Les Héros (trad. franc.), Paris, Colin, 1888, in
2. T.fl plus importante biographie de Ruskin est celle qu'a publiée 9on secrétaire, Golligwood, John Ruskin; his Life and Work. Lomlrcs, Methuen, 1893, 2 vol. in-8''.
La littérature sur Ruskin et les différents côtés de son œuvre est ivha abondante en Angleterre. On trouvera des indications à ce sujet diui^ Tune des notes jointes à deux articles publiés dans les numé- ^r^1^ de la Revue des Deux-Mondes du 1" décembre 1895 et du 1" juin lsï>G par M. de la Sizeranne, sous ce titre : La Religion de la beauté. Étiidti sur John Ruskin. La personnalité et l'influence de Ruskin gt mniici estlicticien y sont étudiées à fond et remarquablement caractéris^tx^s,
GABLYLE, ftUSKIN, WILLIAM MOBRIS 75
Né en 1819 à Londres et fils d'un riche marchand d'Edimbourg établi dans la capitale, Ruskin employa sa fortune à voyager dans les pays où se trouvent les merveilles de l'art du Moyen Age et de la Renaissance. D'amateur éclairé, il devint critique de talent, écrivain très goûté, et il finit par mettre au service de la réforme sociale toute l'influence que lui donnaient son rang, sa richesse, son mérite et sa popularité.
En 1833, Ruskin quitte Londres, visite les hôtels de ville des Pays-Bas, les cathédrales de la Picardie et des bords du Rhin, enfin les monuments et les musées de l'Italie. A son retour, il étudie à Oxford où il écrit ses premiers vers. En 1840, il retourne en Italie pour y chercher le soleil nécessaire à sa santé ébranlée. En 1842, revenu à Oxford, il prend ses grades, et se fait connaître par son amour pour les paysagistes modernes.
Il achète des tableaux de Turner ; il met cet artiste audessus de tous les autres dans son premier ouvrage de critique Modem Painters, dont les diverses parties furent publiées de 1846 à 1860. The Seven Lamps of Architecture (1849), et The Stones of Venise (1851), fondèrent sa réputation de critique en Angleterrre, puis sur le continente
Un choix de passages de Ruskin sur les questions sociales a été public, avec l'approbation de Ruskin, par M. Th. Barclay, sous le titre The Rights of Labour according to John Huskin^ Londres Reeves, 1 broch. à un penny.
Les Sélections from the writings of John Ruskin, Londres, Allen, 1893, 2 vol. in-12 (avec 2 portraits) sont des morceaux choisis dans toute l'œuvre artistique et sociale de Ruskin et groupés par ordre chronologique.
1. Voiries articles encore intéressants et neufs aujourd'hui publiés le !•' juillet 1860 et le 15 août 1861 dans la Revue des Deux-Mondes par M. Milsand : Une nouvelle théorie de Vart en Angleterre, M. John Ruskin; et De Vinfiuence littéraire dans les beaux-arts, M, John Ruskin et ses idées sur les beaux-arts, et reproduits en grande partie dans le volume du môme auteur : L'esthétique anglaise» {BibL dephil. contemp*^ Germer Baillière, éditeur, 1865).
Ruskin continuait à mettre son autorité et parfois sa fortune au service des novateurs artistiques. En 1851, les pré-raphaélites, Burne Jones, Madox Brown, Millais, Holman Hunt, Rossetti, furent défendus par lui comme Turner Tavait été. Ruskin répandait ses idées par la plume et par la parole. Il conférenciait dans toute l'Angleterre et sa popularité croissait extraordinairement. En 1867, il était appelé à enseigner à Cambridge ; en 1870, il devint professeur d'Art à l'Université d'Oxford où il conserva sa chaire jusqu'en 1884, année de sa retraite définitive <.
Ruskin avait alors conquis une influence dont les étrangers se font difficilement une idée. On peut l'apprécier par le chiffre du profit net que certains livres lui ont rapporté : 75.()00 francs pour les Sept Lampes de V Architecture ^ 150.000 pour les Modems Painters; en tout on calcule qu'il a tiré de ses livres 2 à 3 millions de francs. Sa popularité ne saurait être mieux comparée qu'à celle de Victor Hugo en France sous la 3^ République.
