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tinu dans une commune pour y être reçu à voler, ce qui écartait principalement dans les centres industriels une grande quantité d'ouvriers que les hasards de leur travail forcent à changer souvent de résidence ; il adopta un cens différentiel; enfin, alors que pour les Cliambres il était interdit de cumuler plus de trois voix, il assura aux privilégiés de la fortune, aux propriétaires fonciers, une quatrième voix. Quelques bourgeois pouvaient ainsi tenir en échec des travailleurs quatre fois plus nombreux.
Quand le projet gouvernemental fut connu, il y eut dans les rangs démocratiques un toile général. Anseele baptisa celte loi d'un mot heureux ; après avoir montré que les modifications apportées au système plural avaient pour but de diminuer l'influence des prolétaires, il se résuma en disant que cette loi devrait s'appeler : la loi des quatre infamies. Le nom resta. Il servit à caractériser pittoresquement l'œuvre de réaction que le gouvernement fit voter malgré l'opposition désespérée des gauches.
Il se conçoit, au surplus, qu'il ait refusé toute concession. Le pouvoir comm.unal est d'une importance presque égale au pouvoir législatif, et si les réactionnaires avaient été dupes, pour celui-ci, d'un moment d'efiVoi, ils ne voulurent plus l'être une seconde fois, les circonstances ne paraissant plus aussi impérieuses qu'au 18 avril 1893. De leur côté, les socialistes sentaient vivement la spoliation dont ils étaient victimes : les communes, avec leur autonomie, leur sphère d'action limitée, mais indépendante, pouvaient être des champs d'expériences admirables où l'on pouvait espérer ébaucher les réalisations socialistes futures. Il n'était pas téméraire de croire que l'on eût conquis, avec le suffrage universel pur et simple, de nombreux
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hôtels de ville el c'eut été, dès cet instant, une notable partie de la puissance publique utilisable pour les idées nouvelles. L'enjeu était donc de première valeur. Et tout naturellement, une agitation analogue à celle qui avait abouti à la revision de l'article 47 recommença. On songea de nouveau à la grève générale. De nouveau, les congrès du Parti l'acclamèrent en principe en chargeant le Conseil général de l'organiser pour le jour où la Chambre en donnerait le signal par le rejet du suffrage universel pur et simple (14 février 1895).
Mais les circonstances étaient bien différentes de celles d'avril 1893. La protestation ouvrière, plus profonde peut-être, était bien moins étendue. Elle était circonscrite aux milieux actifs et militants, où l'on avait la conscience nette de l'éuormité du complot réactionnaire. Le gouvernement, d'autre part, n'était plus tlottant et impressionnable comme en 1893 ; il était, au contraire, bien décidé à la résistance jusqu'au bout, à la répression inflexible, qui lui paraissait d'ailleurs un excellent moyen de se débarrasser des socialistes trop gênants. Enfin la masse, non organisée, n'était pas sûre et pouvait se laisser entraîner aux pires excès. La grève générale paraissait donc, sinon impossible à réaliser pacifiquement, tout au moins de nature à compromettre gravement le mouvement d'émancipation ouvrière.
Le suffrage universel fut repoussé. La transaction consistant à consacrer pour la commune le plural législatif fut repoussée aussi. En vertu des décisions du congrès, la grève générale devait donc être déclarée.
La situation était grave. Le Conseil général en délibéra longuement, d'accord avec les députés et les
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sénateurs socialistes. Il prit alors à l'unanimité la décision de ne pas donner le signal de la grève.
Celte décision fut taxée de faiblesse et de pusillanimité par certains. Il y en eut qui déclarèrent que le parti socialiste entrait dans la phase parlementaire, que la grève générale était répudiée. On s'en expliqua, très cordialement, au congrès d'Anvers, le 15 avril 189o. Il fut constaté que nul ne songeait à abandonner la grève générale comme moyen d'action éventuel, mais on reconnut aussi qu'il ne fallait pas la décider à la légère, sans un examen réfléchi de sa possibilité. Pas une voix discordante ne s'éleva pour blâmer la résolution du Conseil général et la discussion fut close par un ordre du jour de confiance, voté à l'unanimité moins quatre abstentions.
Dans les débats qui eurent lieu à la Chambre, à propos du projet de loi réglant l'électorat communal, un député de Louvain, M. Schollaert, devenu depuis Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique, jugea de bonne tactique d'évoquer la Commune de Paris, C'était un hors-d'œuvre manifeste, mais il plaçait les socialistes dan8 une situation délicate. L'alternative était celle-ci; ou bien, fuir le débat et répudier toute solidarité avec les hommes de 1871, ou bien se compromettre gravement en acceptant partie de la réprobation dont les calomnies de la presse réactionnaire avaient entouré leur mémoire. La première solution était peut-être une habileté, mais c'était certain nement une lâcheté : nous devons dire que personne n'y songea un instant. La gauche socialiste accepta, avec bravoure, le défi qui lui était lancé, et, par ses efforts énergiques, elle sut faire sur les événements de 1871, un peu de juste lumière, rétablir la réalité des faits, stigmatiser la hideur de la répression ver-
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saillaise et la perfidie des narrateurs bourgeois qui avaient travesti l'histoire (1).
La loi nouvelle inaugurait une autre bizarrerie ; elle supprimait le ballottage, par suite d'une application atténuée de la représentation proportionnelle. Le parti qui recueillait la moitié des suffrages plus un, s'assurait tous les sièges, mais si aucun n'obtenait la majorité absolue, il y avait lieu à représentation proportionnelle. Cette combinaison, diversement appréciée, eut pour résultat de constituer dans les grandes villes, à Bruxelles, à Gand, à Liège, à Charleroi, notamment, des conseils hétérogènes dont la direction paraît présenter de sérieuses difficultés.
La répugnance de la classe ouvrière à accepter la loi des quatre infamies, fut si unanime, même parmi les ouvriers catholiques, que les quelques représensentants de la démocratie chrétienne durent combattre le projet du gouvernement. L'abbé Daens ne se gêna point pour manifester une hostilité aussi irréductible que celle des socialistes. On contenta les autres, en leur accordant, dans les communes de plus de 20.000 habitants, un certain nombre de conseillers supplémentaires ouvriers, élus par scrutin séparé. Il est vrai que la loi portait en même temps que les patrons auraient à désigner, de leur coté, pareil nombre de conseillers supplémentaires. Cette chinoiserie ne donna pas les résultats qu'avaient espérés ses auteurs ; toutes ces élections ouvrières tournèrent à l'avantage des candidats qu'y présenta le Parti ouvrier.
Celui-ci avait élaboré au congrès de Quaregnon (1894) un programme communal assez détaillé, avec
(1) Voyez notamment les séances aux Annales parlementaires et, dans la Bibliothèque de propagande du Parti ouvrier, la brochure Vive la Commune, d'Emile Vandeevelde.