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INTRODUCTION
Dans les lignes qui vont suivre, on ne se propose point de faire œuvre de polémique, mais, autant que possible, œuvre de pur examen. On ne considérera pas le socialisme comme^un parti qu'il faille ou combattre ou servir, mais comme un état d'esprit confus qu'il importe d'élucider.
Sous le nom de socialisme, on entend fréquemment désigner la remarquable aspiration à la solidarité qui caractérise notre temps et qui agite non seulement les ouvriers et les employés, mais encore les travailleurs improductifs des classes libérales ou des administrations publiques et même les petits capitalistes. Syndicats ouvriers et agricoles, sociétés de secours mutuels, sociétés coopératives de consommation et de production : tels sont les signes de cette aspiration, dont l'objet incontestable est V atlénualion de la concurrence économique,
Richard. — Socialisme. i
Ij'aU(^nunlion de la concurrence n'est pas unn oxjiresHion vague. L'élat social ainsi dësi- ({ikS conHJHlcrait en ce que les capacités Hii|H^ricur('s pussent se déployer sans nuire «ux (•n|m('ii<^s inférieures et même en servant l'iuli^ri^t commun et le progrès général. A cet ('•jfanl, 11) (Vncurrcnce économique est une coHourivure nllénuée si on la compare non soiilcmcnt il lu lullc pour la vie qui sévit entre los aiùmaiix, mais aux diverses formes de (a lutlo qui oui mis aux prises les races luimiuucs, la lutte pour les fruits spontanés de U lorix* outre los Irilnis sauvages, la lutte pour la U-rr»' arahlo ol sos pr».>duîl* qui tient une si ^îMude (»Uuv divus riusloin> jiisiiu'à une date !i>!ij*«'< ra(>pr\H-luV. Klle a iKmr douiaiue tout le \-V.,*u;(» dos <\-l(rtHi:^'s, «Vlianj^.-s des produits, è^•h,^■.■.i^•s do* sor\ivvs. Or l\vhanare suppose dvN,;\ ohvv*^"* »jyî o\ohîo:il la Ov»aourrfnoe illi- ?,'.-.'-..v ; î'v.*f o*ï kl di>tsioa da tnv^l oa vNN.'iXT.tiLva C\>:v,;vo\o. l'-^v.irv «-^t U juridic-
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INTRODUCTION 3
La concurrence économique, résultat ellemême d'atténuations antérieures, est donc susceptible d'être à son tour atténuée, puisque, dans Tétat actuel, il est encore faux de dire que la supériorité des uns se déploie sans jamais léser la personnalité et la propriété des autres. L'association est incontestablement un moyen de développer la solidarité et de provoquer de notables atténuations de la concurrence. Soit que dans les syndicats elle unisse en vue de la résistance les forces d'ouvriers et d'employés similaires, soit que dans des sociétés coopératives et des sociétés de secours mutuels elle groupe pour l'épargne et la division des risques, pour la diminution des frais de l'existence, parfois pour la production ellemême, d'immenses sommes de petits capitaux, elle met le concours mutuel et l'organisation spontanée à la place du désordre et de l'incohérence (i).
Cette atténuation de la concurrence, cette aspiration puissante à la solidarité fait-elle
(i) Rappelons que d'après VOffîce du travail le nombfe des associations syndicales s'est élevé de 175 en 1884 à 5.146 en 1895; le nombre de leurs membres, de 481. 433 en 1891 à 979.098 en 1896; il y avait 20 unions de syndicats en 1884, 126 en 1894. — On sait que les sociétés de secours mutuels comptent plus de 1.400.000 membres. — Certaines associations fraternelles, telles que celles des employés des chemins de fer, ont 80.000 membres avec un capital de 18 millions.
présager la disparition prochaine ou future de la propriété privée? Fait-elle au moins présager la disparition des entreprises privées et Tabolition du droit de posséder des capitaux, des moyens de production, des instruments de travail ?
Le groupement des travailleurs et des petits capitalistes nous conduit-il à un état social où la collectivité serait, sinon chargée de répartir les fruits du travail également entre ses membres, du moins mise en possession du sol et de tous les moyens de produire?
Si pour beaucoup d'esprits le socialisme ne désigne pas autre chose que le progrès de la solidarité et Tensemble des sentiments et des dispositions propres à favoriser ce progrès, pour beaucoup d'autres il désigne la négation de la propriété et de Tentreprise privées ainsi que la guerre au capital et à Tépargne.
Ces deux aspects de la démocratie sociale sont-ils inséparables ? Existe-t-il une opposition naturelle entre la solidarité et la personnalité? Du développement de la première fautil conclure à la disparition inévitable, plus ou moins rapprochée, de la propriété et de l'initiative individuelles ? Tel est le problème dont Texamen va faire Tobjetde cette étude.
Ce problème, qui constitue toute la question sociale et qui prend bien d'autres formes,
INTRODUCTION
notammeat en morale et en politique, pourrait à la rigueur ne pas arrêter les esprits si nous n'avions devant nous qu'une illusion populaire. Il suffirait de montrer que la solidarité, c'est pratiquement Tassociation par la division des risques et qu'il n'y a pas aujourd'hui de solidarité effective sans un effort pour constituer des épargnes et sans l'union d'initiatives et de risques individuels. Les ouvrages élémentaires d'économie politique se sont suffisamment acquittés de cette tâche.
Mais aujourd'hui le raisonnement qui conclut de l'atténuation de la concurrence, à la disparition de la propriété capitaliste, prend une forme scientifique en apparence rigoureuse. Non seulement les lois abstraites de la valeur, mais l'histoire générale de l'humanité, l'ethnographie et l'étude des hommes préhistoriques sont appelées à témoigner en faveur des conclusions collectivistes.
C'est surtout la valeur de ces arguments et l'autorité de ces prévisions qui feront l'objet de notre étude.
On voit aisément dès lors comment elle se divisera. Nous devons procéder d'abord à un historique du socialisme, à une exposition de ses variations. Nous suivrons pas à pas, quoique sommairement, vu le cadre imposé à ce travail, ses efforts pour se constituer comme
b LE SOCIALISME ET LA SCIENCE SOCIALE
une histoire et une prévision des faits sociaux. Nous soumettrons ensuite ses arguments et ses inductions à une critique ; enfin nous porterons une conclusion sur les principaux aspects du problème.
ET LA