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CHAPITRE PREMIER

Le développement du socialisme en Angleterre a été favorisé par deux causes économiques : la grande industrie, la grande propriété.

La grande industrie qui divise les hommes en deux classes, en « deux nations », écrivait Disraeli, les salaries et les patrons, a causé dans presque tous les pays d'Europe et d'Amérique la formation de partis ouvriers qui réclament la mise en pratique des théories socialistes.

La grande propriété, exception chez nous, est la règle en Grande-Bretagne ; là-bas les paysans ne sontque des ouvriers des champs travaillant sur des domaines considérables où rien n'est à eux, pas même la chaumière qu'ils habitent : leurs intérêts semblent donc les pousser à attaquer la propriété, tandis que celui de nos paysans français est de la défendre. L'antagonisme du peuple des campagnes et de celui des villes, obstacle au progrès du socialisme, paraît donc beaucoup moins irréductible en Angleterre que sur le continent, car les révolutionnaires peuvent entraîner les po-

Mbtik.

pulations rurales en ajoutant sur leur programme la nationalisation du sol à la socialisation des manufactures et de tous les autres moyens de production.

Cette tactique a été adoptée en Grande-Bretagne par tous 'lj]fcjîartis de pwoluÛoîi sociale, depuis les Jacobins contem- [jor.-^îns des' n^rc^- 'jusqu'aux Ghartistes dont les efforts V< fccUc*ijerônl'^1838.a l'848. Après 1848, il y eut une période de silence, mais non pas de mort, pendant laquelle agirent leiiicment les diverses influences d'où sont sorties, il y a moins de vingt ans, les nouvelles organisations socialistes de TAiigléterre ^ .

I. Les courants d'idées socialistes. — Le socialisme actuel vient de trois courants : indigène, américain, conti-

J. Svir le socialisme actuel en Angleterre, voir Sidney Webb, Soti;dism in England, Londres et New- York, Swan Sonnenschein, l&yj, iti-12. C'est l'œuvre d'un socialiste possibiliste un peu trop ftiSdiEible à son parti, mais en même temps l'étude la plus cmiiplùte et la mieux ordonnée sur le sujet. Voir aussi Robert A)u'iii5Y Woods, English Social Movements, Londres, Sonnenschein* 1895, in-12, exposition claire et impartiale. En français voir ks articles très intéressants de M. Magny dans la Revue socialiste, rappuadice à la 9" édition de E. de Laveleye, Le Socialisme cdnlertiiiorain, Paris, Alcan, 1894, in-16. Pour la bibliographie consulter lu rc'iïcrtoire des ouvrages socialistes publiés ou traduits en anglais, que la Fabian Society a fait paraître sous le titre de What to jRead [t:^ qu'il faut lire), London, Fabian Office, 2« éd., 1895, brochure in-8-. (Trèii utile.) Consulter encore le catalogue important des ouvrages itiië un vente au bureau du journal socialiste The Clarion, Londres, 72, rioet Street, enfin les catalogues des libraires de Londres F. S. King et fils (publications parlementaires), William Reeves, Swan Sonnenschein, Methuen et C" (brochures et séries sociolo- 1,^1 c| lies).

TtHit ce qui est relatif au mouvement socialiste et ouvrier anglais t'st indiqué chaque année dans l'excellent La/)Ouri47i7iuai que publie depuis 1895 un socialiste indépendant, M.Joseph Edwards, à Wallaso>\ près Liverpool.

La collection publique la plus complète de documents, de livres ut de périodiques sociaux anglais est, à Paris, la Bibliothèque du ^iitHèû Social, 5, rue Las Cases.

nental. Les deux premiers ont apporté surtout Tesprit; le troisième, l'organisa tion. Sur le sol anglais est né, à la suite des émeutes sociales de 1834 à 1848, un altruisme sentimental que Garlyle exprima en termes saisissants. A Carlyle se rattachent deux séries de réformateurs sociaux, les chrétiens, les artistes. Les premiers, dirigés par des pasteurs anglicans, ont adopté dès 1850 le nom de socialistes, restaurant avec audace un mot qui soulevait alors l'horreur de tous les « honnêtes gens ». Après des hauts et des bas, à la suite de multiples avatars, leur groupe s'est perpétué jusqu'à nos jours dans plusieurs organisations dont la doyenne est la Guilde de Saint-Mathieu, fondée en 1877 par le Révérend Stewart Headlam. Naturellement les associations chrétiennes vivent à part et ne mêlent qu'accidentellement leurs efforts à ceux des groupes socialistes laïques.

Les artistes ont été plus hardis. Le plus illustre d'entre eux, Williîtm Morris, fut, en même temps que poète et décorateur, théoricien très ingénieux et très radical du communisme. Il avait commencé par suivre le célèbre critique d'art John Ruskin, qui, sans devenir socialiste, prêcha dans plusieurs ouvrages et dans ses leçons à l'Université d'Oxford une fraternité plus active et plus démocratique que celle de Carlyle. En même temps que Morris, tout un groupe de peintres, d'artistes, de littérateurs anglais contemporains est allé de l'école de Ruskin à celles de Marx et parfois même de Kropotkine. Ils ont été guidés par l'amour du beau, afErment-ils, et aussi par quelques dispositions qui leur seraient venues d'ancêtres celtes. Car presque tous se vantent d'avoir une origine irlandaise, écossaise ou galloise, et de lui devoir un esprit plus vif et plus libre que celui des anglo-saxons.

Parallèlement à l'évolution des artistes, un mouvement se dessinait parmi les savants et les hommes d'Etat qui s'occupaient de l'étude des faits économiques. A la suite de Stuart Mill, plusieurs radicaux abandonnaient les principes de l'école de Manchester opposée à toute intervention de l'Etat dans les rapports entre patrons et ouvriers et dans la répartition des richesses. Ces novateurs réclamaient que le gouvernement central ou les municipalités pussent mettre leur pouvoir au service de la classe pauvre; ils devenaient des radicaux socialistes. A cette série appartiennent un grand nombre de publicistes parmi lesquels nous citerons les deux auteurs de la grande Histoire du Trade Unionisme, M. Sidney Webb et M"® Webb (autrefois miss Béatrice Potter).

Dans ce confluent d'idées nouvelles se jetaient encore les théories de nationalisation du sol, restaurées en Angleterre même par le naturaliste Alfred Russel Wallace ou remaniées aux États-Unis par Henry George et rapportées dans leur pays d'origine par les agitateurs irlandais réfugiés en Amérique.

De l'étranger encore venait l'exemple de l'organisation de partis socialistes pour la conquête du pouvoir ou pour la révolution immédiate. De Londres même, Marx et Engels conseillaient et dirigeaient la Social-démocratie allemande. Quelques disciples dévoués et actifs, l'allemand Bernstein, les anglais Hyndman et Aveling (ce dernier gendre de l'auteur du Capital) s'efforçaient impatiemment de pousser les socialistes anglais à s'organiser comme leurs camarades du continent.

II. Les Groupes. — Dans un milieu ainsi préparé, les groupes d'action et de propagande socialiste furent formés à partir de 1880. Une série de crises économiques pré-

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parèrent le succès aux efforts individuels. Ce furent la famine de 1879 en Irlande, qui fit éclater aux yeux la triste condition du travailleur des champs, puis la question des sans-travail qui se posa à Londres et dans les grandes villes à partir de 1885, montrant que la vie et la mort du salarié sont à la merci du hasard.

