‹ Le socialisme en BelgiqueChapitre 50 sur 74 · CHAPITRE m Préoccupations morales · texte numérisé non relu

CHAPITRE m Préoccupations morales

Le socialisme belge, enfin, a fait aussi les plus louables efforts pour moraliser la classe ouvrière. La vertu ne se décide point par décret ; elle est la résultante de l'éducation, des exemples, d'influences morales. Si l'on considère la lenteur de toute évolution humaine de ce genre, l'inévitable des défaillances individuelles, on doit reconnaître que le Parti ouvrier a beaucoup tenté à ce point de vue et que partout où sa discipline est puissante, il a suscité de beaux témoignages de son action moralisatrice, qu'on peut considérer spécialement selon les catégories ci-après.

§ 1. — Solidarité

C'est la vertu mère du socialisme. Son nom résume plus expressivement encore que Téloquenté trilogie républicaine, nos aspirations et nos tendances. Il indique mieux que le mot charité, la loi d'amour qui s'impose aux hommes ; la solidarité semble une charité plus complète, une charité entre égaux, un partage des joies autant que des douleurs,

Cette expansion du sentiment altruiste inspire la plupart des réformes du programme politique socialiste, donne vie et puissance aux institutions e'conomiques du Parti, se manifeste en toute circonstance. En préciser des réalisations serait faire l'histoire même du socialisme beige et nous entraînerait trop loin.

Disons seulement que lors du retentissant débat sur la loi scolaire, notre ami Hector Denis, professeur à l'Université de Bruxelles et député de Liège, en a montré toute l'ampleur dans un discours élevé, publié en brochure : la iMoj-ale rationaliste.

Et citons les beaux élans de la Belgique ouvrière lorsqu'en 1895 on réunit par des souscriptions dans le Peuple plus de 57.000 francs au profit d'une grève de métallurgistes à Gand, et en 1893, plus de 73.000 francs pour soutenir les menuisiers de Bruxelles.

Dignité, tempérance : Campagne contre l'alcool, le jeu, le carnaval

La dignité personnelle est une des conséquences de la liberté conquise. Le jour où l'homme peut diriger à son gré son activité consciente, il se pénètre en même temps des sentiments de ses devoirs envers lui-même autant qu'envers autrui. L'ouvrier affranchi par le socialisme de l'oppression patronale, le paysan émancipé des tutelles cléricales, vont devant eux, avec une dignité plus grande.

Cette vertu de premier ordre, il importe de ne pas la laisser compromettre en cédant aux déplorables entraînements de passions inférieures. Ceux quis'adonnent à la boisson, au jeu, sont des esclaves comme ceux

CH. Ili. — PRÉOCCUPATIONS MORALES -411

que dominent le maîlre de fabrique ou le curé. Le Parli ouvrier fait son devoir eu luttant contre tous ces asservissements.

Sa campagne anti-alcoolique a été menée avec vigueur et non sans courage. Les propagandistes, à la suite d'une décision délibérée en Conseil général du Parti ouvrier, sur la proposition d'É. Vandervelde, se sont élevés énergiquement, devant des auditoires d'ouvriers, contre l'abus du genièvre empoisonneur ; et, au risque parfois de mécontenter des adeptes, ils ont usé de toute leur influence pour combattre l'ivrognerie. Les journaux réactionnaires eux-mêmes ont dû rendre bommage à ces vaillantes tentatives (1). A, la Maison du Peuple de Bruxelles et dans quelques autres, malgré l'énorme intérêt financier qu''il y aurait à vendre des boissons alcooliques, cette vente est rigoureusement prohibée.

Une Ligue nationale socialiste anti- alcoolique s'est fondée en 1898, à la Maison du Peuple de Bruxelles. Elle réclame de ses membres une cotisation minime e un engagement d'honneur d'abstinence et de propagande constante par l'exemple. Elle a fondé des groupes à Gand, à Poulseur, à Huy, à Fayt, à Molenbeck. Elle a organisé des conférences de MM. J. Le Jeune, D"" Forci, Vandervelde, etc. Elle a publié de ce dernier une conférence-type : La Lutte sociale contre l'alcoolisme,

(1) Ceci fut nié, naguère, par la presse cléricale. Depuis le temps où nous l'écrivîmes, nous avons perdu le souvenir des textes précis qui nous rendaient cet hommage. Mais si certains scribes cléricaux regrettent cet accès de véracité, tant pis... pour eux, car de quel hommage plus flatteur et plus considérable pourrions-nous être fiers que de celui de M. J. Le Jeune, le jurisconsulte au grand cœur, l'ancien mioiatre de la justice dans le cabinet catholique, l'ancien sénateur, qui vint à la Maison du Peupje de Bruxelles, conférencier sur l'anti-alcoolisme !

faisant suite à maints autres travaux attestant le même effort (1). II ne faudrait point cependant s'exagérer les résultats de cette méritoire entreprise ; les habitudes anciennes, les préjugés par lesquels on essaya de les justifier ont encore dans la masse une puissance énorme et la campagne anti-alcoolique est restée jusqu'ici sans pénétration suffisante.

