CHAMBRE DES COMMUNES
LORD PALMERSTON. Je nie ju'il y ait aucune disposition de la part du gouvernement de S. M. à abandonner cette alliance, cette union intime avec la France, à laquelle j'ai toujours attaché la plus grande importance... bien que dans cette occasion particulière le dissentiment entre la France et los autres puissances ait été jusqu'à empêcher le gouvernement français de s'associer à l'arrangement qui était l'objet de la convention, cependant j'ai une confiance et une espérance bien fondées que ce dissentiment temporaire ne sera pas de nature à influencer les sentiments modérés des deux pays. .
Constitutionnel du 10 août 1840.
« S'il reste encore quelques nuages, au moins faut il reconijaître que les intentions actuelles du min'.nro sont excellentes, et qu'il regrette les malentendus qui se sont élevés entre les deux pays.»
Il reprend ce thème le lendemain, et termine ainsi : « Nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu'un homme d'Elat puisse agir en sens contraire de ses protestations... Nous sommes donc sûrs que les actes répondront aux paroles, et que notre union avec l'Jngleterre, wi moynent ébranlée., aura repris bientôt toute son intimité., et se fortifiera encore des malentendus qui viennent u'e la compronuttie. »
Ce jour-là le S p. 100 se relève jusqu'à 116.50, et le 3 p. 100 à 82.50. Les spéculateurs, confiant dans les déclarations successives du Constittdionnel , dans ses relations, avec le cabinet, avaieî t cru à des communications diplomatiques.
Messager du M août 1840.
« Les journaux ont donné diverses explicalions du discours de lord Palmerston. On a supposé que certaines de ces explications avaient été inspirées par le gouvernement. C'est une erreur que nous négligerions de rectifier, ainsi que beaucoup d'autres, si elle ne pouvait avoir des conséquences graves.
» Nous devons donc déclarer que le cabinet n'a aucune part en tout ce qui a été dit à ce sujet. »
Commerce ùu 12 août 1840.
« Le bruit s'est répandu celto après-midi que le gouvernement venait de recevoir l'avis d'une révolution qui aurait éclaté à Constantinople.
I) Les journaux du soir ont été consultés avec empressement, mais ils no contrtnaient rien à ce sujet. Il e«t certain que le bâtiment à vapeur de l'Etat le Cocijte est arrivé le 7 a Toulon, venant de Constantinople.... Si les bruits qui circulent étaient vrais, il serait à regretter encore une fois qu'ils fussent parvenus d'abord à quelques privilégiés, et que la communicalion qui leur en aurait été faite, coïncidât avec un mouvement de baisse dans les fonds.
» M. Thiers, plus que tout autre, devrait éviter de voir son nom ou celui de ses amis, mêlé à des tripotages de bourse. »
Presse du 12 août.
« Les politiques à la suite de M. Thiers qui ont fait invasion à la Bourse, y ont répandu aujourd'liui, 11, la nouvelle d'une émeute qui aurait éclaté à Constantinople. Celte nouvelle, que nous avons tout lieu de croire sans fondement aucun, a produit une biisse de 50 centimes. C'est ce qu'on voulait. Les bénéfices réalisés par plusieurs vertueux et belliqueux ioumalisies étaient aujourd'hui a la Boursa l'ubjot de toutes les conversations, et ce soir même il en était fort question. »
presse rfw 13 août.
« Le parti de la politique à la baisse s'est encore beaucoup agité aujourdhui à la Baurse, mais presque infructueusement.
, ...» On commence enfin à savoir à quoi s'en tenir à la Bourse sur l'ardeur guerrière et le puritanisme financier des vertueux et belliqueux échos de M. Thiers. »
Presse, du 15 août.
« La baisse a encore fait aujourd'hui de nouveaux progrès (1 4) : le 5 pour 100 a fléchi de 1 fr.'l5 c. à terme, et le 3 pour 100 de 85 c. Cette baisse n'a pas seulement pour cause la gravité de la situation; elle est surtout l'etlet des manœuvres qui ont pour principal instrument le jounialisine ministériel. »
Commerce du 19 août 1840.
« Une évaluation que nous ne pouvons garantir, mais qui nous vient de personnes ayant autorité dans la matière, porte à la somme presque incroyable de 22 millions les différences payées à la bourse pour la liquidation du mois dernier... On raconte tout haut danî la Bourse des choses presque merveilleuses sur des profits scandaleux. On cite ries noms, on dresse la liste des bénéfices ; et la morale publique aurait encore à rougir de ce qui se passe dans certaines régions. »
Constitutionnel du 19 août.
« Le rôle de la presse change avec les circonstances qui ont changé la position de la France devant l'Europe. La discussion
n'est presque plus engagée de parti à parti : elle l'est de peuple à p'^uple. Dans cette polémique internationale, c'est la susceptibilité de toute une nation qu'on ne peut blesser par les écarts de la parole. L'irritation qu'on excite chez les peuple passe bientôt dans les résolutions et dans les acles de leurs gouvernements. C'est une phrase de bulletin qui a rompu la paix d'Amiens. »
Presse du 1 9 août.
Les journaux ministériels ayant fini par dire que lAagleterre n'avait pas eu l'intention d'insulter la France, et ayaot cessé d'être provocateurs pour se placer sur le terrain de la discussiaa, la Presse dit :
» Oui, sans doute, la presse ministérielle, depuis un mois
eût mieux fait... de se borner à bien définir la question, à éclairer l'opinion sur sa véritable portée, que d'échauffer tout r'jbord les esprits, de les pousser à l'exaltation, pour en ra battre ensuite. Mais, si elle eût agi ainsi, on n'aurait pas pu réaliser à la bourse les bénéfices qu'on y a faits à coup stir! C-^ qui y a été perdu et gagné ne s'élève peut-être pas à plus de six à sept millions; mais la Francs aurait eu meilleur marché d'en donner vingt, pour que tous l3s journaux ministériels imitassent la circonspection que nous avons gardée »
Presse du 21 août.
« Le 5 0|0, qui avait fermé hier (19) à -1 1 19o, après s'être élevé aujourd'hui au commencement de la bourse àU2 40, a fermé à 1 10 40, ce qui fait une baisse de 2 francs entre le premier et le dernier cours... Cette baisse considérable a eu pour cause les bruits qu'on a répandus de nouveau des blocus d'AIe.xandrie et do Saint-Jean -d'Acre par les Anglais, et de l'occupation do Candie par les Français.... Nous nous bornerons seulement à faire remarquer qu'on choisit toujours, pour mettre en circulation des nouvelles graves et inquiétantes, le jour où les feuilles ministérielles ontopéré dans le sens inverse, c'est-à-dire le jour où, par plus de modération dans leur langage, elles ont rendu l'espérance que la paix ne sera pas troublée. Tout paraît calculé avec un art infini pour créer des intermittences de hausse et de baisse et rendre les fluctuations plus considérables. «
Débals du 22 août.
(Art. du 21.)
« La bourse d'hier a offert un grand scandale; de nouvelles très graves ont circulé toute la journée, et ont produit parmi les spéculateurs une véritable terreur panique, et, malgré l'invraisemblance et l'absurdité de c>s bruits, il faut avouer que la panique a été artistement préparée et habilement exploitée
«Ce qu'il y avait de vrai au fond de tous ces mensonges,
c'est que le gouvernement avait reçu hier une dépêche télégraphique de Toulon Le ministore possède deux journaux officiels qui ont paru hier au soir, qui ont annoncé que le paquebot d'Alexandrie est arrivé le 19 à Toulon, et qui n'ont rien (lit des événements de la bourse. >■
Gazette (fes Ti ihunaux du 23 août. ^
> L'opinion publique est vivement émue des scandales dont la Bourse est le théâtre. Ceux-là seuls restent impassibles et calmes dont le devoir est de prévenir et de réprimer de semblables méfaits. Le gouvernement se tait nu bruit des nouvelles frauduleuses qui viennent en aide au honteux tripotage des spéculateurs ; le ministère public se tait quand il sait le délit, quand il en peut connaître les auteurs , quand la loi pénale est violée au grand jour, quand les coupables font pour ainsi dire eux-mêmes trcphée de leurs prouesses ; il n'y a pas là seulement une scanda • îeuse impunité qui compromet la morale publique, et fait douter de la justice; il y a aussi peut-être matipreà de graves recherches sur les causes d'une telle indifférence, et il serait à craindre pour ceux qui tiennent en leurs mains l'action du pouvoir, que l'opinion publique en arrivât à commenter trop longtemps la tolérance dont ils couvrent les friponneries de l'agiotage.
(c Nous n'insisterons pas sur ce qu'il y a eu de grave, surtout dans la crise de jeudi dernier, sur l'incompréhensible silence du ministère, qui a permis que la nouvelle d'un commencement d'hostilités dans le levant se répandît, se fortifiât, restât unejournée tout entière sur le tapis-vert de la Bourse, tandis qu'il avait entre les mains, depuis la veille, une nouvelle contraire ; qui, le soir, dans les journaux qu'il fait payer au budget, a cru devoir encore fermer la main aux vérités qu'il tenait, et qu'il a permis seulement à un organe privilégié du lendemain de faire tardivement connaître. Nous ne répéterons pas ce que tout le monde dit ; — quels sont les instigateurs dô ces coupables manœuvres, — quels sont ceux qui en profitent, — à quelles relations de politique ou de famille ils les doivent, — quel est celui qui, des mains d'un seul agent de change, a reçu, ces jours derniers, I million 164 000 fr. de différence. Sur tout cela, nous n'apprendrions ritn à personne, pas plus à l'opir-.ion publique, qui en gémit, qu'à l'autorité qui est chargée de sévir.
« Au reste, il y a de la part du gouvernement quelque chose de mieux à faire que de donner dos démentis équivoques ; c'est.... de provoquer une enquête judiciaire qui permettra de faire à tous justice en mettant au grand jour le tableau des coupables déprédations qui, depuis trois semaines, dévorent la fortune publique. »
Moniteur parisien du 23 août.
« M. le gardedes-sceaux vient de donn^^r ordre au ministère public d'informer sur les faits qui se sont passés à la bourse ces jours derniers. »
La Presse, du 26 août.
«Les journaux ministériels, qui n'ont pas reproduit l'article de la Gazette des Tribunaux, n'ont pas trouvé un seul met pour relever le fait d'une différenca de 1 million 164 000 fr. touchée des mains d'un seul agent de change, par une personne dont ie nom est le secret de tout le monde
. » De quel nom qualifier la coaduite des dépositaires du pouvoir qui, lorsqu'ils ont des nouvelles dont la connaissance appartient é.;alement à tout le monde, ou ne doit être donnée à personne, en font en réalité un scandaleux monopole dont l'exploitation est livrée à leurs proches et amis? »
Et dans un petit article du même jour :
« On disait ce soir que M. Dosne, bsau-père de M. Thiers, et receveur-général du département du Nord, avait dû quitter Paris pour se rendro à Lille. Ce départ, qui aurait été provoqué par une allccutioa d'un député, dans le salon même du président du conseil, prêtait à des commentaires que nous nous abstenons de rapporter. »
Presse du 27 août.
« Puisque le Messager (propriété du gouvernement) a pris l'habitude de nous répondre, nous allons tui fournir l'occasion de le faire encore demain.
« Oui ou non, M. Dosne, beau-père de M. Thiers, a-t-il, à la dernière liquidation, joué et réalisé des bénéfices à la baisse dts fonds publics ?
« Nous acceptons d'avance le démenti, la Bourse l'appréciera.»
Presse du 29 août.
« Nous avons, il est vrai, dit deux mots du départ de M. Dosne. Ces deux mots ont blessé la susceptibilité de M. Thiers. Mais comment n'a-t-il pas compris plus tôt que dans un moment où l'agiotage était si vivement excité, où il était si facile à une personne habitant l'hôtel de la présidence, assistant aux dépêches reçues ou envoyées, aux décisions prises , jouissant d'un grand créiJit financier, ayant des relations avec d'importantes maisons debaaque, où il était si facile enfin de réaliser d'immenses bénéfices en une seule ou en quelques bourses, la place de M. le recaveu^'-général du département du Nord n'était pas à Paris, près de son gendre, mais à Lille, près de sa recette. »
Presse du 29 août.
« Le démenti du Messager d'hier soir a été accueilli aujourd'hui (28) à la Bourse, non seulement avec incrédulité, mais avec hilarité. M le juge d'instruction Boulloche a entendu aujourd'hui le rédacteur du journal ['Office de publicité. L'enquête se traîne et s'égare sur des traces où elle ne pourra ramasser que des propos sans consistance. Si M. le juge d'instruction a la volonté de recueillir des rensei.^nements sérieux, que ne se faisait-il autoriser a demander à M. le gouvernour de la Banque de France commimicalion des maniats que M.M. les agents de change ont délivrés en paiement do différences de la liquidation de juin, et particulièrement de ceux dont ou a débité le compte de l'un d'(Mix. U. C...? »
L'enquête, comme de juste, se garde bien de s'enquérir ; la toile tombe sur le drame boursico-ÛQancier et
la gravité des événements qui surviennent le couvre d'ua silence protecteur...