En 1879 les chefs du parti irlandais organisaient en Irlande la Ligue Agraire [Land League). Il s'agissait simplement de coaliser les paysans pour les amener à ne payer ni loyers ni redevances à leurs propriétaires, sous prétexte que la famine les en empêchait, et à préparer ainsi « la reconquête de la terre d'Irlande » par la renonciation ou l'expulsion des propriétaires. Mouvement national sans rien de proprement socialiste au début, puisqu'il reconnaissait la nécessité de la propriété privée et tendait seulement à la faire passer des mains anglo-saxonnes aux mains indigènes. On essaya de le transformer en le mettant au service des doctrines de Henry George. H. George venait de faire paraître à San-Francisco son fameux livre Progrès et pauvreté, dans lequel il proposait de remplacer tous les impôts par une taxe unique [single tax) perçue exclusivement sur les propriétaires du sol et égale au revenu de chaque terre bâtie ou non bâtie. C'est une expropriation radicale, sans indemnité, déguisée sous une mesure financière. L'idée de la Single tax fut propagée en Irlande par un des organisateurs de la Land League, Michaël Davitt, qui, réfugié plusieurs années en Amérique, avait connu et adopté les idées de George. Davitt et ses partisans, repoussés par Parnell, durent quitter la League] ils se dispersèrent comme les terroristes irlandais partisans de la propagande par le fait, que le gouvernement anglais a anéantis par les exécutions et les emprisonnements perpétuels. Le parti parlemen-

taire irlandais, qui existe toujours, est resté à Tidée de substituer de petits propriétaires indigènes aux grands propriétaires anglais et n'a rien de socialiste.

Toutefois le Georgisme n'a pas échoué en Grande-Bretagne. Deux tournées de conférences faites dans ce pays par l'auteur de Projrré* et pauvreté^ en 1881 et en 1884, ont groupé autour de son programme un nombre sérieux d'adhérents. Ils ont formé (1884) VEnglish Land Bestoration League, à Londres, aux efforts de laquelle s'associent la Scottish Single Tax League, de Glasgow, et plusieurs sociétés analogues, dans le Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

L'expropriation par la Single tax a paru trop brutale à plusieurs partisans de la nationalisation du sol. Ils ont formé, à Londres, en 1882, la ^.and Nationalization Society pour propager les théories d'Alfred Russel Wallace, reprise des terres par l'État sous forme d'un achat à des conditions équitables pour le propriétaire.

Single taxers et nationalisateurs considèrent leurs projets comme une panacée qui guérira toutes les iniquités sociales. Aussi ne se mélangent-ils pas aux socialistes proprement dits. D'autre part, ceux-ci accusent George et Wallace de ne pas aller jusqu'au bout sur le chemin de la vérité. « Nationaliser le sol I disent-ils. Soit, si l'on y comprend les mines et les chemins de fer. Mais ne faut-il pas aussi nationaliser les capitaux sous forme de monnaie et sous forme d'outillage industriel? » Tel est, en effet, le bloc théorique qu'ont formé les socialistes anglais, non sans peine.

En mars 1881, était créée, à Londres, la Démocratie Fédération. Les fondateurs de cette Société furent M. Hydman, disciple de Marx; M. Herbert Burrows, fils d'un agitateur chartiste ; miss Helen Taylor, belle-fille de

Stuart Mill, de laquelle le philosophe a écrit un si bel éloge dans ses Mémoires, et quelques autres personnes dont la majorité appartenait à Topinion radicale avancée. William Morris et plusieurs amis ou disciples de Ruskin se joignirent aux initiateurs du groupe. Le premier programme des fédérés ne portait qu'un seul article franchement socialiste : la nationalisation du sol. Par là, ils avaient voulu marquer leur sympathie aux plus audacieux des opposants irlandais. L'article d'ailleurs n'avait pas été accepté sans discussion, car les plus hardis en politique étaient souvent les plus timides en matière de réformes sociales. Peu à peu les adhérents socialistes s'accrurent, les radicaux s'en allèrent. En septembre 1883, le groupe se réorganisait sous le titre de Social Démocratie Fédération ; ses membres adoptaient définitivement le titre de socialistes démocrates qui est l'épithète du parti collectiviste allemand et de tous ceux qui se sont organisés à son image, en Autriche-Hongrie, en Suisse, dans les pays Scandinaves, dans les états slaves. En 1884, un Exposé sommaire des principes du socialisme, rédigé par Hyndman et William Morris, reproduisit les traits essentiels des programmes socialistes-démocratiques, savoir : comme idéal, la reconstruction de la société sur des bases communistes ; comme moyens, la lutte de classes livrée par le prolétariat organisé en parti politique distinct. La Révolution^ écrivaient les auteurs, est préparée dans les entrailles de la société : il ne faut qu^un effort énergique et organisé pour montrer au monde Vère nouvelle sous une forme légale et scientifique,

La Fédération demeura'presque toujours, avec un idéal révolutionnaire, sur le terrain de la légalité. Au début elle admettait à peu près toutes les formes du socialisme révo-

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lutionnairè et n'avait point l'élroite orthodoxie du parti î^ofiiï liste-démocratique allemand. Dans la liste des brochures qu'elle publiait, on voit V Appel aux jeunes gens, de Kropotkine, figurer à côté d'une traduction de la partie tlu Capital relative au Salariat.

Ainsi avait été fondée la première organisation purement KociîiUste de l'Angleterre. Elle est encore vivante sous la direction de M. Hyndman. Elle présente des candidats aux fonctions électives, tient des meetings, donne des conférences, publie à Londres des brochures et un journal hebdomadaire intitulé Justice. Mais elle ne réunit plus dans ses Lnulres tous les socialistes anglais.

Des froissements personnels ont amené de bonne heure une scission parmi les fédérés. Hyndman avait la foi et IVirdeur d'un apôtre. Mais les uns ne le trouvaient pas iissez attaché aux principes théoriques, et les autres l*acc usaient de trop diriger. Edward Aveling, William Morris, Belfort Bax et leurs amis se séparèrent de lui pour fonder en 1885 la Socialist League qui eut pour orgnne The Conimonweal (La Communauté). Ce fut un ^HNjupe vivant où savants, artistes, agitateurs se rencontraient. Morris, en costume de travail, haranguait les oLivi'iers dans les meetings publics. Walter Crâne commençait ses dessins socialistes. Dans l^he Commonioeal, les poèmes, les fantaisies se mêlaient aux statistiques et aux polémiques. On faisait à la fois de la politique et de Fart. J/un des jours les plus riants de la Socialist League fut celui où l'on représenta une comédie de W. Morris, Sens dessus dessous : on y voyait les parasites de la société actuelle inutiles et ridicules dans l'harmonie communiste en lin réalisée. Les magistrats étaient regardés comme des bêles curieuses et dansaient pour amuser les poètes.

De pareilles fantaisies n'étaient pas au goût des marxistes orthodoxes : aussi eurent-ils dans la ligue d*ardentes discussions avec les communistes purs, dont quelques-uns s'avouaient anarchistes. Il en résulta que la Socialisi League et le Commonweal disparurent en 1894. M. Avelinget les familiers de Marx et d'Engels restèrent quelque temps dans un isolement qui n'était pas tout à fait volontaire ; aujourd'hui ils se sont rapprochés de la Social Démocratie Fédération. Morris avait conservé autour de lui ses amis groupés dans la H animer smith Socialist Society dont la salle des réunions était à Hammersmith, dans la maison même de l'artiste.