On a pu remarquer aussi dans les mœurs électorales une heureuse transformation partout où le parti socialiste était en lice. Jadis, sous le régime censitaire, les partis politiques offraient à leurs fidèles des banquets et des beuveries qui finissaient généralement de la manière la plus crapuleuse, et on ramassait dans les ruisseaux les électeurs souverains. Depuis, les opérations électorales se passent avec infiniment plus de calme et de dignité.

Le jeu est une autre passion aux conséquences funestes. Il semblerait, à première vue, que c'est surtout là une tare de classe et que la bourgeoisie seule doive en être atteinte, par les pièges financiers de la Bourse ou les tripots du monde élégant. Malheureusement, le travailleur lui-même n'y échappe point. Selon les temps, selon les lieux, la frénésie du gain acquis sans travail, la fringale d'aventure ou d'imprévu se révèlent dans des tirs à l'arc, des concours de pinsons ou des combats de coqs. Le parti socialiste peut s'enorgueillir aussi d'avoir condamné ces divertissements malsains, souvent sanguinaires et cruels, où les prolétaires cherchent une sorte d'ivresse, moins fâcheuse peutêtre que celle de l'alcool, mais aussi pernicieuse et génératrice de tristesses pour les familles. Il a contribué

(1) Cf. Emile Vakderyelde, Le Parti ouvrier et C Alcool. Bruxelles, 35 rue des Sables. — L'Alcoolisme en Belgique, dans VHumaniii nouvelle, mai et juin 1899. ~ Discours à Lille, à Paris.

CH. lil. — PRÉOCCUPATIONS MORALES 413

à faire voter une loi réprimant l'exploitation du jeu, loi que, par un scandaleux mépris du Parlement, le gouvernement clérical et le roi négligent de promulguer.

Nous avons déjà parlé de l'essai de réaction contre le Carnaval, inauguré à Gand ; il faut en rapprocher ces déclarations que put faire l'un de nous, en mars 1897, lors d'une importante réunion :

Et c'est pourquoi, bien que je perçoive parfaitement à quelles coutumes indéracinables, en apparence, je me heurte, c'est pourquoi je ne me suis pas gêné pour dire ce que je pense du Carnaval. Il est vieux de bien des siècles, le Carnaval, m'a-t-on répliqué. Et il aura la vie plus dure que vous. Oui, il est vieux, bien vieux; il remonte aux temps où l'homme était esclave. Alors, une fois par an, le maître permettait à son esclave d'être, pour un jour, pour quelques heures, maître à son tour. Il faisait comme son maître, imitait ses vices, buvait comme s'il n'eût pas été esclave, et le lendemain retournait, abruti, au travail imposé. Et l'esclavage a disparu, mais la tradition est restée, correspondante à d'analogues nécessités sociales. — Lœtare ! Réjouis-toi, a-t-on dit au serf, au prolétaire : Habille-toi ce jour-là en soldat, en général; donne-toi l'illusion d'une souveraineté ou d'une liberté quelconque ; mets-toi sur la figure des masques de carton, des plumes dans les cheveux, ou des anneaux dans le nez, comme un sauvage ; bois, chante et cours les routes. Va, pendant ce temps-là, tu n'iras pas aux réunions socialistes, tu laisseras ton esprit en friche, tu ne permettras point à ton âme de se laisser envahir par le salutaire esprit de révolte ; va, mon ami, oublie ta dignité d'homme, et demain, pour ton loisir, tu te seras conduit en abruti, je pourrai te traiter en abruti. Ainsi raisonnent les capitalistes.

Les mêmes raisons expliquent la tolérance des autorités vis-à-vis des combats de coqs. Ces jeux cruels et odieux sont défendus ; mais les gendarmes et les policiers qui m'écoutent là-bas savent avec quelle indulgence on les

tolère. Sévérité sans nom pour : « djambe de bos » (1), indulgence sans borne pour les combats de coqs. Divertissements féroces qui viennent pomper l'argent dans les poches ouvrières ; les conservateurs les voient d'un œil favorable quand ils espèrent qu'ainsi l'ouvrier échappera à la propagande socialiste.

