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Dans le Centre (Hainaut), et, depuis quelques an

nées, dans le bassin de Charleroi, ce sont les mutualités socialistes qui constituent l'épine dorsale de l'organisation ouvrière.

3. A Gand, un grand nombre des anciennes mutualités ont été absorbées par la Fédération socialiste» et à Bruxelles la coopérative Maison du Peuple a créé, depuis l'an dernier, une caisse d'assurance mutuelle parmi ses membres.

A. Un exemple typique du premier cas, — il n'y a plus aujourd'hui d'inconvénient à le citer, — c'est la Société des Quatre Couronnés de Quenast, en Brabant. Composée exclusivement de carriers, cette mutualité a joué un rôle important dans les deux grèves qui se sont produites en 18Sb-1889. Bien que n'ayant pas de caractère politique apparent, elle est affiliée au Parti ouvrier. Aussi décida-t-on de recourir à tous les moyens pour la détruire. Dans le courant de l'année 1893, la plupart de ses membrei furent appelés, tour à tour, dans les bureaux de la société qui les emploie, et invités, sous menace de renvoi, à signer une demande en liquidation et en partage de l'avoir social. L'encaisse, — 7.000 à 8.000 francs, — devait, dans la pensée de ceux qui prenaient cette initiative, être versée à la Caisse de secours de la société de Quenast. La plupart des ouvriers se résignèrent et donnèrent mandat, à quatre de leurs camarades, d'introduire l'action en liquidation. Seulement, la majorité d'entre eux signa, dès le lendemain, une protestation contre l'abus d'autorité dont ils étaient victimes. Assigné devant le tribunal de Nivelles, le conseil d'administration des Quatre Couronnés, ne pouvant communiquer à ses adversaires l'acte de protestation, qui aurait entraîné le renvoi de ceux qui l'avaient signé, se borna à plaider qu'il fallait mettre en causa les huit cents membres de

CH. II. — l'organisation du parti 17

la Société. Le tribunal se prononça dans ce sens, et devant la quasi-impossibilité matérielle de lancer un tel nombre d'assignations, les choses en restèrent là.

B. Dans d'autres parties du pays, et spécialement dans le Centre, les chefs d'industrie n'ont pas, et ne veulent pas avoir recours à des moyens d'intimidation. Seulement, pour faire pièce aux mutualités socialistes, ils ont créé des caisses de secours, que les ouvriers administrent eux-mêmes.

Dans celte lutte pacifique entre les mutualités patronales et les mutualités affiliées à la fédération du Centre, ces dernières prennent de plus en plus l'avantage.

La Solidarité de Fayt, dernière survivante de l'Internationale dans le Hainaut, a été fondée en 1869. Depuis celte époque, le nombre de ses membres a régulièrement augmenté tous les ans, et atteignait, au 31 décembre 1900, le chiflYe de ooO.

C'est la Solidarité de Fayt qui donna naissance, en 1871, à toute une série de groupes corporatifs. Ces groupes s'entendirent pour acheter, au hameau de Jolimont, un terrain sur lequel ils établirent un magasin coopératif. Après des phases diverses, ce magasin périclita, mais on conserva le terrain et la maison, qui furent apportés plus tard à la coopérative Le Progrès, de Jolimont.

En 1886, quand le mouvement socialiste reprit son essor, la Solidarité de Fayt s'entendit avec la Mutualité de la Hestre (fondée en novembre 1886) pour créer des sections dans tous les villages d'alentour.

Actuellement (1902), ces sections, au nombre de 69, existent dans toutes les communes de la région et forment, depuis 189i, la Fédération socialiste des sociétés de secours mutuels du Centre.

Le lableaii suivant nous renseigne sur les progrès accomplis par celle Fédération pendant les dix premières années de son existence.

Années

Nombre de Sociétés

Nombre lie Membrp?

Capilai social

(a) Ciiiffi-es ap-

proximatifs , les

renseignements

n'étant pas en-

(3) core rentrés.

Ainsi que son titre l'indique, la Fédération socialiste du Centre est affiliée au Parti ouvrier. Mais, afin de profiter des subventions qu'accordent les pouvoirs publics aux institutions d'assurance contre la maladie ou l'invalidité, elle a créé, en 1900, une caisse de réassurance, légalement reconnue, entre sa caisse de secours et sa caisse de pensions.

Au 31 décembre 1900, les capitaux de réserve s'éle-

(1' En 1895, les groupes de Jutnet (Sars-les-Moines), de Roux, de Viesville, de Jumet (Try-Charly) et de Gosselies, sont détachés pour former la Fédération similaire du bassin de Charte roi.

A partir de 1896, ils ne sont donc plus compris dans les chiffres que nous donnons ci-dessus.

