‹ Le socialisme et la réglementation [microform]Chapitre 3 sur 3 · DISCOURS DE M. BEBEL · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. BEBEL

Le 'lèputê Bebel. — Messieurs, le projet de loi soumis à nos délibératio is a une portée très considérable ; il apporte, en effet, de profondt s modifications au régime légal sous lequel nous vivons. Il me sera donc permis de m’étonner (|u'aucun des commissaires du gouvernement ne soit venu présenter en sa faveur, dès l’ouverture de et s débats, quelque plaidoyer serré et substantiel, étayé de chiffres et de faits. — Adversaire en principe du projet, et, s'il en faut juger par 1 is discours que nous venons d'entendre, en complet désaccord sur ce point avec la grande majorité de cette assemblée, je m’attendais cependant à voir le gouvernement nous apporter des arguments solid *s, puisés dans la statistique criminelle et les rapports de police. Il possède, en effet, dans ce domaine des sources d'information qui écha )pent au simple particulier, et il eût rendu service à tous les membres de cette assemblée, appelés à prendre position pour ou contl e le projet, en leur fournissant, au préalable, des éléments nouveaux d'appréciation.

Ui représentant du gouvernement vient, il est vrai, de prendre tardivement la parole; mais son discours m'a causé, je l'avoue, une vive léception, car j'ai dû constater que ce que je m’attendais à y

trouver, y faisait, au contraire, absolument défaut. Nous l’avons entendu repousser, en paraphrasant purement et simplement le projet de loi, quelques-unes des objections présentées par les orateurs précédents ; il s’en est tenu là.

Le commissaire du gouvernement a constaté, comme l'avait fait avant lui l’exposé des motifs accompagnant le projet, que, poui‘ la présentation de ce projet, l'impulsion première a été donnée par le pi-ocès Ileinze. S’il en a été ainsi, c’est — M. le député Schneider a insisté sur ce point — que ce procès scandaleux a mis en lumièi'e d’une façon saisissante certains vices de notre organisation sociale. Quoi de plus réjouissant que de voir le gouvernement s'empresser, aussitôt qu’un de ces vices lui est révélé, de saisir le Reichstag d’un projet de loi destiné à remédier au mal ! Je désirerais seulement qu’il sût être conséquent et qu'il agit de môme dans tous les cas analogues. Or, s'il est un domaine dans notre vie sociale où des abus révoltants ont été signalés, c’est celui de la condition du soldat, de la justice militaire, de la procédure pénale militaire. Nous avons entendu reprocher, en plein Reichstag, non seulement à des sous-officiers, mais à des officiers, et des plus haut gradés, des actes de brutalité et de cruauté qui ne le cèdent en rien aux faits de même nature révélés parle procès Ileinze. (Approbalion an banc des démocrales-socialislcs./ Et cependant, bien que pleine lumière ait été faite sui- les abus qui se produisent en matière de justice militaire et dans la conduite des chefs à l’égard des soldats, on s’est gardé jusqu’ici de nous présenter un projet de loi destiné à porter remède à cet état de choses. Il y a plus. Le Conseil fédéral s’est refusé, — les communications que nous avons reçues à cet égard en font foi, — à sanctionner les décisions que le Reichstag avait prises à une grande majorité au sujet des faits que je viens de rappeler. Je crois pouvoir en conclure que le gouvernement a bien soin d’examiner, avant de proposer une répression, dans quel milieu social se sont produits les abus qu’on lui signale, t^ue les classes élevées de la société soient en cause ou quelqu’une de ces institutions sociales pour lesquelles on a tant de respect, alors on s’abstient de sévir. Mais si le mal gît dans les classes inférieures, on élabore en toute hâte quelque loi d’exception. Je n’hésite pas à classer dans cette catégorie le projet qui nous occupe en ce moment. (Approbalion au banc des démocrales-socialisles. \

Les orateurs qui m'ont précédé ont fait, d’une façon générale, bon accueil au projet. Plus énei-gique (ju’aucun d'entre eux dans son opposition sur certains points spéciaux, notre collègue Grœber luimême a donné son adhésion à ses dispositions les plus importantes ; il doit donc être classé au nombre de ses partisans. Pour tous, les prémisses ont été les mêmes : la prostitution est un mal nécessaire ;

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i existé de tout temps ; elle ne prendra jamais fin ; c'est vouloir lossible (]Lie de s'attacher à la détruire ; contentons-nous donc liguer ce fléau.

tus prenez donc. Messieurs, à l’égard de la répression de la proson, la même attitude que vis-à-vis de toutes les autres réformes les. Lorsque nous venons, nous autres démocrates-socialistes, faire toucher du doigt les plaies de notre organisation sociale et lous vous demandons ensuite de couper le mal à la racine, vous l'épondez qu'il n’y faut pas songer. Vous objectez que l’état de es dont nous nous plaignons a toujours existé et qu’on ne saurait •ttre fin, si même on le voulait. La seule concession que vous entiez à faire consiste à chercher un palliatif, un moyen d’attéle mal, mais prendre une mesure radicale et décisive, jamais! DUS êtes, j’en conviens, conséquents avec vous-mêmes, lorsque agissez ainsi. Vous ne pouvez et ne devez pas miner vous-mêle terrain sous vos pieds. On ne saurait donc vous demander de cesser un état de choses dont vous reconnaissez cependant les ivénients pour la société, car, dites-vous, ce mal est un fait acexistant depuis longtemps, découlant naturellement des cirtances dans lesquelles nous vivons. Et vous en concluez que ce ne saurait être déraciné, qu’il faut donc se borner à en atténuer nanifestations extérieures, à le couvrir d’un voile, afin que son et n'otTus()ue personne dans ces milieux sociaux où la pudeur est Dmpte à s’efTaroucher.

