CHAPITRE PREMIEIl Les origines
Le Parti ouvrier a été fondé à Bruxelles le 9 avril 1883 ; mais il n'est pas sorti tout armé du cerveau de ses fondateurs et plusieurs des groupes qui le composent ont une origine plus lointaine.
Aujourd'hui que le mouvement socialiste a pris dans notre pays une importance que l'accession du prolétariat au droit de suffrage a révélée aux yeux de tous, il nous paraît intéressant, — avant de décrire l'organisation actuelle du parti, — de montrer combien ses débuts ont été humbles et difficiles.
§ 1. — La Fédération des o'jvrieus gantois
Parmi les groupes du Parti ouvrier, il en est fort peu Dest. et Vand. 1
qui datent de l'Inlernalionale, et un seul, qui ait existé, sans interruption, depuis une époque antérieure à la fondation de celle-ci : je veux parler de la Société des tisserands, — Broederlijke Wevers MaatschappiJ, créée à G and en 1857.
D'autres associations ouvrières, celles des chapeliers ou des typographes de Bruxelles, par exemple, sont plus anciennes, mais elles n'ont pas de caractère politique et se sont toujours préoccupées exclusivement de leurs intérêts professionnels.
Les tisserands gantois, au contraire, ne se sont jamais cantonnés sur le terrain corporatif. Ils formèrent le premier groupe de la section gantoise de l'Internationale, et plus tard, en 1880^ ce fut encore leur vieille association qui engendra la célèbre coopérative Vooruit, en fournissant de Targent et des homnaes. Le Voo\''uit, à son tour, devint le pivot du parti socialiste flamand et celui-ci contribua, pour une large part, à la fondation du Parti ouvrier. Aussi, quand on voit l'importance grandissante de ce mouvement si humblement commencé, on comprend que le D'' Jacoby ait pu dire» en parlant des premières grèves organisées par les ouvriers gantois : « Ce branle-bas de la guerre sociale en Belgique aura plus d'importance pour nos historiens futurs que n'en a la bataille de Sadowa. »
Et cependant, cet événement capital, celte genèse du mouvement socialiste belge, la fondation du vSyndicat des tisserands et de sa sœur jumelle, la Société des fileurs, passa complètement inaperçu. Nous avons eu la curiosité de lire les journaux gantois de l'époque. A peine y parle- t-on des grèves, et l'on n'y trouve pas un mot de l'organisation ouvrière. L'histoire de ces origines aurait sombré dans l'oubli, si les premiers socialistes belges n'avaieiit pas eu leur tradition orale,