Les origines en étaient toutes différentes. Ruskin ne s'est pas mêlé à la politique ; et quand il est sorti de l'art pur, c'était pour se donner au problème social.
Son début dans cette voie fut marqué par deux conférences faites à Manchester (juillet 1857) et réunies en volume sous ce titre : The Political Economy of Art, Menant de front la critique d'art et la critique sociale, l'auteur des Peintres modernes publia entre 1860 et 1884 un grand nombre d'ouvrages qu'il est difficile de ranger dans une catégorie spéciale. Ceux où l'on trouve indiquées des thèses sociales ou économiques sont : Unto this Last^
1. Depuis sa retraite, Ruskin vit habituellement dans une maison bâtie à Brantwood, près de Coniston, au pied d'une colline, parmi les arbres, sur le bord d'un des lacs célébrés par le poète Wordsworth et son école.
four essays on the first principles of Political Economy^ 1862. Le titre en était inspiré à Tauteur par la parabole de la vigne dans laquelle le Maître dit qu'il faut récompenser Touvrier de la onzième heure comme celui de la première. « / will give unto this lasl even as unto thee, » ;
Munera Pulveris, six Essays on the Eléments of Poli^ tical Economy (1863). The Crown of Wild Olive; Three lectures on Work, Traffic and War. (1866) ;
Enfin Time and Tide by Weare and Tyne (1867) et Fors Clavigera, Letters to the Workmen and Labourers of Great Britain, série d'opuscules sous forme de lettres aux travailleurs, publiés de 1871 à 1884 et réunis en 8 volumes in-8.
On voit par ces titres, surtout par celui des lettres destinées aux ouvriers que Ruskin, dans la prédication sociale comme dans ses études sur Tart, aimait Tallusion, le mot prophétique et apocalyptique jusqu'à l'obscurité. Son style en est souvent fatigant, et Tallégorie ou la parabole sont si fréquentes dans ses pages que le lecteur français s'en rebute parfois malgré l'admirable talent de l'auteur.
Faut-il dire que pour le lecteur anglais l'affectation, la recherche de l'expression, et l'allure prophétique sont des charmes ajoutés à l'élévation des sentiments et des idées. Ruskin doit, à ce qu'il nous paraît, à ses défauts une part de sa popularité.
Ruskin, écrivain et artiste, n'est pas dans notre sujet. Nous nous bornerons à étudier un côté de cet esprit Hux tendances diverses ; nous nous arrêterons seulement à sa critique sociale.
Toutes les fois, dit Ruskin, que vous verrez besoin, misère, dégradation dans ce monde autour de vous, soyez sûrs que l'industrie fait une faute ou qu'elle est en erreur.
Or, rindustrie dans notre société s'égare parce qu'elle est tournée entièrement au profit des capitalistes; les riches ne songent qu'à faire produire avec le moins de frais et le plus de bénéfice possible ; tout, dans leurs usines, est laideur et cruauté. Le mal est d'abord, pour Ruskin, dans la distance qui sépare le patron de l'ouvrier et dans le machinisme qui empêche ce dernier de prendre aucun goût à son œuvre.
C'est en réalité cette dégradation du travailleur au rang d'une machine qui, plus que toute autre misère de ce temps, pousse les masses de toutes les nations dans une lutte vaine, incohérente, destructive pour une liberté dont elles ne peuvent même pas s'expliquer la nature à elles-mêmes... Ce n'est pas que les hommes soient mal nourris, mais c'est qu'ils n'ont poiltt de plaisir à la tâche par laquelle ils gagnent leur pain et, par suite, ils regardent la richesse comme la seule source du plaisir. Ce n'est pas que les hommes soient affligés de l'arrogance des classes supérieures, mais ils ne peuvent supporter leur propre condition, car ils sentent que le genre de labeur auquel ils sont condamnés est vraiment une dégradation et les abaisse au-dessous de l'humanité. Jamais les classes supérieures n'ont eu plus de sympathie pour les inférieures et plus de charité pour elles qu'aujourd'hui, jamais pourtant elles n'en furent haïes si fortement.