’, Messieurs, s'il n’est pas vrai que la propriété privée ait pris ;ance en même temps que le monde, il n’est pas vrai non plus que ostitution ait toujours existé sur cette terre. Elle n’apparaît que |ue l'humanité atteint un degré de culture plus avancé. On la surgir à cette époque de l’histoire qui vit nîiître la propriété pri- Dt l'antagonisme de classes qui en fut la conséquence. A ce mot, un fossé se creusa entre ceux qui possédaient et ceux qui ne édaient pas. Et aussitôt il y eut des hommes qui, pour vivre, tra- *rent de leurs forces physiques par le travail, et des femmes i qui, pour pouvoir subsister, trafiquèrent de leur corps en se nt à la prostitution. Sans doute, la prostitution est un fait histo- 3 ; elle existe depuis plusieurs milliers d’années. Elle constitue un lomène social dont il faut constater aujourd’hui non seulement la e, mais le développement progressif. Et c’est pi-écisément parce la prostitution gagne du terrain chez nous, que le projet de loi nous discutons vous a été soumis.

la prostitution. Messieurs, est devenue ce que nous la voyons urd’hui, cela tient à une double cause : d’abord au nombre idérable d’hommes auxquels il faut des prostituées. Ensuite au

nombre, considérable aus.si, de femmes qu’une dure condition sociale contraint à faire trafic de leur corps. Poui- ciuc la prostitution puisse se développer dans une proportion si effrayante — et (}ue je constate avec vous. — il faut qu’elle trouve un milieu social oii le fossé se creuse toujours plus entre les classes.

Vous voulez savoir pourquoi ce phénomène se produit actuellement avec intensité ? Demandez-le à la police qui, grâce aux observations qu’elle est à même de faire, est mieux placée que toute autre autorité pour répondre à cette question. — Demandez-lui dans quelles proportions et dans quels milieux surtout le fléau a gagné du terrain. Elle vous dira qu'on signale sa marche ascendante là oîi le conirjiste entre les difTérentes classes sociales est le plus profond et le pluscho- (juant. Elle vous dira que lorsque, comme c'est le cas actuellement, une crise économique et sociale sévit et réduit à la misère des classes entières de lasociété, alors aussi on voit croître pres()ue proportionnellement le nombre des prostituées. Et ce phénomène se produit surtout là oii le travail de la femme est mal i-étribué. Cet abaissement des salaires est la cause première et principale de l’acci'oissement de la prostitution.

Vous ne trouverez pas aujoui d’hui, dans les classes qui possèdent, des femmes ou des filles qui consentent à se vendre. X’était la misèi'e qui les y contraint, vous n’en trouveriez pas davantage dans les classes inférieures. (Approbation an banc des démocrates-socialistes.)

C’est là ce qu’il y a de particulièrement triste dans cette question, et il faut le faire ressortir lorsqu’on nous présente des projets de loi comme celui-ci. A vous qui vous contentez de constater l'existence du mal et qui déclarez ne pas pouvoir le faire disparaître, nous venons faire toucher du doigt les causes de ce mal ; nous venons montrer pourquoi il est condamné fatalement à s’accroître, et nous vous disons : c’est l’état social dans lequel vous vivez, c’est l’accroissement énorme du prolétariat dans votre société qui ont donné naissance à ce fléau et qui lui permettent de sévir avec l’intensité dont vous vous plaignez.

Mais vous ne vous bornez pas à constater l’existence de la |)rostitution ; vous allez jusqu’à dire : « elle est nécessaire ». Et vous justifiez cette nécessité par le fait, au(|uel je faisais allusion tout à l'heure, qu’il va un nombre d’hommes considérable poui‘ les(]uels la prostitution répond à un besoin. Et vous trouvez que cela est dans l'ordia; ! Je pense, moi. que si l’on veut sévir contre les femmes (]ui se livi-ent à la prostitution, il devrait aller de soi que l’on sévira également cou tre les hommes qui profitent de la pi-ostitution et qui hi j)rovoquent. (Approbation à gauche.) Il ne serait que juste et conséquent d'agir de la sorte. Pourquoi réserver toutes vos rigueui's pour un des sexes ('t

laiss3r l'autre sexe impuni ? Et pourquoi, surtout, absoudre celui des deu.i sexes qui est le principal instigateur de la prostitution ? (Approbatkn au banc des démocrates-socialistes.)

Il est de notoriété publique que les classes élevées fournissent à la pros.itution le plus gros contingent de clients. La satisfaction légitime des besoins sexuels s’y fait, en effet, attendre longtemps, parce que e jeune homme y atteignant moins promptement une situation qui lui permette de vivre selon ses prétentions sociales et d’associer à sa vie une compagne d’un rang correspondant au sien, les mariages sont de beaucoup plus tardifs que dans les classes inférieures.

C’3st également un fait notoire que les enti'aves mises par l'Etat au mariage des sous-officiers et surtout des officiers ont pour conséquet ce de faire fleurir la prostitution dans les \ illes de garnison. tSi don( la prostitution correspond toujours jilus à un besoiiy on doit constater que l’Etat contribue pour sa parta cet état de choses.

