CHAPITRE PREMIER
LE SOCIALISME DISTINGUÉ DE l'ÉCONOMIE CHRETIENNE ET DE LA NATIONALISATION DU SOL
Le terme socialisme n'est pas clair par lui-même, et les définitions qvi'en ont données ses partisans ne sont pas de nature à en faire mieux comprendre le sens. « Le socialisme n'est que la balance des produits et des services », écrit Proudlîon ; à cette définition déjà obscure Engels oppose cette autre vraiment sibylline : « Le socialisme est le reflet dans la pensée du conflit qui existe dans les faits entre les forces productives et les formes de la production. »
Toutefois une certaine idée, au moins négative, est universellement attachée à ce terme ; le socialisme se définit aisément par son contraire, la
concurrence économique. On ne risqne pas de se tromper en en formulant ainsi l'idée maîtresse. Le socialisme est la notion cVun état social et d'une organisation économique sans concurrence. Le socialisme ainsi entendu, on peut être tenté de le confondre avec deux conceptions assez différentes : la charité appliquée à l'ordre économique, ou l'économie chrétienne, et le système de la nationalisation du sol. Au début de notre étude, nous devons écarter les équivoques grâce auxquelles nous entendons souvent parler d'un socialisme chrétien et d'un socialisme agraire.
I. — Le christianisme, durant son règne quinze fois séculaire, n'a pu manquer d'exercer une certaine action sur les phénomènes économiques. On peut donc parler d'une économie chrétienne, bien que les traits, comme nous le verrons, en soient des plus vagues. En revanche, il n'existe pas, il ne peut exister de socialisme chrétien. On ne peut être socialiste sans être infidèle aux idées chrétiennes, et chrétien sans être infidèle aux idées socialistes.
Si l'on veut connaître l'économie chrétienne, il faut évidemment consulter d'abord le Nouveau Testament. Or elle s'y ramène à deux principes, l'un placé par l'Evangile dans la bouche de .Jésus lui-même. << Prêtez sans exiger d'intérêt : Muluum date, nil inde sperantes (i). >> L'autre qui se lit dans les épîlres de saint Paul : « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger. » Il semblerait que le socialisme pût interpréter ces principes en sa faveur.
(i) Saint Lue. cli. vi. 35.