Les journaux d'où ces extraits soiit tirés ne sont ni du parti rouge, ni du parti socialiste, c'est-à-dire du grand parti des malhonnêtes gens. Ces extraits cependant suffisent pour rappeler à l'opiuloii publique combien l'entourage de M. Thiers, les journaux avec lesquels il manœuvre et les hommes qui le servent, forment un bon noycau pour la composition du parti de la moralité, de l'hoanêt'-'té et ds toutes les vertus champêtres et politiques.
l.e Moniteur officiel du parti de M. Thiers, le Constitutionnel est-il entre les mains d'un homme politique, d'un homme de principes? Il appartient à M. Véron. M. Véroa est connu pour un spéculateur, un homme d'affaires, pas autre chose, M. Véron pourrait sans doute, à cause de la pâte qui a commencé sa fortune, prétendre au tiîre de chef du parti pectoral en France ; mais pour être à la tête du parti moral, nous ne lui connaissons pas de titres suffisants. M. Véron n'en est pas moins le Verbe de ce grand parti. C'est M. Véron et M. Thiers qui défendent la famille et la verlu, qui vengent la morale, qui foadentla grande ligue des gens honnêtes et austères, qui luttent contre l'immoralité socialiste et assurent les bases de l'ordre social !
Eh bien ! voulez vous que je vous dise ce que vous faites et ce que sont vos déclamations, vo3 sermons, vos grandes colères, et tout le mouvement que vojs vous donnez? — Vous jouez la comédie et vous faites de l'intrigue, pas autre chose. Je le prouve.
Vous attaquez avec fureur le Socialisme. Vous avez loué un rédacteur chargé de vous fournir sept articles antisociaux par semiin-;. C'est sa fonction au Conslitutionnel, à cet homme. Sivez-vous pourquoi vous faites cela? — Oh! que oui, que vous le savez bien, compères, et ce n'est pas pour vous que je vais le dire.
D'abord, je le reconnais, le Socialisme étant l'adversaire acharné d ! l'agiotage, de l'accapiremi^nt, de la spéculation, du maquignonage, de lou3 les allures habiles en un mot, auxquels votre monde gagne beaucoup d'argent légalement et sans travailler, vous n'aimez pas le Socialisme en lui-même. Mais vous n'avez pas, pour autant, contre lui une colèro sérieuse ; d'abord, parce que vous êtes des gens de trop d'esprit, — les sceptiques ne se mettent pas en colère, — ensuite parce que le Socialisme a beau crier, vous ne croyez ni à son elTicacité pour transformer la société ni à sa puissance pour la culbuter. Le
Socialisme est une idée et vous ne croyez pas à une idée. Pendant dix-huit ans \ous n'avez pas voulu le voir; aujourd'hui que vous le voyez, que vous le touchez, dans les conditions mêmes qui ont vaincu l'incrédulité de 8t- Thomas, votre incrédulité persévère. Vous vous moquez parfaitement du Socialisme entre vous ; mais vous vous en servez admirablement devant le public. Voilà votre affaire.
Vous avez vu les badauds avoir peur du Socialisme, et vous avez compris que dans cette vieille société restaient debout deux sentiments dont l'exploitation n'a jamais manqué son effet, et au moyen desquels Philippe a si longtemps fait tout ce qu'il a voulu, la Peur et l'Egoïsme. Alors votre rôle était tout tracé et bien facile. Louer au Constitutionnel quelqu'un pour avoir tous les jours une tartine violente, ab hoc et ab hûc, contre le Socialisme ; tirer les ficelles du fantôme pour bien effrayer et courroucer les badauds ; épouvanter, irriter, diviser, et fmalemont racoler une queue indéfiniment plus longue que celle dont !e C hei^ ivari noui grvLiiùe, — mais sans œil pour y voir, à la différence de la nôtre, — voilà votre tactique.
Vous vous êtes dit : Le pays n'a pas grande confîmes en nous. C'est vrai qu'il est payé pour cela. Il nous a vu travailler. Nous avons été aux affaires, et nous les avons embrouillées et gâchées Dieu sait comme ! Mais le pays a peur. Redoublons sa peur, soufflons-lui la colère, envenimons tout, empêchons que l'on écoute les Socialistes, que l'on distingue ce qu'il peut y avoir de bon et de fécond de ce qu'il y a de subversif dans toutes ces idées nouvelles qui ont eu l'insolence de croître et de multiplier malgré nos dédains. Posons-nous en chefs de la peur, des colères, des préjugés. Crions fort, très fort, plus fort que personne. Le troupeau de l'ignorance, de la peur, du préjugé, la grande cohue des sots, qui est toujours la majorité, se disciplinera autour de nous et nous pren Ira pour des Dieux sauveurs.
Voulez-vous la preuve que vous n'êtes pas sérieux dans vos colères, et que tout cela est jonglerie pure? (jonglerie, en politique, cela s'appelle h.ibilcté : écrivant vite, ce n'est pas toujours l'expression la plus parlementaire qui me vient la première.)
En voulez-vous une preuve incontestable? — C'est que c'est vous, vous-mêmes qui avez propagé le Socia'isme sur la plus grande échelle, et que vous le propagez encore...
Voyons! Eugène Sue venait de se convertir au Socia-
lisme ; il venait de terminer cet abominable chef-d'œuvre socialiste des Mystères de Paris, qui avait ému la France et eu cent éditions, une dans tous les coins du monde civilisé. Votre organe, le Constitutionnel, réduit à la pure politique de M. Thiers, râlait tristement et misérablement. Il restait 1 800 abonnés!.. Qu'avez-vous fait? Vous avez rassemblé de l'argent et préparé un grand coup, une grande affaire. Vous avez offert à Eugène Sue 100 mille francs par an pendant quinze ans, pour avoir le monopole de sa plume socialiste, de cette plume qui, pir le véhicule du feuilleton des Débats, venait à^ensociali pester la France et l'Europe ! Pardieu ! vous savirz bien que c'était du Socialisme que vous achetiez si cher ! Mais vous comptiez sur l'attrait de ce Socialisme, cent fois plus dangereux et plus contagieux sous la forme du romanfeuilleton que sous toute autre, pour ramener les abonnés à l'organe du grand parti des honnêtes gens, et l'argent ('ans la caisse! Et, avec l'accompagnement d'affichesmonstres et de grosse musique que vous y avez joint, ie tour ne vous a pas mal réussi. Seulement, vous avez demandé à Eugène Sue d'assaisonner son Socialisme d'uce capilota- e de jésuites, à cause da vos traditions. Gela allait à Eugène Sue, qui n'était pas fâché de mettre la puissance de la mauvaise association pour le mal, en regard de celle de la bonne pour le bieu. Donc, il vous a donné du Juif errant f^i du Martin, du Socialisme très vert et beaucoup plus foncé que le rôtre, par parenthèse. Et vous avez répandu vos feuilles empoisonnées à autant de centiiines de milliers que voiis ave.^ pu !
Est-ce de la fable ou de l'histoire ?
Et aujourd'hui encore, qu'est-ce que les Sept péchés capitavx que vous publiez? Du Socialisme, du Socialisme pur, plus fort et plus tranché en doctrine que le précédent. Seulement, je le reconnais, vous ne passez plus à l'auteur le Socialisme sousjorme de réflexion. 11 le met dans le roman, dans la fable, dans les faits. C'est du Socialisme en action. Mais de la phrase dictatique, on i'en prive. La situation ne le permet plus. Le tableau est socialiste ; seulement vous ne souffrez pas qu'on écrive au bas : Ceci est un tableau socialiste. Au contraire, vous avez dit quelque part : Les romans de M. E. Sue, que nous continuons à publier, ne sont plus socia'istes. — Caillards ! ,
Vous voyez donc bien que vous n'êtes pas des homciea sérieux, et que vos tartines anti-sociales et vos grandes colères sont pure jonglerie.
Et le livre de la Propriété de M. Thiers ! en voilà une de plaisanterie. Les effarouchés et les peureux sentent le besoin de voir la Propriété défendue et les Socialistes écrasés. Bon ! un livre sur la Propriété et contre les Socialistes, ce serait un coup de partie pour redevenir chef de parti. Vite donc un livre sur la Propriété et contre le Socialisme! Voici la division, la table des matières: il faut que cela soit broché rapidement. On remarque que M. Thiers a écrit cette fois d'un style... qui n'est pas le sien. Quelque couleur, de l'image, de la littérature, et non plus le robinet d'eau claire du discours parlementaire, du premier-Paris du Constitutionnel o\x de V Histoire du Consulat et de l'Empire. Mais je ne chipote pas là-dessu^. M. Thiers, après tout, est bien capable d'avoir écrit cela lui-même et en quinze jours. Tout ce qui y conf'.erne la défense de la Propriété (l'aflaire capitale) et l'attaque du Socialisme est si superficiel, si misérable, si nul ! Tout cela accuse une si profonde ignorance de ce qm; l'on y prétend écraser, des arguments qu'on y devrait réfuter, que j'ai vudejeunesSocialistes de première année, sachant à peine leurs petits livres élémentaires, rester ébahis d'une telle pauvreté. « Mes bons jeunes gens, leur ai-je dit, vous » n'avez pas compris... Vous avez cru, âmes candides, » qu'on avait écrit un livre pour redresser dùs idées faus- » ses, pour réfuter des raisonnements vicieux, pour raf- » fcrmir dos princiins ébranlés, pour ramener à la Pro- » priété les gens qui s'en éloignent et démonter les bat- » teries de ceux qui l'assiègont.
» Eh ! certes oiii , si l'on se lût proposé ce but sérieux, » vous auriez bien raison d'être étonnés. Alors il eût fallu » étudier, lire, prendre connaissance des ouvrages et des » idées socialistes, approfondir les p ineipes des diverses » Ecoles, se rendre compte des systèmes, des thiiories, » des arguments vnis ou faux; savoir d'abord ce que » l'on voulait réfuter, reconnaître les positions de l'eu- » nemi, l'emplacement doses pièces, lavaleurde sesfor- » ces, de ses magasins, de ses réserves. Mais il s'agissait » bien de cela! Il fallait tout simplement tirer en l'air, » tirer à poudre , obtenir beaucoup de bruit, de vo- » lume et de fumée et avoir l'air de rester maître du » champ de bataille...
i> Il fallait, en un mot, faire un ouvrage publié à grand >' fracas dans !e Constitutionnel, que le peuple socialiste » n'y lirait pas (5 souS le numéro) ; un livre dont la re- » production tu tout ou mêine en partie serait formelle- « inent interdite pour ne pas nuire à l'édition à trois
» jrancs, ainsi cotée en faveur du peuple, ô palriotique » désintéressement de l'auteur et des éditeurs!; un livre » enfin que les badauds de la queue à formi-r liraient ou » ne liraient pas, miis trouveraient dans les deux cas » superbe, péremptoire en faveur de la propriété et dé- » cisif contre les socialistes.
» Comprenez-vous maintenant, ô jeunes gens, qu'il ne » s'agissait pas de faire du bien à la Propriété, en conver- » tissant ceux qui s'en sont éloignés, en retenant ceux » qui s'en éloignent, en réfutant sérieusement les Socia- » lis' es; mais de plaire à la Propriété, de la flatter, et de » lui offrir une apparence de hachis du Socialisme. En » un mot, il ne s'agissait pas de servir la cause de la » Propriété, mais bien de se servir de la Propriété pour » sa cause à soi. On a voulu faire un livre pour les Bour- » geois qui croient à la Propriété et qui détestent le So- » cialisme, c'est-à-dire une manœuvre politique, et non » une bonne action sociale. En ce temps-là, on songeait à » la présidence de la République. Telle a été la première » idée de ce livre, ô mes bons jeunes gens. »
Et de fait, moi qui défends depuis 1828 la Propriété contre lesSaints-Simoniens, les Communistes, les Proudhonniste8,et qui viens encore de batailler ce soirjusqu'à minuit et demi, en faveur de la part du Capital, contre un de mes amis qui prétend qu'il sera bon de s'en passer dans l'avenir, je déclare hautement que si la cause de la Propriété ne pouvait pas être soutenue autrement que ne le fait M. Thiers, je serais depuis longtemps dans le camp de ses adversaires.
M. Thiers était cependant si content de ce livre qu'il en a donné une première édition à l'Assemblée nationale le 13 septembre, initiant par avance le public socialiste à sa suprême ignorance. De ce ton enseignant et tranchant qui caractérise son débit, d'ailleurs toujours clair et spirituel, M. Thiers a appris à l'Assemblée qu'il y a quatre espèces de Socialisme» :
Celui de M. Proudhon,
Le Communisme,
L'Association (il se trouve que l'Association c'est chez M. Thiers le système de Louis Blanc, et M. Thiers le distingue du Communisme !)
Enfin... le Droit au Travail !