M lis, dites-vous, la prostitution entraîne à sa suite certains dangers publics : ce sont ces dangers que nous devons chercher à écarter. La j)ros itution favorise, en effet, la diffusion de certaines maladies ; il est firrivé trop fréquemment que ces maladies ont empoisonné ou détruit la vie de famille, qu’elles ont pénétré jusqu’au foyer domestique et qu’elles l’ont dévasté. C’est précisément pour cela (]u’au lieu de crée’, par une loi, une sorte de privilège en faveui- de ceux qui usent de le prostitution, vous devriez dire ; la prostitution fait courir de graves dangers à ceux qui en usent ; il va donc de soi qu’il convient de s’en abstenir. Ce sei'ait certes plus rationnel. Mais là encore vous avei' une réponse toute prête. Cette abstention, dites-vous, n’est point quel:]ue chose c]ui aille de soi. Ce qui va de .^oi, c’est qu’il y a des femmes qui se livrent à la prostitution et des hommes qui en profitent Notre tâche doit donc consister simplement à circonscrire le mal et à le maintenir dans des limites plus étroites que celles qu’il cheiche à franchir aujourd’hui.

V )us estimez donc qu’il est de votre devoir de créer une organisation qui prévienne dans la mesure du possible la diffusion des maladies vénériennes. Et vous pensez que le but sera atteint, lorsque voui aurez fait de la prostitution, en la réglementant, une institution aussi nécessaire que l’Eglise, l’école ou la police ! (Bruit et protestation. .)

E vous ne comprenez pas, Messieurs, qu’en raisonnant ainsi vous voui mettez en flagrante contradiction avec votre propre théorie de l’Eti t chrétien? Le christianisme pose une règle de morale absolue, la même pour le riche et pour le pauvre, pour l'homme et pour la femme. 'Vous, au contraire, vous vous dispo.sez à donner à la prostitutiin, par une loi, une organisation officielle et à dire à l’homme :

Moi, l’Etat, je pourvois, en ri'glementant la prostitution, à ce <jue tu puisses en user sans (ju’il en résulte aucun (préjudice pour toi. Et ainsi, de chaque homme, jeune ou vieux, qui é|)rouve un besoin sexuel, vous faites un client de la prostitution. \'otre seul souci n'estil pas de faire en soi'te qu’il puisse, sans aucun danger j)our lui, satisfaire à ce besoin? Il eût |)eut-êire été arrêté par la crainte de contracter une maladie vénérienne; vous vous ingéniez à lui donner toute sécurité à cet égard en statuant à l’article ISd. paragraphe 2 du projet, que la pi'ostitution ^era casernée dans des maisons de tolérance |dacées sous la surveillance de la police. » Cas('rnée ». c est bien h* terme dont on se sei't dt; prélV'rence aujourd hui. Nous vivons dans un siècle de militarisme : pour(|uoi ne nous servirions-nous pas de termes militaires pour parler de la prostitution ? i Hilnrilr a (jauchc.) Peut-être en viendimiis-nous avec le temps à faire ce <|ue font depuis longtemps le gouvernement anglais aux Indes et les Hollandais dans l’Archipel indi(m, et vcri'ons-nous l'Etat construire lui-même des casernes pour y loger les i)rostituées ! UUnritè à (jauche.) Il serait pourtant difficile que l’Etat poussât plus loin la sollicitmle à l’égard d’une difformité morale qui détigure notre société modei'ue. App)'obutinn au bu ne des democrates-soeiulistes.)

Que dit l’exposé des motifs accompagnant le projet? Il s’cx])rime

ainsi :

« Si nous continuons, comme par le passé, à autoi'iser dans chaque ville la prostitution à élire domicile oii lion lui semble, il en résultera une jM'omiscuité intolérable pom- de nombreuses et honnêtes familles habitant la maison sur laquelle la prostituée aura jeté son dévolu, et le danger sera grand de voir se répandre ainsi la contagion du vice. De plus, les autoihés de police seront hors d’état, avec ce .système, d’exercer un contrôle efficace sui‘ les [irostituées. et nous ris()uons fort (pie la consé(]uence en soit une recrudescence des maladies vénériennes. »

Voilà poui'(]uoi — c’est lii (pie l’on en va.ailait venir — il y a lieu de rétablir le casernement, l'orgaiiisation de maisons de tol('‘rance (|ue la législation pénale de l’Empire allemand avait abolis.

J’ai affirmé tout ii l’heure, ^Messieurs, (pie c’e.-'t la misère sociale qui pousse la grande majorité des prostituées à exercer leur triste métier. Ln médecin parisien, f*arent-l tuchâtelet. s'est livré sur cette (]uestion à une intéressante en(piête. Désireux de se rench'e compte des causes déterminantes de la prostitution, il a ('xainlm' cinq mille cas et il est arrivé aux constatations suivantes : de ces cimj mille prostituées, quatorze cent (piarante avaient ét(’‘ jetées dans le vice j^ar la misère et les priv ations de tout gem-e ; douze cent cimjuanto étaiimt demeurées or|)h(diii('s et sans res.s<3urccs. donc au-si dan- la

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niisèie : quatre-vingts s'étaient livrées à la prostitution pour nourrir leurs pai’ents ; quatorze cents avaient été abandonnées parleurs amants, plongées ainsi dans la misère ; quatre cents avaient été séduites par des ( fliciers ou soldats et rejetées sur Paris ; deux cent (luatre-vingts avai( nt été aband(.)nnées en état de grossesse j)ar leurs séducteurs.

