‹ Le socialisme et le congrès de Londres: etude historiqueChapitre 12 sur 13 · UNION FÉDÉRATIVB DU CENTRE · texte numérisé non relu

UNION FÉDÉRATIVB DU CENTRE

A nos camarades syndiqués^ Citoyens, Nous prenons la liberté d'appeler votre attention sur le Con-

grès international de Londres qui est proche, parce que, selon nouS| il comporte, pour les Syndicats ouvriers, une question primordiale : la Grève générale.

Les professionnels de la politique ne cachent pas leur intention de s'emparer de ce Congrès pour le faire tourner au profit du parlementarisme.

Aujourd'hui, Ton veut opposer aux Congrès ouvriers, des Congrès de députés qui donneraient, en directeurs, la marche à suivre au Prolétariat tout entier, et qui subordonneraient l'émancipation des travailleurs à Taction purement politique, en laissant de côté la question économique qui seule peut captiver l'attention du monde du travail.

Vous ne vous baisserez pas égarer par des citoyens dont la situation particulière est au-dessus de Tintérét général. 11 appartient aux Chambres syndicales, aux groupes corporatifs, de ne pas fairis le jeu des politiciens, et de discuter froidement quels sont les moyens les meilleurs, les plus prompts, pouvant amener des résultats en notre fevêur dans le système économique qui nous étreint.

La conquête des pouvoirs publics ne donnera jamais que des résultats inefficaces et n*est pas le seul but à atteindre.

Camarades,

Réfléchissez aux Congrès corporatifs futurs; envisagez la situation que veulent vous créer les politiciens qui ont la prétention de diriger le mouvement ouvrier.

Vous prendrez garde au danger que nous vous signalons^ et vous affirmerez de nouveau que la Grève générale est le seul moyen pour arriver à une transformation économique pour le bien-être de l'humanité tout entière.

Du reste, les incidents qui résultent des conflits économiques indiquent que, malgré l*opposition, parfois violente, qui lui est faite, la Grève générale se présente comme la seule arme à laquelle le prolétariat, une fois organisé, puisse demander son émancipation. Les défaites éprouvées par les grèves partielles, les u lock-out » patronaux, en forçant les ouvriers à agir sur uri plus vaste champ, indiquent aussi que Theure de la « guerre des bras croisés » ne tardera pas à sonner, et que le monde du travail doit faire appel à to'ite son énergie.

Nous n'insistons pas, car vous avez certainement compris que

212 LE SOaALISMB

votre devoir est de vous faire représenter au Congrès de Londres, soit effectivement, soit par le délégué d'un autre groupement, pour signitier par votre vote Tidée nette d'écarter à jamais les n divisionnistes » du prolétariat en venant vous prononcer pour la Grève générale, qui sera le facteur de la vraie Révolution sociale.

Vive rémancipation des travailleurs par les travailleurs euxmêmes!

Recevez, catnarades, nos fraternels saluts.

Le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire.

Note 23. — Le comité fédéral décida que la journée de 8 heures ne devait être acceptée et soutenue qu'à titre de formule. Il se prononça pour la suppression des armées permanentes et la grève des socialistes. Au lieu de préconiser l'interdiction des immigrations, le congrès doit recommander le développement des associations professionnelles et l'entente entre elles pour que leurs membres ne travaillent qu'au tarif syndical du pays où ils se rendent. Le comité refusa d'examiner la politique coloniale. Au sujet des conflits entre le capital et le travail, il préconisa les grèves et aussi « le mauvais travail », la résistance à la mauvaise volonté ouvrière.,. Le comité estima qu'il n'est permis à personne d'imposer un credo. . . « Le citoyen Ferdinand Guérard, représentant la Bourse d'Amiens, flétrit la campagne d'ostracisme que Liebknecht avait faite à Londres contre les communistes libertaires ». Il demanda l'admission sans distinction d'école, ce qui fut voté. Le comité fédéral prit ces décisions dans les séances des 8, 22 mai et 5 juin 1896.

Note 24. — A titre documentaire et comme spécimen nous donnons in extenso le rapport de la commission executive de la Bourse du travail de Nantes au sujet du congrès de Londres.

