S I. DES COMMUNISTES QUI S'ENRICHISSENT
Il est des Communistes pas trop mal avisés qui, par une application anticipée de la formule tout à tom et de l'identité do^ tien et du wêen, prennent purement et simplement à Fourier^ qui un morceau, qui un autre, qui tout ou presque tout, de sacritique. économique, de ses plans de transition, voire même du^ système organique de la Phalange. De telle sorte que, repoussant seulement la Propriété individuelle et la répartition proportionnelle au Capital, au Travail et au Talent, par haine poun le premier des trois termes et par amour de l'égalité et de la. confusion, ils se trouvent à peu de frais en possession de quelque chose. Ce n'est déjà pas si maladroit. Ils acquièrent de cett» façon l'avantage de n'avoir pas à s'incliner devant un grand génie, de ne pas reconnaître une grande supériorité intellectuelle et de posséder une doctrine anonyme^ — ce qui a son agrément, vu que quand on exprime une idée qui ne porte le non^ de personne, fat>ce la plus grande banalité, on a l'air d'avoir de9 opinions à soi. Par principe cependant un communiste ne devrait pas tant tenir à ce genre de propriété ; mais il y a pas mal de ces ennemis de la personnalité qui ont une personnalitéd'enfer. J'en connais, et des plus éloquents, qui prennent même ce petit travers pour une supériorité. Ne disputons pas de» goûts.
Quoi qu'il en soit, je le répète^ le tour est ingénieux, et ce n'est pas mal calculé de s'adresser à Fourier. Quand on n'a pas grand chose et qu'on veut prendre, on ne saurait mieux faire' que d'aviser un riche. Essayez donc de dépouiller M. Duvergier de Hauranne ou M. Thiers? teniez, voire, de dévaliser l'Académie des sciences morales et politiques tout entière elle-même?... vous me direz ce que vous aurez rapporté. Le coup fait, en pa^ reille circonstance, ce pauvre Robert-Macaire s'écriait avec désespoir : « Je suis volé U Quant au larcin que nous signalons. Dieu* nous préserve de nous en plaindre. On peut puiser à la source tant qu'on voudra sans l'appauvrir. Le grenier est ouvert, et peu nous importe qui y prend du grain, pourvu qu'on le sème. L'int» portant est qu'il pousse et que la moisson mûrissOr
S m DIS PHALANSTÉftlENS QUI STAFrADTaiSSEEkT.
Enfin, et pourquoi ne le coniesserais je pas : le Capital a tant Mi des siennes ; il a, par ses brutales orgies, si violeaunent indisposé tant de gens d'esprit depuis Proudhon, même sans passer par M. Cabet, jusqu'à sir Robert Peel qui dénonçait, il y a deux ans, en plein parlement les grimes de la peopriÂté, qu'il y a bien aussi quelques pbalanstériens d'emportés par le courant de la réaction dont il est menacé de devenir victime.
Il en est de la Propriété aujourd'hui comme de la Religion au temps de Pascal : « Un peu de science en éloigne, beaucoup de science y ramène. » Il est certain qu'avec ses mauvais antécédents de conquête, d'usurpation, de spéculation et d'agiotage ; en présence de cette tradition universelle de la sagesse des nations qu'on nous répète à satiété au collège, da^os les livres, dans la chaire sacrée et partout, et qui n'est pas sans fondement, à savoir : Que la vertu a toujours appauvri les hommes, et que la violence, la ruse, la cupidité et la fourberie ont plus fondé de fortunes que le désintéressement, la loyauté et l'honneur ; il est certain, dis-je, qu'il y a fort à faire aujourd'hui pour défendre la Propriété. Il faut creuser un peu plus avant que ne le font les citoyens Cousin, Tropiong, Thiers et consors, pour lui trouver sa base légitime et ses appuis véritables. Voilà seulement vingt ans qu'on l'attaque un peu sérieusement , les Saints-Simoniens ayant commencé le feu vers 4828. Qu'est-ce que vingt ans pour la marche d'une idée? Peu de chose. Voyez pourtant ses ravages. Le Socialisme a bien dérangé nos affdires? L'esprit humain a pri^ des allures tellement emportées qu'il galoppe en ce moment à trois siècles en avant des idées si convenables du li« béralisme de la Restauration. Ne pouvait-on en rester là? Pourquoi a-t-on inventé ce maudit Socialisme? Le général Foy et Benjamin-Constant seraient, avouons-le, pas mal dépaysés s'ils se réveillaient parmi nous. Et s'ils reconnaissaient la Révolution de 4 830 pour leur fille, âgée de 4 8 ans au 24 février, ils trouveraient qu'on la leur a traîtreusement changée en nourrice ou tout au moins fort mal élevée. Elle est méconnaissable, la pauvre petite. Les tempéraments changent avec l'âge.