Un autre noyau de socialistes, mais de socialistes possibilistes, s'était formé à Londres en 1883 sous le nom de Fabian Society ; Fabian^ en mémoire de Fabius le temporiseur, l'adversaire patient et circonspect d'Annibal. Dans cette société revit l'esprit de Stuart Mill. Elle est composée de radicaux qui ne veulent pas révolutionner la société mais ajouter les réformes l'une à l'autre, pour la transformer lentement. Timides dans l'action, ils sont, dans le domaine scientifique, des économistes très compétents dont les brochures, les articles et les livres font autorité. Ils sont aussi tolérants, sans credo, sans excommunication, accueillant volontiers tout le monde, même les nationalisateurs du sol et les socialistes chrétiens. A juste titre ils se vantent d'avoir reçu beaucoup d'injures des révolutionnaires sans jamais les payer de retour.

Ces petites Sociétés, composées de quelques centaines de membres et bornées au début dans la capitale, ont traversé sans dommage une période de troubles très graves. C'est l'époque de l'agitation des sans-travail. Le nombre des « inemployés » a toujours été très considérable dans les

Métix. 1.

grandes villes anglaises, parce que les ouvriers non qualiiiés [unjifdlied labourers) , c'est-à-dire les manœuvres i/mployés parles armateurs, les commerçants, les industriels et les g:rands propriétaires des champs forment des multiliirJes à qui le moindre arrêt dans le trafic ou dans la praduction enlève leur gagne-pain. La question des sans- Iravail fiV^fit posée d'une manière très grave pendant la crise économique qui dure depuis près de dix ans ; toutes leiîi opinions ont dû s'en préoccuper et tous les partis ont proposé comme solution leur programme. Tandis que les unï! offrent le protectionnisme, les autres le bimétallisme, les socialistes réclament l'abolition de la propriété privée ;iu moins sous quelques-unes de ses formes. Dans tous les pu ys ils ont déclaré prendre à leur compte la question des âïins4ravail et ils ont défié leurs adversaires de la résoudre, Lt*s petits groupes anglais ont commencé à prendre cette alLiiude dès 1886. Ils se mirent à tenir des meetings pour eiiseif^Tier leurs théories aux ouvriers. Mais le gouvernement qui était alors conservateur, s'opposa tout à la fois à leur prnpn^'-ande et à l'agitation des sans-travail. Ce fut alof!^ péiulant deux ans l'époque héroï-comique du socialisme anglais. Les épisodes bouffons s'y mêlent aux répressions les plus tragiques.

G'ejîL a i iisi qu'un jour il s'agissait de tenir un meeting malgré une interdiction. La foule s'était réunie; les orateurs sociîilisleH arrivent. Un policeman, un seul, leur fait défense de parler sous peine d'être arrêtés. Mais les orateurs savent que le poste est à dix minutes de là et qu'il faudra à l'agent vingt minutes pour y conduire son prisonnier et pour en revenir. I/un d'eux ouvre la bouche, est emmené; et pendant raksence de Tagent qui l'entraîne, un autre se met à parler- Il est arrêté quand l'agent revient, mais il a fini

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son discours et il laisse la place à un autre qui parle jusqu'au retour du policier. La farce dure ainsi pendant deux heures, jusqu'au moment où tous les orateurs sont enfermés. Alors, sur la proposition de Tun d'eux, ils entonnent la Marseillaise^ en rythmant le chant à coups de poing sur la porte du violon. On leur ordonne de se taire, ils continuent. La police anglaise est, en général, assez indulgente aux gens comme il faut; or nos orateurs étaient de cette espèce. Après une lutte d'obstination qui dura plus d'une heure, les policemen criant « silence! », les prisonniers chantant toujours plus haut, mais, très sérieusement, en véritables anglais, on les renvoya chez eux après leur avoir dressé procès-verbal.

Les conflits entre les pouvoirs publics et les socialistes ne finissaient pas toujours aussi bien. Les socialistes ont gardé, sous le nom de Bloody Sunday (le dimanche sanglant), le souvenir de la déroute définitive que la force publique leur fit subir à Trafalgar Square, le dimanche 13 novembre 1887. Il s'agissait de protester contre l'arrestation du député irlandais O'Brien, mis en prison pour avoir continué à faire partie de la Land League^ dissoute par la loi. Les organisateurs comptaient sur les sans-travail, car la police de Londres venait de faire des rafles dans les principaux squares et de troubler la quiétude des misérables qu'on laisse habituellement à Londres dormir et rôder la nuit dans Hyde Park et dans quelques autres endroits. On avait commencé à réunir à Trafalgar Square d'immenses meetings ouvriers qui rappelaient les réunions du temps lointain des chartistes. Or, Trafalgar Square est la place de la Concorde de Londres : une réunion populaire peut en quelques minutes se porter de là à Westminster House, le Palais du Parlement. Le chef de la police de

Londres finit par interdire complètement ces manifestations qui rinquiétaient. Les opposants, irlandais, socialistes, anarchistes, ouvriers résolurent d'avoir Trafal^ar Square de force. De là la bataille du 13 novembre 1887. Près de cent mille manifestants débouchèrent de toutes les rues, groupés en colonnes, précédés de musiques et portant des drapeaux rouges. Dans les Nouvelles de nulle par t^WiU liam Morris, qui fut de la manifestation, évoque Timage de

Cette place barrée par quatre rangées d'hommes de haute taille vêtus de drap bleu derrière lesquels apparaissaient les casques d'une masse de cavaliers mortellement blêmes dans cette glaciale après-midi de novembre.

C'étaient 6.000 policemen armés du revolver et tenant en main le iruncheon^ le terrible casse-tête en bois dur : derrière eux, deux régiments à cheval et un régiment à pied des gardes du corps. La foule poussa de l'avant. Elle fut refoulée par la police qui assomma plusieurs des manifestants et en arrêta un certain nombre; il y eut beaucoup de blessures et pas mal de condamnations. Un futur député socialiste, John Burns, alors âgé de 29 ans, commençait sa carrière politique par un emprisonnement de six semaines pour résistance aux agents le jour du 13 novembre.

Cette journée a beaucoup d'analogies avec celle du 10 avril 1848 où la police et les troupes dispersèrent les Chartistes qui s'étaient réunis à Trafalgar Square pour porter à la Chambre des communes une pétition monstre ; mais les conséquences n'en furent point aussi graves. Le 10 avril 1848 avait tué le chartisme. Le 13 novembre 1887 ne fit que décourager les socialistes anglais de la violence en les poussant à chercher d'autres moyens de succès.

Ils les trouvèrent dans les grèves et dans la propagande électorale.

