‹ Le socialisme devant le vieux monde, ou, Le vivant devant les mortsChapitre 5 sur 64 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

(A renvoyer page 220 his.J

l'avise ici une page blanche. J'en profite pour montrer d'iin mol que les faits accomplis se sont chargés de justifier chaque jour les prédictions écrites il y a plusieurs mois dans ce livre.

La société actuelle et le gouvernement des Morts deviennent de plus en plus impossibles

Dans l'ordre politique, qui n'est à lui seul encore qu'une bien petite affaire, la contradiction, rincapacité, l'impuissance et leur i ompagne obligée, la violence, sont à l'ordre du jour.

A peine les républicains ralliés a une Constitution, cette Constitution est audacieusement attaquée par toutes les bandes réactionnaires.

A peine les républicains devenus les défenseurs de la légalité, les soidisant représentants de l'ordre et de la modération se font, sui' tous les points, fauteurs d'anarchie, conspirateurs.

Dans leur impatience aveugle, désespérée, pour le ridicule avantage de se débarrasser quelques jours plus lot d'une Assemblée faible, mais honnête et en majorité républicaine, ils inventent et colportent sur toute la surface du pays des machines de guerre. Ces machines incendieront tous les pouvoirs que les raffales qui soufflent sur le chaos social et révolutionnaire amèneront un instant au gouvernement.

La division, la haine, la trahison, et la peur qui rend violent les lâches, sont en permanence.

La France est grosse de complots croisés et de coups d'Etat. Tous les drapeaux du vieux monde s'agitent, se mêlent et achèvent de s'avilir.

Vers la fln de la première Constituante, la veille de 92 et de 93, la France était dans une situation d'ordre relativement à l'état actuel. Il n'y avait en effet que deux éléments de guerre en présence, la Révolution et le trône. Aujourd'hui nous avons trois partis à prétendances, trois dynasties en ligne, avec toutes les ambitions, toutes les ardeurs âpres, cupides, violentes et toutes les trahisons réciproques que ces partis méditent les uns contre les autres, tous les complots qu'ils contiennent. En arrière, nous avons onze mois pendant lesquels l'idée monarchique a été conspuée, honnie par toute la France.Nous sommes en face de l'avènement des campagnes divisées, menaçantes, du sein desquelles d'un jour à l'autre une jacquerie peut surgir, bien qu'on ne paraisse pas s'en douter. Puis l'armée, sur laquelle le pouvoir compte, comme y comptaient les pouvoirs tombés... puis les républicains formalistes; les républicains dits rouges ou montagnards; le parti socialiste des ouvriers des villes ; et enfin, toutes les idées, toutes les utopies, toutes les passions qui tourbillonnent, emportent les esprits et ravagent le vieux champ de l'opinion publique.

Lundi dernier, 29 janvier, du sein d'un calme momentané des esprits, par la sottise dupée de certains organes supérieurs du pouvoir, la trahison et l'esprit énergumène de quelques autres, sort tout à coup une journée m " ■ ' ' ' • -. ..-.-.: *.... ...\..«

cette

de résistance. La France a été ce'joui . „

affreuse, qui n'eût trouvé ses analogues qu'aux temps des grands déchirements de l'Empire romain et de l'inondation des barbares. Et cette éventualité apocalyptique plane toujours sur le pays. Eh bien ! c'est tout juste le moment que choisit le Président actuel du

publique une sorte d'irresponsabilité relative, qui facilitât des tâtonnements et permît de faire face à la mobilité des temps par la mobilité des ministères...

Cette inspiration universelle et du bon sens le plus vulgaire dans la situation, cette dernière planche de salut. .. M. Odilon Barrot la brise: C'est le Père noble marqué par le destin pour présider aux pompes funèbres des dynasties restaurées, formées ou en velléité de formation.

Entre temps, l'Allemagne se prépare â prendre la tête de colonne du mouvement démocratique révolutionnaire, et le Socialisme s'élabore en France et dans la moitié de l'Europe avec une indicible rapidité et sur une éciielle immense.— Nous verrons de nos yeux la naissance du Monde nouveau, du Monde rayonnant de liberté, d'harmonie et de bonheur.