V( us pouvez. Messieurs, vous livi’cr dans tout(is les villes de l’Ailemagie oii la prostitution existe à une enquête analogue à celle (jue Parent-Duchâtelet a faite pour Paris, et vous obtiendrez des résu tats analogues. Il en faut conclure que le tléau dont nous déplorons la présence n'existerait pas, si des classes entières de notre populatioi ni vivaient jias dans de fort tristes con<litions. Lorsque l’on voit, dans les grandes villes, un nombre considérable d'ouvrières se livre * à un dur labeur de quatorze heures par jour et au-dela, pour n’ari iver à gagner que 5, 6. 7, 8 marks environ ]iar semaine, peut-on

s'étonner qu'il y ait des prostituées?

8(iuvenez-vous des résultats navrants de l'enquête à laquelle le Conanl fédéral fit procéder, après 1880, relativement aux salaires des ouvi iéres emplovées dans la confection et le blanchissage ; dans plus d'un 3 ville les autorités elles-mêmes ont dû constater que c'était une situ: tion économique lamentable qui, seule, poussait les ouvrières a la prostitution. Telle est, en effet, la vraie cause du mal. Et lorsque les clas :es dirigeantes en énumèrent d'autres avec tant de complaisance : le goût de la toilette, la coquetterie, les penchants à la légèreté et à la dissipation, elles citent précisément celles qui déterminent le mal dans le nombre de cas le plus restreint. Offrez à (]uatre-vingldix-neuf pour cent de ces prostituées le moyen de recommencer une \'ie honnête et vous les verrez abandonner avec empressement leur tiâsie métier. [Applaiidissemenls au banc des démocrates-socialisles.) C’est là un fait incontestable pour quiconcjue connaît la question.

\ ais vous. Messieurs, vous ne vous souciez guère des causes de la pro:.titution. Votre profe.ssion de chrétiens vous ferait un devoir impériei X de rechercher avant tout comment et pourquoi ces malheureuses créatures se livrent à un si triste métier, puis de mettre ensuite tou en œuvre pour supprimer le mal en l’attaquant par la racine. Au lieu de cela, vous vous bornez à constater qu’il y a des prostituées et (|ue leur nombre va toujours croissant; que c’est la un mal, sans doL te, mais un mal nécessaire. Et il arrive qu en cherchant seulement à circonscrire ce mal, vous avez tout naturellement recours aux mo 'ens qui vont à fin contraire de vos intentions.

.1 3 suis le premier à reconnaître que les souteneurs sont de lort tris .es sujets, l'écume de la société, des créatures descendues au dernie • degré de la dégradation. Le commissaire du ministère impérial de a justice a parfaitement raison de dire que les criminels se recru-

tent fréquemment dans ce triste milieu. Mais il fait eri-eur, s’il croit que les mesures dont on nous propose l’ado])tion auront pour effet, en mettant entrave au métier de souteneur, de su])primer au.ssi le crime du même coup. Il n'en sera rien. On verra, au contraire, les souteneurs chercher dans le crime les ressources qu'ils ne trouveront plus dans le triste métier des prostituées qui les faisaient vivre. Il n’y a donc rien à gagner, de ce côté-là.

Puis songez que ce ne sont pas les souteneurs seuls qui exploitent les prostituées ; ce .sont aussi les logeurs et les logeuses. Ce sont, en effet, ti-ès fréquemment des femmes qui ofî’rent la pension et le logement à ces malheureuses. Ces femmes savent que la prostituée est mise au ban de la société, que le nombre des personnes disposées à lui donner asile est limité, et on voit ici se produire un fait bien connu dans le domaine économique ; les prix se déterminent d après la loi de l’offre et de la demande. Il faut à la prostituée, avant toute chose, un domicile. Dès lors, elle se voit contrainte de se soumettre aux prétentions, même exorbitantes, de la logeuse qui le lui fournit. Cette exploitation, qui est un fait avéré, pèse de tout son poids sur la prostituée, et atteint parfois les limites de la cruauté.

Mais, Messieurs, pensez-vous donc sérieusement que vous aurez amélioré en une mesure quelconque cette situation, lorsque vous aurez caserné la prostitution, créé des maisons de tolérance et (]u ainsi à un nombre relativement considérable de logeurs et logeuses, entre lesquels la prostituée peut faire un choix, vous aurez substitué un seul entrepreneur, une sorte d’entrepreneur « en gros » [liilariié), hébergeant une quantité de prostituées, en i’em]jlissant des maisons entières et, ce qu'il y a de plus beau, jouissant dans 1 exercice « en gros » de son métier profondément immoral de la protection et de l’appui les plus complets de la police et des autorités municipales'? [Approbation au banc des démocrates-socialistes.)

C’est pour le petit entrepreneur, le souteneur, que vous réservez toutes les rigueurs de la loi ; vous allez jusqu'à vouloir sévir contre lui, même dans les cas où l’on ne peut établir d’une façon certaine qu’il tire un profit matériel de ses relations avec une |)rostituée. La définition que vous donnez du souteneur permet, en effet, au juge d’user de la plus grande rigueur à l’égard de celui qui est seulement suspect d’exercer ce métier. Peut-être ignore-t-il. cet individu, que sa maîtresse se livre à la prostitution ; il suffit, pour que 1 on puisse lui infliger des peines sévères et le flétrir pour toujours aux yeux de la société, qu'on ait constaté l'existence de relations intimes — fort différentes peut-être de ce que l’on suppose — entre une prostituée et lui. Vous interdisez donc. Messieurs, l'exercice on détail du métier

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•ous autorisez, réii-lementez et protégez lorsqu'il est fait en gros. 'ilé cl ajiprobdtioii à r/fiKchc.)