1^2) En 1896, on ci'éa au sein de la Fédération une caisse de pensions pour les invalides.

(3) L'année dernière, on institua une caisse de réassurance qu'on fit reconnaître par arrêté royal afin de profiter des subsides des pouvoirs publics.

CH. II. — l'organisation du parti 19

valent à 93.134 fr. 05 pour la caisse de secours, et à 64.336 fr. 25 pour la caisse de pensions.

Ces fonds, déposés à la coopération socialiste Le Progrès, de Jolimont, sont représentés par des obligations portant un intérêt annuel de cinq pour cent.

La cotisation mensuelle s'élève à 1 fr. lo, dont 90 centimes pour la caisse de secours, 15 centimes pour la caisse de réassurance et 10 centimes pour la caisse de pensions.

En cas d'incapacité de travail, les indemnités sont d'un franc par jour, pendant cinq ans et demi. Si, ce laps de temps écoulé, l'incapacité continue, les membres passent à la caisse de pensions, où ils touchent une indemnité de 6 francs par mois.

La Fédération des sociétés de secours mutuels socialistes du bassin de Charleroi, dont plusieurs groupes, à l'origine, faisaient partie de la Fédération du Centre., est constituée sur le modèle de celle-ci,

La première mutualité socialiste fut créée à Châtelet, petite ville industrielle située à peu de distance de Charleroi, en mars 1895. D'autres se fondèrent peu de temps après, et bientôt neuf sociétés réunies créèrent la Fédération.

Au 31 décembre 1896, grâce aux infatigables efforts de Léonard, député socialiste de Charleroi, elle se composait de 33 sociétés fédérées. Aujourd'hui, elle a des sections dans toutes les communes de l'arrondissement.

C. A Gand, c'est par une lente infiltration des idées socialistes dans les vieilles sociétés de secours mutuels que l'on est parvenu à constituer une vaste organisalion mutuelliste affiliée au Parti ouvrier (f).

(1) Pour plus de détails, lire la belle monographie de Variez, La Fédération ouvrière gantoise [Musé", social, janvier 1S99).

Antérieurement à 1886, on avait essayé de créer une caisse spéciale et d'y faire contribuer tous les socialistes : la société de secours mutuels Moyson — du nom de l'un des initiateurs du socialisme en Flandre — fut constituée dans ce but. Malgré la propagande elle ne réussit que faiblement et les efforts de ses organisateurs vinrent se heurter aux situations acquises parles mutualités plus anciennes.

Aussi, modifiant leur tactique, les socialistes gantois se mirent à prêcher, dans toutes les petites associations mutuellistes, l'idée de fédération.

Bientôt, on put convoquer un congrès, qui se réunit le 25 décembre 1886 : vingt sociétés décidèrent la création d'une fédération, dont le but était de fournir gratuitement à ses membres les secours médicaux. Jusque-là, en effet, les sociétaires ne recevaient qu'une indemnité en cas de maladie. Dès le 24 janvier 1887, la Fédération Moyson comptait 4.600 adhérents.

Peu de temps après, la Fédération ajouta aux secours médicaux les secours pharmaceutiques. Elle réclamait, pour ces deux services, une cotisation de 5 centimes par semaine.

Restait un pas à faire : fusionner les diverses sociétés existantes, et, au lieu d'une fédération, obtenir une amalgamation qui prendrait nettement le caractère socialiste. Une propagande acharnée commença, qui fut troublée parles ripostes des nombreux anti-socialistes restés fidèles aux cercles fédérés, et contrariée par la résistance opiniâtre des cabaretiers, chez qui les mutuellistes avaient leur local. Malgré tout, cependant, les socialistes l'emportèrent. Toutes les associations,

Nous lui avons emprunté, presque textuellement, tous les détails ci-dessus, sur la fondation et l'organisation du Bond Moyson.

cil. 11. — l'organisation du parti 2i

sauf une, votèrent Y amalgamation, qui fut définitivement acceptée, après une période d'expérience, le 1" mars 1890, par 2.800 voix contre 40 et 3 abstentions.

Alors s'ouvrit une ère ininterrompue de succès, qui fît passer le chiffre des mutuellistes de 2.700, au l^"- septembre 1889, à plus de 12.000 et k plus de 30.000, en y comprenant les familles des membres personnellement affiliés.

Entre temps, de nouveaux services furent organisés : le fonds des invalides, le 1"" février 1891, la caisse d'assurance sur la vie, le 1" octobre 1894.