Je dis donc qu'aujourd'hui, par le vent dldées qui souille, il faut de fortes méditations pour reconnaître la légitimité absolue du principe de la Propriété, — à moins cependant qu'on ne médite pas du tout et qu'on se mette derrière son paravent, le bonnet de coton du Constitutionnel sur la tète. C'est un procédé : il a sa valeur; ca* on ne peut douter qu'un moyen de ne pas se laisser emporter par les idées, c'est de n'en avoir point du tjut. Beaucoup de gens qui parlent fort bien en usent. Ce procédé est moral et surtout sédatilf. Je le conseille à ceux qui
honorent père et m^re , en vue du béaéôce spécial attaché à ce^ commandement.
Quoi qu'il en soit, je confesse connaître des partisan» du Phalanstère qui veulent bien du Capital comme transition, mais qui s'en passent très agréablement dans un certain avenir. La Propriété personnelle if^ur paraît une faiblesse de Fourier. Or, il n'est pas sans quelque douceur, quand on a «alué d'ailleurs la supériorité transcendante d'un grand homme, de se trouver, à part soi, plus esprit fort que lui. C'est toujours flatteur.
Il est bien vrai que la théorie de l'Association, comprise dans son principe, est aussi éloignée de l'égalité simple ou de la confusion du Communisme que de l'Individualisme égoïste et antisocial des Économistes de la vieille Ecole ;
Que sa vérité, sa fécondité et sa gloire consistent, précisément, tout en leâ humanisant, les christianisant, les socialisant et les harmonisant, à développer l'iiidividualité et la personnalité dans toute la plénitude de leurs énergies diverses et de leurs attributions propres; à con-^acrer la variété dans tous ses caractères, dans toutes ses di-tinc ions légitimas et infinies, au lieu d'absorber et de noyer individualité, personnalité et variété dans l'océan d'une unité vague et confuse ;
Que la Série, qui est le procédé naturel d'organisation de la liberté et de l'harmonie, n'étant que la graduation des inégalités, et l'égalité pratique ne pouvant se produire que par la compensation, Vengrenage et V équilibre des inégalités naturelles, artificielles et sociales, l'égalité, la liberté et l'harmonie seront d'autant plus parfaites et plus pleines qu'il y aura plus d'inégalités naturelles, artificielles et sociales ;
Qu'en conséquence, si la Propriété individuelle n'existait pas encore, il conviendrait de l'inventer tout exprès pour le Phalanstère dans l'intérêt formel de la liberté, de l'égalité compensative et pratique, en un mot, de l'harmonie. (Voyez Note E.)
Tout cela est bien vrai ; mais que voulez-vous ? Il y a des esprits tellement nés pour l'activité, l'invention et le perfectionneoîent qu'ils aimeraient mieux ajouter ou retrancher quelque chose du leur au meilleur chronomètre de Bréguet, quitte à le détraquer, que de s'en servir tout bonnement pour regarder l'heure.
Donc, voici l'opinion de nos phalanstérlens sur ce point désorbités. Ils pensent que pendant quelques centaines d'années, plus ou moins, chacun aura effectivement sa fortune, sa rétribution proportionnelle et son compte particulier de crédit et de débit avec la société. Mais viendra un temps où toutes les richesses seront si abondantes que, sans cesser d'avoir de l'utilité, elles cesseront d'avoir du prix. Il ne sera dès-lors plus nécessaire de compter avec personne, chacun jouissant de
• !a richesse sociale à yolonté comme on jouit, dans un beau jardin et par un temps superbe, de l'air, de la \iie , du soleil ou de l'ombrage.
