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lequel il partit résolument en guerre. Il réitéra ses précédentes déclarations quant aux alliances et, dans chaque commune, les listes de candidature s'élaborèrent.
Non sans peine, on le comprendra. Le Parti ouvrier, né d'hier, manquait d'hommes ayant l'expérience des affaires administratives. La bonne volonté ne suffisait pas ; il fallait encore des connaissances complexes, des aptitudes particulières. Les grandes sociétés coopératives avaient déjà formé quelques hommes ; d'autre part, sous le régime du cens à dix francs, cà et là, des socialistes étaient entrés dans les conseils communaux (1). Une seule commune sur plus de 2.000 avait eu une administration socialiste (2).
Il y avait certes là des ressources précieuses, mais combien insuffisantes, pour entamer la lutte contre les partis anciens, ayant depuis de longues années divisé le pays en deux camps organisés.
On engagea néanmoins la bataille dans 507 communes, près du quart du pays. Malgré les conditions défectueuses dans lesquelles cet assaut aux municipalités fut donné, l'issue en fut satisfaisante.
La mission des nouveaux élus était extrêmement difficile à accomplir intégralement. Dans les conseils
(1) Voyez les chapitres précédents.
En 1887 et en 1890, les socialistes avaient lutté dans cinquante et une ou cinquante-deux communes (Bruxelles et faubourgs, Gand, régions de Liège, de Charleroi, du Centre et du Borinage), soit seuls, soit alliés aux libéraux. Ils avaient eu certains succès. Seulement ces luttes n'eurent guère un caractère socialiste bien accentoé et ne visaient guère qu'à obtenir une certaine représentalion ouvrière. Toute action d'ensemble faisait défaut.
(2) Familleueectx, Six années d'administration socialiste, Bruxelles, imprimerie Brismée, 1895.
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où ils étaient minorité, ils ne pouvaient agir qu'à fin d'exercer un vigilant contrôle sur les affaires communales, sur lesquelles il était généralement très malaisé de se renseigner exactement et complètement ; ils devaient se résigner, en outre, à voir leurs propositions systématiquement écartées par les majorités conservatrices. Dans les conseils où le parti socialiste était le maître, la lâche était bien plus compliquée encore. Malgré les déclamations pompeuses, par lesquelles on a coutume de célébrer l'autonomie communale^ celte autonomie est, en réalité, fort limitée. Le conseil communal nomme ses administrateurs ou échevins, mais le bourgmestre ou maire, à qui sont confiées les attributions de police, est désigné par le pouvoir central. Tous les actes de quelque importance sont soumis à l'approbation de la députation permanente du conseil provincial, ou à celle du Ministère de l'Intérieur. La sphère d'action propre de la commune est ainsi restreinte par toute une législation centralisatrice. D'autre part, les agents d'exécution, secrétaire ou receveur communal, employés, etc., appartenant aux anciens partis, entravaient les projets socialistes et paralysaient les plus louables initiatives. En bas comme en haut, les nouveaux élus rencontrèrent l'inertie et le mauvais vouloir.
L'indice le plus caractéristique de cette situation est le refus systématique du gouvernement de nommer des bourgmestres socialistes. Jusqu'en ces temps derniers, le pouvoir central s'était, en général, borné à ratifier les choix des conseils communaux et à donner une sorte d'investiture à ceux qu'ils lui indiquaient. Depuis l'entrée en scène du parti socialiste, cette volonté des conseils communaux a été absolument tenue pour nulle, partout où elle s'est fixée sur un socialiste.
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Le Ministre de l'Intérieur s'est obstinément opposé à reconnaître le vœu des électeurs, frappant ainsi d'ostracisme tout un parti (parti auquel les élections législatives de 1894 et 1896 avaient attribué plus du cinquième des suffrages ; ce qui, étant donné le vote plural, représente au moins le quart de la population). Cette hostilité n'a d'ailleurs pas osé aller jusqu'au bout ; et sans désigner des bourgmestres en dehors des conseils, le ministère conservateur a souvent laissé les écîievins socialistes exercer, en fait, mais sans en avoir le titre, des fonctions de bourgmestre.
Quant aux députât! ons permanentes des conseils provinciaux, elles marquèrent la même défiance visà-vis des administrations socialistes. Qu'elles fussent cléricales comme le gouvernement, ou doctrinaires comme l'ancien parti libéral, elles ne songèrent toutes qu''à décourager le zèle des nouveaux élus socialistes, à lasser leur patience par des lenteurs, des dérivatifs, des oppositions sournoises et tracassières.
Enfin, dans la plupart des petites communes, c'est le secrétaire communal (dans les grandes, ce sont les bureaux) qui est le pivot, l'homme essentiel de toute l'administration. Il connaît les dossiers et les archives, est renseigné sur les précédents, sur les répercussions, les intrigues, facilite la tâche des magistrats communaux, s'il est bien disposé pour eux, et la rend très pénible s'il y apporte de la mauvaise volonté.
Il faut se rendre compte de ces difficultés administratives pour comprendre que, même dans les municipalités où nous sommes en force, nos amis n'aient encore pu tenter aucune réahsation de quelque intérêt. Ils ont déjà fort à faire pour remettre de l'ordre dans les comptes et les affaires et pour ?e retrouver dans les situations souvent inextricables que leur ont
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léguées l'ignorance ou l'incurie de leurs prédécesseurs.