Quant à moi, je ne puis voir de différence morale entre un gommeux qui tire des pigeons et un ouvrier qui fait battre des coqs, entre un joueur de la haute qui perd en une nuit une fortune et un parieur de la classe ouvrière qui perd sur un coq, un pigeon ou une quille, le pain de sa femme et de ses enfants. Si vous voulez avoir le droit de flétrir les vices de la bourgeoisie, tâchez d'abord de vous en préserver vous-mêmes.

§ 3. — Bonté, Respect des faibles, Cdlte des souvenirs

Ces qualités découlent presque nécessairement de la pratique de la solidarité et de la dignité.

Mais il peutne pas élre inutile de faire remarquerque le parti socialiste non seulement s'est rallié à toutes les mesures législatives destinées à assurer l'égalité des sexes, à organiser la protection de l'enfance, à éviter les actes de cruauté envers les animaux, mais qu'il a également fait porter l'effort de sa propagande vers la réalisation immédiate de ces mesures de bonté envers les faibles.

Vandervelde le disait naguère encore à un public attentif : « Combien de vous, mes amis, s'indigneraient justement s'ils étaient grossièrement apostrophés, rudoyés, brutalisés par un contre-maître, et combien de

fl) Djambe de bos — jambe de bois est une injure (?) assez pittoresque envoyée par les ouvriers grévisleu à ceux qui ne suivent, pas. Cette épithète, plus gouailleuse que malveillante, a suffi pour motiver des coodamuations à des mois de prison !

CH. lîl. — PRÉOOCUPATfONS MORALES 4l3

ceux-là font supporter à leurs femmes et à leurs enfants le rude traitement qu'ils ne toléreraient pas de la part de leur maître? » Et il rappelait les paroles évangéiiques, ces pures sources de bonté qui résument la règle des races en marche vers des sociétés meilleures : « Aimez-vous les uns les autres ! Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît I »

Une autre affirmation de ce sentiment est la reconnaissance des services rendus, le respect aux morts, le culte du souvenir : le Parti ouvrier sait dignement honorer ses morts ; Bruxelles se rappelle encore avec étonnement les émouvantes et grandioses funérailles que la démocratie socialiste fit à César de Paepe et à Jean Volders. Il en fut de même à Gand, en i897, lors de l'enterrement de Van Beveren, à Charleroi, en 1899, lors des funérailles de Leop. Fagnart et à Frameries, en 1901, lors de celle d'Alfred De Fuisseaux. Ce furent d'impressionnantes et majestueuses cérémonies.

Chaque année, pieusement, un pèlerinage touchant ramène les membres du Parti ouvrier autour des tombes des compagnons en allés.

Sur la proposition d'Heclor Denis et de Jules Destrée, il a été décidé en 1901 de créer à la Maison du peuple de Bruxelles (et la Section d'art s'en ocnupe activement) une galerie des portraits des socialistes défunts. Ce sera une attestation constante de la réalité de la grande famille sociaMsle et de la reconnaissance du peuple pour les ancêtres et les précurseurs de la Révolution.

De même, les socialistes belges ont su prendre énergiquement la défense des hommes de la Commune, en des occasions parfois où il y avait quelque péril à contrecarrer les .légendes bourgeoises.

416 Vr. — PRÉOCCUPATIONS INTELLECTUELLES, ETC.

§ 4. — Tolérance, Haine des institutions non des hommes

Il est indéniable que le Parti socialiste, en déclarant son respect pour toute conviction philosophique sincère, en proclamant que la religion était affaire privée, à traiter dans l'intimité de chacun en dehors de toute intervention de la puissance publique, a beaucouii contribué à faire éclore chez nous une tolérance plus grande des opinions d'autrui ; si l'on Fonge aux discussions étroites, sectaires, pénibles qu'avait provoquées l'ancien libéralisme doctrinaire, il y a assurément progrès.

L'objet du débat entre les citoyens s'est singulièrement déplacé; il s'agit aujourd'hui de s'affranchir non seulement de la tyrannie cléricale là où elle est encore présente, mais surtout de la tyrannie capitaliste, partout présente, celle-là.