On voit que si cette opioion est contestable, elle n'est du moins pas dangereuse. Je ne trouve, pour ma part, luI inconvénient à ce qu'on la nourrisse. Que la Propriétés individuello disparaisse quand personne n'en fera plu« de compte ; à cette condition, on ne se compromet pas d'y consentir. Qui vivra verra.
Je vais plus loin et j'accorde aux Communistes avisés qui veulent bien prendre, comme ils dis^^nt, le Phalanstère pour transition^ à ceux même qui le prennent sans penser à en convenir, et aux Phalanstériens qui boudent le Capital, que s'il leur convient, dès le début, dans leurs Phalanges, de ne rien offrir audit Capital, ils en sont parfaitement les maîtres. Seulement, je doute qu'il y vienne en abondance, qu'il s'y plaise et qu'il y y fixe son domicile.
Pourvu qu'on ne contraigne personne, j'accorde tout. Sî l'on a trouvé le moyen d'attraper le Capital saas lui mettre le pins petit morceau de fromage sous la queue, qu'on en essaye. Quand le Capital se fera communiste, AIM. Creton, Faucher(Léon) et de MoDtalembert n'auront plus rien à dire* Je tiens beaucoup à ce que la loi ne permette pas qu'on prenne, je n'entends point qu'elle ôte la faculté de donner.
S n. DU REMBOURSEMENT DEFINITIF DU CAPITAL.
Le même désir de s'affranchir de ce cauchemar du Capital amène quelques Phalanstériens avancés à l'idée ingénieuse du rembojrsement des actions par la Phalange. Attrape, Capital, on te rembourse ! Je suis fâché pour ceux de mes amis qui ont inventé ce petit perfectionnement sur Fourier, qu'ils n'aient pas même le mérite du stratagème. Cs procédé de mise à la porte de la Propriété individuelle par la voie polie du remboursement, appartient à M. Bûchez, et constitue, du côté des idées pra* tiques, comme nous lo verrons un peu plus loin, le tribut du ruisseau dont il verse depuis vingt ans les eaux dans le fleuve du Socialisme.
Mais, ô mes amis ! indépendamment de beaucoup d'autres questions que je pourrais vous adresser, pourquoi donc ce remboursement? Si votre Phalange doit vingt millions, il faudra qu'elle en économise autant et qu'elle s'en prive pour payer sa dette. Mais ces vingt millions qu'elle lâchera appartiendront in» dividuelleraent â ceux qui les auront produits, car ce seront des personnes — et non la Phalange, pur être de raison sans les personne», — q^ji les auront gagnés, et il faudra que ces personnes
les prêtent à la Phalange. Nous ne faisons dès-lors que dianger de prêteurs.
Direz- vous que ces personnes consentiront à donner vingt HÛtf lions à la Phalange, Tautoriseront à prélever sur elles, sans con« ditions, et par voie d'impôt, un fonds de remboursement, pouc^ le plaisir de s'affranchir de Tintérêt à payer à ce damné Capital ? Mais si la Phalange se prive bénévolement de ces vingt millions, elle fait une sottise économique et financière ; car, en pareille hypothèse, il lui serait toujours bien facile de garder les vingt millions moyennant un intérêt inférieur aux avantagea que lui en procureraient le maniement et Tusage.