Mais le mal est bien plus encore — c'est ici que se révèle l'artiste — dans la machine elle-même. Ruskin est résolument hostile à la production mécanique ; elle est à ses yeux la cause de toutes les misères. Si l'ouvrier chôme, s'il est mal payé, s'il est alcoolique, c'est la faute de la vapeur. Ruskin écrivait en mai 1871 :
Nous allons essayer de rendre quelque petit coin de notre territoire anglais, beau, paisible et fécond. Nous n'y aurons pas d'engin à vapeur, ni de chemins de fer... Lorsque nous
aurons besoin d'aller quelque part, nous irons tranquillement et sûrement, non à raison de 40 miles à Theure au risque de nos vies ; lorsque nous aurons besoin de transporter quelque chose, nous le porterons sur le dos de nos bêtes ou sur le nôtre, ou dans des charrettes ou des bateaux.
Pour ce retour aux siècles sans fumée, Ruskin a organisé une Société, la Guilde de Saint-Georges^ , Les métiers à la main ont été remis aux mains des paysannes dans la vallée de Langdale (près de Coniston où demeure Ruskin) pour filer le chanvre et dans Tîle de Man pour tisser la laine. La maison d'édition des œuvres de Ruskin a été placée en pleine campagne hors de Londres, au milieu des jardins^.
Ce sont là fantaisies d'artiste riche. Toute la haine de Ruskin contre l'industrie prend sa source dans l'indignation esthétique d'un heureux de la terre. Froissement rare, sentiment subtil, qui est toujours le germe de Tesprit révolutionnaire chez les intellectuels de la classe aisée. Aussi l'analyse de Ruskin est-elle pour eux comme un miroir où ils aiment à se reconnaître; ils la citent avec amour, et, tandis qu'ils en font sentir la vérité, ils en restreignent inconsciemment l'application : ils montrent, sans le vouloir, qu'elle ne s'étend pas à la masse et que sa portée s'arrête au petit groupe des gentlemen réformateurs.
Au même cénacle encore s'applique l'affirmation suivante, répétée par Ruskin après Carlyle :
La production de la richesse est éternellement liée par les lois du ciel et de la terre à la volonté de travailler... La loi de la nature est qu'une certaine quantité de travail devienne
1. Voir J. Ruskin, General staiements explaininçj the nature and purposes of S* George' s Guild. Orpington (Kent), G. Allen, 1882, in-80.
2. Il est vrai qu'elle a un bureau et un dépôt à Londres, Gharing Gross Road.
nécessaire pour produire une certaine quantité de richesse de quelques ufllure qu'elle soit. Voulez-vous la science? vous ih^wt tiiivaillt;r pour l'avoir; la nourriture? vous devez ti*avnilk^r; le ]>lrtisir? vous devez travailler! Mais les hommes ne rï^connaissùnt pas cette loi, ou bien ils s'efforcent de la tourniM\ espt^rant obtenir science, nourriture et plaisir pour rien; or, dans cel effort, ou bien ils ne gagnent rien et restent ignorants et niist'=^rables, ou bien ils réussissent en faisant travailler d'autres hommes à leur profit; alors, ils sont des tyrans ï't (les voleurs.
Glonticiïlion du travail très salutaire pour les oisifs, mais s^in^ doute superflue pour ceux qui passent leurs journées el une partie de leurs nuits dans les usines! Ruskîn ne sV|;are-t-il pas quand il applique ses maximes aux MU V ri ers et qu'il leur dit :
Je vous invite tout à fait solennellement à vous convaincre YOUft^meines de ce fait à la fois réconfortant et terrifiant que voire prus])i''rîté est dans vos propres mains. A un degré très f joigne seulement elle peut dépendre de circonstances extériourcs^ et au dernier de tous les degrés, des formes du gouveniement.
