NOMBRE PAR CHAQUE
EN d'héritages valeur GÉNÉRALE PROPRIÉTÉ
i833 25.368 1.372.175.000 54.000 1882 55.35o 3.5o8.ooo.ooo 62.000
ieeroisseveit. 29.991 1 . l35.825.000 8.000
Nous n'apercevons donc pas la moindre trace d'une loi générale d'accumulation. Au contraire, pour l'observateur, deux grands faits correspondent au développement de la grande entreprise : le premier est la constitution de l'épargne populaire, le second est la subordination de l'entreprise à une forme de consommation qui résulte des exigences de la société démocratique.
Le socialisme flétrit et condamne l'épargne populaire; l'ayant condamnée, il ne s'en inquiète plus. L'épargne n'en poursuit pas moins son œuvre, renversant plus sûrement que les révolutions les barrières des classes. Tout d'abord l'épargne populaire s'empare des titres de la dette publique, et nous n'avons pas en vue seulement les milliards des caisses d'épargne, mais ces petites coupures si multipliées en France et môme en Angleterre. De plus la création des grandes entreprises a pour conséquence non de concentrer le capital, mais de le disséminer. Une moyenne ou même une petite entreprise pouvait faire la fortune d'une seule famille : la grande entreprise peut profiter à des centaines de petits capitalistes, soit qu'ils en possèdent directement les actions, soit que celles-ci soient acquises par des compa-
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gnies d'assurances sur la vie dont ils sont los créanciers.
Le capital, avons-nous dit, ne peut s'accumuler indéfininiment parce que les débouchés viendraient à lui faire défaut. La grande entreprise suppose la consommation populaire et en est la servante. La sociologie comparative en donne une explication lumineuse.
Le succès des grandes entreprises est, selon M. Tarde, un fait contemporain de la formation des nationalités démocratiques et de la multiplication des rapports internationaux, parce que les uns et les autres dérivent d'une même cause, Taffaiblissement de la tradition, une moindre tendance à imiter les ancêtres. L'homme du moyen âge ressemblait à la série de ses ancêtres ; il n'avait pas d'autres goûts, d'autres besoins que les leurs, mais, sauf par les croyances religieuses, il ne ressemblait qu'à un petit nombre de ses contemporains. Chaque société locale avait sa vie propre, ses besoins propres. Dès lors, à quoi eût répondu la grande entreprise? On construisait des routes, mais sauf les frères prêcheurs, les pèlerins et les marchands de reliques, personne ne les fréquentait. Au contraire, la grande entreprise est devenue possible et nécessaire quand des millions d'hommes ont été assimilés les uns aux autres, ont eu, sans distinction de localité et de classe, les mêmes besoins, les mêmes tendances (i).
Mais ces besoins nouveaux n'ont pas entièrement supplanté les besoins anciens et par suite la grande entreprise n'a pas supplanté la petite, car
(i) Gabriel Tarde, les Lois de V imitation, p. 354, Paris ^ F. Alcan.
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elle n'a pas été partout en concurrence avec elle. L'existence des chemins de fer exclut celle des diligences, mais non celle des loueurs de voiture ; le transatlantique n'exclut pas le bateau de pêche côtier, pas plus que la grande filature ne tue le petit atelier de couture. Les grands journaux des capitales ne peuvent supplanter la presse des petites localités qui satisfait d'autres besoins et d'autres passions, pas plus que la grande culture ne supplante la petite culture maraîchère.
C'est trop démontrer l'évidence. Ces faits autorisent une prévision, et elle est contraire au socialisme : c'est que l'épargne et la consommation populaires se rencontreront sur un terrain commun, la société coopérative de consommation. Sans spoliation, sans « socialisation » arbitraire des moyens de production, la démocratie économique se constituera, et, si Marx avait su vraiment étudier la société anglaise, c'est cet avenir qu'il y aurait lu.