Tant qu'on ne sera pas arrivé à ce temps heureux dont nous parlions tout à Theure, et, nous n'y sommes pas encore, oHc les richesses, par supposition, surabonderont à ce point que leur consommation et leur usage ne coûteront pas plus que l'air et le soleil ; tant qu'on n'en sera pas là, il pourra y avoir lieu à variation dans le prix à oiïrir au Capital ; mais il y aura toujours utilité sociale à remployer, et toujours bénéQce à s'en ser»vir— pourvu qu'on ne le paye pas trop cher. Avec le même tra» vail et vingt millions, une Phalange, à moins d'être bien sotte^ produira toujours beaucoup plus qu'elle ne le ferait sans cette* valeur. Ai Jé du Capital et lui offrant une juste part, le Travail gagnera donc plus qu'en mettant le Capital dehors. Il se ferait donc,., en congédiant celui-ci, du tort à lui-même. C'est simple comme bonjour. D*ailleurs, comme le Travail deviendra promptementi capitaliste dans la Phalange, il n'y a pas de chance qu'il tiennebeaucoup, alors, à se nuire pour faire un mauvais tour à so» adversaire actuel. La paix sera vite faite au Phalanstère.
Dès que le Capital ne gruge plus, n'exploite plus, ne tyrannise plus ; dès qu'il n'est plus maître et seigneur, mais simple** associé, on ne saurait trop le redire, son concours devient aussi favorable au Travail que celui du Travail l'est à lui-même.
Et puis^ a quoi bon tant disputer là^dessus, et pourquoi se^ venger ainsi sur le Capital inoffensif et fraternel de l'avenir, des méfaits du Capital grugeur et païen du passé? Est-ce bien rai-^ sonnable? Tenons en respect les tentatives de résurrection de la Féodalité financière, à la bonne heure I Poussons le Capital k l'Association, qui lui sera bien plus profitable encore que le despotisme et la guerre ; mais n'écartons pas les éléments sociaujD et les puissances économiques qu'il faut unir et amener à vivre en bon ménage. Le Communisme et Proudhon suffisent amplement pour tenir le Capital actuel en bride et lui faire peur. Ce n'est pas à nous, qui avons, par voie d'ACCoiu) yolontairb de tous* LES INTÉRÊTS, la solutiou du Problème, à suspendre sur la tête de l'un quelconque de ces intérêts, l'épée de Damoclès.
Il me revient, en corrigeant mon épreuve, une anecdote qjà»
j*întercale ici. Deux frères se promenaient par une belle nuit d'été. L'un d'eux s'écrie en regardant en haut : « Je voudrais » avoir un:^ prairie grande comme le ciel. »—« Moi, dit l'autre, je » voudrais avoir autant de moutons qu'on y compterait d'étoiles. » — « Ton souhait ne vaut pas le min, réplique le premier^ tu » referais rien de tes moutons. Comment pourrais-tu le-» nour- » rir ? » Celui-ci hésite un moment et riposte : c Je les met- » trais dans ta prairie. » Sur ce, contestation, dispute, coups, blessures, et les deux frères, jusque-là liés d'une amitié tendre, «'assomment pour une hypothèse. — Frères I restons unis, ad» mirons le ciel, rêvons aux. moutons et aux prairies de l'avenir, mais ne nous querellons point pour savoir où pattront nos troupeaux et laissons quelque chose à décider à nos fi! s.
Faisons des Phalanstères! voilà qui est raisonnable. Quand on ▼erra à Tœuvre le Capital associé, on lui pardonnera bien des choses. Le beau papillon fera vite oublier la chenille impure et rongeuse. Lorsque la Propriété sera facilement accessible à tous, que tous deviendront, à divers degrés, propriétaires, qu'on reconnaîtra Futilité de la Propriété personnelle et du Capital pour l'ordre, pour la mesure, pour la liberté, pour la production, pour la multiplication des liens sociaux et pour I'égalité pratique ET coMPEMSATiVE, OU uo songora plus à lui disputer sa part et son droit, à contester son principe. Le Capital à Vétat ^laissant, c'est-à-dire le Travail, ne songera plus à faire la guerre au Tra< vail à Vétat accompli^ c'est-à-dire au Capital. Je serais bien surpris d'avoir tort en pensant ainsi.
Se MORALE.