Pour Huskin, comme pour Garlyle, nous devons coninieiiiei' pnv réformer notre esprit et notre cœur. IJes i8fVi. il l'affirme dans ces termes :
Tout progrès effectif vers la vraie félicité sera Tœuvre d'un oiïor i individuel et non public. Certaines mesures générales peuveiil :u(ier; certaines revisions de lois peuvent guider vers quelque pro^^res : mais la mesure et la loi qu'il faut détermine i^ les jnf iiuères sont les règles domestiques de chaque honnne,
l/éiliicjilion nouvelle devra être dirigée par trois grands |ii'înei|>es ; Fidmiration, espérance, amour.
Admiration — la faculté d'avoir le choix et la jouissance de tout ce qui est beau sous une forme visible, ou aimable dans le caractère humain; et nécessairement de travailler à produire de belles formes et à réaliser ce qui est aimable dans le caractère. — Espérance — la découverte par une sûre divination des meilleures choses que nous devions poursuivre par nous-mêmes ou par les autres; instinct qui aboutit nécessairement à Teffort franc et indécevable pour avancer dans la mesure de nos propres forces la réalisation de l'idéal. Enfin l'amour — amour, tout ensemble, de la famille et du voisin, fidèle et satisfait.
Dans le chapitre « Ad valorem » d'Unto this Lasl on lit :
Il n'est point d'autre richesse que la vie. La vie avec sa toute-puissance d'amour, de joie, d'admiration. Ce pays est le plus riche qui nourrit le plus grand nombre d'êtres humains nobles et heureux et cet homme est le plus riche qui, portant à la perfection suprême les fonctions de sa propre vie, exerce ainsi l'influence la plus large et la plus bienfaisante à la fois par SA personne et par ses moyens matériels sur la vie des autres.
Celui-là méritera la « couronne d'olivier sauvage », suivant le titre d'un des derniers ouvrages de Ruskin. Belle récompense, mais, dans la société présente, accessible seulement à une élite de gens fortunés! Il est juste d'ajouter que Ruskin a proclamé qu'il était nécessaire d'améliorer la condition matérielle des pauvres. A ses préceptes de réforme morale, il a joint quelques indications sommaires sur une intervention de l'Etat. Il réclame une organisation du travail dirigée par des a chefs d'industrie » : le mot est emprunté à Garlyle, qui peut-être l'avait reçu de Saint- Simon. Voici les principaux traits de cette organisation : fixation d'un minimum de salaire; manufactures et écoles industrielles nationales « pour la production et le paiement de toutes les nécessités de la vie et pour l'exercice de tout
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art utile » ; emploi des sans-travail dans ces établissements : retraite aux vieux travailleurs; hvf^iène des logements et des quartiers ouvriers assurée par la loi ; le droit des propriétaires particuliers inférieur dans certains cas à celui de rp^tat. Ruskin ne va pas jusqu'à la nationalisation du sol.
On peut donc, sans exagération, trouver dans les derniers ouvrages de Ruskin des doctrines sociales, voire même des théories économiques. Mais les unes et les autres ne lui sont point personnelles; elles sont faites de morceaux pris à tous les partis opposés à l'individualisme, depuis les conservateurs jusqu'aux socialistes démocrates. L'œuvre propre de Ruskin est d'avoir appelé vers les masses l'attention des artistes et des lettrés de l'Angleterre contemporaine. C'est sur eux que son influence, universelle en Angleterre^ s'est marquée le plus fortement. Il a deux séries de disciples actifs : — les professeurs de 1' « Extension universitaire » qui, en dehors de tous les partis politiques, cherchent à répandre dans le peuple l'art, la littérature, la philosophie ; — les artistes socialistes et même communistes dont William Morris donne le type le plus complet.
III. William Morris : Art et Socialisme. — William Morris, né en 1834 et mort le 4 octobre 1896, fut, suivant l'expression de son ami Walter Grane, « poète, artiste, artisan, et inventeur d'une société nouvelle » ^. C'est à ce
1. Il y a en Angleterre une importante Ruskin Society^ qui, en 1895, prit une part active à la célébration du centenaire de Carlyle. Aux États-Unis plusieurs sociétés, une coopérative, une bibliothèque etc., portent le nom de Ruskin.
