vous ne pouvez trouver le moindre appui" sérieux contre le Socialisme : et le Socialisme le plus radical et le plus violent lui-même a de quoi vous clouer la bouche à tous comme je l'ai surabondamment prouvé dans ce livre. Oui ! si le Socialisme violent et qui nie la Propriété a tort, ce n'est pas contre vous, ce n'est pas vous qui pouvez le lui prouver, et lo-
giquement, philosophiquement et historiquement il vous écrase.
| 42. Aux Chrétiens sincères aussi bien <fu aux Pharisieus catholiques et protestants.
Voici maintenant pour finir la partie :
Cette sainte Religion chrétienne, cet Evangile de liberté et de fraternité, on sait ce que, les temps du Christianisme primitif une fois passés, nous en avons vu faire. Une alliance anti-chrétienne avait été conclue entre les puissances de l'Eglise et les puissances du Monde, et la Religion de liberté était devenue une théocratie, un fétichisme et un bâillon. Jamais plus grand crime n'a été commis sur la terre que la corruption séculaire de cette Religion.
On sait quels combats gigantesques ont été livrés depuis Luther jusqu'à la fin du siècle dernier contre cette pétrification théocratique. Tousnosbourgeois réactionnaires ont encore les bustes de Voltaire et de Rousseau dans leur cabinet. Les voilà cependant qui n'ont pas honte de faire volte-face et d'invoquer, athées et païens qu'ils sont, non point l'Evangile, ils l'auraient en horreur, mais cette religion arrangée, sous le nom du Christianisme, pour endormir le peuple, pour le mater, pour lui apprendre qu'il doit se crever de travail, souffrir, travailler, souffrir encore, travailler toujours, et qu'il ne doit pas être heureux en ce monde, parce que Dieu ne le veut pas.
Eh bien, notre siècle ne s'y trompera pas comme il a été permis au précédent de le faire. Notre siècle remonte aux sources du Christianisme, et, loin d'attaquer le Chrietianisme, c'est avec le Christianisme qu'il s'apprête à vous écraser, pharisiens hypocrites.
Le Christianisme a été dirigé contre le vieux Monde, contre la Civilisation romaine, contre la société païenne de son temps.
Or, votre société est toujours la société païenne et romaine. Vos esclaves sont des prolétaires, des ouvriers, des manœuvres, des domestiques, voilà la différence: et pour l'égoïsme, pour le matérialisme, pour l'avidité, la cupidité et toutes les passions ba^es et viles, votre société rendrait des points à celle d'Auguste et de Caligula. L'Evangile témoigue contre votre société, et les temps sont passés où vous pouviez facilement faire du Christianisme un instrument d'oppression et d'exploitation.
Voyons donc, ô vous tous qui combattez le Socialisme aujourd'hui, vous d'abord les catholiques pharisiens, vous les anti-chrétiens de V Univers, et tous ceux de votre
Ecole, hommes de domination, de mensonge, d'aigreur et de tureur, vous qui servez si bien à ruiner au reste le faux christianisme, le christianisme théocratique, qu'avezvons à dire des propositions socialistes extraites des livres suinta, que voici réunies dans jésus-christ devant les
Et vous que nous ne confondons pas avec ceux-ci, vous qui n'êtes pas des artisans de fiel, de haine et de mensonge, mais qui, par ignorance du caractère primPif et véritable du Christianisme, croyez devoir tenir en abomination tout ce qui, de près ou de loin, touche au Socialisme, lisez! vérifiez les citations! et.dites-nous quelles impressions font sur vous ces paroles? Ce sont des Saints, des Docteurs, des Pères, des Apôtres qui parlent le langage des Socialistes, un langage souvent plus violent que celui des plus radicaux parmi ceux-ci?
Et vous, Prêtres !
Et vous, Evoques !
Et vous, notre Saint Père Pie IX, qui avez, au début de votre pontificat, lancé une Encyclique contre le Socialisme !
Ah! certes, quand le Socialisme ne tirait ses propositions que de lui-même, vous pouviez passer dédaigneusement et garder le silence.
Mais aujourd'hui, ô Clergé ! c'est avec vos propres textes, les textes sacrés, les textes des écritures que le Socialisme marche à la conquête des âmes !
Vos plus grands Saints étaient de grands, de terribles socialistes !
Il n'y a plus moyen de se taire ! il faut parler. Les fidèles attendent ce que vous direz devant ces textes redoutables.
Et ceci n'est pas tout, hélas ! c'est une affaire qui ne fait que commencer. Le Socialisme, ayant mis la main à l'étude des premiers siècles, vous en réserve bien d'autres...
Pour moi, je ne crains pas de dire que les Apôtres et les premiers chrétiens se sont trompés en faisant du Communisme ; que les Docteurs et les grands Saints des premiers siècles se sont trompés en soutenant qu'il était criminel de tirer du capital un revenu, quelque menu fut-il.
S'ils avaient I'amour du peuple, ils n'avaient pas encore la SCIENCE SOCIALE.