M. Thiers faisant du Droit au Travail un des quatre systèmes du Socialisme, ceci j^asse toute permission. C'est le Pirée pris pour un nom d'homme ! et cela a été ensngné d'un ton doctoral, parfaitement dégagé et sur de
soi, à l'Assemblée nationale qui, en assez grand nombre, a parbleu bien coupé dans la science de M. Thicrs et pris le Pirée... je veux dire le Droit au Travail pour un système. Et, au fait, je me demande pourquoi M. Thiers se donnerait la peme de savoir ce qu'il dit? En débitant spirituellement des banalités que les badauds politiques sont toujours enchantés d'entendre professer par un parleur agréable et qui passe pour fort, il produit l'effet qu'il veut. Il obtient mieux encore quand il leur enseigne tranchément des choses qu'il ignore et qu'ils ignorent eux-mêmes, à la condition d'avoir ht aucoup d'aplomb et d'entrer dans tous leurs préjugés. Gagnant tout ce qu'il désire par ces deux procédés, pourquoi se donnerait-il une peine quelconque p(ur faire sur quoi que ce soit des études inutiles?
Si l'Assemblée nationale n'avait pas de notions claires sur les lapins et les crocodiles et que M. Thiers eût un intérêt politique quelconque à passer pour fort en histoire naturelle, il expliquerait sans sourciller à l'Assemblée que le lapin est une variété de crocodile , le crocodille une espèce de lapin, et le résultat démarché serait produit. Tout dépend de la manière de présenter 'es choses. « Voulez-vous savoir ce que c'est que le Ir.] in? (Si- » lence !) Voulez-vous que je vous dise ce que c'est que » le crocodille? (A droite: Ecoutez! écoutez!) Fh ! mon » Dieu, j'ai beaucoup étudié, beaucoup approfondi ces » questions d'histoire naturelle; j'ai fait sur celle-ci en » particulier un livre ; j'ai observé ces animaux dans les » contrées qu'ils habitent; j'y ai consacré les trois » quarts d'un de mes voyages; ce sont de ces choses qu'un » homme qui a eu l'honneur de manier les afîaiies d'un » grand pays ne doit pas ignor^^r; j'ai chez moi des co!- » lections nombreuses de ces animaux ; je pourrais !es » apporter à cette tribune ; mais ce serait inusité ; je ne » veux pas abuser des moments de l'Assemblée. (Parlez! » parlez!) En deux mots, en deux mo's, si vous voulez » me prêter cette attention bienveillante à laquelle vous » m'avez accoutumé... (Oui! oui! parlez!)
» Je sais, messieurs, je n'ignore pas que les Socialistes » soutiennent que le crocodile et le lapin n'ont pas le » moindre rapport de pa.enté. Eh bien ! il faut que mea- » sieurs les socialistes me permettent de le leur dire, et » je ne prendrai pas quatre chemins pour leur dire cela, » (Très bien !) je le dirai à cette tribune, au grand jour de » cette tribune nationale où la vérité n'est jamais proi> clamée en vain ! où toutes les erreurs fatales à la go-
» ciété viennent se briser devant les reflets du bon sens » de ce grand pays que vous représentez. Eh bien ! c'est » une erreur de plus, ajoutée à toutes les illusions dan- » gereuses, fallacieuses.... (Bravo! très bien!) au moyen » desquelles les socialistes ont gangrené l'esprit peu cul- » tivé, facile à égarer, d'une portion des ouvriers des » villes (A droite : C'est cela ! très bien !) et menacé l'or- » dre social que nous raffermirons, que vous raffermirez, » que votre prudence, votre esprit de sagesse, votre ma- » turité... (Bruyants applauflissements à droite.) Les » Socialistes, messieurs, ont intérêt à bouleverser les » éléments dessciences naturelles: savez-vous pourquoi? » C'est que la Propriété, qui est l'objet de toutes leurs » attaques, n'a pas seulement ses bases dans l'ordre lé- » gai des sociétés, elle a ses bases, et les plus solides, dans » l'ordre de la nature... (Explosion d'enthousiasme.) » Cela continue à couler ainsi pendant trois quarts d'heure ou une heure ; la droite est ravie ; pas mal de la gauche, qui voudraient bien résister, se sentent entortillés, et en Un de compte, clair comme le jour, le crocodile est une espèce de lapin, et M. Thiers lui-même un fameux... crocodile. — « On apprend toujours quelque chose avec ce diable de petit homme -là, » disent en jubilant se", amis à toutes les bonnes figures qu'ils rencontrent pendant la suspension de la séance. Le tour est fait.
M. Thiers n'a- 1- il pas eu l'aplomb de soutenir à la tribune, carrément, comme un fait, comme une chose évidente, connue de tous, incontestable, ^< que le Socialisme » ne s'étend qu'aux ouvriers des villes, que jamais les So- » cialistes ne se sont occupés de l'agriculture et des agri- » culteurs!... » M. Thiers, qui prononce avec dédain, à l'occasion, le mot de Phalanstère, dans une réclame électorale ou ailleurs, ignore donc qu'un Phalanstère est l'habitation saine, économique et somptueuse d'une Association de quatre cents familles de cultivateurs ; il ignore donc que le principal ouvrage de Fourier, publié en 1822, ouvrage d'oiî est sorti, souvent par voie de mutilation et de déformation, en grande partie tout ce qui constitue les idées du Socialisme moderne, a pour titre : Traité de V Association domestique agricole. Il ignore que le Saint-Simonisme, que le Communisme, que toutes les variétés et les nuances du Socialisme, à quelques exceptions près, ont toujours entendu reposer en pleine terre, puisqu'elles visent à l'absorption et à l'organipation du travail social tout entier.'
La Démocratie pacifique a amusé pendant quinze jours
8C8 lecteurs avec les co .Iradictions, les puérilités, les ignorances et les bourdes de tout genre dont fourmille le livre de M. Thiers ; elle eut pu faire durer ce jeu six mois et ne pas épuiser la matière. Quand on fait un livre sur le Socialisme, et qu'on y prend un carré pour un cercle, un crapaud pour un chameau, un blaireau pour un cheval pur sang, la poudre à poudrer pour la poudre à canon, le tonnerre pour un paquet d'allumettes chimiques, etc. , on donne une belle marge à la critique de ceux qui savent. Qu'importe à M. Thiers ? Il sait très-bien que les Socialistes ne seront pas dupes de la mystification, mais ce n'est pas sur eux qu'il entend agir. Les ignorants applaudissent, cela suffit.
C'est donc l'audace extrême dans l'ignorance suprême! l'indifféreDce innée pour la vérité des choses aussi bien que pour le droit et les principes ! eafin la transformation de tout en moyens , en procédés au jour le jour, en ficelles pour faire jouer des ressorts donnés. La vie politique entière de M. Thiers est notre gage. Toujours de la tactique, < t sans jamais s'en trop cacher, tant il compte (et il a bien raison) sur la sottise générale.
Hé bien ! la création du grand parti des honnêtes gens, qui est une tactique plus audacieuse que toutes les autres, et qui, rien que par sa dénomination, jette l'injure à tout ce qui reste en dehors, cette (aclique-!à ne réussira pas. On n'a jamais fait un parti de la vertu, ou seulement en ayant l'apparence, sans une foi sérieuse ou au moins des airs vertueux. La légèreté, l'outrecuidance, la largeur de la conscience au sujet des procédés, la transformation de tout en moyens, et la justification cynique de tous les moyens par le succès, ce ne sont pas là des bases pour un grand parti de la morale et de la vertu. M Thiers ne sera pas le Caton de cette époque. Il y faudrait un fanatisme de principes que n'exprime point sa petite figure sceptique et sensuelle. Mais le chef du grand parli des badauds et des moustiques, à la bonne heure.
§ 57. La capacité du grand parti des gens capables.
Nous avons expliqué comment et pourquoi il y a des gens qui croient à la capacité politique de M. Thiers. Dans ce pays-ci, l'agilité, le savoir-faire et l'esprit, joints à un aplomb solide, ont toujours donné des réputations €t de l'autorité pour un temps.
Mais qu'on cite un acte, une conduite de gouvernement ou de pirti, quelque chose enfin qui soit, pour M.
Thiers, un titre de capacité supérieure. Je serai» bien aise de connaître quelque chose.
.Je le suis depuis dix-huit ans. Souvent j'ai constaté qu'on lui faisait d'absurdes querelles ; je me sens parfaitement disposé à le louer demain s'il fait ce soir quelque chose de bien ; mais erifin je ne connais rien qui l'indique sérieusement comme un homme d'État de quelque supériorité. Bien au contraire , et son incon?istance ne lui a valu que des mystifications en Europe où on ne l'a jamais pris au sérieux : et l'on a eu bien raison ; je n'en veux qu'une courte preuve.
La question d'Orient chauffait. Le ministère du 12 Mai, composé d'hommes que M. Thiers regardait comme insuffisants, et qui n'avaient pas il est vrai pa suffisance, avait compris qu'il ne s'agissait pas le moins du monde du sultan et du pacha, que c'était une question européenne avant tout, qu'elle devait être résolue par le congrès des Puissances. La partie engagée était spécialement l'affaire des routes de l'Orient, par l'Isthme de Suez et l'Euphrate. Il n'y a pas d'cnfunt qui ne comprenne que l'Angleterre aurait usé son dernier homme et son dernier scheling plutôt que de laisser constituer, à cheval sur l'Isthme et sur la Syrie, une force qui pût dominer ces routes et les lui interdire un jour.
Hé bien ! savez-vous ce que voulait M. Thiers? C'est lui qui l'a dit, de sa bouche, à la tribune de la chambre des députés, quand il cherchait à liquider, avec des phrases, sa banqueroute du 1^'' Mars. Constantinople étant trop îoÎQ pour que la France y pût exercer une prépotence, M. Thiers la voulait à Alexandrie : « J'ai toujours pensé que » nous ne pouvions pas avoir une irfluence prépondé- )) rante à Constantinople; qu'il fallait, eu vue de la Mé- » diterranée, fonder cette influence à Alexandrie...»
La France, d'après M. Thiers, devait donc, au nom du droit européen, du droit de tous, tenir en échec les prétentions exclusives et l'e goï^me de la Russie à Constantinople. C'était la politique dictée à M. Guizot, son ambassadeur en Angleterre. Très bien !
En même temps elle devait, contrairement au droit européen, au droit de tous, contrairement au premier intérêt de 1 Angleterre, se ménager une influence prépondérante, c'est-à-dire poursuivre des prétentions égoïstes et exclusives sur l'Egypte et la Syrie !
En même temps l'Angieterre était notre magnanime alliée, toute notre politique extérieure se traduisait par l'alliance anglaise , nous devions sacrifier notre marine à
cette alliance, et ne songer qu'à nous montrer redouta' blés à nos voisins continentaux !
M. Thiers était tellement persuadé (toujours l'effet de cette même inexprirrable suffisance) qu'il ferait ce qu'il voudrait de lord Palmerslon, qu'il l'amènerait où bon lui semblerait, que, au moment même où il se disposait à suivre à Alexandrie une politique contre laquelle l'Angleterre eût plutôt, et avec raison, fait mille ans la guerre que d'en accepter les conséquences, M. Thiers arrangeait la querelle très envenimée de l'Angleterre avec le roi de Naples, et rendait ainsi à lord Palmerston la liberté d'une partie de ses forces navales !
L'Angleterre a 80 à 100 millions de sujets dans l'Inde. Ses conditions de vie se trouvent dans ce monde oriental dont l'Isthme de Suez etlaligne de l'Euphrate senties routes directes. L'Angleterre ne consentira jamais à l'établissement, en Egypte et en Syrie, d'une force qui puisse lui barrer ces routes. 11 n'appartient, d'ailleurs, qu'à une politique étroite, misérable, barbare, et par dessus le marché absurde, de prétendre les lui barrer. L'Angleterre représentait ici un intérêt de progrès et de civilisation, et la France, fous la conduite de M. Thiers, un intérêt d'ambition barbare et d'égoïsme.
Mais foit! Quelque misérable, quelque absurde que l'on puifse trouver l'idée, acceptons-la. La conséquence inévitable, infaillible, nécessaire, c'est que nous avons contre nous la Grande-Bretagne, et que nous ne pouvons nous saisir, directement ou indirectement, de cette clef de l'Orient que par une guerre de mille ans, si l'Angleterre et nous nous pouvons entretenir mille ans la guerre.
Eh bien! M. Thiers entendant ainsi la question d'Orient, M. Thiers la résolvant par la prépotence de la France en Egypte , imaginait qu'il aurait facilement raison de l'Angleterre! que lord Palmerslon en passerait par où il voudrait ! il proclamait l'alliance anglaise, et se hâtait d'arranger le différend anglo-napolitain pour que Palmeréton eût la disponibilité de toutes ses forces dans la Méditerranée!!!