2. Article publié simultanément en anglais dans la Progressive Jieview (octobre 1896) et en allemand dans la Neue Zeit, xv année, t. I.
Un disciple de Marx, qui réside à Londres, M. Bernstein,a publié une appréciation des tendances de Morris dans Der Sozialistische Akademiker (Berlin), n-de novembre 1896.
dernier point de vue que nous Tétudierons. La réforme sociale n'a occupé que les vingt dernières années de sa carrière et seulement en partie. Comme Ruskin, Morris, enfant d'un marchand de Londres, avait étudié à Oxford. Ensuite il était devenu Tun des poètes de la jeune école anglaise ; il y avait pris le premier rang depuis la publication à'Earihly Paradise [\e Paradis terrestre) en 1868; et la succession de Lord Tennyson comme poète lauréat semblait lui être dévolue, lorsque ses opinions et sa propagande socialistes écartèrent de sa personne les faveurs officielles. A la gloire littéraire Morris joignait le génie de la décoration artistique qui a fait sa renommée sur le continent. Il fut, avec son ami Burne Jones, Tun des initiateurs de la renaissance de Fart décoratif en Angleterre. De Tarchitecture qui avait été sa première profession, il passa à la fabrication de l'ameublement, de la tapisserie, à l'impression de beaux livres. Méprisant, comme Ruskin, les produits de rindustrie mécanique, il s'efforçait de réaliser l'harmonie de l'effort musculaire et du travail intellectuel qu'il admirait chez les maîtres du moyen âge. Tout, dans ses ateliers, était fait à la main. Même le voisinage des usines à vapeur lui était odieux. Sa fabrique de tapisserie était à Merton Abbey, dans la campagne. Sa maison de Hammersmith s'abrite derrière les arbres, au bord de la Tamise dont la rive opposée s'étend jusqu'à l'horizon, en pelouses vertes et en massifs de feuillages ^ .
1. Sur Morris, écrivain et artiste, de nombreuses études ont été publiées en français. Voir plus particulièrement la Revue Encyclopédique illustrée, surtout les n"" du 15 août 1894 (Jean Lahor) et du 21 août 1896 (Gabriel Mourey). Voir aussi le livre de M. Gabriel MouREY : Passé le Détroit.
Sur William Morris, socialiste, une esquisse fine et quelquç peu malicieuse de M. T. de Wyzewa dans son livre Le Mouvement socialiste en Europe, Paris, 1892, in-18.
La beauté paraissait son seul idéal, la prospérité croissante de ses entreprises paraissait remplir sa vie quand il se lanf;a dans le nouveau mouvement socialiste anglais.
Le principal livre ^ de théorie que Morris ait écrit sur le fiociiifisme est le recueil de conférences qui parut en 1888 sou^ le titre de Signs of Change,
^JaiH il avait débuté dans le mouvement par un ouvrage tic critique : Hopes and Fears for Art, cinq conférences i'ïulcs à Birmingham, et à Londres, de 1878 à 1881. C'est la Iranïiilïon entre la période d'art pure et celledu socialisme. Marris a trouvé la thèse fondamentale de sa critique de la sociélé industrielle; elle rend impossible reffort désintéressa^ vers le beau.
.Mi*rx a caractérisé la société actuelle en disant qu'elle élaii avant tout préoccupée de produire des marchandises c'est-a-dire des choses qui se vendent. Morris montrait que le souci de la marchandise gâtait les artistes et pervertissait le ^^oût du public.