elle est. Messieui’s. la situation des pensionnaires des maisons de inceV t'u'àce à la ligue, fondée en Angleterre, qui embrasse auhni tout le continent et (jui a déclaré la gui'rre à la prostitution, 'te sur ce sujet de nombreux écrits. Tout homme quehjue peu urant de cette littératui-e sait combien est atfreuse la condition malheureuse créature (jui a fi'anchi le seuil d'une de ces mail’our elle, plus de liberté, ni morale, ni matérielle ; elle devient time d’une odieuse exploitation. La pi'ostiiuée (]ui habite une >n particidière. chez un logeui’ ou une logeuse, peut donner son ■' et partir loi'squ'elle trouve (lu’on abuse trop de la situation, nuit également d une certaine liberté dans ses relations avec ients : elle peut refuser ceux d'entre eux qui ne lui conviennent

is la maison de toléi’ance, au contraii'e, la [)rostituée est tenue livrer, bon gré mal gré, à tout individu (jui a payé le j)rix conau tenancier de rétal)lissement. L'('xploitation dont les malbeu- ' pensionnaires des maisons de toléiainco sont les victimes au de vue |)livsi(]ue et au point de vue matéri(d est atroce et détout ce (jne l’on peut imaginer. In's ju'ostituées caseiaiées dans lisons de iirostitution sont, en un mot, et dans toute la force de me, des esclaves blanches. [Vif assenlnnenl a gauche, j uijoLird hui \cius voulez, en ouvrant en masse des maisons de tution, |jouss(.'r a se perdre coi'ps et âme pour toujours des rs de jeunes tilles et de femmes que la misèi’c sociale a jetées leur triste métier et auxquelles lotre organisation sociale si 3 ne peut procurer une subsistance suflisante ! {Vive approbalion ic des democrales-socialisles.)

, Messieurs, la |)rostituée libre, ayant un domicile privé, peut, it les circonstances, re|)rendre sa place dans la société ; il lui ativement lacile de se réhabiliter. Quant à la jiensionnaire de ison de tolérance, son avenir est brisé pour toujours ; elle est e pour la société. Entrée dans un établissement de première , elle tombera dans des maisons de second, de troisième, puis •nier ordre, jus(|u'à ce qu’arrivée à la dégradation la plus comelle soit atteinte — si elle ne l’a pas été avant ce moment — de le maladie repoussante, à lacjuelle elle succombera misérant. Tel est. Messieurs, le sort qui lui est réservé. Et voilà résultat aboutit le casernement de la prostitution, a plus. En organisant ofticiellement ce casernement ; en pront tout au moins (jne l’Etat le tolère, et en lui donnant une réntation officielle, ce qui équivaut à déclarer que cette organi-

sation constitue une nécessité .sociale, vous n'avez plus le pouvoir d’empêcher les tenanciers de ces maisons de travailler sans cesse à renouveler et à rajeunir leur personnel. Leur clientèle exige d ailleurs qu'ils le fassent. D’où il ressort qu'en lin de compte, l'Etat sanctionne le proxénétisme organisé. [Assenliinenl à gauche.) D'un côté le paragraphe 181 de votre projet édicte les peines les plus rigoureuses contre les entremetteurs et, d'un autre céàé. en autorisant ofticiellement les maisons de tolérance, en les organisant officiellement vous faites du proxénétisme une nécessité. Telles sont les contradictions auxquelles aboutit votre projet.

Mais, Messieurs, serait-il donc vrai que les mesures proposées constituent une sauvegarde de la moralité publique Et l'état actuel de la prostitution mettrait-il plus en péril cette moralité publique que ne le fera l'ouverture de maisons de prostitution dans des quartiers et des l'ues déterminés'? En aucune faejon. Ceux qui savent ce (jui se passait dans les grandes villes de rAllemagne, à Berlin même, avant 1 entrée en vigueur du code pénal actuel, opposeront un démenti catégori(]ue à une pareille assertion et seront d'accord pour reconnaître combien cet état de choses était scandaleux. J’en appelle à ceux (jui en ont été témoins. N'est-il pas vrai que les faits dont était le théâtre, avant 187U, le « Konigsmauer >), inquiétaient et scandalisaient les quartiers environnants'? N'est-il pas vrai que le « Konigsmauer » était connu dans tout Berlin comme le lieu où l'on se rendait lorsque, voulant assouvir ses passions, on désirait s'assurer en même temps en quel- (jue mesure l'impunité, se plaidant au bénéfice de la garantie que la surveillance de la police était censée fournir contre les maladies vénériennes '? Des milliers de jeunes gens y allaient, poussés par la curiosité, attirés par le désir malsain de se rendre compte de ce qui s y passait ; ils s'v rendaient dans leurs moments de loisir, et la plupart succombaient à la tentation. Les mêmes faits se sont produits a Leipzig— j’en ai été témoin — où une rue tout entière, la Pleissengasse, était le quartier-général des prostituées, ainsi qu a Hambourg et ailleurs. La situation, en un mot, était alors pire qu aujourd hui.

Que pensez-vous. Messieurs, que doivent se dire le jeune homme, l’homme fait, lorsqu'ils apprennent l'existence de pareils établissements, organisés par l’autorité et protégés par la législation ? Ils se disent évidemment : en me rendant dans ce heu. je ne commets pas un acte repréhensible. car si c'était mal taire (jue d y aller, l Etat n en tolérerait pas l'existence. Ici encore vous voyez. Messieurs, dans quelles étranges contradictions vous tombez avec ce projet.