On concevra, en même temps, que la nécessité d'un groupement se soit fait sentir dès la première heure. L'idée fut d'abord émise et réalisée dans le pays de Charleroi. On tenta de réunir les nouveaux élus socialistes, de leur donner les renseignements juridiques, économiques et autres qui leur étaient nécessaires, de leur demander de se soumettre mutuellement les problèmes à résoudre. L'exemple fut suivi au Borinage et à Bruxelles. Le projet fut repris et généralisé, étendu au pays entier par le Parti ouvrier, qui décida, en principe, lors du congrès de Charleroi (avril 1896), la création d'une Fédération des conseillers communaux socialistes.
En octobre, le Conseil général convoqua, pour le jour de Noël suivant, un congrès de conseillers communaux sociali?tes. II y avait alors 80 communes à majorité socialiste et 180 avec une minorité socialiste. De nombreux élus répondirent à l'appel du Parti ouvrier. Tenu sous la présidence d'Anseele, le Congrès résolut non seulement des réunions plénières périodiques, mais, ce qui était plus pratique et plus immédiatement nécessaire, la création d'un secrétariat permanent. Le compagnon Vinck fut appelé à ces fonctions et les remplit avec un zèle et une activité qu'on ne saurait trop louer (1).
La Fédération tint un second congrès le 6 juin 1897 ; 132 communes y furent représentées et on put considérer dès lors l'œuvre comme définitivement établie. Le secrétaire Winck fit connaître dans son rapport de
(1) Ceux de nos lecteurs qui désireraient, sur l'organisation et le développement de la Fédération, des notions complémentaires pourront s'adresser directement à lui, rue Defacqz, 9, à Bruxelles.
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mode de fonctionnement du secrétariat et signala les services que cette institution avait déjà rendus et était appelée à rendre de plus en plus.
Le Congrès entendit la lecture de rapports érudits sur trois questions d'actualité, qui apparaissent au premier plan dans les préoccupations présentes et qui ont fait l'objet de propositions et de débats dans différents conseils communaux : 1° l'inscription de la clause du minimum de salaire, dans les cahiers des charges des travaux à effectuer pour les administrations communales (1) ; 2° l'impôt sur le revenu (2) ; 3° l'assurance communale contre l'incendie (3).
11 entendit enfin et adopta une proposition du secrétaire tendant à faire trancher par voix d'arbitrage les difficultés qui s'élevaient entre conseillers communaux socialistes, difficultés inévitables provenant de l'inexpérience administrative, de froissements personnels, etc., et autour desquelles la presse réactionnaire faisait naturellement un bruit intense.
Après les trois questions que nous venons de signa-
(1) Le rapport de Conrardy, conseiller communal à Bruxelles, a été publié dans l'Avenir social du mois d'août 1897 (35, rue des Sables). Voyez encore Bulletin communal de Bruxelles, 1896, p. 393 et suiv. et le rapport du collège avec de nombreux renseignements, p. 88 à 288 ; la discussion dans les séances d'octobre 1896, BuUetiii communal, p. 837 à 885, 902-971, 975-
(2) Le rapport de Grimard, conseiller communal, à Bruxelles, a été de même publié dans cette revue, dans les numéros de septembre et novembre 1897.
(3) Le rapport de Bertrand, député de Soignies et conseiller communal à Sehaerbeek, a paru en 1897, sous le titre : Projet de taxe spéciale jiour couvrir les frais du service des inceiidies: caisses d'assurances communales, à Bruxelles, imprimerie Becquert Arien, rue van Artevelde, 3. Une proposition analogue a été développée en novembre 1897, au Conseil communal de Bruxelles, par le B"" Delbastée.
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1er, celles qui se rattachent aux services publics (gaz ou électricité, eaux, tramways) ou à l'enseignement (1) paraissent devoir attirer principalement les conseils socialistes. Mais les premières ne peuvent être résolues qu'à l'expiration des contrats qui lient vis-à-vis d'entreprises privées et pour des termes assez longs les administrations communales ; et les secondes le seront aussitôt que les voies et moyens seront trouvés et assurés.
Disons toutefois que l'initiative privée a déjà su arriver, en matière d'oeuvres scolaires, à d'assez beaux résultats, qui peuvent être étudiés comme types et servir de base à des calculs pratiques. V Assiette de soupe, VŒîivre du vêlement, les Colonies scolaires existent à Bruxelles et dans quelques autres communes, et une partie de leurs dépenses sont couvertes par des subsides communaux.
Des propositions relatives à ces divers points sont soumises au conseil communal de Gand et développées au nom des radicaux et des socialistes par Bruggeman et Rosseel. On y trouve, en outre, un effort pour secourir les vieillards.
D'autres propositions analogues ont vu le jour en divers endroits. L'espace nous manque pour les dénombrer. Ce que nous avons dit suffira pour indiquer toute l'importance des réformes qui sont en gestation socialiste dans le domaine communal, l'intensité du mouvement, en même temps que la nécessité d'attendre quelques années pour en apprécier les conséquences.
(1) Dans la Bibliothèque de propagande du Parli ouvrier, 35, rue des Sables, à Bruxelles, la brochure de ZÉo : Les cantùies scolaires et les Institutions similaires. V. encore le discours de De Brodckère, Bulletin communal de Bruxelles, 1896, p. 1310 à