PARIS
ANCIENNE LIBHAIHIE GERMER BAIl.LIKRE ET C ■
FELIX ALCAN, EDITElPi
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x riioDUcnoN
Dans les lijj;nes qui viml suivre, ou ne se [troposc j)oiiil (le l'airr <i'U\ro (!<' |>olrmi([Uc, mais, aulaiil «juc j)ossil)U\ œuvre de purexauieii. Ou ne cousidérera j)as le socialisme eouime uu pai'ti (|iril fiiilic ou coinhallrc ou servir, uiais eouiuic uu élal cl Cspiil coulus qu'il iuiporle d'élucider.
Sous le nom de socialisme, on euleud fré- ([uemment désii^ner la reiuarciuaiile aspiration h la solidarité qui caractérise noire leuqjs et qui agile non seulement les ouvriers et les employés, mais encore les travailleurs improductifs des classes libérales ou des administrations publiques et même les petits capitalisles. Syndicats ouvriers et agricoles, sociétés de secours mutuels, sociétés coopératives de consommation et de production : tels sont les signes de cette aspiration, dont rol)jet incontestable est Vatlcniialion de la concurrence économique .
Richard. — Socialisme. i
L'atténuation de la concurrence n'est pas une expression vague. L'état social ainsi désigné consisterait en ce que les capacités supérieures pussent se déployer sans nuire aux capacités inférieures et même en servant l'intérêt commun et le progrès général. A cet égard, la concurrence économique est une concurrence atténuée si on la compare non seulement à la lutte pour la vie qui sévit entre les animaux, mais aux diverses formes de la lutte qui ont mis aux prises les races humaines, la lutte pour les fruits spontanés de la terre entre les tribus sauvages, la lutte pour la terre arable et ses produits qui tient une si grande place dans l'histoire jusqu'à une dalc assez rapprochée. Elle a pour domaine tout le champ des échanges, échanges des produits, échanges des services. Or l'échange suppose deux choses qui excluent la concurrence illimitée : l'une est la division du travail ou coopération complexe, l'autre est la juridiction ou souveraineté. Les échanges supposent une division des occupations poussée plus ou moins loin ; ils se font indirectement par des contrats d'espèces différentes, vente, louage, prêt, mandat, société, gage, crédit, etc. Or l'exécution régulière des contrats suppose une organisation judiciaire et Tinterdiction des agressions réciproques.
INTRODUCTION i
La conciirrcMicc (''(M)ii()mi(jiio, rrsiillMl ellcnuMUC trattéiuialions aiilcriiMirc^s, est donc siiscci)liblo dôlrc à son ionr allrnurc, puisque, clans l'étal actuel, il est encore faux de dire que la supériorité des uns se déploie sans jamais léser la personnalité et la propriété des autres. L'association est incontestablement un moyen de développer la solidarité et de provoquer de notables atténuations de la concurrence. Soit que dans les syndicats elle unisse en vue de la résistance les forces d'ouvriers et d'employés similaires, soit que dans des sociétés coopératives et des sociétés de secours mutuels elle groupe pour Tépargne et la division des risques, pour la diminution des frais de l'existence, parfois pour la production ellemême, d'immenses sommes de petits capitaux, elle met le concours mutuel et l'organisation spontanée à la place du désordre et de l'incoliérence (i).
Cette atténuation de la concurrence, cette aspiration puissante à la solidarité fait-elle
(i) Rappelons que d'après YOffice du travail le nombre des associations syndicales s'est élevé de 170 en 1884 à 5.146 en 1896; le nombre de leurs membres, de 481 -433 en 1891 à 979.098 en 1895; il y avait 20 unions de syndicats en 1884, 126 en 1894. — On sait que les sociétés de secours mutuels comptent plus de 1.400.000 membres. — Certaines associations fraternelles, telles que celles des employés des chemins de fer, ont 80.000 membres avec un capital de 18 raillions.
présager la disparition prochaine ou future de la propriété privée? Fait-elle au moins présager la disparition des entreprises privées et l'abolition du droit de posséder des capitaux, des moyens de production, des instruments de travail ?
Le groupement des travailleurs et des jielits capitalistes nous conduit-il à un état social où la collectivité serait, sinon chargée de répartir les fruits du travail également entre ses membres, du moins mise en possession du sol et de tous les moyens de produire?
Si pour beaucoup d'esprits le socialisme ne désigne pas autre chose que le progrès de la solidarité et l'ensemble des sentiments et des dispositions propres à favoriser ce progrès, pour beaucoup d'autres il désigne la négation de la propriété et de l'entreprise privées ainsi que la guerre au capital et à l'épargne.
Ces deux aspects de la démocratie sociale sont-ils inséparables ? Existe-t-il une opposition naturelle entre la solidarité et la personnalité? Du développement de la première fautil conclure à la disparition inévitable, plus ou moins rapprochée, de la propriété et de l'initiative individuelles ? Tel est le problème dont l'examen va faire l'objet de cette étude.
Ce problème, qui constitue toute la question sociale et qui prend bien d'autres formes,
INTItOIU'CTION
iioliimiiKMil (Ml m()r;il(M'l ru [K)lili(|iic, |)OiiiM"nil à la ri^iu'iir iic pas arrcHer les esprits si nous n'avions ilcvaiil nous qu'une illusion populaire. Il sulliiail (le montrer que la solidarité, c'est [tratiquenienl lassocialion par la division des risques et qu'il n'y a pas aujourd'hui de solidarité efTective sans un effort pour constituer des épargnes et sans l'union d'initiatives et de risques individuels. Les ouvrages élémentaires d'économie politique se sont suffisamment acquittés de cette tâche.
Mais aujourd'hui le raisonnement qui conclut de l'atténuation de la concurrence, h la disparition de la propriété capitaliste, prend une forme scientifique en apparence rigoureuse. Non seulement les lois abstraites de la valeur, mais l'histoire générale de l'humanité, rethnographie et l'étude des hommes préhistoriques sont appelées à témoigner en faveur des conclusions collectivistes.
C'est surtout la valeur de ces arguments et l'autorité de ces prévisions qui feront l'objet de notre étude.
On voit aisément dès lors comment elle se divisera. Nous devons procéder d'abord à un historique du socialisme, à une exposition de ses variations. Nous suivrons pas à pas, quoique sommairement, vu le cadre imposé à ce travail, ses efforts pour se constituer comme
b LE SOCIALISME ET LA SCIENCE SOCIALE
une histoire et une prévision des faits sociaux. Nous soumettrons ensuite ses arguments et ses inductions à une critique ; enfin nous porterons une conclusion sur les principaux aspects du problème.
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