L’organisation des maisons de tolérance présente-t-elle, enfin, une plus grande garantie contre la diffusion des maladies vénériennes ? En aucune fa(;on. J'ai sous les yeux des chiflres qui. pour 1 Angle-

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, établissent précisément le contraire. Pendant de lon^'ues années vait pas été question dans ce pays d’un contrôle de la prostitu- A un moment donné, on signala dans les villes de garnison e irts de mer surtout, de nombreux cas de maladies vénériennes, i-mi ces cas de fort graves. On en conçut de l'inquiétude et l’on (ju'il pourrait être utile d’instituer un contrôle médico-légal, e mettre la population masculine à l’abri du danger. On coma pai‘ les villes de garnison signalées comme des foyers de con- 1 et devant ainsi occuper, en première ligne, la sollicitude de . Puis, après six ans de ce l'égime. on nomma une commission it chargée de recueillir les données nécessaires pour juger de acité des mesures législatives. Le résultat de l'enquête fut le it :

8150 à 18111), avant l'entrée en vigueur de la loi, les cas légers de is étaient tombés de .-12,158 à 24,7.-l %. En 1872, après six ans d’apon de la loi, la proportion était de 24.215 Il y avait eu donc pour mnée-là, comparée a 181511, une diminution n’atteignant pas même ir cent. Il y avait, en revanche, pour la période entière des six 5 une augmentation de f',,, “

commission conclut à la suppression de la réglementation, ce t lieu en 1880 ‘.

avait tait également une étude comparative de la marche des ies vénéi'iennes sous le régime de la liberté et sous l’empire de lementation. En voici le l'ésultat :

8151), on comptait 121 cas de maladie sur mille prostituées. En 18158, ns après l’entrée en vigueur de la loi, ce cliilTre s’élevait à 202. Il •ar la suite une légère diminution, mais il était encore, en 1874, Hir de 115 à celui de 181515.

Il y a plus.

Sous l’empire de la réglementation, on vit ies cas de décès provenant de ma adies vénériennes s’accroître dans une proportion elYrayante parmi les prcstituées. En I8ii.5, avant l’entrée en vigueur de la loi, le nombre de

décès le cette nature était de 0,8 pour mille : en 187i, il était de 28 pour mille !

En il’autres termes, l’illusion dans laquelle on vivait que la surveillai: ce médico-légale constituait un rempart contre l'envahissement ( es maladies vénéidennes a incité un nombre d'hommes tou-

I Le.s per.soiiiies dé...iiviises de .se lendre un coin|)te exart de rmllnence «iii'a exercée le reginie .1 la regleinentation en .Vngletei re. liront avec fi nit le travail très coninlét dn I)' Xevins dont tout les données sont extraites des docuinents ofticiels publiés pai' le gouvernement luinienie. C ^ tra\;ul a pour titre : Lf.s nuifadirs vénénen/tes dans ramure (taqhuse avant Vintrodavta n des Avis sur les maladies contagieuses, ijendmtt leur amdicaüon et demus Leur suppress on. — Note des éditeurs. '

jours plus considérable à user de la prostitution ; il en est résulté — les médecins certifieront tous l'exactitude de cette assertion — que le nombre des prostituées est allé croissant et que. nécessairement, les cas de maladie se sont multipliés et sont devenus jflus gra\ es. — .le n’en dis pas davantage sur ce |)oint, mais je constate ceci : l’accroissement du nombre des décès prouve que la réglementati(Ki. bien loin de faire disparaître les maladies vénériennes, n'a pas même pour etfet d’en ralentir la marche. Avec la réglementation, on ne voit en aucune façon diminuer le nombre des cas graves. — ceux contre lesquels il serait désirable de se prémunir. — elle n’aboutit ([u'à les rendre plus fréquents. Telles sont les expériences faites en Angleterre, lorsque l’on a voulu juger du mérite comparatif des deux .systèmes en présence : la liberté absolue et le contrôle sévère ))ar l’autorité.

.Te suis absolument convaincu (jue l’on obtiendra chez nous des résultats analogues, et cela dans la mesure précise oii le législateur croira devoir intervenir. Hétablissez les maisons île tolérance ; elles seront signalées ainsi à l’attention publiijue et ce fait seul leur vaudra une nombreuse clientèle. Vous verrez apparaître aussitôt le cortège de maux de tout genre qu’entraîne après elle la jirostitution dans toutes les grandes villes où elle compte beaucoup de clients.

Cela étant, je ne vois pas qu’il puisse ressortir des dispositions de ce projet quelque bien pour la société ou seulement pour le sexe masculin. ,1’estime. en revanche, que l’immixtion de l'Etat dans ce domaine présente, au point de vue moral, les plus graves inconvénients. .lamais la prostitution, même s’exerçant avec la plus entière liberté, ne pourra faire un mal moral comjfarable à celui que causera l’Etat, si on le découvre, avec toute son autorité, derrière ceux <|ui se livrent à un pareil métier.