Aujourd'hui, la Fédération Moi/son est nettement socialiste et, pour chacune de ses séances obligatoires — qui ont lieu tous les deux mois, dans quinze salles à la fois — quinze orateurs du parti sont désignés qui font des conférences sur les principes socialistes ou sur tel autre sujet, arrêté d'avance par le parti. Très souvent ils exposent les avantages que les membres du Moyson pourraient retirer de leur affiliation en masse aux syndicats, aux coopératives ou aux autres groupes de la Fédération gantoise.

Parmi les affiliés du bond Moyson, il faut distinguer : 1° les mutuellistes proprement dits ; 2" les membres des caisses de secours médicaux et pharmaceuliques ; 3° les membres des coopératives; A" les membres de la section spéciale d'assurance sur la vie.

1" Les tnutuellistes, eux-mêmes, se subdivisent en trois catégories, d'après le chiffre de leur cotisation. La première classe paie 30 centimes par semaine et re(^oit, outre les secours médicaux et pharmaceuliques, une indemnité quotidienne de 2 fr. CO pendant dix mois et de 1 fr. 25 pendant le semestre suivant. Les héritiers du membre décédé ont droit à 50 francs. La seconde

classe paie 20 centimes par semaine et reçoit les secours médicaux et pharmaceutiques, une pension de 1 fr. 50, puis 0 fr. 75 par jour ouvrable, plus, en cas de décès, un secours de 25 francs. La troisième classe, enfin, ne paie que 0 fr. 15 et n'est accessible qu'aux, jeunes gens de 16 à 20 ans, aux femmes de 18 à 35 ans et aux ouvriers obligés de participer, à un titre quelconque, à une caisse d'usine obligatoire. En cas de maladie — autre que l'accouchement — les affiliés de cette catégorie ont droit aux secours médicaux et pharmaceutiques et à une indemnité quotidienne de 1 franc pendant six mois et de 0 fr, 50 pendant le semestre suivant.

Tous les mutuellistes mâles participent, en outre, au fonds des invalides qui, moyennant une cotisation supplémentaire de 2 centimes, procure un secours de 0 fr. 50 par jour aux membres dont la maladie excède la durée d'un an.

2° Les caisses de secours médicaux et pharmaceutiques renferment surtout les femmes et les enfants des mutuellistes du Vooruit. La cotisation est de cinq centimes par semaine et par tête d'assuré. On reçoit gratuitement les médicaments et les visites du médecin. Ouvertes à tous, même aux hommes adultes, ces caisses ont principalement pour membres : les enfants, depuis l'âge d'un an révolu, jusqu'à leur entrée dans la société de secours mutuels, les vieillards, auxquels leur âge interdit de se faire recevoir mutuellistes, les femmes mariées non ouvrières. Outre ces membres affiliés à titre individuel, quelques sociétés particulières, spécialement des clubs de quartier, fort nombreux à Gand, ont affilié en bloc tous leurs membres.

3° Les membres des coopératives. — La plus puissante société qui ait ainsi affilié tous ses membres est.

CH. ir. — l'oeganisation du paPvTi 23

indiscutablement, la célèbre coopérative J'ooruit. — Qu'ils soient déjà membres de la Mutualité, ou qu'ils ne le soient pas, le Vooniit exige de tous ses membres une cotisation de 5 centimes par semaine, plus 5 centimes par mois, pour faire face à l'assurance contre la maladie. Il en est de même pour le Werkman et pour les Vrye Bakkers, deux petites coopératives socialistes, que l'énorme développement du Vooruit n'a pas fait disparaître. — Mais le Vooruit majore sensiblement les secours accordés par la caisse de secours pharmaceutiques. Pour les 3 centimes versés par les membres du Vooruit, il est attribué en cas de maladie :

a) Les soins pharmaceutiques et médicaux.

b) 10 francs, en cas de décès.

c) Six pains par semaine, pendant six semaines.

d) Un don de dix pains de froment et d'un pain de gâteau, lors de la naissance d'un enfant.

é) Enfin, lorsqu'on fait régulièrement au Vooruit des achats d'épicerie s'élevant, au moins, à 2 francs par semaine, on reçoit, en cas d'accouchement, et pendant six semaines, une carte d'épicerie de 2 francs par semaine.

4° Les membres delà section spéciale d'assurance sur la vie, paient une cotisation uniformément fixée à 5 centimes par semaine, quel que soit leur âge : mais on ne peut entrer dans l'assurance qu'entre sept et quarantecinq ans. L'indemnité de décès est fixée à 100 francs et nul ne peut prendre une assurance plus forte.

Telles sont les œuvres mutuellistes qui se rattachent à la Fédération Moi/son ; mais, en dehors de celle-ci, depuis 1897, les socialistes gantois ont créé une œuvre nouvelle, qui trouve naturellement sa place dans ce chapitre sur la Mutualité.