Si c'était ici le lieu de reprendre l'histoire de cette question, de retracer les débats auxquels elle a donné lieu en novembre et décembre 1840, dans les Chambres françaises, nous en ferions suer par tous les pores les preuves de cette inconséquence, de cette légèreté, de cette fatuité politique, de cette folie qui aboutissait à la guerre au printemps, à une guerre absurde, injustifiable avec toute l'Europe continentale, peuples et rois contre nous.
couronnement de la politique du chef de parti de la capacité !
Nous autres, pauvres utopistes, gens iccapables, graads visionnaires, nous n'avions cependant pas laissé passer un jour sans exposer la solution vraiment rationnelle et politique de celte grande question : la Neutralisation des routes de l'Inde et l'établissement, en commun, sous le protectorat de toutes les Puissances, d'une grande voie de communication maritime à travers l'Isthme. Telle était la grande idée sur laquelle la diplomatie française devait glorieusement poser la question. Tous les bons esprits acceptent aujourd'hui, comme la véritable, cette solution sur laquelle, ainsi que sur tant d'autres nous avons été de dix ans en avance de l'opinion publique. Cela n'empêche pas que nous restions des rêveurs extravsgnnts,de8 crétins, et que M Thiers ne soit un homme pratique et cminent.
Nous ne refuserons pas à nos lecteurs le plaisir de trois cchantillors du Constitutionnel qui ont leur prix. Attention aux dates.
Constitutionnel du 7 juillet 4840.
La con6ance que le pouvoir inspire au dedans crée non ascendant au dehors. Sans sacrifices d'intérêts, nos rapports avec l'Angleterre, refroidis sous l'inlluence d'une autre politique^ ont été améliorés par une politique nouvelle ; témoin cette noble réponse du cabinet anglais à la demande en restitution des cendres de l'empereur. Vafjaire d'Orient., entravée par une intervention inopportune dont la France aurait eu le tort de prendre Vinitiative, se montre aujourd'hui sovs un aspect favorable. Tandis que le projet d'une conférence à Londres rente suspendu , l'espoir d'une transaction directe et prochaine surgit d'Alexandrie et de Constantinople.
Constitutionnel an 13 juillet I8iO.
Dans que! état le cabinet du t'^'' mars a-t-il trouvé l'affaire d'Orient? L'offre imprudente d'une médiation européerne, loin de rapprocher les parties, aurait divisé les médiateurs. L'irritation entre toutes les puissances mêlées directement ou indirectement à ce conflit était extrême; une solution paraissait imposiibie. Aujourd'hui on ne niera pas que la question ne se présente bOus un aspect beaucoup plus calme. Qu'à fait à cela le ministère? Ce n'est pas à nous a dévoiler les secrets d'une diplomatie que nous ne connaissons pas; mais cette question, qui donnait des alarmes, n'en inspire plus pour le moment. Il stmllait qu'on allait prendre des résolutions violentes contre le Pacha; on ne parait plus le craindre aujourd'hui. On regardait en général un ; /rangement comme impossible, entre la Porte et l'Egypte, et aujourd'hui, les dispositions les plus pacifiques et
les plus accommodantes semblent animer les deux parties. Nous ne pourrions pas dire quelle part le cabinet a prise dans ces résultats ; mais ce que nous tenons pour incontestable, cest que la suite et la Jermeté apportées dans la politique, depuis quelqtie temps, n'ont pas pu rester sans influence sur les décisions des autres cabinets.
Constitutionnel du 17 juillet 1840.
Les affaires extérieures étaient plus ou moins compromises, il les a habilement «enduites, et, merveilleusement aidé par les circonstancos, il a assisté au dénouement delà guerre civile en Espagne, terminé le différend entre l'Angleterre et Naples, et accéltré la solution de la grande querelle d'Orient. Ce sont là d'^s faits incontestables, des résultats acquis, où il y a la part de la fortune, sans doute, mais aussi la -part très grande de l'habileté.
Trois jours après, on apprenait le traité 15 juillet, signé précisément deux jours avant que le Constitutionnel narrât en ces termes les hauts faits diplomatiques de son héros! Le lendemain, 18, avait 1 ieu l'insurrection de Barcelone, qui enlevait le pouvoir à notre auguste nièce Marie- Christine, et en investissait Espartero !...
Nous fourrions faire des citations tout aussi boufîonnrs des autres journaux voués, en ce temps-là, à l'éloge des plus grandes extravagances de M. Thiers. Le Courrier français, qui, sous la direction de M. Léon Faucher, s'était jeté dans la guerre jusqu'au cou, et embouchait, à faire pitié, la trompette des fanfaronnades et de la conquête du Rhin, nous en fournirait de mirobolantes. M. Léon, conquérant ! Ces gens-là ont pourtant fait à la France un mal énorme. Ils ont irrité profondément les peuples allemands, reformé contre nous la coalition européenne, et n'ontlaissé au pays, en se retirant, comme M. Dufaure l'a dit avec raison à M. Thiers le 29 novembre 1840, d'autre parti que la résignation.
Voilà pourtant ce qu'ont fait les hommes capables quand ils avaient le Pouvoir dans des circonstances faciles. Jugez-les à leurs œuvres. Aux fruits ou connaît l'arbre.
En résumé :
Depuis huit mois, le Constitutionnel nous répète sur tous les tons qu'il est i'organe des hommes de la haute probité et de la haute capacité ; que la République ne peut être fondée, affermie que par ces hommes ; que le salut de la France est attaché à M. Thiers, au Constitutionnel et à leurs amis ; que la politique du pays ne peut être empreinte que par eux d'un caractère moral et glorieux.
Ces assertions et les odieuses accusations portées contre tous les membres du Pouvoir depuis la Révolution de février, toutes les manœuvres poursuivies au grand jour et dans l'ombre au profit de l'élévation de M. Thiers et de la politique du ConstiHttionnel, méritaient bien que nous rappelassions quelques-uns des faits et gestes de capacité et de probité de ce parti qui doit donner à la République les bases morales et soli'les sous la conduite de MM. Thierf, Véron et 0\
Nous avons vu M. Thiers prétendant faire la politique la plus hostile qu'il fût possible de concevoir contre l'Angleterre, et en même temps rendant à l'Angleterre la disponibilité de toutes ses forces dans la Mé iit'Trannée!...
f.a seule observation de Naples exigeait une diminution très-sensible de l'escadre de l'amiral Napier ; le pacha d'Egypte ayant une flotte nombreuse et bien équippée, le capitan pacha ayant livré la flotte turque, le pa Villon français ralliait des forces très considérables. C'est dans cette situation que M. Thiers, après avoir en vain essayé de détacher l'Autriche de la quintuple alliance et s'être fait honteusement éconduire de partout, rappela glorieusement la flotte à Toulon, fit déclarer, par ses ridicules acolytes de la presse, qu'il commencerait la guerre au printemps, escamota les fortifications de Paris pour le compte de son compère Louis-Philippe, et, rappelant déplorablement les souvenirs de 1 Empire, prétendit faire retomber sur les peuples de l'Allemagne ses déconvenues orientales, maritimes, égyptiennes et anglaises... Nous ayant mis ainsi tout le monde à dos en Europe, il quitta le Pouvoir, ne nous laissant de choix qu'entre une guerre barbare, inavouable, absurde, ou le honteux abaissement qui nous condamna au tv épris de l'Europe jusqu'à ce que le 24 Février tt le Manifeste de Lamartine nous eussent, en un moment, réhab'lité de la banqueroute d'honneur et de bon sens qu'il avait fait faire à son pays
Lord Palmerston avait donc eu raison de ne pas prendre au sérieux M. Thiers, de penser, selon la lettre de M. Guizot, ambassadeur, à M. Thiers, en date du 23 juillet,»Qu'au moment décisif, quand cela deviendrait sérieux, la France céderait... que les quatre feraient ce qu'ils avaient entrepris ; que la France se tiendrait tranquille, et que, l'affaire finie, malgré la mauvaise humeur, les choses reprendraient leur ancien couis...» Et l'on sait que lord Palmerston, quand il ne parlait pas à
notre grave ambassadeur, employait de bien autres expressions encore, disant qu'il ferait passer Louis-Philippe et M. Thiers par le trou d'une aiguille. Il savait bien de qui il parlait.
On proposerait pour chef d'un parti de probité et de moralité un homme comme M. Dufaure, que cela se comprendrait ; mais M. Thiers, flanqué de tous les roués, de tous les sceptiques, de tous les matérialistes, de tous les intrigants, de tous les faiseurs qui chanteraient un Te Deum le jour de sa rentrée aux affaires et de leur rentrée à la Bourse, non ! Par la tournure de son esprit et par son défaut absolu de convictions, par sa versatilité, sa légèreté, par son petit génie brouillon, M. Thiers ne sera jamais chef que du parti des intrigants politiqu33, aveu une détestable queue d'intrigants de tous les autres genres.
Quand à la capacité, en dehors de la prestidigitation de la tribune et du talent d'écrivain prolixe, mettant les faits à la place du droit et ses inventions à la place des faits, je la lui dénie complètement. Jamais homme n'a plus tristement gouverné un pays et un parti. Au pouvoir, M. Thiers a ruiné la politique française, et, pour s'être alliée à lui, l'opposition parlementaire s'est vue tomber dans ce genre d'anéantissement politique qui suit toujours le mépris des principes.
Qu'on me cite un acte politique de M. Thiers, un seul, dénotant un homme supérieur ! Je me charge d'en citer cent et encore cent et cent autres démontrant l'infériorité, l'étroitesse, la suffisance folle, le mépris des principes et le caractère inconsistant et brouillon du sujet.
Voilà le sauveur du pays, l'Hercule chargé d'écraser l'hydre du Socialisme !
M. Thiers a passé dix -huit ans à être continuellement compère et dupe de Louis-Philippe et son dernier acte de complicité, sa dernière coquetterie pour se refaire possible sous le père, ou tout au moins se préparer à être le m'nistre de la régence, a enlevé à la dynastie d'Orléans la seule chance de salut qu'elle conservât... M. Thiers était pourtant bien dévoué. Ecoutons seulement quelquesunes de ses paroles dans la discussion de la régence.
Séance du samedi 20 août 1842.
< J'ai parlé dans mon bureau avec peu de respect du pou- » VOIR co.nstiti:ant, et je m'en excuse; mais savez-vous pour- » quoi j'ai montré pour C9 pouvoir si peu de respect"? C'est » qu'en effet je n'en oi pas du tout. »
» La nation, représentée par la chambre des députi^s, d'un » accord unanime, a contracté avec la dynastie; elle lui a dit : » Voilà à quelles cond. lions nous vous appartenons cointne » svjels, selon la loi de la dynastie dépositaire do la loi que )i Douîj fondons.
(Violenta explosion de murmures à l'extrême gauche.) Plus loin, s'adressant au côté droit qui i'iaterrompait en lui disant qu'il ne i<»llait pas exagérer le principe do l'hérédité monarchique :
« Vous avez raison déparier au nom de votre droit de
B citoyens; là, vous êtes inviolables, et c'est notre honneur que » vous le soyez ; car nous tenons la parole que vous n'avez pas » tenue; c'est notre honneur que vous soyez invioîab'eà ; mais » quand vous parlez au nom da votre passé et de vos souve- » nirs, prenez garde, c'est nous qui vous les raDoellerons ; » ils seraient la condamnation de co aue vous représentez.
» Pour moi, quani la charte a institué la royauté comme » nous l'avons, en lui donnant une masse de pouvoirs énormes, » l'unité du pouvoir exécutif, le droit de paix et do guerre, le » commandement des armées, le droit d'administrer tout ce qui » compose le gouvernement, tous les pouvoirs enfin; quand >) elle lui a donné l'inviolabilité, quand elle lui a donné l'héré- » dite, l'hérédité du prince capable au prince incapable, et » quelquefois, comme cela s'est fait en Angleterre, au princa » aliéné, sans que le pays en fût moins grand, dans ma con- » victioD, ce n'est pas un présent qu'elle a fait à la royauté, » c'est une institution profonde, admirable, qu'aucun doct> teur de droit public n'a inventée, que la nature seule a in- » ventée dans les grands pays. Pour moi, c'est l'invention » admirable du génie, non pas de tel ou tel génie, mais du » vrai génie de l'homme.
« J'adhère à la charte, non pas seidement comme â une » letli'e écrite, mais de toute la puissance de mon esprit. Je » crois que la royauté qu'elle a faite est la bonne royauté, » la ieule que le bon sens moderne pût conseiller, la seule » qui satisfait à tous les intérêts. »
Si, avec ces convictions, M. Thiers n'a pas sauvé la monarchie, m us demandons comment, avec ces mêmes convictions (elles étaient trop profondes et trop absolues sans doute pour avoir pu changer), comment M. Thiers sauvera la République? Nous demandons comment un homme qui admirait à ce point la charte et le gouvernement monarchique, dont cette forme était la seule idée, la seule philosophie, la seule religion, comment cet homme a osé venir dans une Constituante républicaine, et s'y donner l'air de vouloir s'associer à la fondation d'une République ? Nous demandons enfin à tous les badauds qui admettent que, après tout, leur intérêt le plus cher
aujourd'hui, cVst la consolidation et la pacification de la République, que nulle autre forme n'est désormais possible, que toutes les tentatives de restaurations impériales, légitimistes ou orléanistes, sont grosses seulement de horions, de sang et de misères, nous leur demandons comment ils ne comprennent pas qu'ils devraient laisser faire la République aux démocrates, et ne pas leur jeter des intrigues et des embarras dans les jambes, en donnant force à des hommes ayant les antécédents, les habitudes et le genre de facultés politiques de M. Thiers?