Même dans ce conflit, autrement redoutable, le Parti ouvrier s'est efforcé de se libérer du mesquin point de vue des personnalités. On nous reproche souvent d'être des artisans de haine ; en effet, la haine est nécessaire: elle est l'uue des faces de l'amour. On ne peut être fervent de justice sans détester en même temps l'injustice. La haine est bonne, elle est salutaire, elle inspire le fécond esprit de révolte sans lequel il n'y a point de progrns. Mais cette haine, nous l'avons contre les institutions et non contre les personnes ; nous savons faire, ou, tout au moins, nous désirons toujours faire la part d'irresponsabilité individuelle de l'homme qui, à un moment donné, profite d'un privilège ou d'une iniquité.

Et de même qu'il se garde de la haine, le Parti ouvrier se méfie aussi des personnalités dans l'amour. On aime à exalter les ide'es, non les hommes, et, quels que soient le talent, la science, Tingéniosité de ceux qui paraissent diriger le mouvement, ils ne le dirigent pas plus que ne mènent le navire ces figures sculptées à la proue des vaisseaux, que l'on voit émerger au gré des vagues, en avant.

De la manifestation du 1" mai d898, à Charleroi, est resté un document curieux, indiquant les tendances que nous venons d'exposer. De nombreux ouvriers l'ont conservé avec soin dans quelque coin familier de leur demeure. Le voici:

Ce jour-là, PREMIER MAI 1898, ceux que le Peuple avait élus pour le défendre par la parole, lui parlèrent ainsi, au milieu d'une foule immense :

Prolétaires de tous pays, unissez-vous!

(Karl Marx) Aimez-vous les uns les autres I (Jésus)

E, ,., ^ Ne cherche pas ton bonheur n cette heure de fête et ^^^^^^^^^ ^^^ ^^^^ ^^ bonheur

de prmtemps 1 Evolution général. Partout respecte la

perpétuelle de la nature ap- faiblesse et la souffrance,

paraît plus éclatante; comme p^ez la femme, chez l'en-

elle, gonfle toi d'espoirs et fant, même chez l'animal et

prépare-toi pour la Vie Nou- ^^^ j^ ^^^^^ ^^ ^^^^ p^^^, g^

^®^'®" la détresse des petits !

O Peuple, prends cons- L^'est tous les jours qu'il

cience de tes droits et prends faut être socialiste : la Foi

conscience de tes devoirs. nouvelle sera plus propagée

Sois fraternel et bon ; des par des actes quotidiens que

joies et des douleurs d'au- par des discours. Sois sou-

trui, déclare-toi solidaire. cieux de ta dignité ; Re-

doute les boissons qui enivrent et les passions qui avilissetit. Méprise la résignation morne des épuisés et des lâches. Que le fécond esprit de révolte te possède, et que la haine vigoureuse des choses mauvaises (mais non des hommes qui les conservent), enflamme ton fier courage.

VJloire aux laborieux : le travail honore et réconforte.

Il est saint ! mais l'excès de travail est maudit : ilabrulit et déprime. Nous voulons la Journée de HuitHeures, pour que après huit heures de rerepos, huit heures encore chaquejour, tu puisses vivre avec les tiens, te distraire et t'instruire...

Instruis-toi : les cours et les écoles, les journaux et les livres, sont des instruments de liberté. Bois aux

fontaines de la Science et de l'Art ; tu deviendras alors assez puissant pour réaliser la justice. Fais l'inventaire des idées et des religions :

tu les trouveras multiples et contradictoires et tu seras tolérant pour toute conviction sincère.

1 es frères sont, non seulement les hommes de ton pays, mais ceux de l'univers entier. Bientôt s'évanouiront les fionlières; bientôtviendra la fin des guerres et des armées. Chaque fois que tu pratiqueras les Vertus Socialistes de Solidarité et d'Amour, tu avanceras cet avenir prochain ; et, dans la paix et la joie, surgira le monde où, le devoir social de tous mieux compris pour le développement total de chacun, triomphera le Socialisme !

Et lorsqu'ils eurent ainsi parlé, ils distribuèrent des milliers de feuilles pareilles à celle-ci, afin que s'en gardât le Souvenir.

Ont signé : LA FONTAINE, Edmond PICARD, sénateurs ; Jean CAELUWAERT, Ferdinand CAVROT, Jules DESTRÉE, Léopold FAGNART, Léon PURNÉ- MONT, Joseph LAMBILLOTTE, Henri LÉONARD, Emile VANDERVELDS, députés; et pour le Comvté Organisateur de la Manifestation : Paul PASTUR, président; EMILIO, secrétaire.

Peut-être contestera-t ou la fidélité de tel ou tel détail en ce tableau, peut-être nous accusera-t-on d'avoir

insisté com plaisamment sur des côtés trop flatteurs ; peut-être triomphera-t-on aisément en nous citant quelque défaillance accidentelle.