Nous voulons parler de la caisse des pensions de la coopérative Vooruit, pensions qui sont accordées gratuitement, aux conditions suivantes :

a) Tout coopérateur qui, durant 20 ans au moins, aura fait aux épiceries et aux magasins de merceries et confections des achats annuels de 150 francs, aura droit à recevoir, à 60 ans, une pension de 120 francs, qui lai sera servie en bons d'achats à valoir sur les magasins coopératifs.

b) Le chiffre de cette pension s'accroît :

i° 1 0/0 sur les sommes qui dépassent le minimum de 150 francs ; 2° d'un franc pour chaque année ajoutée aux 20 années de clientèle nécessaire, si, durant ces périodes supplémentaires, le coopérateur remplit les conditions ordinaires exigées pour avoir droit à la pension.

Telle est la base de l'institution ; mais une série de dispositions secondaires en étendent singulièrement la portée : 1° la femme hérite des droits à la pension acquis par le mari et la rente lui est continuée jusqu'à sa mort ; 2" dans le cas où le mari vient à mourir avant d'avoir atteint les vingt années de clientèle nécessaires, les années écoulées sont imputées à la femme et celle-ci peut en cumpléter le nombre en faisant le minimum d'achats exigé?, durant un laps de temps égal à celui qui manquait au mari pour atteindre le minimum fixé ; 3" le service des pensions de retraite qui ne devait régulièrement commencer qu'en 1917 est, par dérogation, avancé pour les membres actuels du Vooruit. Il leur est même appliqué rétroactivement pourvu que, durant les cinq dernières années, ils aient acheté pour 150 francs par an et qu'ils continuent à le faire. La coopération admet dès lors à la pension ses membres actuels pour le jour où ils atteindront soixante ans, dans les conditions suivantes :

cir. II. — l'organisation du parti 23

Ceux doQt l'affiliation remonte à :

1882 en bénéficiant depuis 1899

1884 en bénéficieront en 1903

Et ceux qui sont inscrits depuis iS88, et les anne'es suivantes, 20 ans après leur inscription.

Cette union intime de la mutualité et de la coopération, enclievètrant leurs branches pour les consolider, devient, d'ailleurs, de plus en plus, l'une des caractéristiques de l'organisation ouvrière en Belgique. Ce n'est plus la corporation comme jadis, mais la Fédération, qui prend sou homme tout entier et s'efforce de subvenir à tous ses besoins.

Les mutualités du Centre et du bassin de Gharleroi ont pris pour banques de dépôt les coopératives socialistes, et, de plus, elles engagent une partie de leurs fonds dans les coopératives naissantes.

A Bruxelles, depuis le l'"" janvier 1897, la coopérative Maison du Peuple assure à tous ses membres les soins médico-pharmaceutiques, moyennant une cotii-ation de 0 fr. 03 par tête et par semaine. De plus, tous les coopérateurs, membres de la société depuis un an, ont droit, en cas de maladie, au pain gratuit, ïlnfin, c'est parmi les membres de la coopérative que s'est constituée, le 27 décembre 1890, l'assurance mutuelle delà Maison du Peuple. Celte mutualité compte, dès à présent, — bien que la plupart des socialistes bruxellois fassent partie, depuis de longues années, de mutualités neutres, — environ 1.800 affiliés; l'encaisse au i" août 1901 s'élevait à 14.297 fr. 10. Les coopérateurs peuvent adhérer à l'assurance mutuelle aux conditions suivantes : en payant 1 franc par mois Dest. et Vand. 2

ils ont droit à une indemnité de 2 francs parjour (;^auf le dimanche) pendant un an ; en payant 1 fr, 50, l'indemnité est de 2 francs 75 ; pour 2 francs por mois, on reçoit 3 fr. 50 par jour. Nous avons déjà dit, qu'en leur qualité de coopérateurs, les membres de l'assurance ont droit aux secours médicaux et pharmaceutiques.

Si les mutualités socialistes peuvent accorder des conditions aussi favorables à leurs membres, elles le doivent en grande partie à des institutions fort originales, — dont nous ne connaissons pas d'équivalents à l'étranger, — les pharmacies populaires, exploitées par des sociétés coopératives.

Dans presque toutes les grandes villes, et notamment à Bruxelles, à Gand, à Liège, à Verviers, les mutuellistes soucieux de n'avoir plus à payer des « comptes d'apothicaire», ont fondé des pAarmacees coopératives exploitées, à leur compte, par un gérant pourvu du diplôme de pharmacien.

La plus ancienne de ces institutions, la Société coopérative des pharmacies populaires de Bruxelles, date de 1881 ; fondée par 33 sociétés mutualistes, elle est strictement neutre, bien que comptant un grand nombre de socialistes parmi ses adhérents (1).

