Tt'tti* and False Society, broch
les instruments dont elles se servent aujourd'hui pour gouverner le peuple dans leur intérêt et qui les emploiera à effectuer, dans les assises de la société, la réforme qui mettra fin aux oppressions.
Les intransigeants ne s'attendaient guère à voir Morris prêchant le vote après la campagne antiparlementaire du Commomveal, après les comédies ou les nouvelles dans lesquelles le poète avait raillé le recours des mécontents à rÉtat. Pourtant, qu'on y réfléchisse sans prévention, et Ton reconnaîtra un changement de tactique plutôt qu'une conversion.
La devise de la société de Hammersmith est : « Educate^ Affitate^ Organize. » Educateur communiste, Morris a protesté d'abord contre les formes compliquées du gouvernement représentatif; éducateur communiste, il s'est enfin résigné à souffrir provisoirement le Parlement, parce qu'il s'imaginait y trouver le moyen de réaliser son rêve, sans recourir à la force brutale.
IV. Les « Nouvelles de Nulle Part », roman utopique. — Le résumé qui précède est comme une dissection des théories sociales de Morris. Un pareil squelette d'idées ne ferait pas juger comme il doit l'être ce poète et ce décorateur amoureux des images et des formes. Il reste à montrer comment chez lui les deux termes Art et Socialisme se relient l'un à l'autre. Les influences qui ont opéré cette synthèse sont multiples, et il serait décevant de les chercher dans un esprit dont la culture est si étendue. Par les fragments que Morris cite de préférence, on peut induire qu'il s'est formé à la lecture des poètes, des moralistes et des esthéticiens. Surtout, le souvenir de Ruskin revient à chaque moment.
Plus que l'étude, la puissance de l'imagination a guidé
Morris. Il se plaît à objectiver ses théories sous la forme de visions artistiques. Voici par exemple le début de A Dream ofJohn Bail * (Rêve de John Bail, le prêtre communiste du XIV® siècle) :
Souvent je suis récompensé de m'être tant épuisé dans les choses présentes par un rêve spontané et très agréable. Ce rêve est comme si j'avais devant moi un panorama d'architecture. Je vois un bel et noble édifice, nouvellement bâti comme pour cette occasion. Je le vois aussi clairement que si j'étais éveillé; non pas indécis ou absurde comme il arrive souvent dans les rêves, mais avec tous ses détails harmonieux et proportionnés.
L'industrie capitaliste enlaidit tout, hommes et choses. Voilà le vice capital que Morris ne pouvait lui pardonner. La race s'épuise dans les ateliers et dans les villes. La fumée des usines obscurcit le ciel, le bruit des métiers trouble la paix de la campagne. L'amour du gain détruit les forêts et salit les rivières; la production mécanique tue l'art; la richesse et la pauvreté extrêmes sont l'une et l'autre mortelles au goût. Le moyen âge, où l'on vivait aux champs, où Manchester et Birmingham n'existaient pas, où les gens des villes bâtissaient des cathédrales au lieu de s'épuiser à filer du coton, ne valait-il pas la société d'à présent? Carlyle a posé la question; Morris l'a plusieurs fois répétée, mais il ne s'est point arrêté là, car s'il formait son idéal de tout ce qui lui paraissait beau et aimable dans tous les temps, il ne le plaçait jamais dans le passé. Morris souhaitait une société future où s'accorderaient la beauté, le bien-être et la liberté.
Il est juste et nécessaire que tous les hommes puissent trouver à faire : 1** un ouvrage digne d'être fait (Work v^'orth