Plus tard il généralisa sa protestation; il devint un fi Janine du communisme, l'auteur de différents ouvrages de [>iM:ipagande dont le plus récent s'appelle Why I am a vommunist? (Pourquoi je suis communiste?) Ecoutons cette prdleïision de foi :
Le communisme est une société dont l'essence est Tégalité •praUque des conditions : pratique veut dire modifiée par les upUlttdes et les préférences des divers membres. Telle est la \\i\?>v reonomique. La base morale, c'est l'habitude acquise par riKJiiime de prendre conscience qu'il est un être social, de soi le qu'il s'accoutume à ne pas faire de distinction entre le liu'n commun et le bien de chaque individu. En conséquence
1. En général les brochures socialistes de W. Morris ont été lUIHA^î^ par la Hammersmith Socialist Society^ ses livres (éditions (H'(lrniiTi^s) par Reeves and Tiirner.
je suis communiste parce que : 1® il me semble qu'on ne peut concevoir Thomme en dehors de la société; et 2® parce qu'il n'y a pas de fondement économique et moral sur lequel on puisse bâtir une vraie société, sauf celui que j'ai donné plus haut. Toute autre base fera du gaspillage et de la souffrance inutile une part essentielle du système. Bref, je ne vois pas de système dans lequel les hommes puissent vivre, hors de ces deux termes : esclavage, égalité...
« Je crois, affirme Fauteur, à la réalisation finale de cet ordre de choses. » Quand? Il Tignore; mais il pense que le temps n'en viendra pas tout de suite et sans transition.
Peut-être devons-nous traverser
cette période que Ton désigne maintenant sous le nom de socialisme et dans laquelle les moyens de production et les marchés seront dans les mains de ceux qui peuvent se servir d'eux, c'est-à-dire des travailleurs de toute sorte; dans laquelle les grandes accumulations de capitaux seront impossibles parce que l'argent aura perdu son privilège; dans laquelle chacun aura l'occasion de bien faire. Cette période de socialisme incomplet se fondra graduellement, je le crois, en un vrai communisme, sans changement violent.
Pas de brusquerie, pas d'émeute, pas de « com.miinisme catastrophique », selon son expression! Morris s'est toujours prononcé contre la révolution à main armée et contre la propagande par le fait. On l'entendait comparer les anarchistes à un état-major qui irait en guerre sans soldats. Il croyait leurs moyens impraticables et, de plus, leur violence lui répugnait. Certes, en théorie, il est aussi libertaire que Kropotkine. L'individu libre dans l'association libre ont été par lui définis en ces termes :
La nation centralisée fera place à une fédération de communautés qui mettront toutes les richesses à la disposition de tous et s'en serviront pour satisfaire les besoins de chaque membre en lui demandant seulement de travailler de son mieux, suivant sa capacité, à la production de la richesse com-
mune. D'ailleurs, il est bien entendu que chaque membre est absolument libre de se servir de sa part comme il lui plaît, sans que personne s'en mêle, tant qu'il l'applique réellement à son propre usage et ne s'en fait point un instrument de domination. Ces vues supposent une complète égalité de conditions pour tous les hommes, leur vie restant différenciée seulement par les capacités et les aptitudes : l'émulation dans le travail pour le bien commun remplacera la concurrence comme stimulant...
Quand les hommes se seront délivrés de la crainte qui les divise, produite par notre système de famine artificielle, ils sentiront que le meilleur moyen d'éviter le gaspillage du travail serait de permettre à chacun de prendre à la réserve commune (from the common store) ce qu'il lui faut, car nul n'aura la tentation ni l'occasion de faire quelque chose avec une part plus grande que celle qui lui est nécessaire ^.
On trouve dans ce passage l'idée et presque la formule de Tégalité matérielle, de la prise au tas, de toutes les solutions qui caractérisent le nouveau communisme où rindividu, contre la socialisation de ses biens, reçoit la liberté morale et intellectuelle la plus complète; ingénieuse synthèse de l'individualisme et du socialisme récemment proposée par les libertaires exilés du continent, qui se groupaient à Londres autour du Commonweal, Morris l'a peut-être imaginée et certainement, l'un des premiers, il l'a très heureusement exprimée. Dans Pourquoi Je suis communiste, on rencontre tout cela et en même temps la croyance au progrès pacifique. Voici le vœu qui termine L»etle confession :
Formation d'un parti socialiste large et bien défini qui, par li: inoyon du vote, arrachera aux classes possédantes actuelles