Mais d'autres pharmacies, constituées sur le même modèle, se rattachent au Parti ouvrier : le Vooruiten compte quatre ; la coopérative le Progrès, de Jolimont, deux.

11 est à peine besoin d'ajouter que ces institutions qui, tout en vendant les médicaments à des prix très réduits, réalisent encore de gros bénéfices, sont vues de fort mauvais œil par les pharmaciens. Aussi menèrentils, vers 1897, une ardente campagne pour amener la suppression des pharmacies coopératives, ou, tout au

(1) Société coopérative des pharmacies populaires de Bruxelles, Historique, Bruxelles, siège social, 7, rue Sallaert, 1897.

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moins, l'interdiclion pour celles-ci de vendre à d'autres qu'à leurs membres.

Ne'anmoins, leurs efforts aboutirent à un échec : la loi du 19 mars 1898, apportant des modifications à la loi du 23 juin 1894, sur les sociétés mutualistes, autorise les sociétés reconnues, possédant des paris ou actions dans les sociétés de pharmacie, vendant au public, de renoncer à la reconnaissance légale. La seule conséquence pratique de cette renonciation, c'est qu'ils ne peuvent recevoir de subsides des pouvoirs publics. On a considéré, en effet, comme inadmissible que ces derniers subventionnent des entreprises commerciales faisant concurrence à d'autres commerçants.

§ 3. — Les Syndicats

On pourra trouver, dans notre Enquête sur les associations professionnelles d'artisans et d'ouvriers en Belgique (1), un exposé complet du mouvement syndical dans notre pays, jusqu'en 1892.

A cette époque, le nombre des syndiqués, dans l'industrie manufacturière, était de 17.000 environ. En y joignant les sociétés de résistance de l'industrie extractive (mines, carrières, etc.), nous arrivions à un total de 60 à 70.000 hommes, soit un peu plus du dixième de la population ouvrière mâle.

Cette situation, après dix ans, a subi des modifications assez profondes.

Au point de vue de la législation, tout d'abord, la loi du 31 mars 1898 accorde la personnification civile aux Unions professionnelles, mais subordonne cet

(1) Emile Vandervelde, Enquête sur les associations professionnelles d'artisans et d'ouvriers en Belgique, Bruxelles, Office de publicité, 1892.

avantage à des conditions telles, que les syndicats socialistes préfèrent user de la liberté d'association sans reconnaissance légale, que leur garantit la Constitution,

Depuis 1899, on a créé, dans le Conseil général du Parti ouvrier, une section distincte, la Commission syndicale, qui a pour but « d'étudier les questions ouviières tant à l'étranger que dans notre pays, d'dder les syndicats à créer des relations entre eux et avec les syndicats similaires à l'étranger, de publier le résultat de ses travaux et de ses enquêtes, ainsi que d'organiser des congrès syndicaux ».

Le 3° Congrès syndical s'est réuni, à la Maison du Peuple de Bruxelles, le 23 décembre 1901.

Nous extrayons du rapport de A. Octors, secrétaire de la Commission syndicale, les chiffres suivants sur l'effectif des groupes qui s'y trouvaient représentés :

Désignation

Métallurgie ....

Mines

Industrie de la pierre Bâtiment (construction) Industrie textile Cuirs et peaux , Bois et ameublement Alimentation Vêtement . .

Tabac . . , Livre . . , Verre . . .

Industrie des transport? Divers

Situation en 1901

groupes

membres

Situation

en

(') Avec gronpes neutres. — (') Groupe neutre.

CH. II. — L'ORGANISATlOrî DU PARTI 29

Soit doue, en 1901, 8i.890 membres représenté?, dont 76.440 affiliés au Parti ouvrier, et 8.436 neutres, affiliés à la Fédét^ation typographique ou à la puissante Union verrière de Lodelimart (Gharleroi).

Le nombre total des syndiqués, en Belgique, est supérieur à ces chiffres : Octors et Variez, correspondants de la Revue du travail,sonl d'accord pour l'estimer à 110.000 environ, parmi lesquels 10 à 15.000 catholiques.

On remarquera, dans le tableau ci-dessus, l'augmentation considérable des syndicats de mineurs, qui, dans l'espace d'un an, ont passé de 13.597 à 45.000 membres. Ces syndicats, au surplus, ont toujours été fort instables : après avoir été anormalement nombreux, pendant la période de grèves qui s'étend entre 1886 et 1894, ils se trouvaient presque complètement désorganisés. Les mineurs, en général, se tournaient plutôt vers les coopératives et les mutualités socialistes ; mais depuis un an, bien que les mulualilés et les coopératives continuent à grandir, le mouvement syndical a repris une grande importance et tout fait prévoir que bientôt les Unions de mineurs retrouveront leurs effectifs d'an tan.