Je termine en répétant que M. Thiers a perdu la politique de la France par sa déplorable et extravagante administration du 1" mars ; que l'Opposition s'ett perdue en s'associant à lui; qu'il a enfin perdu la monarchie en repoussant la régence d'une femme respectée et populaire en France, pour ne laisser en réserve, à la monarchie, au premier accident de l'impopularité de Louis- Philippe, que l'impopularité du duc de Nemours....
Vantez-nous donc la haute capacité politique de M. Thiers, et sauvez-moi la société avec un pareil sauveur.
Il faut donc rayer M. Thiers, et le grand Parti sauveur à sa suite, de V Avoir de la Rcsistancf .
P. S. Et les légitimistes ! les légitimistes, ces représentants de l'honneur et de la chevalerie qui s'allient aujourd'hui sub invocatione Ludovic?, Napoleonis, avec l'homme qui a acheté leur folle, mais brave duchesse de Berry à l'infâme Deutz, et qui l'a déshonorée à Blaye à la face de l'Europe entière ! — Fi ! fi donc !
Et vous vous croyez quelque force quand vous en êtes réduits les uns les autres à de telles alliances! Allons, Ruines, débarrassez-nous le chemin, que la Démocratie et l'Humanité passent...
§ 58. Le Socialisme impérialiste.
Que vous reste-t-il donc, 6 représentants de la vieille Société? A quoi en êtes-vous réduits? Vous avez une telle foi en vous-mêmes que vous voilà forcés de vous faire des fétiches ! Voilà tous mes éminents, mes grands hommes politiques subissant l'affront d'un engouement ridicule du peuple ignorant des campagnes, pour un nom dont les titres pohtiquesau gouvernement du pays se réduisent aux deux risibles équipées de Boulogne et de Strasbourg !
Il fait beau voir toutes ces tètes qui se croient possibles capitulfr avec leur sentiment intime, et après s'être exprimées dans les termes les plus méprisants sur le candidat impérial, s'aiiprèter à devenir ses ministres, servir platement sa candidature ou se réserver gravement pour sauver le pays sous son inspiration.
Sauvez donc la société avec votre Aigle vivant !
Mais, pardieu ! j'y songe ; à quoi pensez-vous donc? il est Socialiste, votre Prétendant.
Avez-vous lu, M. Thiers, VExlinciion du paupérisme^ par votre Prétendant ? Avez-vous parcouru, ô Constitutionnel, cette œuvre d'abomination ! Tout ce que vous avez combattu, écrasé, conspué à la tribune s'y trouve réuni en 53 pages, ô M. Thiers ! je viens de lire cela à l'instant, 4® édition, chez Ed. Tremblaire, rue Neuve-des- Petits-Chami s, 36, septembre 1848. Septembre 1848! 4« édition, à la barbe de vos discours, ô M. Thiers ! et de vos anathèmes, ô Constitutionnel! D'abord, j'y trouve, chap. 1", toutes les idées générales du domaine commun du Socialisme, de fort bonnes idées, ma foi, que nous ne renions pas, nous autres, que nous louons d'autant plus franchement qu'on nous les a prises plus textuellement ; et jusqu'aux critiques qui vous déplaisent le plus, celle-ci, par exemple, contre les caisses d'épargne : « Vouloir soulager la misère des hommes qui n'ont » pas de quoi vivre, en leur proposant de mettre tous » les ans de côté un q%ielque chose (sic) qu'ils n'ont pas, » est une dérision ou une absurdité. » — M. Charles Dupin, je vous invite à vous voiler la face.
« Qu'y a-t-il donc à faire? Le voici. Notre loi égalitaire » de la division des propriétés ruine l'agriculture; il faut » remédier à cet inconvénient par une association qui, » employant tous les bras inoccupés, recrée la grande » propriété et la grande culture sans aucun désavantage » pour nos principes politiques. »
Et là-dessus, mon prince nous broche un projet de quatre-vingt-six colonies agrico-miiitari-socialistts, au prix de 300 millions, prélevés, ô horreur ! sur le budget de l'Etat, et destinés, voyez page 34, à envahir un jour... le monde ! pas moins que cela... « Quand il n'y aura plus » assez de terre à assez bas prix en France, l'association » établira des succursales en Algérie, en Amérique ^uè- » me; elle peut un jour envahir le monde! car partout » où il y aura un hectare à défricher et un pauvre à nour- » rir. elle sera là avec ses ca; itaux, son armée detra- » vailleurs, son incessante activité. »
Ce pauvre M. Thiers et son Constitutionnel se doutentils, quand ils crient Bi haut contre les ateliers sociauxles colonies agricoles et tous les moyens proposés par les Socialistes pour les premières réalisations du droit au travail, c'est-à-dire, n'est-ce pas, 'pour organiser la grève, que leur candidat à la présidence a fait réimprimer, en septembre IS'iS, ceci :
« Lorque l'industrie privée aura besoin de bras, elle » viendra les demander à ces dépôts centraux {ateliers » sociaux), qui, par le fait, maiutiendront toujours les » salaires à un taux rémunérateur ; car il est clair que » l'ouvrier, certain de trouver dans les colonies agrico- » les une existence assurée, n'acceptera de travail dans » l'industrie privée qu'autant que celle-ci lui offrira des » bénéfices au-delà du strict nécessaire que lui fournira » toujours Vasscciaiion générale. »
Est-ce clair?
Je trouve, page 22 :
« Ces institutions charitables, au milieu d'un monde » égoïste, livré a la FÉODALITÉ DE L'ARGENT, doi- » vent produire le même effet bienfaisant que les monast tères qui vinrent, au moyen-âge, planter au milieu des » forêts, des gens de guerre et des serfs, des germes de » lumière, de paix et de civilisation. » — Comparaison flatteuse pour le régime actuel.
Est-ce tout? — Ecoutez, s'il vous plaît (page 50) :
« Aujourd'hui, la rétribution du travail est abandon- » liée AU HASARD OU A LA VIOLENCE. C'est LE MAI- » TRE QUI OPPRIME ou l'ouvrier qui se révolte. »
Page 52 :
« La pauvreté ne sera plus séditieuse, LORSQUE L'O- » PULENCÉ NE SERA PLUS OPPRESSIVE. »
il y a, par ma foi, du bon dans V Extinction de M. Louis-Napoléon, et l'on s'apperçoit qu'il a été longtemps lecteur assidu et renteur de la Démocratie pacifique. On peut espérer qu'il condescendrait peut-être à retiier ce qu'il a mis de lui dans ce petit travail, à déraidir, à désimpérialiser et démilitariser son Socialisme, à le rendre plus flexible, plus pratique, plus conforme aux idées de libei té, à s'éloigner un peu plus de la caserne pour se rapprocher du Phalanslère. Avec ces modifications, en élargissant un peu son triste idéal, si M. Ronaparte avait consenti d'ailleurs à ne point prendre sa prince rie au sérieux , à renoncer catégoriijuement à ses droits légitimes, à faire oublier ses équipées de prétendant par quelques années de travaux louables, à donner à la République des
garanties sérieuses, à ne pas réserver sa couronne et son sceptre, à ne pas tripoter avec les instincts égoïstes et réactionnaires, à*" ne pas se faire une caadidature d'images et de bons hommes, à demander à la France éclairée ce qu'il demande à la France ignorante, etc., etc., à ces conditions-là nous aurions bien pu, un jour, lui donner, noua autres socialistes, nos voix pour une présidence.
Mais qu'il soit aujourd'hui patrôné par tous les pourfendeurs du Socialismes ; que M. Thiers, ' ui n'a pas assez de sarcasmes contre toutes les idées, bonnes et mauvaise?, justes et absurdes, qui défraient les 53 pages de la petite brochure que son prétendant vieut de réimprimer, se soit fait, avec le Constitutionnel et tutti quanti, le hérault de cette candidature; voilà qui couvre certainement de honte et de confusion et le Constitutionnel et M. Thiers, et toutes les autres Eminences anti-sociales qui ont passé au candidat du Socialisme impérialiste.
Vous veyez bien que vous avez beau faire, beau vous retourner, le Socialisme est partout, sous une forme ou une autre. A chaque pas que vous faites vous tombez dedans. Vous en trouvez jusqu'au bec de votre Aigle....
§ 39. L'Apocalypse.
Mais quoi, me faudra-t-il donner un coup de talon dans toutes vos planches de salut pour prouver qu'elles ne sont que des planches pourries ? A quoi bon? Demandez- vous chacun le cas que vous faites des planches de salut des autres, et le cas que ceux-ci font de la vôtre... Tenez, vous nous faites pitié, avec vos restaurations de monarchie impériale, de monarchie aînée, trois fois chassée, de monarchie cadette, é ouffée sous ses hontes en pleine paix, en pleine puissance. Vraiment ! c'est quand les vieux empires s'écroulent, quand les gceptrts tombent sous le vent de la colère des peuples comme les feuilles en automne, que vous songez à nous ramener la monarchie dans cette France qui avait déjà coupé la tète à un brave homme de roi parce qu'il était roi, quand toute l'Europe était ericore monarchique et se battait pour la monar^ihie ! Vous n'avez pas encore pu comprendre que l'histoire se fait avec des idées, vous croyez toujours qu'elle se fait avec des intrigues. Eh bien ! moi je vous dis que vos prétendants ce sont des coups de fusils de plu^ entre nous, et des balles dans le ventre pour eux, voilà tout. Avec cela, ramenez la confiance.
Quand vous voulez faire marcher la société avec les idées qui la faisaient marcher autrefois, c'est comme si
VOUS ramassiez les feuilles sèches tombées d'un arbre et que vous essayiez de les remettre en place. L'arbre ne portera de feuilles que celles de la nouvelle pouFse, entendez-vous bien!
Vous êtes profondément divisés, incapables de vous réunir, de faire corps, et surtout de faire âme... Je vois vos haines, vos co'ères, vos passions violeri»es, vos baisers de Judas. Vous êtes sans foi, sans cihé. ion et sans accord possibles. Autour de quelle croyance unirez-vous les cœurs? Montrtz-nous un drapeau? un symbole? Quel gage aux intérê's, quel espoir, quelle nourriture aux âmes? — Passez, passez donc, nuées dj poussière.
Comment! en pleine paix, après quinze ans, puis dixhuit ans de prospérité toujours croissante, vous avez eu deux révolutions, deux expulsions de familles royales ; des crises industrielles de plus en plus graves, une corruption, un avilissement de l'esprit public et des mœurs nationales comme on n'en avait jamais vu depuis la décadence de l'Empire romain, et vous croiriez cette société capable de tenir! Mais lisez seulement 'vos journaux, voyez ces débordements d'accu?ations réciproques, de haines, de calomnies ! ce dénigrement universel ! cette impopularité qui vient saisir quiconque est au pouvoir depuis huit jours ! Et vous croyez cette société gouvernable et disciplinable ?
Depuis Foixante ans, l'esprit français est saisi d'une rage de critique, d'opposition et d:^. dénigrement, devant laquelle rien ne peut rester debout. Celte disposition est providentielle. Le peuple initiateur, dès qu'il a atteint l'époque oîi une vieille forme sociale est à remplacer par une autre, doit avoir dans l'esprit une disposition corrosive et destructive suprême à laquelle rien ne puisse résister. Il le faut pour que l'ancien Ordre ne puisse se rétablir; il le faut pour que toutes les idées qui doivent servir à la construction du nouveau soient passées à l'étamiue ; car, sur mille idées que l'on propose, il y en a toujours neuf cent quatre-vingt-dix-neuf de saugrenues, et il est bon qu'on les éprouve rudement toutes avant de s'en servir. Vous voyez que votre propre scepticisme, comme invincible agent de dissolution, est lui-même un élément providentiel. Cela doit vous faire plaisir de vous raccrocher à la Providence par quelque bout.
Je proclame la mort de la vieille société. Vonvœrtz !
La société nouvelle qui tend à surgir du chaos du vieux monde est une société de paix universelle, d'accord d'js
individus, des peuples et des races, de travail, de richesse et d'association.
Liberté, salut ! ton règne arrive.
Qu'est devenue la sagesse des oppresseurs, des Metternich, des Guizot, des Philippe, drs aristocrates de la vieille Allemagne, des exploiteurs des peuples en tout pays ! Le souffle de Dieu balaie tous ces prétendus sages.
Les temps de l'exploitation de l'homme par l'homme et par la bête sont passés.
Les signes sont manifestes.