Je n'ai pas caché cette petite in&rmité phalanstérienne, cette petite invasion du Communisme chez nous. Il n'^.gne, c'est certain, une cholérine contre ht Propriéié. L'amour du changement, d'ailleurs, est dans la nature. Fourier n'a-t-il pas reconnu lui-même les droits de IdtPapilonne? Un peu d'indulgence donc à qui, faute d'autre objet, la satisfait en quittant une idée juste pour en cares-^er une qui ne l'est pas. Cela délasse, cela réveille, cela fait discuter ; et puis on aime à se croire en avant du gros de la troupe. Aujourd'hui que nous avons depuis six mois la République , n'y a-t-il pas des esprits avancés qui se font partisans de l'Empire, même sans TEmpereur ?
Il y a pourtant une morale à tirer de ce fait, et c'est à cette fin que j'ai tenu à le signaler. Un pareil entraînement chez des Phalanstériens, c'est-à-dire chez les hommes (parmi ceux qui pensent et se tiennent au courant des idées de leur temps) que leurs propres principes garantissaient le plus solidement contre l'atteinte des négations du Communisme; un tel entraîuement, si réduit qu'il soit, prouve quels griefs, quelles irritations,
quelles défiances ont prodaits les monstrueux abus du Capital et de la Propriété sous le honteux régime de la Féodalité financière, industrielle et commerciale qui régnait et gouvernait naguère, et qui s'efforce aujourd'hui^ bien aveuglément, de chercher à refégner et à regouvemer. Si la Noblesse avait été sage, raisonnable, humaine, si elle avait ouvert ses rangs à tout^ les gloires et à tous les mérites dans tous les ordres, on n*ei)t pas aboli la Noblesse. Si le Catholicisme fût resté démocrate et chrétien, la démocratie moderne irait encore en masse à la messe. Ce n'est pas le Communisme qui menace sérieusement la Propriété aujourd'hui, c'est la résurrection de la Féodalité inancière et la restauration du règne ignoble et grossier du matérialisme des écus. Fondez-moi seulement de bonnes, de solides et démocratiques institutions de crédit ; mettez le Capital à bon marché; facilitez-en l'accès au Travail : et rien qu'avec ces Aesures, même avant la transformation de vos villages morcelés, incohérents et misérables, en bons et beaux Phalanstères, vous n'aurez plus rien à craindre de cette réaction immense, suscitée dans la conscience du Peuple contre le Capital, par les crimes de la Propriété, comme dit sir Robert Peel. — Que pensez-vous de cette opinion, messieurs les anti-sociaux? Là, comment trouvez-vous que je raisonne? Est-ce donc bien extravagant, ce que je vous débite, et croyez-vous que, pour être socialiste, très socialiste, socialiste radical et indécrottable comme je le suis, on ait nécessairement sa place marquée à Charenton ou à Bioêtre? Si Je raisonne mal, essayez donc de raisonner mieux sur ces matières.
{ p. lES VAaiillés DU COMMCNISIIE.
Le Communisme, en généiyl et en somme, est surtout , comme je l'ai dit, une négation implicite ou explicite de l'individualisme et de ses attributs, provoquée par ses excès; une réaction contre lesabns de la propriété, emportée jusqu'à l'attaque du principe et des droits de ceHe-ci. Cest souvent, en outre, une conception plus ou moins osbcure, plus ou moins confuse, de l'idée de la collectivité, de l'action unitaire, de la coopération.