Parmi les grèves où les socialistes sont intervenus, la plus importante est celle que les portefaix des Docks de Londres prolongèrent pendant plusieurs mois de Tannée 1889 pour obtenir une diminution des heures de travail et un minimum de salaire. On peut même dire que cette grève a été un des événements importants de Thistoire sociale d'Angleterre dans ces dernières années, car elle a eu des conséquences bien autrement importantes que le triomphe des revendications ouvrières. En effet, avant elle, les trade unions ou syndicats ouvriers ne comprenaient que les travailleurs qualifiés ( skilled labourers ) , Taristocratie manuelle, mécaniciens, menuisiers et gens de métiers analogues. Ces unions formées avant le développement du socialisme étaient inféodées à la politique libérale ou radicale. Après la grève de 1889, les portefaix, les chauffeurs, les marins ont formé des unions qui, dirigées en partie par des socialistes^ sont devenues des instruments de lutte de classe.

Tous les partis s'étaient disputé la reconnaissance des ouvriers des Docks. Le chef du catholicisme anglais, le cardinal Manning, décidé par l'exemple des évêques démocrates des Etats-Unis, avait tenu des réunions et fait des démarches en leur faveur. Mais les véritables triomphateurs furent deux jeunes ouvriers. Un des meneurs de la grève, John Burns, mécanicien, réussit à se faire nommer conseiller du Comté de Londres, puis député par le quartier ouvrier de Battersea qu'il représente encore aujourd'hui à la Chambre des Communes. Un autre, Tom Mann, mécanicien lui aussi, joignit ses efforts à ceux d'un ancien mineur du Nord, J. Keir Hardie, qui représentait dans l'ancienne Chambre une circonscription suburbaine de la capitale, West-Ham. Tous deux fondèrent en 1893 le

Parti ouvrier indépendant (Independent Labour Parly)^ qui eomi>le environ 15.000 adhérents et qui a pour organe un journal I hebdomadaire, \e Labour leader. C'est le premier essai cVun it parti ouvrier » tenté en Grande-Bretagne; il recrute ties adhérents principalement dans les nouvelles Irade unioiifi et parmi les mineurs, tandis que les autres orpr^nisa lions socialistes ne sont guère composées que de gens instruits de la classe moyenne, h' Independent Labour PatI^ a élé plusieurs fois sollicité de joindre à son titre riHiquetlr .socialiste. Il ne s'y est pas décidé, mais il déclare dans ^(^n pi'ogramme qu'il accepte cette qualification. Il a cherchi^ h grouper toutes les forces socialistes autour de lui. Du reï^Le, il n'est pas un des groupes anglais qui n'ait rêvé de faire l'union socialiste sous son drapeau. Les différents elFarts tentés jusqu'ici n'ont point encore abouti. Cèpe rida II l les polémiques très aigres dont les socialistes rli'moeiak'R avaient la spécialité et que les autres groupes ne suppoH aient pas toujours d'aussi bon caractère que la Fiihian Society^ sont de plus en plus abandonnées. L'acf nrd exit^tc. h défaut de l'union, entre les socialistes anglais. m. Les indépendants. — L'accord est entretenu par de nomîtreux groupes indépendants qui ne veulent être d'auoun parti et qui se chargent de rappeler les associations rivales au souci de l'intérêt commun. Le plus actif des groupes indépendants est formé par la rédaction et les lecteurs du jnnrnal hebdomadaire The Clarion. Au débouvhé de la Cité, dans Fleet Street où se continuent les banques et les établissements de commerce recevant et rendant le flux et le reflux des aff'airés, l'étranger s'étonne de voir denit-re une vitrine les portraits de Jules Guesde, de Xnilltint, d Allemane, de Bebel, ainsi que les principaux nuvrjigesde la littérature socialiste anglaise et continentale.

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C'est Fétalage du « Clarion OflBce », bureau d'un journal hebdomadaire^ librairie et maison d'édition. Le rédacteur en chef du Clarion^ M. Robert Blatchford, est l'auteur d'un petit livre de propagande, Mer rie England joyeuse Angleterre) — deux cents pages pour deux sous, dont le tirage approche du million, quoique les Américains en aient fait des contrefaçons et les Australiens une édition spéciale. L'ouvrage eut les honneurs d'être reviewé comme livre capital du mois dans la Revue de M. Stead. Il a été traduit ou adapté en hollandais et en allemand. Le titre exprime à la fois le regret de la joyeuse Angleterre du XVI® siècle, étouffée sous le puritanisme, et le vœu que l'Angleterre redevienne beaucoup plus joyeuse encore. C'est un sentiment commun à tous les socialistes anglais : il fait que leur conversation et leurs manières plaisent aisément à un Français un peu libre, quelles que soient d'ailleurs ses opinions. Toutes les questions relatives au socialisme sont traitées dans le pamphlet de M. Blatchford, parfois d'une manière savante, avec des chiffres et avec des cartes de la mortalité dans les 'régions industrielles, souvent en dialogues familiers ou en fantaisies humoristiques.

L'auteur de Merrie England est un a self-made man », un homme qui a fait sa vie. Longtemps il a travaillé de ses mains. Né en 1851, dans le comté de Kent, d'un père anglais et d'une mère italienne, acteurs tous les deux, il fut apprenti et ouvrier de fabrique dans le Yorkshire jusqu'en 1872, puis soldat pendant un congé de sept ans. Il était employé d'une compagnie de navigation à Northwitch lorsqu'il commença à écrire dans quelques journaux provinciaux du Nord. Il était chargé de la chronique dramatique. En 1885, nous le trouvons rédacteur en chef du Sunday Chronicle de Londres ; c'est là qu'il prend le pseu-

donyme de « Nunquam » sous lequel il est connu autant que sous son nom véritable. C'est alors qu'il se reconnaît socialiste.

Un de ses collaborateiirs, M. Alexandre Thompson, raconte que la conscience de leur évolution leur vint à Blatchford et à lui lorsque le directeur du Sunday Chronicle leur fît remarquer qu'ils écrivaient des articles révolutionnaires et les pria de changer d'esprit. Ils aimèrent mieux quitter le journal; sans capitaux, ils allèrent fonder à Manchester, dans la grande ville des fîlateurs de coton, le Clarion. A présent leur journal a ses bureaux dans l'une des rues les plus fréquentées de Londres et il compte plus de 60.000 lecteurs. M. Blatchford a su lui donner le type qui plaît au public anglais. C'est une grande feuille en 8 pages de six colonnes chacune, imprimées en texte très serré. La propagande y est représentée par des correspondances^ des faits, des chiffres et aussi par des fantaisies sur le modèle du Looking Backward de Bellamy et des Neivs from Nowhere de Morris, œuvres si chères à l'imagination anglo-saxonne. Voici par exemple le conte d'un serf endormi dans la grande forêt au temps de William le Conquérant et tout d'un coup réveillé dans la société actuelle. Il y trouve la liberté dans les textes de loi et sur les inscriptions, mais il se heurte à une propriété plus tyrannique que celle du seigneur quand il veut manger un morceau à l'auberge ou prendre une culotte dans un magasin. Volontiers il dirait, comme les bourjanes qu'on vient d'affranchir à Madagascar : « Quand j'étais esclave, on avait soin de moi comme d'un animal domestique. Libre, qui me nourrira? » — A côté de cette histoire, des poèmes, des caricatures, deux assaisonnements souvent bien fades que l'Anglais veut trouver dans son journal. Enfin pêle-mêle,

des notes sur le cyclisme, le football, le rowing, des contes pour les enfants, tout enfin de manière que chaque catégorie possible de lecteurs ait sa page ou sa colonne.

Le socialisme paraît dans tout cela comme un refrain tranquille, comme une exhortation à la fraternité.