Les rois de la Banque, les princes de la finance sont tombés avec ceux de la politique pour ne plus se relever. Le vieux crédit féodal est mort. Le travail, la confiance, la production de la richesse, sont suspendus jusqu'à la constitution du crédit démocratique et socialiste, jusqu'à l'entrée régulière en voie d'association fraternelle du Capital avec le Travail et le Talent.
Trois grands mouvements tourmentent le sein de l'Europe.
Il se fait un travail de races et de nationalités. Les nationalités et les races s'ébranlent pour réaliser leur indépendance.
Il se fait un travail de liberté politique. Les peuples, dont le droit politique était naguère encore le droit féodal, s'élancent à la conquête du droit nouveau proclamé par la France eil 89, et réalisé dans sa dernière formule générale par la Révolution de Février.
Se fait, enfin, le travail socialiste, le travail de l'affranchissement social du Peuple par la création de nouveaux rapports économiques, La France et les peuples les plus avancés s'agitent pour remplacer le morcellement, l'égoïsme et l'antagonisme divergent, par une société fondée sur l'association, l'accord fraternel , la liberté réelle et l'unité d'action.
Ecoutez à l'orient de l'Europe, en Italie et dans toute la Slavie, depuis les bouches du Danube jusqu'à la Baltique, en Illyrie, en Hongrie, en Bohème, en Pologne, dans les provinces occidentales de la Russie, et jusque dans les anciennes provinces de la Scandinavie, éco siez le bruit que fait le dégagement des races et des nationalités. Quel chaos déjà! et quelles luttes se préparent....
Ecoutez, en Allemagne, le travail révolutionnaire de la démocratie politique. Toujours l'aveuglement et la folie sur les trônes et l'invincible ardeur révolutionnaire dans les masses qui conspirent leur affranchissement. Hourra ! hourra pour les peuples.
Ah! que de sang, que de larmes, que de misères et de calavres coûtent àriiumaaité les extravagances furieuses de ces monarchie- (t de ces aristocraties qui se prétendent des droits sur les nations, et qui résistent avec lea débris de leurs puissantes organisations militaires et despotiques aux tendances libres du monde ! Houi-ra ! hourra pour les peuples! A bas tous ces sceptres, tous ces jougs qui empêchent les peuples de se donner la main, de former leur définitive et Sainte-Alliaace.
J^ftalie à l'Italien ! l'Allemagne à l'Allemand! l'Irlande à l'Irlandais ! tous les éléments glaves libres chez eux et confédérés! Plus de domination d'une famille sur un peupie, d'un peuple ou d'une race sur un autre peuple on éur une autre race. Que les variétés de l'espèce humaine se groupent suivant leurs libres affinités. C'est la condition première de leur libre accord; car il n'y aura pas de paix sur le continent tant que l'Italie, la Pologne, la Hongrie, la Bohême, etc., conspireront contre le joug de l'étranger. La liberté ppur tous, ou la révolution tt la guerre à l'ordre du jour de l'Europe en permanence !
Nicolas, czar de toutes les Russies, salut à toi ! salut à toi, grand instrument de la Providence! à toi, l'homme fatidique appelé à faire marcher la Révolution et la Démocratie en Europe et à sauver !a liberté !
Dès que j'ai vu manquée l'occasion de Février, cette magnifique et sublime occasion de ralliement universel m France autour du drapeau républicain ; dès que grâce ail désaccord et à l'absence d'idées au gouvernement provisoire, j'ai vu les uns, un instant qui a suffi pour tout gâter, se trompant de soixante ans, effrayer les esprits par d'absurdes res'aurations du ton et des allures de la première révolution, les autres les épouvanter par les prédications d'un socialisme raide, étroit et inacceptable ; dès que j'ai vu qu'on ne savait pas rallier et entraîner les âmes, instaurer à la place du vieux crédit tombé des institutions nouvelles et démocratiques, inspirer confiance et foi au nouveau régime, l'inaugurer par des bienfcits, fonder le crédit foncier, le crédit mobilier et le crédit personnel sur la libre association des valeurs, et, dès lors, la défiance, l'égoïsme, le matérialisme aveugle, les préjugés, les intrigues, et bientôt la passion réactionnaire, divisant et affaiblissant la France, la faisant dévier de sa grande mission protectrice de la démocratie en Europe, annulant son influence morale à l'extérieur et renouant la politique honteuse de la monarchie philippiste ; dès que j'ai vu ces choses, ô Nicolas ! je n'ai plus
compté que sur toi pour sauver la liberté en Europe !
Il se lèvera bientôt en effet le jour où tu croiras venu le moment de marcher. Tes hordes asiatiques s'ébranleront! Tu feras appel au panslavisme ! Tu seras plein d'espoir et dt'voré d'ambition et d'orgueil. Tu t'entendras avec ton beau-frère de Berlin, avec ton cousin de Vienne, et, sous prétexte d'appui à donner aux couronnes et aux bases de l'ordre social en Europe, tu avanceras sur l'Allemagne et l'Italie....
Alors, ce sera le grand jour ; alors, toutes les forces de la démocratie européenne, ralliées par toi contre toi, se lèveront comme un seul hou-me; tu joueras, vis-à-vis l'Eiirope et les rois de l'Allemagne, le rôle que la coalition a joué vis-à-vis la France et le malheureux Louis XVI. Le sol retentira sous les pas des chevaux, sous les roues des canons; les peuples enfoni.eront une immense Marseillaise, et c'est à la suite de cela que l'Europe ne sera pas cosaqi.'C, ô (Izar, mais républicaine.
Entre temps, ce grand mouvement d'affranchissement politique et national se compliquera des bouillonnements de la révolution socialiste, et le calme ne renaîtra pas avant
Que chaque peuple ne soit libre chez lui ;
Que l'Europe centrale et méridionale ne soit une grande confédération d'Etats républicains;
Que les peuples les plus avancés ne soient en voie d'organiser régulièrement les institutions de la République fraternelle et sociale, pour donner bon exemple et prompt espoir aux autres.
Jusque-là, Soulèvements, Révolution?, iMisères et Guerres civiles et Guerres étrangères d'un bout à l'autre de l'Europe, avec le Choléra brochant sur le tout. Mais le Choléra est bien peu de chose au milieu des désastres de la liquidation des iniquitéi du vieux monde.
Il eût été cependant facile d'épargner à l'humanité cette crise su[Tème ! Si l'on eût su faire reprendre la grelfe sociale sur la République politique en Février, la France sauvait le monde sans coup-férir.
Je crams bien qu'il soit tard aujourd'hui, et que les anti-sociaux refusant de se convertir assez tôt, l'Apocalypse ne s'accomplisse de nouveau.
Une fois déjà, elle s'est accomplie la prédiction du vieux Jean :
L'Empire romain a mis quelques siècles à crouler.
Aujourd'hui, les choses >ont plus vite.
Depuis soixante ans, nous avons fait le travail de trois
siècles du temps des Romains. Depuis l'invenlion de l'imprimerie et de la vapeur, les Morts vont vite.
La monarchie absolue a terminé sa carrière historique par une manifestation glorieuse sous la forme de l'Empire napoléonien.
Il est probable que cette dernière forme est destinée à recevoir sa caricature et à faire enterrer à jamais sous le ridicule l'illusion de ses glorieux souvenirs. Le nom impérial brillera deux mois, pour être bientôt dévoré par le dénigrement du siècle, comme tous les autres pouvoirs que l'on pourra encore imiter du passé.
Entre temps les peuples se convertiront rapidement au Christianifjme , c'est-à-dire au boa Socialisme, au Socialisme à la fois scientifique et évangélique.
Cette fois, la Science éclairant le Sentiment, nous aurons les Nouveaux Cieux et la Nouvelle Terre.
Au reste, voici les paroles du vieux Jean. Princes de la terre, rois, aristocrates, hauts et puissants seigneurs de la féodalité financière et mercantile, exploiteurs de tous les genres écoutez votre horoscope :
annonce de la condamnation et de la ruine de cette grande prostituée qui vient dêtre décrite. Consternation de ceux qui lui étaient unis. Joie des anges et des saints.
1 . Après cela, je vis uq autre ange qui descendait du ciel, ayant une grande puissance, et la terre fut éclairée de sag'oire;
2. El il c:ia de toute sa force : elle est tombée la grande Babylone ; et elle est devenue la demeure des démons, la retraite de tout esprit immonde, et le repaire de tout oiseau impur et haïssable ;
3. Parce que toutes les nations ont bu du via de la colère de sa proîtitution, quo les rois de la ter/e se sont corrompus avec elle, et que le^ marchands de la terre se sont enrichis par l'excès de son luxe;
4. J'ent-ndis aussi une autre voix qui venait du ciel et qui dit: Suit z de celte ville, mon peupi ', afin que vous n'ayez p int de part à s^es ptchés, « t que vous ne soyez point enveloppés dans ses plaies ;
5. Car ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est ressouvenu de Sts iniquités ;
6 Traitez-la comme elle vuus a traités ; rendez-lui au double selon ses œuvros ; dans le même calice ou elle vous a domié à boire, donnez lui à boi;e dtux fois autant;
7. Multipliez ses tourments et ses douleurs à proportion de^ce qu'elle s'esl élevée d'orguail, et livrée au luxe ; parce qu'elle a dit dans son cœur : Je suis sur le trône comme reine ; je ne su» point veuve, etje ne serai point sujette au deuil ;
8. C'est pourquoi ses plaies, la mort, le deuil, et la famine, viendront fondre sur elle en un même jour, et elle périra par le feu, parce que Dieu qui la conilamnera est puissant ;
9. Alors les rois de la terre qui se sont corrompus et ont vécu dans le luxe avec elle, pleureront sur elle, et frapperont leur poitrine en vojant la fumée de son embrasement ;
iO. Il» se tiendront loin d'elle dans la crainte de ses tourments, et ils diront: Hélas ! hélas! Babylone, granJe ville, ville si puissante, ta condamnation ( st venue en un moment.
41. Les marchands de la terre pleureront et gémiront sur elle, parce que personne n'achètera plus leurs marchandises ;
42. Ces marchandises d'or et d'argent, de pierreries, de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d'écarlate, de toute soi te de bois odoriférants, de toute sorle de meubles d'ivoira, et de pierres précieuses, d'airain, de fer et de marbre ;
4 3. De Cinnamome, de senteurs, de parfums, d'encens, d'huile, de vin, de fleur de farine, d« b'é, de bèteâ de charge, de brebis, de chevaux, de caresses, d'esclaves et d'âmes d'hommes ;
4 4. Les fruits aussi dont tu faisais tes délices t'ont quittée, toute délicatesse et toute magniQcence est perdue pour toi, et tu ne les retrouveras jamais ;
4 5. Ceux qui vendent ces marchandises et qui se sont enrichis avec elle, s'en tiendront éloignés dans l'appréhension de ses tourments, ils pleuierout et soupireront;
4 6. Et ils diront : Ilelas! hélas! qu'est devenue cette grande ville qui était vêtue de fin lin, de pourpre et d'écarlate et parée d'or, de pierreries et de perles ?
47. Car toutes ces richei^es se sont évanouies en un moment. Et tous les pilotes et tous ceux qui sont sur mer, les mariniers et ceux qui trafiquent sur mer, se sont tenus loin d'elle ;
18. Et se sont écriés en voyant la place de son embrasement : Quelle ville, disaient-ils, à jamais égalé cette grande ville?
19. Ils ont couvert leur tête de poussière, jetant des cris accompagnés de larmes et de sanglota, et disant : Hélas ! héas ! cette grande ville, qui a enrichi de son opulence tous ceux qui avaient des vaisseaux en mer. se trouve ruinée en ce moment;
20. Ciel! soyez-en dans la joie; et vous aussi, saints apôtres et prophètes, parce que D'eu vous a fait justice d'elle ;
21. Alors un ange fort leva en haut uae pierre sembifcbleà une grande meule de moulin, et la jeta dans la mer, en disant : C'est ainsi que Babylone, cette gratido ville, sera précipitée avec impétuosité, en sorte qu'on ne la trouvera plus ;
22. Et la voix des joueurs de harpe et des musiciens, ni celle des joueurs de flûte et de trompette, ne sera plus entendue chez toi, et nul artisan de quelque métier que ce soit, ne s'y trouvera plus, et on n'y entendra plus le bruit de la m.eule ;
23. La lumière des lampes ne luira plus chez toi, et la voix de l'époux et de l'épouse ne s'y entendra plus ; car tes marchands étaient les princes de la terre, et toutes les nations ont été séduites par tes enchantements ;
24. On a trouvé dan? cette ville le sang des prophètes et des saints et de tous ceux qui ont été tués sur la terre.
4 . Après cela, je vis un Ciel nouveau et une nouvelle Terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
2. Et moi, Jean, je vis descendre du ciel la "Ville Sainte, la Nouvelle-Jérusalem, qui venait de Dieu, étant parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
3. Et j'entendis une grande voix qui venait du trône, et qui dirait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ; car il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu demeurant avec eux sera leur Dieu.