Par contre, dans les villes manufacturières plusieurs syndicats importants, et spécialement le syndicat des dockers d'Anver-, ont vu diminuer le nombre de leurs membres. Leurs comités attribuent cette diminution à la crise : « ils ne sont pas perdus pour la cause syndicale, mais ne savent pas payer; d'autres quittent le pays, pour trouver du travail à l'étranger ».

Si l'on fait abstraction de l'Union verrière et de la Fédération des mineurs, c'est toujours à Bruxelles et à Gand que l'on .trouve les syndicats les plus nombreux.

En 1897, la Fédération des syndicats socialistes gantois comptait 9.89o membres ; en octobre 1900, ce chifTre s'élevait à 10.625, se décomposant comme suit: Ouvriers et ouvrières des filatures de lin, 2.300; Fraternelles des tisserand^', 2.100 ; ouvriers et ouvrières des filatures de coton, 1.700; métallurgistes, 1.400; débardeurS;1.400 ; travailleurs du bois, 630; maçons, 250 ; syndicat composite, 210 ; cigariers, 170 ; boulangers, 80 ; cordonniers, 73 ; couturiers et tailleurs, 75 ; doreurs, 80 ; peintres, GO ; service des boues, 50 ; abatteurs, 45.

A Bruxelles, tous les syndicats ouvriers sont affiliés à la Maison du Peuple, sauf quelques « corporations chrétiennes » et les quatre syndicats des typographes, des chapeliers à la main, des bijoutiers-orfèvres et des gantiers.

Quant aux syndicats de la Fédération bruxelloise, qui étaient, en 1892, au nombre de 33, avec un peu plus de 3.000 membres, ils sont actuellement 63, avec 6.900 membres environ ; mais il faut noter que ce dernier chiffre, qui nous a été fourni par le secrétaire permanent de la Fédération, est au-dessous de la réalité : la plupart des syndicats affiliés ne renseignent, au point de vue de la cotisation fédérale, que leurs efïectifs par centaines, ou cinquantaine de membres, en négligeant les unités : les doreurs, par exemple, qui sont 175, ne paient que pour 150.

Parmi les associations professionnelles bruxelloises, il faut citer quelques syndicats de femmes: les tapissières (29), les fleuristes (55), les ouvrières en matières premières pour chapellerie (300).

Les autres syndicats importants de ragglomération bruxelloise, affilié? au Parti ouvrier, sont : les mécaniciens 700 membres), les tourneurs-raboteurs (300) ; les mouleurs (280) ; les lilhographes (130) ; les ciga-

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riers (110) ; les menuisiers-charpentiers (500); la Fédération du bronze (325) ; les doreurs (loO) ; les boulangers (230) ; le plus grand nombre de ces derniers sont des ouvriers et porteurs de pain de la Maison du Peuple.

Ajoutons que la non-affiliation de ces quatre syndicats « libres )) n'implique nullement qu'il y ait antagonisme entre eux et le Parti ouvrier. La plupart de leurs membres sont socialistes, mais, pour éviter que la minorité ne démissionne, la majorité ne réclame pas l'affiliation.

Quant aux « corporations chrétiennes », sauf peutêtre à Gand (1), elles n'existent guère que sur le papier, ou bien se composent d'ouvriers qui en font partie pour n'être pas congédiés par leurs patrons. Ce sont des associations de résistance contre le socialisme, et non contre le capitalisme. Elles n'ont d'ailleurs que peu d'influence tandis que les syndicats du Parti ouvrier, bien que leurs effectifs soient restreints, contiennent les éléments les plus énergiques du prolétariat et dirigent en réalité la grande misse des travailleurs qui ne sont pas encore organisés.

(1) Revue du Travail (publiée par l'Office du travail en Belgique), octobre 1901, p. 1122 : « Gand renferme quatorze syadicats antisocialistes, avec 3.3S5 membres; la société « Union et Travail de Bruxelles » en a dis, avec 457 membres ; le « Gilde des métiers de Bruges », six, avec 400 membres; le * Gilde des métiers de Roulers », six, avec 639 membres; le «Gilde de Saint-Nicolas», six, avec 653 membres; « Wetteren », six, avec 653 membres; « Maliues », treize, avec 900 membres ; « Courtray», huit, avec 763 membres.

En outre des syndicats professionnels existent encore à Alost, Audenarde, Deyuze, Eeclov, Houdeng, Aimeries, Louvain, Liège, Meniu, Renaix, Seraiug, Anvers, Termonde, etc. En tout, on peut évaluer le nombre des membres de ces divers syndicats à 11.000. Sans compter, bien entendu, les Ligues de paysans [Boerenbonden], qui sont nombreuses et fortement organisées.