Que sont les « Clarion socialists »? écrit M. Blatchford. Ils laissent les autres groupes travailler à leurs fins et se servir de leurs moyens; il les aident de tout leur pouvoir.

Mais leur œuvre propre la voici : Le nombre des socialistes conscients est petit, en comparaison du nombre de ceux dont on peut dire plus ou moins qu'ils aiment leurs frères. Quelque amour de la justice, quelque sentiment de pitié, quelque instinct de fraternité se trouvent dans presque tous les cœurs anglais...

Faire d'abord des altruistes, puis convertir ces altruistes en socialistes, voilà notre ligne de conduite.

« Autrefois, raconte M. Thompson, nous aimions les malheureux parce que Dickens nous avait appris à les aimer. En même temps nous tirions notre philosophie de Charles Darwin. Nous pensions que nous ne devions point seulement soulager les misères présentes, mais encore travailler à préparer pour nos successeurs une adaptation plus facile aux conditions de la vie. Ainsi peu à peu nous sommes entrés dans le mouvement socialiste qui s'est formé en Angleterre depuis une quinzaine d'années. » M. Thompson ajoute qu'il a beaucoup étudié les théoriciens du continent, particulièrement les français, dont lui-même écrit et parle la langue. Elevé à Paris pendant son enfance, il faillit, sous la Commune, être victime de l'explosion de la poudrière du Panthéon. M. Allemane était à cette époque délégué à la mairie du V® arrondissement et M. Thompson aime à raconter qu'il est devenu l'ami du leader d'un

grand parti ouvrier français, le camarade d'un homme qu'il considérait en 1871 comme un chef de brigands. Aujourd'hui, traducteur du Collectivisme de M. Guesde, propagandiste du référendum et de la revision par le peuple, M. Alexandre Thompson est un de ceux qui pénètrent d'influences françaises le mouvement socialiste anglais.

IV. Caractères et définition du socialisme anglais contemporain. — Tous ceux qui s'intitulent socialistes indépendants en Angleterre ne sont pas aussi érudits ni aussi avancés. Sans doute c'est pour cela que ce nom est si répandu. Un annuaire très bien fait et plein de renseignements utiles et exacts, le Labour Annual, qu'un indépendant, M.Joseph Edwards, publie à Manchester depuis 1895, admet pêle-mêle les groupes socialistes, les sociétés coopératives, les mutuelles ouvrières ; dans un dictionnaire biographique des initiateurs et des leaders du mouvement, il réunit Henry George, Louise Michel, Karl Marx, Tolstoï, Kropotkine.

Un volume qui, en 1895, a fait grand bruit en Angleterre, The New Party\ publié par Andrew Reid, était formé d'articles demandés aux personnages marquants de toutes les oppositions. Des naturiens disciples du Rousseau américain Thoreau, des psychologues hardis comme le naturaliste et romancier Grant Allen, auteur de The woman who did, des féministes comme Lady Somerset, ont collaboré à ce recueil en même temps que Keir Hardie et Tom Mann, le leader et le secrétaire de V Independent Labour Party^ en même temps que le dessinateur Walter Crâne, ami et disciple de W. Morris, en même temps que les nationalisateurs du sol A. R. Wallace et Wicksteed.

1. Andrew Reid, The New party described hy some of its members, Londres, Hodder, 1894, in-S".

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Presque tous ces écrivains se croyaient et s'aflRrmaient socialistes.

En Angleterre, écrit M. Sidney Webb, toute idée nouvelle doit passer par trois stages : 1" C'est impossible ; — 2® C'est contre la Bible ; — 3° Nous le savions déjà ! Or le socialisme marche rapidement vers le 3* stage.

C'est-à-dire que pour la majorité de ses adhérents anglais, il est un mot nouveau pour désigner une tendance nationale déjà ancienne. Cette tendance est la pitié pour les faibles, la charité à Tégard des pauvres, Tamour des hommes. L'Anglais ordinaire est un humanitaire passionné. Voilà qui étonne beaucoup les Français, habitués à croire que Tégoïsme est le fond du caractère anglais. Nos compatriotes sont trompés par les historiens de leur pays, qui, s'indignant des procédés employés contre la France par des cabinets anglais aux époques de guerre, s'imaginent que la nation tout entière partage Tabsence de scrupules qui caractérisa quelques-uns de ses gouvernements. Même les Français qui ont visité l'Angleterre, qui l'aiment et qui essayent de lutter contre les préventions de leurs compatriotes, se sont trop laissé guider dans cette réaction par le dégoût du fonctionnarisme français ; ils ont été trop portés à admirer l'Anglais qui ne demande rien à l'Etat, qui s'aide lui-même et qui va chercher fortune dans l'industrie et le commerce chez lui ou aux colonies, secondé par une énergie admirable, mais servi par l'amour du profit personnel et l'insouciance à l'égard des autres. « Chacun pour soi I » c'est la devise de cet audacieux devenu égoïste par nécessité,

« Aimez votre prochain comme vous-même » est, au contraire, ce que l'Anglais éduqué a appris dès l'enfance et

ce qu'il aime à mettre en pratique. Il entre volontiers dans le socialisme par sentiment, pensant avoir rencontré la meilleure forme possible de la solidarité. Rarement il adhère au socialisme par raison, en connaissance des doctrines. Il lit et cite les sentimentaux et les illuminés, Garlyle, Ruskin, Mazzini, Tolstoï, beaucoup plus volontiers que Lassalle et Marx. Sa bonne volonté est parfaite, mais son credo un peu confus serait suspect d'hérésie aux yeux d'un collectiviste orthodoxe*. A-t-il tort ou raison? ce n'est pas notre affaire pour l'instant. Nous devons seulement nous appliquer à prendre les socialistes anglais tels qu'ils se donnent à nous et à définir très exactement leur opinion. Convenons d'appeler socialisme toute doctrine qui se prononce contre le « laissez faire » des manchestériens et qui accorde à la société, conçue sous n'importe quelle forme, le droit d'intervenir dans la production et surtout dans la répartition des richesses. Ainsi, sans forcer le sens du terme socialisme, nous le prendrons dans son acception la plus large, qui est celle que les Anglais lui donnent habituellement.

« Le socialisme spécialement anglais » est, d'après M™® Webb, celui « qui se manifeste en actes, non en paroles, le socialisirie qui s'est réalisé sans bruit dans les lois sur les fabriques, sur les salaires, sur la responsabilité des patrons, sur les mesures sanitaires, les logements ouvriers, l'instruction publique, etc., dans cette masse de législation bienfaisante qui met l'individu au service et sous la protection de l'État 2. »

Le socialisme anglais est dans la plupart des cas un

1. Seule doit être exceptée de cette analyse la Fédération socialiste démocratique dont le programme est celui des marxistes continentaux.

2. Béatrice potter (M™* Webb), the Coopérative movement in Great Britain, p. 16.

LE SOCIALISME DANS l' ANGLETERRE CONTEMPORAINE 21

socialisme d'état démocratique, produit combiné des idées radicales et de la morale chrétienne.