Si l'on voulait cependant travailler tout de suite au Royaume de Dieu, organiser la Nouvelle Terre, et préparer les Nouveaux Cieux, il serait peut-être temps encore d'échapper au cataclysme apocalyptique...
Si on s'obstine à ne le pas vouloir, l'Ange de l'extermination sonnera la trompette d'airain, et sa meule broiera le vieux monde.
Je crois que l'acte final pourra bien durer cinq ou six années. Auquel cas ces années seront des siècles.
11 y a plus de cent ans que l'Apocalypse nouvelle est commencée, et que le dénouement se prépare.
^ 40. Aux Routes et aux Purs.
Les réactionnaires qui sèmentrintrigue et la peur, pour récolter l'avortement des ambitions cupides et la guerre
civile, ne déversent pas leurs calomnies seulement sur toutes les espèces de Socialistes; ils excitent eacore la colère des populations abusées contre tous les républicains sincères et dévoués, qu'ils traitent de rouges. Tout ce qui veut fermement la conservation de la République, — la seule chance d'ordre qui reste, — tout cela est rouge... c'est bien entendu.
Je reconnais les écarts et les extravagances de certains exaltés de la République démocratique, comme je l'ai fait pour les éléments analogues de la République sociale. Mais je n'en trouve pas moins odieuses les abominations dont sont l'objet des hommes de conviction et d'humanité dénoncés aux populations comme des brigands à cause de la chaleur de leur patriotisme.
La plupart des Représentants que l'on désigne sous le nom fâcheux et rétrospectif de Montagnards , sont des hommes pleins de cœur, de bons sentiments et d'amour de l'humanité. On les fait passer pour des tigres altérés de sang : ils ont tous voté Tabolition absolue de la peine de mort.
Us forment un parti qui a le tempérament et l'ardeur bouillacite de la jeunesse, ses emportements, ses fougues souvent peu réfléchies. Ils manquent de maturité ; ils ne sont point encore un -parti de gouvernement, j'en conviens; mais ils sont animés de bons, d'excellents désirs. Les opinions violentes, spoliatrices et terroristes qu'on leur attribue sont d'odieuses calomnies, et, en somme, ils valent mille fois mieux et offrent beaucoup plus de garanties de modération véritable que les réactionnairep prétendus modérés qui leur prêtent l'amour de la guillotine.
La Montagne vient de passer, avec armes et bagages, au Socialisme : c'est un signe d'intelligence et d'avenir. Ceux-ci, du moins, comprennent que la République doit servir à quelque chose au peuple et organiser la prospérité publique. Ils comprennent qu'il ne suffit pas, pour que tout soit au mieux, qu'une forme de gouvernement soit conquise et que les Citoyens tels et tels remplacent Messieurs tels et tels au Pouvoir.
Depuis que la réunion de la rue Taitbout est entrée dans ces voies nouvelles, Proudhon tire chaque jour sur elle à boulets rouges. Qu'est-ce à dire? Est-il donc fâché, celui-là, que le Socialisme fasse des progrès ou bien craint-il la concurrence ? Au reste, Proudhon a la manie de la démolition. Il faut qu'il attaque, qu'il détruise, qu'il contredise. Soit. Il est comme cela. Chacun sa na-
ture. Quand on est né avec des dents pointues et la bosse de la morsure, il faudrait bien de la vertu pour se retenir de déchirer tous les jours quelqu'un ou quelque chose.
Pour nous, nous nous réjouissons de cette conversion d'un parti d'anciens politiques purs. C'est un signe à ajouter à beaucoup d'autres pour montrer où va l'esprit du temps, et, déplus, c'est une force.
Que la Montagne étudie sérieusement et entraîne à l'étude sérieuse de la Science sociale les masses vives sur lesquelles elle a de l'action dans le pays. La première Révolution avait à détruire l'Ordre ancien. Celle-ci a à organiser l'ordre nouveau. Trêve aux formules, au ton et aux allures violentes de 93. Les fortes études de l'avenir doivent remplacer les souvenirs du passé. Que la conversion de la Montagne ait cette heureuse influence sur les esprits ardents et jeunes qu'elle représente et dont elle a la confiance, et elle aura bien mérité de la France et de l'Humanité.
Il ne manque pas de gens aujourd'hui qui se pavanent en disant : « Je suis Socialiste, mais je n'appartiens à aucune Ecole. » Qu'est-ce à dire? En traduisant, cela signifie : « Je suis Socialiste parce que c'est de ton et je me mets » dans le courant, mais je n'ai rien appris et, en der- » nière analyse, je reste un àne. » Soit!.... qu'il y ait beaucoup de Socialistes de cette espèce, c'est très bien. Il n'est pas absolument nécessaire que dans un parti, non plus que dans une armée, tout le monde pense. Il faut beaucoup de en-avant-marchons purs et simples, pour former une grande opinion envahissante. Mais tous ceux qui ont de l'intelligence, qui veulent compter pour autre chose que pour des zéros donnant du nombre aux chiffres à gauche, tous ceux qui veulent servir avec quelque eflicacité la cause de l'Avenir, ceux-là ne peuvent pas rester des Socialistes vagues, coufus, ignorants et sans idées. Il faut qu'ils étudient les solutions, qu'ils les connaissent à fond, qu'ils les acceptent ou les rejètent avec connaissance de cause. Il ne suffit pas de faire un flot, il faut encore que le flot soit intelligent, ou tout au moins intelligemmeut dirigé.
Je sais bien qu'il est de ton de soutenir que le Peuple a l'intelligence suprême, que le Peuple résout les problèmes, etc.. Oui, cela fait bien dans un club, dans un journal qui vise à la grande vente, dans une réclame électorale; c'est une opinion très portée. Pour moi, qui crois u\ besoins, aux droits et aux bons sentiments du Peu-
pie, je ne crois pas à sa science infuse, et je tiens ceux qui font Bemblaot d'y croire pour des hâbleurs.
11 ne s'agit pas aujourd hui de faire des partis comme par ie passé, des partis qui n'aient qu'à devenir forts. Ce n'est plus une question de 'pouvoir, c'est une question de savoir,
Quand il n'y avait qu'à démolir, qu'à détruire des privilèges, ou à décréter des droits, il ne s'agissait que d'avoir le dessus. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi. Les prolétaires seraient maîtres sans contestation du gouvernement, qu'à moins de savoir organiser de nouvelles conditions économiques, cela n'avancerait de rien du tout. La transformation du Salariat est un problème. Sans le Savoir, le Pouvoir n'y peut rien faire.
Hélas! sur ce point capital, nous n'avons que trop raison aujourd'hui. Ah ! Républicains purs, qui vous obstiniez à rester dans l'isnora re des questions sociales, qui n'aviez pas assez d'as athè nés contre nous parce que, disiez vous, nous endormit ns c que vous appeliez I'ceprit public, parce que nou- nui -ions à ce que vouù appeliez le travail révolutionnaire, vous rappelez-vous aujourd'hui nos querelles?
Vous nous disiez : — Une Révolution d'abord.
Nous vous disions : — Qa'en ferez-vous?
Vous répondiez : — La Révolution fera ses hommes, trouvera les solutions des problèmes. Rien n'est fécond comme une Révolution'! (J'avais déjà cette querelle textuellement avec ton frère, en 1832, mon pauvre Eugène. Où sont donc le& hommes et les solutions, c'est à toi que je le demande?)
— Oui, répondions-nous, rien n'est fécond comme une Révolution préparée par des idées, faite parles hommes de ces idées. Mais une Révolution qui n'est pas préparée par des idées, et qui est faite par des ânes !...
Eh bien ! vous avez travaillé pendant dix-huit ans à une Révolution. Grâce à Louis-Philippe, vous avez eu la République. Vous avez même eu pendant deux mois et demi la dictature la moins contestée qui se vit jamais. Qu'avez-vous fait? — Vous avez montré votre profonde iguoraiice, votre profonde incapacité en fait de réorganisation, donné votre petite mesure et prouvé la stérilité de toute Révolution qui n'est pas faite par des idées mftres. Voilà tout !
Si cependant vous nous aviez écoulés à temps, quand nous vous vous disioLS : « Avant tout, il faudrait savoir j> ce que nous voulons. Voyons, supposons-nous maîtres
» du Pouvoir, de la France, du Gouvernement. Qu'est-ce » que nous ferions pour le peuple, pour le bien du pays?»
Hélas ! hélas ! pendant dix-huit ans nous vous avons demandé de mettre cela à l'ordre du jour de la discussion, et nous vous disions : « Voyez l'avantage de cette » manière de procéder ! Trouvons les moyens de prospé- » rite et de bonheur du pays. Quand nous serons d'ac- » cord, quand nous connaîtrons bien ces moyens, quand » ce que noua voudrons sera bon, bien raisonné, effîca- » ce, nous renseignerons au pays. Alors, nous y met- » tant tous, le pays sera bientôt édifié. Il acquerrera des » idées, il saura ce qu'il veut, il le demandera avec nous » au gouvernement, et si le gouvernement refuse de don- » ner ce que le pays voudra, la Révo'ution sera bientôt » faite. Et cette Révolution, faite en vue d'un but déter- » miné, sera féconde; elle ne dévorera pas ses enfants; » le pays réalisera spontané -nent ce dont il aura la vo- » lonté, la conscience. L'idée qui aura fait la légitimité » de la Révolution en fera la fécondité.
» Une nation, pas plus que la plus belle fille du mon- » de, ne peut donner autre chose que ce qu'elle a. Or, » aujourd'hui, vous disions-nous à satiété, la nation » française n'a pas d'idée. Les anciennes opinions sont » détruites, les nouvjlles ne sont pas faites. Il n'y a pas la » moindre apparence d'une foi collective quelconque. » Que voulez-vous que tire de là un suffrage aussi uni- » versel qu'il vous plaira? Le néant ne vous donnera » toujours que le néant. »
C'est vrai qu'à la fin les autres en ont tant fait, ils ont poussé si loin l'indigtiité, la lâcheté, l'insolence et l'infamie, que nous étions devenus aussi révolutionnaires que vous. Tout, tout! un cataclysme universel plutôt que la continuation de ce qui était ! La mort violente de la société plutôt que l'asphyxie dans le cloaque où nous étions enfoncés déjà jusqu'aux lèvres! Oui, mais nous ne cessions de vous prévenir que le suffrage universel, sans l'idée, sans l\ science de ce qu'il faut, ne vous donnerait pas grand chose de mieux que l'ancien suffrage. Vous avez un premier échantillon qui ne sent encore des sentiments généreux de Février. Mais qu'a-t-il produit ? qu'a-t-il enfanté? que sait-il? que veut-il? que peut-il?— Et puis, attendez le second...
Républicains, démocrates, vous tous qui aimez le peuple, votre pays et l'humanité; vous qui sentez résonner de nobles cordes dans vos proitfines, je vous le dis ; Ee France, nous n'avons plus rien à détruire.
Nous avons à construire.
Or, pour construire, iliaut savoir.
Si vous n'étudiez pas la Science Sociale, certes les méconlentements, les besoins, les aspirations et les ambitions de toute nature feront un parti, un parti qui grossira, qui pourra devenir formidable. Mais sans la Science, ce parti ne sera qu'un parti aveugle, et, à un moment donné peut-être, qu'un immense flot de barbarie...
Démocrates sincères, étudiez, étudiez, étudiez, et faites étudier tous ceux sur qui vous avez influence.
Les hommes qui fulminent contre le Socialisme, et ceux qui s'instituent Socialistes sans connaître à fond les principales sources du Socialisme, sans avoir étudié les solutions sérieuses que le Socialisme propose, ne sont pas plus sérieux les uns que les autres.
En dernière analyse, le vrai problème à résoudre est celui-ci : Etablir entre les éléments de la production, le Capital, le Travail et le Talent, des rapports favorables, justes et fraternels, capables d'accroître dans une grande proportion la richesse publique, et d'en étendre équitablement l'augmentation sur toutes les têtes, — Il n'y a pas de violences ni d'ignorances qui jamais résolvent ce problème-là.
Et ce n'est pas tout de s'instruire, A la lumière de la science il faut joindre la chaleur de l'amour. Aujourd'hui, comme au temps du Christ, il s'agit toujours d'affranchir des esclaves, et de remplacer par une société fraternelle une vieille société de misère, de fourberie et d'oppression. Vous n'y parviendrez pas avec un parti de violence, de haine, d'envie et de colère. C'est une nouvelle explosion du sentiment évangélique dans l'humanité qu'il faut pour sauver le vieux monde. Si vous n'êtes pas religieux, vous pouvez avoir un jour la lorce de l'ouragan qui déracine et renverse, vous n'aurez pas celle de la nature qui prépare les germes et du soleil qui les féconde.