Le dernier rapport de la Commission syndicale constate de notables progrè?, au point de vue de l'organisalion ; beaucoup de groupes ont augmenté la cotisation de leurs membres, qui trop souvent était dérisoire ; 29 d'entre eux ont un oecrélariat permanent et rémunéré, contre 13 seulement en i'JOO ; d'autres, au nombre de 24, viennent de créer une bibliothèque.

Mais, en dépit de ces progrès, l'organisation professionnelle reste insuffisante, et, en cas de conflit, la plupart des syndicats doivent compter beaucoup moins sur eux-mêmes, sur leur encaisse généralement insuffisante, que sur les secours qui leur viennent du dehor^j, et sur les subsides que leur apportent les coopératives, ces arsenaux et forteresses du Parti.

§ 4, — Les coopératives

Le mouvement coopératif n a commencé à prendre de l'extension dans notre pays, que depuis une vingtaine d'annéee, à partir du moment où les fondateurs des Pharmacies populaires à& Bruxelles et, surtout, delà boulangerie socialiste Voonùt, créèrent des formes d'associations nouvelles, originales, merveilleusement adaptées aux besoins et aux tendances de la classe ouvrière.

Antérieurement, l'histoire de la coopérative en Belgique — que notre ami Louis Bertrand retrace, en ce moment même, dans un ouvrage admirablement documenté — est, avant tout, l'histoire de ses échecs (i).

En 1848-1849, on créa, à l'instar de la France, des sociétés de production, qui moururent, l'une après l'autre, au bout d'un ou deux ans. Une seule a sur-

(1) Louis Bertrand, Histoire de la coopérative en Belgique, Bruxelles, Dechenne et Cie, 1902.

CH. ir. — l'organisation du parti 33

vécu, l'Alliance typogj'aphique de Bruxelles, mai^ en perdant tout caractère coopératif.

Vers 1865, les Francs-Maçons de la Loge des Arnis philanthropes de Bruxelles, imités bientôt après par un industriel de Liège, prennent l'initiative de fonder un restaurant populaire coopératif.

Enfin, avec la propagande de l'Internationale, s'ouvre une période nouvelle, qui fut marquée par la création d'un grand nombre de coopératives de consommation.

Le type adopté, c'était le magasin d'épicerie, de denrées coloniales et de farines, et, en 1871, ces sociétés furent assez nombreuses pour que l'on s'occupât de former une fédération pour l'achat en gros des marchandises.

Mais, avec la dissolution de l'Internationale le mouvement coopératif ne tarda pas à péricliter et, au l*^'" janvier 1878, il n'y avait, pour toute la Belgique, que treize sociétés coopératives légalement reconnues, parmi lesquelles six banques populaires, composées en majeure partie d'artisans et de petits bourgeois. Au cours des deux années suivantes, le Moniteur ne mentionne que huit sociétés nouvelles ; mais, à partir de 1880 — • date de fondation du Vooruit — la coopération en général et, particulièrement, la coopération socialiste commence à faire de rapides progrès.

De 1873, — date de la loi sur les sociétés coopératives, — à 1885, il ne se constitue que 92 sociétés.

De 1885, à la fin de 1894, il s'en crée 417, soit plus de 45 par an.

Eq 1895, il se fonde 94 sociétés coopératives

il se fonde

Au 1" janvier 1901, il y avait, en Belgique, plus de 1800 sociétés coopératives de toutes catégories : sociétés d'épargne et de crédit, sociétés de consomnmation, brasseries, distilleries, sociétés de production, etc.

En ce qui concerne spécialement la coopération socialiste, Ja Fédération des sociétés coopératives, affiliée au Parti ouvrier, comptait 189 groupes, avec un total d'environ 86.000 membres (1).

Dans tous les centres où le Parti ouvrier a pris quelque importance, c'est une boulangerie socialiste, constituée sur le modèle du Vooruit, qui sert de base à l'organisation ouvrière.

Nous résumons, dans le tableau suivant, quelques données succinctes, sur les principales d'entre elles (2) :

Nom de la société

Siège social

Date

.le

fondation

Effectifs en

Voorint

Gand

G.OOO

Vrije bakkers

Anvers

(Werker)

Maison

du Peuple

Progrès

Bruxelles

Jolimont

Prolétaire

Louvain

Populaire

Liège

Ruche ouvrière

Totaux . .

Vervins

(1) Louis Bertrand évalue, très approximativement, à 200.000 le nombre total des coopèrateurs belges, y compris les coopératives agricoles (laiteries, achats d'engrais, semences, etc.).

