CH. I. — LES ORIGINES
En revanche, il y eut dans noire pays une lutte fort Yive, bien que généralement courtoise, entre les éléments ouvriers, cantonnés sur le terrain de la lutte des classes, résolument acquis au collectivisme, et les ré. dacteurs de La Liberté, Victor Arnould, Hector Denis, G. Degreef, qui s'étaient prononcés contre les doctrines collectivistes et partageaient les théories de Proudhon sur la propriété. Fervents adeptes de la philosophie positive, ils affirmaient, en outre, que le socialisme n'est pas seulement une question d'estomac, qu'il est encore, et surtout, une question morale et qu'il doit disputer à l'Eglise, incarnation du conservatisme, le domaine des esprits et des cœurs.
Bien qu'il représentât plus particulièrement les éléments ouvriers, César de Paepe, typographe et médecin, homme d'action à la fois et homme d'étude, servit toujours de trait d'union entre les deux groupes. Disciple de Colins, auquel il emprunta, en la développant et en la précisant, sa conception collectiviste, il combattit résolument les théories des Proudhoniens sur la propriété, mais, en revanche, il fut constamment d'accord avec eux sur le caractère intégral du socialisme.
C'est incontestablement à De Paepe, qui fut, en même temps qu'un théoricien profond, le plus infatigable des vulgarisateurs, qu'il faut, en majeure partie, attribuer les tendances actuelles du socialisme en Belgique. Le programme du Parti ouvrier belge, rédigé par ses disciples, constitue une transaction, ou plutôt une synthèse des doctrines qui se livrèrent de si furieux combats dans les congrès de l'Internationale.
Benoît Malon (librairie de la Revue socialiste, 1891). Nous pouvions d'aulaot moins omettre d'en parler, que ces deux études constituent le commentaire, avant la lettre, du programme économique de notre parti.
La Belgique socialiste, au confluent des trois grandes civilisations européennes, participe aux caractères de chacune d'elles.
Aux Anglais, elle a emprunté le self help, l'associalion libre, principalement sous la forme coopérative ; aux Allemands, la tactique politique et les doctrines fondamentales, qui furent exposées, pour la première fois, dans le Manifeste communiste ; aux Français, enfin, leurs tendances idéalistes, leur conception intégrale du socialisme, considéré comme le prolongement de la philosophie révolutionnaire, comme une religion nouvelle, continuant et accomplissant le Christianisme, le faisant descendre sur la terre tout irradié de la clarté des cieux.
§ 3. — Le Parti socialiste belge (l)
Après la chute de l'Internationale, la plupart des groupes se désagrégèrent. Plusieurs rédacteurs de La Liberté se lancèrent dans la politique bourgeoise. D'autres rentrèrent dans leur cabinet de travail et il fallut tout l'effort obstiné de quelques propagandistes pour maintenir quelques liens entre les associations qui avaient survécu.
En 1874, alors que les dernières sections de l'Internationale étaient à l'agonie, quelques membres de la section bruxelloise, et parmi eux César de Paepe, Gustave Bazin, proscrit delà Commune, et notre ami Bertrand,
(1) DuvERGER, Le Parti socialiste belge, Lyon, M. Albert, 1880; et surtout L. Bertrand, Le Parti ouvrier belge et son programme, Bruxelles, 1886. Nous avons emprunté à cet opuscule la plupart des renseignements contenus dans ce paragraphe.
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ouvrier marbrier, aujourd'hui député de Bruxelles, essayèrent de réunir en fédération les chambres syndicales, associations de métiers et autres sociétés ouvrières de Bruxelles.
La Chambre du travail, fédération des sociétés ouvrières bruxelloises, fut fondée le 4 janvier 1875, et parvint à rallier autour d'elle quelques sections de Tînternationale qui avaient échappé au naufrage commun.
Peu de temps après, vers le milieu de l'année 1876, les Gantois, avec Van Beveren, Anseele, qui venait d'entrer dans le mouvement, d'autres encore, reconstituèrent leur section, prirent l'initiative d'un pétitionnement en faveur de la réglementation du travail des enfants et, enfin, d'accord avec la Fédération d'Anvers et la Chambre du travail de Bruxelles, convoquèrent toutes les associations ouvrières de la Belgique, afin de jeter les bases d'une Union ouvrière belge.
Le principe de l'Union fut admis par les H4 délégués des 62 associations représentées à Bruxelles et le Comité de Gand se chargea de rédiger le programma et les statut?:, en prenant pour type le programme du parti démocrate-socialiste d'Allemagne ; mais cette tentative échoua parce que les délégués de plusieurs sociétés wallonnes étaient adversaires de l'action politique et que, d'autre part, les Gantois, fidèles à leurs tendances centralisatrices, se refusaient à admettre le principe de l'autonomie absolue des groupes. Aussi se bornèrent-ils à fonderie Parti ouvrier socialiste flamand et, de leur côté, les ouvriers socialistes bruxellois se constituèrent eu Parti socialiste brabançon.
Enfin, grâce aux efforts du journal La Voix de VoU' vrier, œuvre d'initiative personnelle de Bertrand, et, plus tard, organe^de la Chambre de travail de Bruxelles, le congrès qui se réunit dans cette ville, le 1^ jan-
vier 1879, vota à F unanimité la conslitution du Parti