Plaçons-nous sincèrement sous l'invocation de TEvangiie. i\evendiquons-le pour nous, montrons-nous de vrais agôtres de la fraternité. Que les bourgeois et les riches sachent de nous que nous les considérons eux-mêmes comme nos frères, et qu'ils n'ont rien à craindre des Socialistes intelligents et sérieux ; que les pauvres espèrent en nous et nous aiment; à ces conditions seules le Socialisme deviendra une force régulière, salutaire et directrice. — Jusque-là, du combat, du combat, et rien que les conséquences du combit..,.
Tenez, croyez-moi, jetez par dessus bord votre impôt progressif, et toutes ces petites mesures sans portée, qui sentent la violence, qui peuvent être très justes en principe; mais qui, en réalité, ne rapporteraient aux pauvres que des avant.iges rriiscroscopiques, imperceptibles, et qui ne valent pas la dixièniij partie des querelles et du mal qu'elle* feraient naître. Présentez des solutions organiques. La moindre institution de crédit ou de réforme commerciale, la moindre amélioration dans l'ordre économique, vaudra cinq cents fois mieux qu« toutes ces mesures facilement exploitées contre vous par les habiles et qui, si vuu3 y teniez beaucoup, prouveraient effectivement que vous n'avez devers vous pas grand'chose.
Si vous voulez améliorer l'état de la société, il faut savoir améliorer l'état de la Commune. Tant que vous ne saurez pas comment organiser la justice, l'aisance, l'éducation, la liberté, l'accord, le bonheur et le travail dans une commune, vous resterez trente-six mille fois incompétents pour organiser tout cela en France; car la France, c'est trente-six mille Communes à rendre prospères.
Tout Socialisme qui ne sait pas organiser la Commune rurale mieux qu'elle ne Test aujourd'hui, peut avoir une valeur de déclamation, de destruction, de révolution; mais une valeur d'organisation et de pratique, il est bien évident que non.
Donc, voici ce que je dis à ceux qui veulent être des ouvriers siirieux dans la construction de la société nouvelle :
Lisez l'Evangile pour vous pénétrer de son esprit et de sa chaleur;
Et éludiez les conditions scientifiques de l'introduction de la liberté, de l'égalité et de la fiaternité dans la Commune,— attendu que vous n'aurez jamais, dans la Société, qui est une collection de Communes, ce que vous n'aurez pas su préalablement mettra dans la Commune.
C'est pour cela qu'il est grotesque et qu'il serait plaisant s'il n'était lamentable, de voir depuis soixante ans la France et l'Europe s'escrimer à faire des Constitutions d'Etats, destinées à tomber les unes sur les autres en écrasant les peuples, mais se bien garder de mettre seulement en question la réorganisation de la Commune, la Constitution de la Cofamuue, l'établissement d'une Commune-modèle.
La solution du Problème de la Commune, pourtant, résoudrait TOUT.
Et, de plus, rien n'est plus facile que de faire des ex-
périmentations locales des diverses combinaisons que l'on peut proposer pour une*'meilleure organisation de la Commune et d'améliorer les solutions par des tâtonnements successifs.
Maisbast! n'est-re pas trop simple? Ne vaut-il pas mieux faire à chaque instant une révolution? bouleverser l'Etat? s'arracher le pouvoir? ruiner l'jndustrie, le commerce et l'agriculture? C'est bien plus pratique! Les choses se sont toujours passées comme cela. Laissons donc aux Phalanstériens l'idée de l'améhoration de la société par l'étude de l'amélioration de la Commune; laissons cela aux Phalanstériens, à ces utopistes, à ces imbécille-; qu'ils s'occupent de ces billevesées, conjointement avec leurmer de llmonafle, leur queue de trente-deux pieds, ce sont leurs aftaires... et continuons, nous, à faire des constitutions, des révolutions et à agrandir p;.r tous les moyens usités les sources des misères publiques.
g îl. Qu'on lie parle pas de l'origine des fortunes.
Je n'ai donc rien trouvé de solide et de résistant ien dehors du grand mouvement socialiste, aspiration de l'humanité au XIX° siècle.
Le temps des guerres et de la spoliation, de la force brutale, est passé. Le temps du travail et de la production est arrivé, et ceux qui travaillent ne veulent plus, comme cela s'est fait depuis cinq ou six mille ans, travailler pour le compte d'une minorité de fainéants, d'oppresseurs ou de spéculateurs...
Le dévoloppement de plus en plus rapide de ce droit nouveau dans l'opinion publique et dans la conscience des travailleurs, c'est l'invasion du Socialisme. Le besoin chaque jour croissant de liberté, de justice, de bien-être, d'aisance, c'est la force invincible du temps.
A ce besoin, qu'avez-vous à répondre, ô vous, qui voulez pulvériser le Socia'isme?
Vous répondez : « Travaillez {sous-entehdu pour nous). » Le travail est le père de toutes les vertus. Souffrez et » résignez-vous. »
Eh bien ! de cette réponse-là on n'en veut plus.
Puisque le Travail crée la ï^ropriété et que la Propriété c'est la Liberté, les travailleurs veulent un Travail qui les enrichisse et qui les rende libres.
Ce sont les légitimistes, les descendants des anciens nobles qui se sont montrés avec la bourgeoisie financière du Constitutionnel, les plus acharné.^ contre le Socialisme dans ces derniers temps
Or, Messieurs, sur quoi vous fondez-vous et qu'avezvous à dire de juste et de logique au Socialisme même au plus radical et au plus violent?
Voyons. Vous criez à tout rompre contre Prou'hon, qui a dit : La propriété, c'est le vol, et vous voulez que l'on rapprenne au Peuple à croire au Dieu qui punit le» voleurs. Vous faites de la vertueuse colère contre ces misérables qui veulent dépouiller les propriétaires, les hommes qui ont le plus laborieusement gagné leur fortune, qui veulent enlever à celui-ci le produit de ses sueurs, à celui-là le produit des sueurs de ses pères.
Pas tant de paroles, et au fait.
Où donc, messieurs de la légitimité, messieurs les fils de l'ancienne noblesse, où avez-vous gagné vos fortunes? Quand est-ce que vous ou vos pères vous avez créé les valeurs dont vous êtes en possession? Faites-nous donc un peu les preuves de l'origine de vos propriétés?
Vous voilà parfaitement d'accord aujourd'hui avec les coqs de la bourgeoisie, avec ses hommes d'Etat, ses historiens ?
Or, que nous ont appris ces historiens? Qu'ont prouvé au dernier siècle les écrivains, les philosophes de la bourgeoisie, et que nous ont répété les écrivains et les publicistes de la Restauration?
Que les seigneurs, les barons, les comtes, les ducs, tous les plus ou moins hauts personnages de la féodahté, dont vous êtes les descendants, étaient des spoliateurs, des brigands, qui se sont emparés de la terre en la volant à main armée, qui se sont enrichis par mille droits odieux, qui ont enfin opprimé, pressuré, dépouillé le manant, le bourgeois et le pauvre monde pendant mille ans et plus.
Voilà, au dire de l'histoire faite par vos amis d'hier, l'origine unique, unique, entendez-vous bien, de vos fortunes, car vos pères n'ont jamais travaillé.
Vos pères n'ont jamais travaillé, jamais rien créé, jamais rien produit. Vos richesses sont très légales sans doute, puisque la loi les coujacre. Mais aux yeux de la raison, de l'équité et de l'histoire, elles originent de la spoliation, du vol, du brigandage féodal et de tous les genres d'exactions. — Est-ce vrai?
Et que dites-vous à votre tour des fortunes de la bourteoisie? Vous en dites : Spoliation ou spéculation! biens nationaux achetés pour rion ou gains de trafics, dejea, d'agiotage. Fortunes prélevées sur des ouvriers rançonnés, g-^goées par des traitants, par du maquignonnage, par •les coups d'accaparement, de hausse ou de baisse. Enfin,
vcus médisez fort, entre vous, des fortunes de k bourgeoisie, f^st-ce que nous n'avons pas lu vos auteurs ? Ne savons-nous pas ce qu'ont dit et écrit les vôtres depuis cent ans et plus sur les fortunes bourgeoises? A-t-on jamais dépensé plus de mépris que vous ne l'avez fait sur ce chapitre?
Mais, défait, qui est riche? Sont- ce les classes qui travaillent? Non, On ne s'est jamais, jamais, entendez -vous bien, enrichi en travaillant, en produisant. Les exceptions sont imperceptibles.
Vous n'aimez pas que l'on dise cela. Vous vous plaisez à dire pompeusement le contraire. Eh bien ! vous mentez pompeusement, voilà tout... et vous le savez bien que vous mentez, cela disant.
Le travailleur ne s'enrichit nulle part ; c'est la règle.
Celui-là seul qui peut s'enrichir, c'est celui qui en fait travailler d'autres, qui gagne sur des travailleurs ou sur des produits du travail : le maître, l'entrepreneur, le marchandeur» ou bien le spéculateur et le marchand.
En travaillant toute sa vie, si l'on ne spécule pas, si l'on ne gagne sur le travail de personne, on ne gagne pas, on n'a jamais gJgné de quoi vivre un peu et se faire enterrer. Les imperceptibles exceptions confirment la règle.
Que les adversaires du Socialisme ne soulèvent donc pas la redoutable question de l'origine des fortunes. On n'en trouverait pas une sur mille due purement au travail. Cette question est oiseuse. On ne peut pas faire une liquidation depuis le commencement des choses. li faut partir d'où l'on est et améliorer rapidement le sort de ceux qui souffrent. Telle est notre opinion, à nouj' phalanstérJens. Mais il faut que ceux qui jouissent sachent bien qu'ils ont du bonheur, et voilà tout, et qu'il est parfaitement sûr que depuis que le monde est monde, ceux dont les durs labeurs créent les richesses sociales au lieu d'être ceux qui s'enrichissent sont ceux qui, en masse, restent pauvres. Les oppresseurs, les spéculateurs et les habiles, seuls à très peu d'exceptions près,- se sont enrichis.
Ainsi donc, pas plus dans les faits économiques que dans les faits historiques, que dans vos traditions classiques morales, philosophiiiues, vous ne pouvez trouver le moindre appui'sérieux contre le Socialisme : et le Socialisme le plus radical et le plus violent lui-même a de quoi vous clouer la bouche à tous comme je l'ai surabon- «Jamment prouvé dans ce livre. Oui ! si le Socialisme violent et qui nie la Propriété a tort, ce n'est pas contre vous, ce n'est pas vous qui pouvez le lui prouver, et lo-
giquement, philosophiquement et historiquement il voua écrase.
I 42. Aux Chrétiens sincères aussi bien cpiaux Pharisiens catholiques et protestants.
Voici maintenant pour finir la partie :
Cette sainte Religion chrétienne, cet Evangile de liberté et de fraternité, on sait ce que, lea temps du Christianisme primitif une fois passés, nous en avons vu faire. Une alliance anti-chrétienne avait été conclue entre les puissances de l'Eglise et les puissances du Monde, et la Religion de liberté était devenue une théocratie, un fétichisme et un bâillon. Jamais plus grand crime n'a été commis sur la terre que la corruption séculaire decette Religion.
On sait quels combats gigantesques ont été livrés depuis Luther jusqu'à la fin du siècle dernier contre cette pétrification Ihéocratique. Tousnosbourgeois réactionnaires ont encore les bustes de Voltaire et de Rousseau dans leur cabinet. Les voilà cependant qui n'out pas honte de faire volte-face et d'invoquer, athées et païens qu'ils sont, non point l'Evangile, ils l'auraient en horreur, mais cette religion arrangée, sous le nom du Christianisme, pour endormir le peuple, pour le mater, pour lui apprendre qu'il doit se crever de travail, souffrir, travailler, souffrir encore, travailler toujours, et qu'il ne doit pas être heureux en ce monde, parce que Dieu ne le veut pas.
Eh bien, notre siècle ne s'y trompera pas comme il a été permis au préc dent de le faire. Notre siècle remonte aux sources du Christianisme, et, loin d'attaquer le Chri£tianisme, c'est avec le Christianisme qu'il s'apprête à vous écraser, pharisiens hypocrites.-
Le Christianisme a été dirigé contre le vieux Monde, contre la Civilisation romaine, contre la société païenne de son temps.
Or, votre société est toujours la société païenne et romaine. Vos esclaves sont des prolétaires, des ouvriers, des manœuvres, des domestiques, voilàla différence: et pour l'égoïsme, pour le matérialisme, pour l'avidité, la cupidité et toutes les passions ba?.ie3 et viles, votre société rendrait des points à celle d'Auguste et de Caligula. L'Evangile témoigne contre votre société, et les temps sont passés où vous pouviez facilement faire du Christianisme un instrument d'oppression et d'exploitation.
Voyons donc, ô vous tous qui combattez le Socialisme aujourd'hui, vous d'abord les catholiques pharisiens, vous les anti-chretiens de V Univers, et tous ceux de votre
Ecole, hommes de domination, de mensonge, d'aigreur et de tareur, vous qui servez si bien à ruiner au reste le faux chrifitianisme, le christianisme théocratique, qu'avezvoiis à dire des propositions socialistes extraites des livres saiiitii, que voici réuoies dans jésus-christ devant les