Sur le continent, lorqu'on est socialiste, on devient généralement par surcroît internationaliste et matérialiste. La fraternité entre les peuples plaît aux humanitaires d'Outre-Manche. Volontiers ils manifestent contre le jingoïsme, c'est-à-dire le chauvinisme anglo-saxon. Ils ont fait des meetings pour protester contre l'intervention du cabinet de Saint-James en Orient, affirmant que les opprimés de Londres devaient s'imposer à la sollicitude gouvernementale avant ceux d'Arménie. Ils ont protesté contre les expéditions coloniales, contre l'ultimatum signifié au Venezuela, contre la piraterie de Jameson. Toutefois, en Grande-Bretagne, l'agitation en faveur de la paix n'est pas devenue un mouvement antimilitariste aussi acharné ^ue dans les pays qui subissent le service obligatoire. C'est que l'armée anglaise est une espèce de police relativement peu nombreuse et recrutée par engagements volontaires : elle est presque en dehors du peuple et de l'opinion.

En matière religieuse, les socialistes anglais, exception faite des groupes confessionnels, ne sont pas orthodoxes, mais la plupart d'entre eux ont conservé un christianisme vague auquel ils ne renoncent jamais. L'un des leaders les plus populaires et les plus instruits du mouvement socialiste nous disait un jour: «Que les socialistes français soient anticatholiques, je le comprends. Mais pourquoi n'essayent-ils pas d'attirer à eux les protestants ? » Celui qui nous parlait ainsi est un positiviste. Beaucoup d'autres leaders sont encore moins antireligieux que lui. Il en est par exemple qui ont étudié la théologie pour devenir prêtres ; car l'Église anglicane vivant des dîmes et des bénéfices

comme l'Église française de Tancien régime, offre, ainsi que le faisait celle-ci, un grand nombre de débouchés aux jeunes gens instruits sans fortune. Parmi ces clercs transformés en agitateurs, il en est plusieurs, Tom Mann par exemple, qui ont conservé presque intactes leurs primitives convictions. Au Congrès socialiste international de Londres (juillet-août 1896) les délégués continentaux ont été étonnés de voir la section anglaise admettre sans difficulté quatre membres de l'Église du Travail [Labour Church)^ groupe socialiste chrétien ou tout au moins déiste. Un anglais sans religion est une rareté, un monstre, un objet de scandale. Aussi très peu de socialistes ont-ils osé braver l'opinion au point de professer l'athéisme. N'est-ce pas s'exposer à être boycotté par la société civile, à être renié par ses meilleurs amis ? N'est-ce pas s'interdire l'accès des fonctions, même l'exercice des mandats électifs. Feu GharlesBradlaugh,députéradical,a été exclu delà Chambre des Communes parce qu'il refusait de prêter serment sur la Bible. Une de ses amies. M™® Annie Besant, pour la même raison, a obtenu très difficilement de siéger au Conseil des Écoles de Londres.

Or, les socialistes anglais désirent que leurs compatriotes votent pour eux. Ils ne sont nullement révolutionnaires. Ils veulent conquérir légalement les pouvoirs publics pour réaliser leurs réformes. Nous avons vu qu'ils n'ont pas commencé par là et qu'au début plusieurs d'entre eux ont essayé de réussir en renouvelant les émeutes chartistes. Mais à présent cette tactique est abandonnée aux anarchistes ; et dans les rangs de tout ce qui s'appelle socialiste en Angleterre, on se moque volontiers du « parti des mains calleuses » que réclamait en 1839 Fergus O'Connor, le héros chartiste, hercule de meetings

LE SOCIALISME DANS l' ANGLETERRE CONTEMPORAINE 23

et terreur des policemen. On veut donc arriver par le sufFrag^e populaire. Mais comment s'en servir? Sur ce point il y a division : les uns croient qu'il faut entrer dans le cadre du vieux parti libéral et lui offrir des voix à condition qu'il ajoute à son programme quelques articles socialistes ; ils ont même préparé de petites listes de promesses imprimées qu'on présente à la signature du candidat et que l'électeur conserve comme preuves d'un mandat impératif* Cette tactique s'appelle la pénétration (the permeating) et ses principaux partisans sont naturellement les Fabiens issus du radicalisme^. Les socialistesdémocrates et le parti ouvrier préfèrent la lutte de classes qui consiste à ne prêter aucun appui aux libéraux ni aux conservateurs, et à ne solliciter aucun concours, mais à présenter un candidat purement socialiste. Ceux-là, si l'on en juge par les résultats qu'ils ont obtenus, se préoccupent de la propagande plus que du succès.

V. La propagande. — En Angleterre toute propagande, socialiste ou non, est au nombre des choses les plus curieuses que puisse voir l'étranger. L'Anglais a la passion et aussi le courage de l'apostolat. Nous en avons connu qui avaient commencé par prêcher pour le « teatotallism », pour Tusage de la flanelle, pour l'Armée du Salut, avant de trouver dans le socialisme un sujet plus général ou plus moderne. Que la matière soit grande ou petite, l'ingéniosité du propagandiste, servie par le libéralisme des lois sur la presse et les réunions, fait des merveilles.

1. Au Congrès socialiste international de Londres (1896) les 22 délégués fabiens ont été seuls à demander que les partis socialistes ne fussent pas obligés de se constituer indépendamment des autres et contre eux, mais au contraire fussent autorisés à faire alliance avec les partis « bourgeois », c'est-à-dire avec les radicaux. La proposition fabienne souleva un toile universel parmi tous les autres délégués, anglais ou continentaux.

Je ne parle pas des périodiques que je n'ai pu tous citer, ni de la multitude de brochures qu'impriment, vendent ou distribuent les socialistes. Je ne fais que mentionner la propagande par l'image qui a produit, entre autres belles pièces, plusieurs chefs-d'œuvre de Walter Grane, et les albums de Gynicus (M. Martin Anderson), le Garan d'Ache Londonien * . Nous avons de pareilles choses. Mais nous ne connaissons pas les meetings. Tous les dimanches matins la Société socialiste de H animer smiih vient à l'entrée du pont de Hammersmith. On déploie le drapeau rouge, et sur une charrette plate-forme les orateurs se succèdent. Souvent une délégation de la Liberty and Property Defence League s'installe à coté des socialistes et ses membres contredisent leurs adversaires du haut d'une charrette rivale. On se rappelle involontairement le début de la Satire Ménippée, les deux marchands de catholicon. Mais le public anglais ne rit pas, ne songe point à se moquer. Il soutient de ses bravos (hear ! hear !) l'orateur qui lui plaît, pendant que le policeman fait écarter les gamins, les chiens et les ivrognes. Tout à l'heure, il rendra le même service à un meeting de l'Armée du Salut, ou de la Société pour la conversion des juifs au christianisme. En temps d'élection ou de grève les réunions socialistes en plein air deviennent nombreuses et fréquentes. Les leaders s'y montrent au public et le haranguent montés sur un

1. M. Martin Anderson est un dessinateur écossais établi A Londres. Son exposition permanente à Drury Lane est une curiosité bien connue du public londonien. Sous le pseudonyme de Cynicus, il a publié des albums intitules Humours et Satires, Il y a mis, comme dans presque toutes ses autres œuvres, son talent au service de la propagande démocratique. « Cynicus » prend parti avec les disciples de Henry George plutôt qu'avec les Socialistes purs. Il est pour ainsi dire l'illustrateur officiel des rapports de la Land Restoration League et plus d'une lois il a accompagné le Chariot Rouge,

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banc ou sur une borne. Au premier mai, tous les socialistes se réunissent à Hyde Park, qui est le siège des meetings monstres. Le dimanche suivant, les manifestants sont plusieurs dizaines de milliers, car ils comprennent les associations ouvrières des deux sexes, avec des musiques et des chœurs. Les charrettes plates-formes sont disposées aux bons endroits avec des étiquettes portant les noms des orateurs inscrits : chacun peut choisir le parti ou Thomme qu'il veut écouter.