On dresserait une Série assez régulière de ses variétés, commençant au Babouvisme, transition inférieure : tout ce qu'il y a de plus négatif, de plus violent, de plus durement impératif et despotique, de plus écrasant pour l'individualité. On passerait de là àdesvariétésmoins déterminées, moins politiques, plus confuses, mais aussi plus humaines. En traversant le Communisme qui se formule tout simplement en ces mots : c II y a assez long- » temps que nous travaillons pour les riches : chacun son » tour I D on atteint le Communisme icarien et facultatif auquel la grande et loquace activité de M. Cabet a donné une vogue sérieuse et beaucoup d'adeptes dans des classes qui sentent
«I qui scoffront : •- datte» , certes , beaucoup plus avancées que les savants économistes de la vteilla Ecole et les savants politiques de Tancienne Chambre , parce qu'elles comprennent le caractère social de la Révolution de Février, parce qu'elles savent qu'on ne peut pas refaire la société oomoie elle était, et qu'elles sont bien décidées à ne pas le souffrir; mais dont les esprits peu difficiles préfèrent à la Science une doctrine comprise tout entière dans quelques formules telles que ; < Les biens en 9 commun ; plus de pauvres ni de riches ; plus d'exploitation du » travail par le capital ; tout à tous, et vivent l'égalité et la fra- » temité'l »
Du Gonununisme icarien on arrive à TOwennisme, plus riche que le précédent en notions pratiques, en vues organisatrices. On atteint bientôt, à travers Bûchez, Guy-Coquille, Dapin et Louis Blanc, plus déterminés mais moins larges, au Saint- Simonisme; lequel était bien un Communisme puisqu'il siippiimait la propriété individuelle pour ne laisser subsister que la propriété collective de l'État, mais qui sentait fortement les besoins de le classification, de la hiérarchie, et faisait, faute de mieux, par Tintermédiaire du prêtre , — supposé capable, aimant, aimé et infaillible, — la part des inégalités nécessaires.
Viennent maintenant les communistes qui pratiquent la communauté des biens sur la théorie de Fourier, et lui prennent, en en convenant ou sans en convenir, partie ou tout de son organisation, lui laissant seulement, pour compte, la Répartition proportionnelle, la Propriété, le Capital et l'Hérédité.
Ceux-ci donnent la main à la petite variété des Phalanstériens atteints de la grande contagion anti-propriétaire et quelque peu malades dlcarisme, d'Owennisme ou de Buchézisme à Pendroit du Capital.
Enfin, nous entrons en pleine voie d'accord du Capital, du Travail et du Talent. Nous voici sur la grande route de la raison, du bonheur et de la science, qui mène tout droit, en plaine, à travers des fleurs, des épis, de beaux jardins et de frais ombrages, à la cour d'honneur devant le péristyle du premier Phalanstère. Les portes magistrales du palais sont toutes grande ou* vertes : dépêchons nous d'y entrer pour que les aigres disputes, l'envie, les haines^ les misères, les guerres et les révolutions finissent. Association volontaibb, REPARTITION PROPORTIOI>(NELLB, TRAVAIL ATTRAYANT, LIBERTÉ, DIGNITÉ, JOIB, HARMONIE, BONHEUR
POUR TOUS, voilà ce que nous lisons en belles lettres d'or sur le fronton du palais populaire. Et ces mots resplendissants y sont un peu mieux incarnés dans les faits et vivants dans les cœurs, que les trois mots sacramentels, brisés par les coups de canon de la République, sur les murs pantelants et imposteurs de ses monuments.
Courage donc! un peu de foi, ua peu d«espérance, un peu de charité 1 et nous pouvons y arriver demain en chantant et en nous donnant tous la main,.ô mes ennemis I Cela ne vaudrait-il pas mieux que de nous quereller, de nous maltraiter, de nous dire de gros mots comme vos injustes attaques, vos violences, vos mépris, et votre obstioatîon routinière à demeurer dans Tignorance me forcent moi-même à le faire? — moi qui aime cédant si peu la bataille, et qui ne frappe à four de bras sur vos dos que parce que vous me mettez en colère en me forçant à vous battre. Allons, ventrebleu, sacrebleu, morbleu I préparons-nous à faire la paix ! Que gagnerons-nous à nous rouer de coups les uns les autres? Soyez bien convaincus que, fidèles . à nos principes sur les droits du Capital, si vous tenez tant à nous donner des horions, nous vous les rendrons avec intérêts et dividendes sociétaires. — La paix vaudrait mieux.
Tenez, M. Thiers, voilà huit ans surtout que nous vous faisons assez durement la guerre en politique, et il ne parait pas que nous soyons mieux d'accord aujourd'hui sur la question sociale. Hé bien 1 nous vous invitons à dîner au premier Phalanstère. Acceptez ; vous y serez traité cordialement et n'aurez pas lieu de regretter votre visite.