Faut-il déclarer que nous n'avons jamais songé à prétendre que les socialistes belges fussent tous des savants, des artistes, des modèles des plus hautes qualités morales? Nous avons Voulu seulement apprécier dans leur ensemble les tendances du Parti, (1) et compterait-il, comme tout autre groupement humain, une inévitable proportion d'ignorants et de barbares, d'ivrognes ou de gens faibles ou méchants, que ce serait encore, et quand môme, un noble et réconfortant spectacle que l'élan de notre masse ouvrière vers l'Art, la Science et la Bonté.

(1) Cf. encore uue coaférenee de J. Destrée : Révolution verbale et Révolution pratique, faite le 13 juia 1902 à Paris, au cercle des étudiaals collectivistes et publiée dans le Mouvement socialiste.

DÉCLARATION DE PaiNCIPES

1. — Les richesses, en général, et spécialement les moyens de production, sont ou des agents naturels ou le fruit du travail, — manuel et cérébral, — des générations antérieures, aussi bien que de la génération actuelle ; elles doivent, par conséquent, être considérées comme le patrimoine commun de l'humanité.

2. — Le droit à la jouissance de ce patrimoine, par des individus ou par des groupes, ne peut avoir d'autre fondement que l'utilité sociale, et d'autre but que d'assurer, à tout être humain, la plus grande somme possible de liberté et de bien-être.

3. — La réalisation de cet idéal est incompatible avec le maintien du régime capitaliste, qui divise la société en deux classes nécessairement antagonistes : l'une, qui peut jouir de la propriété, sans travail; l'autre, obligée d'abandonner une part de son produit à la classe possédante.

4. — Les travailleurs ne peuvent attendre leur complet affranchissement que de la suppression des classes et d'une transformation radicale de la société actuelle.

Cette transformation ne sera pas seulement favorable au prolétariat, mais à l'humanité tout entière ; néanmoins, comme elle est contraire aux intérêts immédiats de la classe possédante, rémancipation des travailleurs

Dest. et Vand. 24

sera essentiellement l'œuvre des travailleurs eux-mêmes.

5. — Ils devront avoir pour but, dans l'ordre économique, de s'assurer l'usage libre et gratuit de tous les moyens de production. Ce résultat ne pourra être atteint, dans une société où le travail collectif se substitue d*^ plus en plus au travail individuel, que par l'appropriation collective des agents naturels et des instruments de travail.

6. — La transformation du régime capitaliste en régime collectiviste doit nécessairement être accompagnée de transformations corrélatives :

a) Dans l'ordre moral, par le développement des sentiments altruistes et la pratique de la solidarité ;

b) Dans l'ordre politique, par la transformation de l'Etat en administration des cboses.

7. — Le socialisme doit donc poursuivre simultanément l'émancipation économique, morale et politique du prolétariat. Néanmoins, le point de vue économique doit être dominant, car la concentration des capitaux entre les mains d'une seule classe, constitue la base de toutes les autres formes de sa domination.

Pour la réalisation de ces principes, le Parti ouvrier déclare :

lo Qu'il se considère comme le représentant, non seulement de la classe ouvrière, mais de tous les opprimés, sans distinction de nationalité, de culte, de race ou de sexe ;

2° Que les socialistes de tous les pays doivent être solidaires, l'émancipation des Iravailleurs n'étant pas une œuvre nationale, mais internationale ;

3° Que, dans leur lutte contre la classe capitaliste, les travailleurs doivent combattre par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, et. notamment, par l'action politique, le développement des associations libres et l'incessante propagation des principes socialistes.

§ 1. — Programme politique

i. Réforme électorale, a) Suffrage universel, sans distinction de sexe, à tous : les degrés (21 ans et 6 mois de résidence) ; 6) Représentation proportionnelle ;

PROGRAMME DU PARTI OUVRIER A'û3

c) Frais d'élection à charge des pouvoirs publics ;

d) Rémunération des fonctions électives ;

e) Mandat impératif régi par la loi ;

f) Droit de révocation d'un mandataire par le corps électoral.

2. Décentralisation du i-touvoir législatif, a) Suppression du Sénat;

6) Création de Conseils législatifs, représentant les diverses fonctions sociales (industrie, commerce, agriculture, enseignement, etc.). — Autonomie des Conseils législatifs, dans les limites de leur compétence et sauf veto du Parlement. — Fédération des Conseils législatifs, pour l'étude et la défense de leurs intérêts communs.

Page 1