Hors des villes la parole socialiste est portée le dimanche par de braves gens qui donnent la propagande comme but à une promenade champêtre. Les uns arrivent à bicyclette dans les bourgs ou dans les villages isolés ; d'autres se groupent pour un pique-nique, suivi d'une réunion. Le Clarion a groupé les isolés sous le nom d' « éclaireurs » ; il a organisé des cyclistes socialistes. Un escadron de ces derniers ouvrait, le 26 juillet 1896, la marche de la grande manifestation faite la veille de l'ouverture du Congrès socialiste international de Londres. Les Georgistes ont emprunté aux saltimbanques leur roulotte. Pendant Tété plusieurs d'entre eux vivent dans un grand chariot peint en rouge et se promènent de village en village semant l'idée de la nationalisation du sol. Une des collaboratrices du Clarion, M"® Julia Dawson, a réuni dans Fêté de 1896 les fonds nécessaires pour instituer un chariot rouge d'une espèce spéciale, le Clarion Wonien's Van réservé aux dames. Le chariot est parti de Ghester le 3 juin 1896; il a visité six comtés du Gentre et du Nord où l'agriculture et l'industrie sont florissantes : Gheshire, Shropshire, Staffordshire, Yorkshire, Durham et Northumberland. Entre le Staffordshire et le Yorkshire, il avait franchi la distance, en chemin de fer, comme bagage. Le 23 sep-

MéTiv. 2

tembre il finissait sa première campag^ne à Hartlepool, après 15 semaines de voyag^e. Cette voiture, attelée d'un cheval et munie d'un cocher palefrenier à gages, offrait place à trois personnes. Les volontaires se sont présentés en trop grand nombre ; quoiqu'on leur ait accordé à chacun une semaine seulement de roulotte, on n'a pu donner satisfaction à tous. C'étaient des dames et aussi un certain nombre de messieurs qui, toutes et tous, appartenaient à la classe moyenne et profitaient de leurs vacances d'été pour mettre leur instruction au service de la propagande.

D'autres faisaient la même chose par des moyens différents. Près de Chester, près de Newcastle, et en quelques autres endroits, on avait établi, toujours sur l'initiative de lecteurs et de collaborateurs du Clarion^ des Clarion Socialists Camps. Le camp se compose d^un certain nombre de tentes comme celles des soldats, avec tout le matériel de couchage nécessaire, paille d'isolement, matelas, couvertures : elles sont installées sur une plage ou dans une prairie agréable, sous les arbres et près d'un ruisseau. On peut y coucher, on peut aussi préférer chercher le gîte dans une ferme ou un hôtel voisins. Le jour, on se réunit en repas communs, en promenades à pied ou à bicyclette. On profite de l'aftluence attirée par la curiosité et des courses ou excursions pour faire du camp un centre de propagande. C'est l'enseignement en plein air de l'Académie ou du Portique ressuscité dans les herbages et sous le ciel brumeux de l'Angleterre.

Des propagandistes si ingénieux, si actifs, même en vacances, ont réussi à tirer d'un mouvement naissant et encore faible plus que certains socialismes continentaux, plus anciens et plus forts par le nombre, n'ont pu donner.

A l'exception du Parti ouvrier indépendant, il n'est pas une association socialiste anglaise qui ne demeure aux environs d'un millier de membres. Mais sur ces quelques centaines, plus de la moitié sont des propagandistes habiles et dévoués. On n'est jamais en Angleterre à court de conférenciers.

Ces petites associations sont relativement riches, à cause de la régularité du payement des cotisations. L'Anglais se vante à juste titre d'être exact sur ce point ; il n'est pas une association dont les membres ne viennent apporter ou n'envoient de leur propre mouvement leur contribution. On cite comme une exception les nouvelles trade unions composées d'ouvriers non qualifiés et irrégulièrement payés que le secrétaire trésorier est obligé de harceler chaque samedi pour leur arracher les quelques pence qu'ils se sont engagés à verser.

Les groupes socialistes anglais ont des finances régulières et il y paraît à leur installation. Tous ont un bureau spacieux dans l'une de ces grandes maisons garnies d'offices du sous-sol jusqu'aux combles qui s'élèvent sur le Strand, la rue des affaires, ou dans les grandes avenues voisines de Wesminster House, le Parlement, ha Social Démocratie Fédération a même une salle de réunion très spacieuse à côté de ses bureaux. Toutes ont quelques fonctionnaires permanents et salariés pour diriger leurs affaires. Chacune publie un organe, et une ou plusieurs séries de brochures, dont quelques-unes, les Tracts de la Fabian Society^ les Spécial Reports de la Land Restoration League, ont une large clientèle attirée par l'exposition claire et précise de faits nombreux et caractéristiques.

Le talent des socialistes anglais a été de tirer habilement parti de tous les moyens d'agitation et de propagande

qu'avait donnés à TAng^leterre une longue pratique de la liberté d'association et de réunion. Les grands meetings en plein air avaient été inventés par les réformateurs religieux appelés méthodistes, au cours du x viii® siècle, et dès le début les radicaux les avaient appliqués à l'agitation radicale. Les chariots ambulants, probablement d'origine américaine, étaient depuis vingt ans employés en temps d'élection. De même l'histoire politique et religieuse de l'Angleterre nous montrerait des précédents aux « Camps » et à toutes les variétés de missions. Ainsi donc, pour les procédés qu'ils emploient, les socialistes sont les héritiers d'innovations faites en Angleterre par les générations précédentes. Mais ils les tournent à leur profit avec une adresse et une activité sans égales.

VI. Les résultats. — Tant d'ardeur, tant d'efforts, tant d'imprimés, tant de discours n'ont pas encore donné sur le terrain politique autant que l'espéraient les socialistes anglais. Ils se sont proposé de conquérir la Chambre des Communes, les Conseils de Comtés analogues à nos Conseils généraux, les Conseils des villes et quelques autres assemblées électives, particulièrement les Conseils élus de l'Assistance publique [Boards of Guardians) et des Ecoles [School Boards) : ils sont encore loin du but. L'avant-dernière Chambre comptait deux députés socialistes, John Burns et Keir Hardie. Au renouvellement de 1895, le premier seul a été réélu. 28 candidats présentés par Vindépendent Labour Pariy ont réuni 44.594 voix, 4 candidats présentés parla Social Démocratie Fédération en ont réuïii 3.730; mais pas un des 32 n'a atteint la majorité dans sa circonscription.

Au Conseil de Comté de Londres, les progressistes, c'està-dire les radicaux qui ne sont pas hostiles à l'intervention

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de rÉtat entre ouvriers et patrons, avaient, avant 1895, une énorme majorité; ils n'occupent plus actuellement que la moitié des sièges ; et dans leurs rangs on ne compte que 5 socialistes sur un total de 137 membres. Ces cinq, tous modérés, sont : MM. John Burns, indépendant; Sidney Webb, Crooks, Steadman, fabiens, et Ben Tillelt, du Parti ouvrier indépendant. Hors de la capitale, dans une cinquantaine de Conseils de comté ou de ville siègent des progressistes et des socialistes ; mais ces derniers sont toujours en très faible minorité*.

