‹ Le socialisme en AngleterreChapitre 34 sur 63 · Fahian Essays, p. 101 et p · texte numérisé non relu

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avant, mais ils ne peuvent s'associer à aucun effort tenté pour rappeler le passé à Texistence. Ils peuvent aider à construire un nouveau pont sur le détroit qui nous sépare de la communauté coopérative : mais ils ne peuvent jamais réparer la vieille porte en ruines qui ramène à Tindividualisme. Par conséquent, au lieu d'entraver Tœuvre que les capitalistes font inconsciemment pour le peuple, le vrai réformateur cherchera plutôt, au contraire, à préparer le peuple, éduqué et organisé en véritable démocratie industrielle, à saisir les rênes quand elles tomberont des mains affaiblies de l'inutile classe possédante.

Ainsi, pour Fauteur de cet Essai comme pour Marx ou Engels, révolution économique est la cause efficiente de toutes les autres. L'homme et la société seraient insensés de faire effort contre elle ; la sagesse est de la suivre, d'en précipiter les effets.

M. Sydney Olivier partage la même conviction quand il affirme, dans l'Essai sur la morale, que l'éthique socialiste sera conforme à l'organisation productive de l'avenir, de même que l'éthique individualiste est l'expression de l'état capitaliste actuel. La morale et le bon sens sont des effets de l'évolution économique.

Les fabiens sont donc à l'antipode du sentimentalisme des chrétiens socialistes anglais ou de l'esthétisme social de Ruskin et son école.

Ils reprennent à leur compte les inductions que Marx et ses précurseurs avaient tirées de l'étude des faits économiques. Mais ils refusent de les réunir en un faisceau que relierait la théorie de la valeur fondée sur le travail. Ils conservent l'explication de la valeur par la loi de l'offre et de la demande, sous la forme nouvelle donnée par Stanley Jevons : « La valeur dépend de l'intensité du dernier besoin

satisfait »{ final degree ofutility) . De là plusieurs polémiques très aigres avec les socialistes démocrates*.

La Société fabienne, dit le rapport au Congrès de Londres, soutient ardemment sa liberté de penser et de parler en ce qui regarde les erreurs des auteurs, économistes, chefs et partis socialistes, comme envers les erreurs de ses adversaires. Elle insiste sur la nécessité d'une attitude critique envers Marx et Lassalle, dont certaines opinions doivent être aujourd'hui rejetées comme erronées et surannées, attitude que ces éminents socialistes eux-mêmes avaient prise envers leurs prédécesseurs Saint-Simon et Robert Owen.

Dans Texplication de la valeur, les fabiens font intervenir le fait très général de la rente : nous avons déjà. traité de la rente du sol, c'est-à-dire de l'augmentation de valeur des terrains due à des causes indépendantes du travail du propriétaire. Il y a aussi une rente des produits de l'industrie, qui dépend de la situation des fabriques, de la proximité des voies de communication, bref, d'avantages fournis par la nature ou la société. Elle doit, déclarent les fabiens, revenir à la communauté. C'est en somme le raisonnement de George étendu à Tindustrie et au commerce. On voit la différence avec la doctrine marxiste qui affirme que la

1. La dernière a eu lieu à propos du livre Economies ofSocia^ lism que M. Hyndman a publié en 1896. M. Hyndman ayant intitulé un de ses chapitres « Futilité finale de l'utilité finale », M. Shaw répondit que le 3« volume du Capital démontrait que Marx n'avait jamais entendu donner à sa théorie de la valeur la rigueur et l'universalité que lui ont attribuées les marxistes.

Dans History of the Trade-Unionism, p. 146, M. et M"*" Webb repoussent « cette présomptueuse demi-science et ce préjugé qui ont amené des générations de socialistes à emprunter à Adam Smith et aux économistes « classiques » la théorie erronée d'après laquelle le travail créerait lui-même la valeur, au lieu de s'attacher à se rendre maîtres de cette loi insaisissable et beaucoup plus difficile de la rente économique qui est la véritable pierre angulaire de l'économie collectiviste. »

valeur est créée par le travail, que la classe ouvrière seule doit lutter contre la classe capitaliste pour s'assurer le produit intégral de son travail.

Voilà comment, dans le domaine théorique, la Société fabienne se distingue de la Fédération socialiste démocratique^ tout en prétendant, comme elle, professer un socialisme «scientifique». Sur le terrain de l'action, nous allons trouver ces deux sociétés en opposition directe.

VII. La tactique de pénétration. — Les marxistes poursuivent la formation d'un nouveau parti opposé à tous les autres avec des organes spéciaux, parti prolétarien avec des journaux prolétariens. Les Fabiens disent au contraire : « Notre tâche ne consiste point à parler tout crûment de la lutte des classes sans bien distinguer les positions des deux camps et les uniformes des deux armées (l'une et l'autre parfois se rangent sous le drapeau rouge), mais à organiser la lutte scientifiquement de manière à enlever au parti opposé tous les combattants dont les intérêts concordent avec les nôtres ^ . » En un mot il faut substituer la diplomatie à la guerre, les alliances aux batailles.

Chez nous, affirment les fabiens, c'est la seule tactique possible. En Angleterre les deux grands partis, conservateur et libéral, ont une organisation permanente beaucoup plus solide que celle d'aucun parti continental. Ils ont leurs chefs, leurs comités, leurs secrétaires ; ils tiennent registre dans chaque circonscription de leurs électeurs, s'informent des changements d'adresses. Par des souscriptions régulières ils amassent des fonds parlementaires considérables. Leurs journaux sont riches, bien informés, parfaitement achalandés. Pouvons -nous espérer lutter

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