Et repré.<entez-vous. Messieurs, ce qu’il en sera de Berlin, par exemple, si dans une nouvelle organisation vous jirétendez. comme le fait le projet, tenir compte des conditions dans lesquelles se trouve actuellement la prostitution et de la place qu’elle jfrend aujoui-d’hui. Vers l'année 1880, le nombre de logements occupés dans difi’érents quartiers de la ville par des femmes connues de la police comme vivant notoirement de prostitution n’était pas inférieur à dix-neuf cents. Quelques-uns de ces logements étaient habités ]far une seule femme ; dans d’autres il y en avait plusieurs. Nul doute qu’aujourd’hui le nombre de ces logements ne soit au minimum de trois à (piatre mille, et je ne parle ici. bien entendu, que des logements occupés par des femmes faisant métier de prostituées, c'est-à-dire ne vivant que de prostitution. Bien plus élevé encore est le nombre des lemmes pour lesquelles la prostitution est pour ainsi dire un accessoire, qui ne s’y livrent pas d'une façon continue, mais occasionnellement et

]ue toujours lorsque la misère les y pousse. Si donc l’on veut t|uer la loi dans toute sa rigueur, les prisons du royaume de se seront loin de suffire et il en faudra construire de nouvelles loger toutes ces prostituées.

vous voulez adopter la réglementation sur les bases du projet, is taudra consacrer a Berlin des rues entières aux maisons de ince. Une pétition parvenue l'année derniiu’e au Reichstag dele que les maisons réservées à ces établissements soient placées ntre de la ville, alin que la surveillance en soit plus aisée ! {Cris 'coulez ! » à gauche.)

•sont vraiment de rassurantes perspectives qui nous sont ous ainsi ! Au reste, la situation que 1 on songe à créer aurait pares conséquences les plus inattendues et les plus désastreuses. Et ?mière de ces conséquences sera, prenez-y bien garde, que notre sse, noti-e plus tendre jeunesse, bien loin d'être mise à l’abri de itagion, sera poussée par la curiosité à aller en masse visiter les. pour se rendre compte de ce qui s'y passe. Je sais qu’à ig on a vu. dans le temps, la police obligée d’établir un cordon împécher les jeunes gens encore mineurs de pénétrer dans les nal famées où ils accouraient en foule. Les rues peuplées par •eils établissements sont le théâtre de scandales, et la contagion mdale s'étend bien au-delà de ces rues elles-mêmes. Je n'ai pas 1. Messieurs, d'insister sur ce point, ^"ous feriez une triste been prenant les mesures (jue réclame le pro|et. time que les dispositions du 3()1. chiffre 6 du code pénal qui ’égit sont déjà fort sujettes à caution. Elles arment la police jouvoir dont nous 1 avons vue abuser fréquemment et d’une indigne. C'est un pouvoir extraordinairement dangereux que ?n vertu duquel la police peut, comme cet article l’autorise à le arrêter, conduire en prison et soumettre immédiatement à site médicale, comme prévenue de se livrer à la prostitution, femme qui se trouve seule, à une heure tardive, dans les rues a attiré sur elle l’attention, en jetant un regard simplement X, peut-être, sur un passant. {Manjiies d'assentirnenl au banc des 'aU's-socialistes.)

s avons eu ces dernières années à Berlin de nombreux cas où > de zèle de la police a donné lieu aux plaintes les plus vives. 11 as douteux qu'il y en a eu bien plus encore que nous ne l’avons ‘ le plus souvent les femmes et les jeunes filles, qui sont vicd'une aussi désagréable aventure, ont le plus grand intérêt à r l'affaire. Si le projet de loi est adopté, cet état de choses qui te déjà de .sérieux inconvénients, en offrira de bien plus grands . C'est alors que l’on verra la police pratiquer de véritables

razzias et redoubler de zèle, afin de découvrir et de faire punii- les filles et les femmes qui auront trouvé moyen de se livrer à la prostitution en éludant la réglementation. C'est alors aussi que les méprises et les erreurs se multiplieront dans ce domaine... f

OPINION DE quelques .VUTRES DEPUTES

Le discours de M. Bebel avait été prononcé dans la séance du 3 décembre 189'2. Peu de jours après, dans la séance du \â décembre, un autre député du même parti, M. Stadthagen, est venu à la rescousse. Il a reconnu que les auteurs du projet s’étaient soigneusement abstenus de jjarlei* de « maisons de tolérance ». Mais, a-t-il ajouté, qu’importe que vous vous serviez de ce terme ou d'un autre pour désigner les « locaux ». occupés par les prostituées, et dont les tenanciers resteront impunis ! Un fait subsiste, c’est que ces locaux serviront absolument au même usage et se trouveront dans les mêmes conditions que les maisons de tolérance. Et après avoir établi qu’en réalité la réglementation proposée et le casernement aboutiront fatalement à l'ouverture de maisons de tolérance, le député de Berlin s’écrie avec une sanglante ironie : « En casernant la prostitution, vous érigez les maisons de débauche en institution fie l'Etat, jouissant d’une protection officielle de sa part, et des tenanciers de ces établissements vous faites une sorte de fonctionnaires de l’Etat, comme qui dirait, si vous voulez, des conseillers intimes de maisons de tolérance ».

Avec M. Bebel, M. .Stadthagen a reproché aux défenseurs du projet de nier l’évidence, lorsqu’ils prétendent que la santé publique bénéficie du régime des maisons de tolérance, et, comme lui, il leur a démontré que ces mauvais arguments d’une détestable cause se retournaient contre eux.

Il faut reconnaître que, dans la discussion au Reichstag, les défenseurs du projet ont fait la partie belle à leurs adversaires sur les points spéciaux du casernement et de la réglementation.

Jouant sur les mots, ils ont persisté à contester que la loi visât au rétablissement des maisons de tolérance, puisque, n’ont-ils cessé de répéter, elle ne prononce pas même leur nom ! Et se retranchant derrière l’équivoque ainsi créée, ils se sont abstenus de faire connaître leur manière de voir sur cette institution. Passant sur le sujet comme

‘ Ici M. Hebel poursuit sa critique du projet en abordant les questions de la littérature pornographique, des aggravations de peines, etc. Comme notre intention était de taire plus spécialement connaître l'opinion du député socialiste sur la prostitution réglementée et les maisons de tolérance, nous ne reproduisons pas cette partie de son discours.