Dimanche, 4 février 1849.

OU

LE ïl\ANT DEVANT LES MORTS.

§ 0. — Couroniu'S de Cyprès.

En tète de ce troisième tirage du Socialisme devant le vieux monde, je dois rendre justice aux ÎMorts. Ils font ce qu'ils peuvent. Chaque jour ils apportent à la vie et à la vérité de nouveaux témoignages.

Ils s'efforcent de faire acte d'existence. Ils essayent de gouverner, de ranimer la confiance, de pacifier les esprits, — ce sont leurs expressions. Mais ils ne gouvernent pas; mais la confiance ne revient pas; mais les esprits agités par les intrigues honnêtes et modérées s'échauffent et s'aigrissent de plus en plus.... Tout cela au profit du travail de décomposition du monde qui s'en va, des institutions qui expirent.

On les voit donc se succéder au Pouvoir et passer comme des ombres.

Il est nécessaire que ces exhibitions d'outre-tombe aient lieu.

Il faut qu'elles ne soient dérangées par aucune effen'escence intempestive des idées qui s'élaborent. Il le faut pour l'éducation et l'édification des intérêts. Les intérêts doivent apprendre que rien des institutions anciennes ne les peut sauver, que le salut ne leur peut venir que des idées et des institutions nouvelles.

Démocrates et Socialistes, gardez-vous donc de troubler ces expériences posthumes. Vous êtes les hommes du droit, de l'idée nouvelle et de l'amour. Développez la conscience du droit, fortifiez et mûrissez l'idée, pratiquez l'amour. Laissez aux revenants l'illusion de la force qui a péri, et soyez remplis d'une ardeur calme et d'une sainte confiance.

La force brutale était la loi du monde barbare. L'idée, le droit et l'amour sont les Puissances invincibles et sacrées du monde qui va naître. Votre jour arrive; sa lumière toute seule chassera les fantômes.

Mais quel bruit se fait au camp des Morts "? — L'un d'entre eux, qui jusqu'ici avait gardé le silence, sorti cette nuit de sa tombe entr'ouverte, a parlé sous son linceul.

De son vivant, ce trépassé s'appelait François Guizot. Il fut professeur en Sorbonne sous la Restauration, et onze ans ministre sous Louis-Philippe.

Au temps du libéralisme il fit son œuvre. Il sei^it avec éclat et sonorité dans la campagne de 181.5 à 1830, qui assura, contre les derniers efforts du vieux Patriciat nobiliaire, l'émancipation de la Bourgeoisie.

Bientôt, l'idée de son temps se solidifia dans son cerveau. Il devint une incarnation abstraite, aveugle, pleine d'orgueil, revêtue de formes dogmatiques, tranchantes et d'une rigueur calviniste, du Pafriciat de la haute Bourgeoisie, dont il formula la doclrinc. 11 se montra dans l'ordre verlu'ux, pour ce Patriciat transitoire, ce que Caton avait été, dans l'ordre de l'action, pour la vieille Aristocratie romaine.

Dieu veut aujourd'hui que les Défunts rendent des signes. Il les fait successivement parler, afin que le Néant soit confessé par lui-même.

M. Thiers nous avait donné son livre; M. Guizot nous devait le sien. Lisez donc le livre que le plus solennel de ces Morts

adresse aux Vivants pour leur enseigner la vie. — 0 docte

ignorance! ôsénile entêtement! ô majestueuses vanités!

Je ne connais pas de plus irréfragable témoignage que ces voix qui sortent de terre, que cette illusion funéraire qui faitprendre à des esprits distingués, pour la réalité et la vie, le souvenir des choses du temps accompli, les rendant imperméables à toute idée appartenant à une alluvion postérieure à celles dont ils ont été contemporains.

Les ombres des Idoménées et des Nestors s'entr etiennent aux pâles et froids rayons du soleil élyséen : elles croient toujours à l'existence, sur la terre, de leur Crète et de leur Pylos ; elles redisent éternellement leurs formules d'autrefois et nous croient perdus si nous ne nous gouvernons d'après leurs sentences ! — Tâchons de nous préserver de ce travers quand nous serons vieux.

Page 1