(2) Chiffres approximatifs, car le nombre des membres, dans les grandes coopératives, varie continuellement, par suite des entrées et des départs.

CH. II. — l'organisation du parti 35

A côté de ces grandes sociétés, au centre des fédérations ouvrières les plus importantes, il en existe quantité d'autres qui ont été fondées sur le mêaie modèle, par les fédérations d'origines plus récentes.

Telles sont, par exemple, la Persévérance de Nivelles, la Maison du Peuple de Diuant, la coopérative les Pro~ létaires, de Huy, la Justice de Waremme, la Maison du Peuple d'Anvelais et celle d'Andenne, dans l'arrondissement de Namur, la Sociale de Lessines, etc.

Dans les bassins houillers de Charleroi et du Borinage, nous trouvons une situation spéciale, qui demande quelques explications.

1° Dans le bassin de Charleroi, où l'organisation est très ancienne, les boulangeries socialistes sont de fondation récente et commencent seulement, depuis quelques années, à prendre un rapide développement.

Ce retard dans l'évolution tient à deux causes : l'habitude, encore répandue, de cuire le pain à domicile et le désir de ménager le petit commerce, qui dominait dans l'Ordre des Chevaliers du travail, principale organisation des mineurs, avant l'entrée en scène du Parti ouvrier.

Depuis 1896 , d'ailleurs, la Concorde, société coopérative des ouvriers du bassin de Charleroi, semble vouloir regagner le temps perdu. Elle compte actuellement plus de sept mille membres, exploite deux grandes boulangeries, l'une à Roux, l'autre à Charleroi et a fait, en 1900, plus d'un million d'affaires.

La production de pains, depuis 1896, a suivi la progression suivante :

pains blancs, de 2 kilos

Actuellement, la consommation s'élève à près de dix mille pains par jour, soit, à peu de chose près, la consommation de la coopérative de Jolimont.

2° Dans le Borinage, les coopératives socialistes sont fort nombreuses, mais l'action de chacune d'elles ne s'étend guère au delà des limites de la commune où se trouve le siège social. L'esprit de clocher qui domine dans cette région, constitue, jusqu'à présent, un obstacle insurmontable à une centralisation, ou tout au moins à une fédération. Néanmoins, depuis quelque temps, les coopératives Boraines se mettent d'accord pour déterminer leurs zones d'influence et se pénètrent, de plus en plus, des principes et de la tactique adoptés par les autres coopératives affiliées au Parti ouvrier.

Celles-ci présentent un certain nombre de caractères communs, dont les principaux sont :

a) Les livrets-règlements rappellent aux coopérateurs « que la Société est avant tout un groupe politique socialiste et que, par leur inscription sur les livres de la coopérative, ils font adhésion au programme du Parti ouvrier » ;

b) Pour être admis dans une coopérative socialiste, il suffit de remplir les trois conditions suivantes :

1° Adhérer au programme du Parti ouvrier;

2° Payer un droit d'entrée (50 centimes à Jolimont, 40 centimes à Bruxelles, 35 centimes à Anvers, 25 centimes partout ailleurs) ;

3° Souscrire une action.

Les actions sont de 10 francs, sauf à Jolimont (2 fr.), et à Louvain (75 centimes). La libération de ces actions s'opère au moyen de prélèvements sur les bénéfices. De telle sorte que, sans bourse délier, le plus pauvre peut devenir coopérateur.

CH. II. — l'organisation du parti 37

c) Les bénéfices se divisent eu trois branches : 1° amortissement et réserve ; 2" propagande socialiste ; 3" participation aux bénéfices du personnel et des membres.

Cette participation des membres aux bénéfices est très variable selon les régions.

A Bruxelles et dans le pays wallon, on s'attache surtout à attirer la clientèle en réduisant le prix de vente. Dans le pays tlamand, au contraire, on se préoccupe plutôt de faire de gros bénéfices, en maintenant les prix à un taux rémunérateur.

Au Vooruit, on fait de la propagande intensive : le chiffre d'affaires et le nombre des branches d'exploitation augmentent plus rapidement que l'effectif numérique.

A la Maison du Peuple, on fait plutôt de la propagande extensive ; le nombre des membres, attirés par le bas prix du pain, s'accroît bien plus vite qu'au Vooruit. En revanche, les autres branches ne font pas de progrès aussi rapides.

Le tableau ci-après nous fournit, pour le premier semestre 1892, des chiffres qui permettent de comparer l'importance des divers services dans les principales sociétés coopératives.

Dest. et Vaxd.

LES INSTITDTIONS ECONOMIQUES

Importance comparée des divers services dans les coopératives socialistes (l<ir semestre 1892)

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