La lenteur de leurs progrès électoraux s'explique par bien des causes. D'abord en Angleterre le suffrage n'est pas universel : il faut pour voter avoir une maison inscrite au rôle de l'impôt, ou payer un loyer de 250 francs par an.

Dans ces conditions, la plupart des ouvriers qualifiés pourraient prendre part au scrutin ; mais, en beaucoup d'endroits, ils s'abstiennent par indifférence ; les élections restent donc dans la main de la bourgeoisie moyenne, laquelle, affolée par la crise économique, renverse, tour à tour, libéraux et torys. Le suffrage n'a été élargi qu'en 1884^. Les Conseils de Comté n'ont été institués qu'en 1888-89, les Conseils de paroisse, en 1894 seulement. Les socialistes disent que les ouvriers ne sont pas encore accoutumés à ces nouveautés, et ils se flattent de les amener bientôt à en tirer parti au profit de la cause socialiste.

1. On trouvera dans le Labour Annual pour 1897, p. 203, la liste de tous les élus socialistes des assemblées locales de Grande-Bretagne.

Sur ces assemblées locales, voir Armixjon, V administration locale de l'Angleterre, Paris, Larose et Forcel, 1894, in-8", et Seionodos, Histoire politique de V Europe contemporaine, Paris, Colin, 1897, in-S».

2. Le droit de vote a été étendu alors de 3 à 6 millions d'adultes; 1.800.000, environ, ne l'ont pas encore.

Métiv. 2.

L'institution, sous le dernier ministère libéral, de deux grandes commissions prises, moitié dans le Parlement, moitié en dehors, pour étudier les causes de la dépression économique dans rindustrie et dans Tagriculture, avait été considérée par les socialistes comme une marque de Tinfluence de leur agitation sur le gouvernement. Mais les membres de la Royal Commission on Agriculture ont pris rintérêt des grands propriétaires et réclamé qu'on diminuât en leur faveur l'impôt foncier, ce qui va être fait. Dans la Royal Commission on Labour^ on comptait seulement quatre socialistes qui se sont séparés de leurs collègues avec éclat.

Un progrès du socialisme en politique a paru de nouveau être marqué en 1895 par les déclarations simultanées de M. Joseph Chamberlain et de sir John Gorst.

M. Chamberlain, ancien radical et libéral-unioniste, promettait sur une énorme affiche en caractères noirs et rouges, à ses électeurs de Birmingham, de réclamer la journée de 8 heures pour les mineurs, des retraites ouvrières, des conseils d'arbitrage, enfin de pousser à l'intervention de l'État en faveur des ouvriers.

Sir John Gorst, conservateur pur, publiait, dans la Nineieenih Century^ le « Programme conservateur des réformes sociales » dans lequel il faisait des promesses analogues à celles de M. Chamberlain, mais plus précises encore et ajoutait que l'Etat avait le devoir de résoudre le problème des « sans-travail », c'est-à-dire qu'il reconnaissait explicitement le droit au travail.

M. Chamberlain et sir John Gorst, devenus tous deux ministres après le triomphe des conservateurs et des unionistes coalisés en 1895, ont aujourd'hui des soucis qui leur font oublier les réformes sociales.

LE SOCIALISME DANS l' ANGLETERRE CONTEMPORAINE 3î

On voit donc qu'en politique les socialistes anglais sont riches surtout d'espérances ; dans le domaine de la pensée et deJa science, leur part est meilleure. L'exemple de Stuart Mill évoluant du « laissez faire » à Tintervenlionnisme est imité de plus en plus. C'est ce qu'un disciple de Mill, M. Sidney Webb établit, dans une de ses brochures, par une série de preuves convaincantes. Voici, par exemple, l'article « Political Economy », de V Encyclopœdia britanni'ca (9® édition, 1886), où M. J. K. Ingram', ex-professeur à Trinity Collège (Dublin), émet l'affirmation suivante : « // est absolument certain que la Société industrielle ne peut demeurer sans une organisation systématique. Le pur conflit des intérêts privés ne produira jamais une cité du travail bien gouvernée. » Voici encore deux manuels d'économie politique à l'usage des écoles, écrits par deux maîtres de collèges dont l'un se déclare communiste, et dont l'autre est un avocat de la nationalisation du sol. Des économistes qui se croient orthodoxes ont abandonné ce que M. Webb appelle « les crudités vieillies du manchestérisme », et parlent, consciemment ou non, en socialistes de la chaire ; c'est-à-dire qu'ils reconnaissent la question sociale et demandent qu'elle soit résolue, sans révolution violente, par l'intervention des pouvoirs publics. Parmi les socialistes de tout genre se rangent de plus en plus les progressistes indépendants, M. John Mackinnon Robertson,le plus fidèle disciple de Bradiaugh et l'ancien directeur de la Free

1. L'article de M. Ingram a été traduit en français sous le titre: Histoire de V Économie politique^ Paris^ Laroseet Forcel, 1893, in-16. On trouvera dans les appendices la liste des économistes anglais à tendances interventionnistes.

Voir aussi, dans la bibliographie What to Read des Fabiens, les ouvrages d'économie politique dont le titre est imprimé en caractères gras.

Revtew, l'avocat et publiciste Morrison Davidson, le moraliste et [)s\ ilif "lo^^ue Edward CarpenteH, et un g^rand nombre fie jeunes économistes comme M. J.-A. Hobson^. Au reste, les profères des socialistes sont attestés par les réquisitoires lie leur^ adversaires. Ainsi, le Révérend F". W. Avelling^, pHïieijKil iliï eoUège indépendant deTaunton, dans un pamphlet iiitiluJc : M Abas les socialistes ! » et imprimé en 1888, publiait qu'il regrettait de voir aujourd'hui dans la secte fpi*il iillaquait tous les jeunes gens et beaucoup de professe a r:^.

Sans doute le parti opposé a pour lui Herbert Spencer, le Cohtietï tlhih et plusieurs groupes importants de publiciâLcs el de politiques. Il n'en est pas moins vrai que le mancheslérisme est aujourd'hui, dans sa patrie, moins puissant qu'en France. En Angleterre, ainsi qu'en Allemagne, la cn(ique el la science économiques se sont définitivement pfirLiigce!^ en lie les défenseurs du « laissez faire » et les partitians de T intervention de l'Etat.

î. l^liislrur'i jJfs études de M. Carpenter sur T Amour et le Mariagre ont l'U' liailuilcs dans la Société Nouvelle (Bruxelles) en 1896,

H, Auk'ui' lit' The Evolution of Modem Ctipitalism. A study of mui'hine itraihution^ Londres, Walter Scott, 1894, in-12. M. Hobson, luW'Ji ISjS, pvutiié d'Oxford, professeur à TÉcole libre d'Économie Pi>Jilitjuc du l><jridpes, auteur de différents ouvrages sociaux dont OH LIS iuinrnTf Torunsion de citer quelques-uns, est un des directeui*s tU' hi I*ntgres!iiit' Uevieu\ radicale-socialiste, qui parait à Londres, rtiUi[ue mois* drpnis octobre 1896.

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