‹ Le socialisme en AngleterreChapitre 40 sur 63 · Collection des Fabiuns Tracts n · texte numérisé non relu

Collection des Fabiuns Tracts n

électeurs socialistes. Mais comment éclairer les ignorants, et les paysans surtout, comment leur montrer leurs véritables intérêts. Les fabiens ont essayé de le faire dans un répertoire intitulé What the Farm labourer wanis?

Que faut-il au travailleur des champs?

// lui faut un salaire plus élevé. Actuellement il gagne dix à douze shillings par semaine, pas assez pour entretenir sa famille.

// lui faut une demeure solide et saine. Actuellement il vit dans une masure appartenant au farmer ou au propriétaire, hors de laquelle on peut le mettre en lui donnant congé sous huit jours...

// a besoin d'une liberté plus grande. Actuellement, il est obligé de lever son chapeau devant le squîre ; il est obligé d'aller à Téglise, sans quoi le pasteur lui retirera l'assistance de la commune ; il est obligé d'obéir au farmer, sans quoi on le mettra à la porte au début de l'hiver.

L es remèdes sont résumés en grosses capitales :

JoiN AN UNION AND USE His VOTE. (C'est-à-dirc : former un syndicat et se servir de son vote.)

Former un syndicat coûte quelques pence par semaine, mais, en retour, le syndicat combat pour le travailleur. Ainsi les ouvriers des docks de Londres, avant de se grouper, gagnaient en moyenne 4 pence par heure. A présent qu'ils ont un syndicat, ils gagnent 6 pence par heure, c'est-à-dire au moins 5 shillings par semaine de plus qu'autrefois. Or, tout ce qu'ils ont à payer au syndicat, c'est 3 pence par semaine. Une « union » rapporte donc plus qu'elle ne coûte.

En outre elle peut servir de comité électoral dans des circonstances que le manuel définit ainsi :

Les élections les plus importantes sont celles du conseil de comté (tous les trois ans) et. du Parlement (tous les trois ou quatre ans, mais parfois plus souvent). Le Parlement et le

conseil de comté peuvent faire pour le travailleur, au moyen de taxes, ce qu'il ne pourrait jamais faire tout seul avec ses faibles ressources. Voilà pourquoi farmer, pasteur et propriétaire feront tout pour empêcher les amis du travailleur d'être élus à ces assemblées.

Le manuel se termine par quelques explications destinées à expliquer au travailleur comment il reconnaîtra ses « véritables amis ».

Cette dernière qualification peut-elle, au jugement d'un socialiste, être accordée à des radicaux, ou même à de simples libéraux? Il semble que les fabiens n'en soient plus très persuadés. Les gladstoniens, à l'époque où ils avaient la majorité, ne leur ont donné que des promesses : aujourd'hui vaincus et désorganisés, les libéraux ne valent plus la peine qu'on les « pénètre ». La majorité des fabiens tient encore à l'ancienne tactique, mais beaucoup de membres ne la respectent pas.

VIII. Les Fabiens et le Socialisme municipal. — Les fabiens ont prétendu trouver dans le programme des progressistes deux tendances socialistes. La première, c'est l'impôt progressif sur la propriété terrienne dont nous avons déjà parlé. L'autre consiste à transformer en services municipaux les entreprises d'approvisionnement, d'échange, de circulation. C'est ce que l'on appelle le « socialisme municipal ». Il est assez bien défini dans le Fabian municipal Program de février 1892 ^. La substance de ce manifeste peut être condensée sous trois chefs.

lo Attribution de la rente du sol à la commune qui l'appliquerait aux dépenses de l'instruction et du service de santé publics.

Page 1