Je ne me crois nullement obligé de partager leur manière de voir, leurs exagérations sur ces objets. Mais voua ! voyons ? vous voici forcés de parler. Il faut vous taire au-
jourd'hui devant les communistes, reconnaître même leur orthodoxie ou bien il vous faut foudroyer plusieurs Apôtres , damner vos plus grands Saints et brûler l'Evangile....
Que voulez-vous que pensent les fidèles en voyant vos anathèmes anti-socialistes tombant tout droit sur la tête des plus grands Docteurs de l'Eglise?
Et. que doivent-ils croire en présence de ces citations redoutables qui pulvérisent les bases légales et économiques de la société d'iniquité qu'ils ont maudite et dont vous vous êtes faits les plus acharnés souteneurs?
Il faut pourtant prendre un parti !
Il faut qu'on sach® avec qui vous êtes !
Etes-vous pour ou contre l'intérêt du capital?
Reniez-vous les décisions de vos Pères, des Docteurs et des Conciles contre le rendement de l'argent, et par conséquent de la terre et de foute valeur?
Etes-vous avec les Pères, avec les Apôtres, avec les Docteurs, avec les Conciles du côté deProudhon?
Ou bien contre les Pères, contre les Docteurs, contre les Apôtres, contre les Conciles du côté des Economistes !
Parlez ! vous ne pouvez plus vous taire, Docteurs de l'Eglise, Prédicateurs, Evêques, Archevêques, Cardinaux, PAPE!
Il faut enfin que le vrai sens du Christianisme éclate. 11 faut qu'on sache où sont les vrais chrétiens, et où sont les hérétiques, les traîtres à l'Evangile.
Le Sociilisme s'élève du sein des peuples ;
C'est un mouvement bien autrement fort et profond que celui de la Philosophie du dix-huitième siècle;
Le Socialisme revendique pour lui l'Evangile et les pures traditions de la Religion des faibles et des opprimés. Il expose ses titres et ses témoignages.
Qu'ont à dire ceux qui se prétendent les gardiens des témoignages, les conservateurs de la parole? Qu'ils parlent donc?
Mais ils ne parleront pas ! ils ne parleront pas, car ils comprennent que le temp3 est venu où la lumière si longtemps mise sou3 le boisseau, va briller de tout son éclat, illuminer les peuples et couvrir de confusion ceux qui ont voulu faire du Christianisme une religion d'oppression et d'exploitation.
Vous vous tairez devant ces textes.
Vous vous tairez, c'est moi qui vous le dis.
Vous laisserez le venin extrait des écritures, des livres des Pères et des docteurs, couler dans le peuple, trou-
hier les consciences timorées et propager rapidement le Socialisme; mais bien'ôt, à mesure que la liberté pénétrera dans le monde et que le véritable sens de l'Evangile et du Christianisme se révélera aux populations, le clergé secondaire, le clergé démocratique, le clergé prolétaire, opprimé, esclave, se lèvera comme un seul homme et proclamera lui-même avec nous le sens libérateur.
Scribes, Pharisiens, Princes des prêtres, votre heure est proche.
Pourquoi?
Parce que voici l'heure de la Démocratie, c'est-à-dire de l'Evangile dans le Monde et dans l'Eglise. Régénération de l'Eglise et rénovation du Monde.
Et vous sceptiques, athées, mécréants, fils de Voltaire, gens habiles qui venez de cimenter votre édifiante union avec l'autel du Christianisme paganisé, dites-nous donc un peu aussi votre opinion sur la doctrine des grands Saints, des Pères et des Apôtres touchant l'intérêt du Capital et les objets de Socialisme!
2 43. Aux journalistes honnêtes, aux écrivains religieux et vertueux
0 vous que j'estime entre tous, parce que les vertus que je chéris par-dessus toutes sont l'hypocrisie , le charlatanisme moral et la mauvaise foi, j'ai eu l'idée de vous préparer, avant de fioir, votre besogne pour parler de ce livre, si toutefois vous ne préférez vous en taire.
Au lieu de faire connaître l'esprit d'un écrit socialiste, vous avez pour habitude et règle d'en fausser le caractère par des citations convenablement choisies de çà, de là, et commentées en conséquence.
Vous dépecez comme des harpies, et, comme des harpies, vous empoisonnez et vous empuantez les lambeaux.
Je voulais donc vous indiquer une série de petits passages, même des pages entières de cet écrit, quevou3 n'aurez qu'à accompagner d'un peu de votre texte pour prouver que c'est un livre abominable et que je m'y suis proposé:
La destruction ce la propriété,
Id. de la famille,
Id. de la morale et de la vertu,
Id. de la religion,
Id. de la société.
L'excitation à la haine des classes, la guerre civile... enfla, tout ce qu'il vous plaira.
Mais j'ai réfléchi que vous étiez tellement expérimentés, tellement habiles dans cette honorable manière de travailler qu'une préparation de besogne vous serait une injure. Donc je m'abstiens.