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isur braise, iis se sont attachés à défendre les autres dispositions rojet. celles relatives aux souteneurs, aux entremetteurs, à la tration et la diffusion de publications obscènes, à la question des avations de peines prévues pour les délinquants particulièreendui'cis, a 1 exclusion de la publicité pour certains débats judi-

jsieurs orateurs se sont lancés dans des déclamations à perte de et. tout en se gardantd’aflîcher hautement leurssympathies pour

uletnentation. ils n ont pas caché (prau btnd leur plus grand était de trouver quelque mesure efticace (pii permit aux détés de se livrer à leurs passions avec la sécurité la plus compossible. Rééditant, sous une autre forme, une maxime fameuse 1 antiquité, suivant laquelle ce (pii est mal ce n'est pas de voler, de se laisser prendre et punir comme voleur, ils ont montré (pie irincipale crainte, dans cette question de la débauche, c'est de e mal devenir trop apparent et entraîner des inconv'énients troj) s au point de vue de la santé publique. Et comme ce n'est pas lémeiit (pie l'on s'écarte du terrain des principes et de la morale, trrivéque. dans leur aveuglement, ils ont choisi, comme le leur rt bien dit M. Bebel et ses amis, la voie qui les conduira préciit a 1 opposé du but qu’ils disent avoir en vue ; sous prétexte de

3 fin à un scandale, leur système en créera fatalement un plus encore.

mention honorable est due, ici, à un député conservateur, ihn, qui n a pas craint de se séparer de l'immense majorité de :iis politiques en se rangeant au nombre des adversaires du pro- [. Hahn a combattu avec vigueur les dispositions relatives au lement de la prostitution. Il s'est élevé contre la réglementation Lisse entièrement toutes les notions de morale en faisant naître in peuple l'idée que la prostitution n'est point une chose maupuisque l'Etat l'autorise expressément en l'organisant.

' sont, en ce qui concerne la prostitution, les traits essentiels de aission a laquelle s est livré le Reichstag au sujet du projet de lui était soumis. Après ces débats, qui ont occupé deux séanis.sembée a décidé que le pn^jet serait renvoyé à l’examen d’une ission de vingt-un membres.

s, depuis lors, est survenue la dissolution du Parlement, qui ■a les promoteurs du projet de loi à reprendre l'affaire ab ovo 'ulent qu elle reijoive une solution. Il faut espérer que d’ici là »n publique, éclairée, se rendra un compte exact de la portée jsures projetées et manifestera son opposition en appuyant les ations qui se sont fait entendre au Reichstag et dans la presse ulernent contre le rétablissement des maisons de tolérance,

mais conti-e le principe môme de la réglementation oflicielle de la prostitution.

Dans une courte réfilique à ses adversaires, au cours de la séance du 15 décembre, M. Bebel s’est écrié :

(( Votre projet crée l’inégalité de traitement la plus choquante entre les deux sexes. Tandis qu'en la personne des prostituées, vous réservez au sexe féminin les peines les plus rigoureuses et une série de mesures qui ne peuvent aboutir qu’à une déchéance morale complété, vous ne songez pas même, d’un autre c(Mé. à atteindre ceux-là même c]ui donnent à la prostitution sa raison d'être. Il n'v aurait bientôt plus, en effet, de prostituées, s'il n’y avait plus d'hommes pour les rechercher et les provoquer ainsi à exercer leur triste métier... Nous demandons l’égalité absolue pour les deux sexes devant la loi ; nous voulons que ce qui est considéré comme ré|iréhensible chez les uns, le soit aussi chez les autres. »

Et, d'autre part, la publication citée plus haut des as.sociations pour la réforme des mœurs, rappelant ce qui s'est passé en Angleterre. oii le système de la réglementation et des maisons de tolérance a été balayé par la volonté populaire, s’exprime comme suit :

<( L’Angleterre n’a pas subi longtemps ce joug odieux. Une noble femme a réveillé la conscience de son peuple, et bientôt des hommes pleins de sérieux et animés d'un ardent amour pour leur pays, se sont mis avec elle à la brèclie. Ils ont arraché les voiles (|ui recouvraient la j)laie saignante. Ils ont montré le mal grandissant, s'étendant et mena(;ant tout l’organisme. Ils ont établi au moyen de preuves absolument irréfutables (ju’avec la réglementation l’état de la santé publique, bien loin de s’améliorer comme on l'avait promis, était allé au contraire s’aggravant de jour en jour. Leurs efforts persévérants ont été couronnés de succès. Le peuple s’est levé, et dans .son indignation, il a renversé tout l’échafaudage d’une odieuse législation. »

Buis après avoir constaté qu'en Allemagne aussi c’est l'indignation populaire (pii a amené, il y a (pielque vingt ans, la suppression des mai.sons de tolérance, la môme publication adjure le Reichstag de ne pas entrer à pleines voiles dans la réaction, en infligeant au peuple allemand le sanglant outrage de rétablir le .système (pi'il a luimêrnc renversé.

Puissent ces paroles trouver écho en Allemagne!

Si l’opinion publique s'associe avec quelque énergie aux efforts des députés socialistes et des associations pour la réforme des mœurs, il est impossible qu’elle n’obtienne pas gain de cause, car la voix du peuple est aussi une de ces voix qui ne peuvent pas être condamnées à « retentir dans le désert

Geiicve. — liup. P. Dubois.

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