ET LE CONGRÈS DE LONDRES 2l3

Citoyens,

Ne voyant nullement la nécessité de refaire à nouveau Thistorique des congrès, votre commission executive vient vous demander purement et simplement Tadhésion de la Bourse du travail au congrès de Londres.

Certains bruits ayant couru que les organisateurs du congrès entendaient y faire de Texclusivisme en n'admettant que les délégués d'une certaine école socialiste, nous demandons que vous affirmiez une fols de plus vos sentiments d'union et de solidarité en repoussant les discussions de personnes et d'écoles qui nuisent è l'unité d*action des militants, de ne point reconnaître parmi ceux-ci les individualistes qui obéissent à des intérêts égoïstes et bourgeois, défendent l'intérêt particulier au détriment de rintérêt général et de Miumanité, sont hostiles aussi bien à l'action économique qu'à l'action politique et s'opposent à tous les mouvements d'ensemble qui seuls peuvent faire triompher notre cause.

De repousser également tous les perturbateurs ou agents de désorganisation à quelque parti qu'ils appartiennent ou prétendent appartenir, leur seul but étant de faire échouer les congrès et de stériliser les efforts des militants.

De n'admettre la discussion au congrès que sur le terrain économique, en y écartant la politique qui a toujours jeté la division dans les rangs du Parti Ouvrier.

Ceci dit, nous aborderons les questions à l'ordre du jour.

lo Guerre et arbitrage.

Sur cette question, la Bourse du travail de Nantes se déclare contre toute guerre offensive, qui n*a pour but que la lutte des intérêts de capitalistes qui n'ont qu'une patrie, celle qui leur rapporte les plus gros dividendes.

Se déclare partisan de conseils d'arbitrage pour régler toutes les questions économiques qui peuvent être soulevées dans le régime actuel.

Affirme son principe de l'union internationale des travailleurs et proteste contre les massacres continuels de Malgaches, d'Indiens, de Dahométans, de Tonkinois, etc.

2^ La journée de huit heures.

Cette question a été assez traitée pour que nous n'ayons pas besoin d'y revenir de nouveau.

Nous maintenons la résolution suivante : Journée de huit heures : minimum de salaire.

30 Le travail des enfants.

S'en rapporter entièrement aux décisions des congrès cor<i> poratifs qui demandent l'interdiction du travail aux enfants avant l'âge de seize ans et afin d'éviter les réclamations qui, à première vue, paraissent entièrement justes, la Bourse du Travail demande comme corollaire que les veuves et orphelins soient mis à la charge de la commune.

4<» La question agraire.

La Bourse du Travail ne saurait s'en désintéresser, mais elle laisse le champ libre à la plus large discussion à cette question qui intéresse un nombre considérable de travailleurs, mais elle affirme que l'union des travailleurs des villes et des campagnes est une chose absolument fsiite par les nécessités de la lutte pour l'existence et par les besoins de lutter contre l'exploitation capitaliste.

5^ Le travail aux pièces.

Suppression totale dans toutes les branches de l'industrie.

60 La politique coloniale.

Cette question est entièrement rattachée à la première.

7» Les conflits entre le capital et le travail.

Ces conflits ne disparaîtront que par la suppression complète, non pus des hommes, mais du capital argent, par son remplacement par le capital travail, et, comme corollaire, la socialisation des moyens de production et de consommation, qui supprimeront les luttes entre exploiteurs et exploités.

Il est une question que nous regrettons de ne pas voir traiter au congrès, c'est celle de la grève générale ; mais comme, certes, elle sera certainement soulevée par quelques délégués, nous vous demandons également d'affirmer à nouveau votre entière conviction de la nécc^ssité de la révolution des bras croisés, la seule arme à laquelle le prolétariat, une fois organisé, puisse demander son émancipation.

Le citoyen Hamon, de Paris, qui est connu d'un grand nombre d'entre nous, nous ayant offert de représenter la Bourse du Travail au congrès de Londres, et avec un mandat impératif, nous croyons devoir vous proposer d'accepter cette offre, toute de désintéressement.

ET LE CONGRÈS DE LONDRES 2l5

Nous vous demandons donc, citoyens, de bien vouloir sanctionner» par un vote, jes déclarations ci-dessus, et à désigner le citoyen Hamon comme délégué de la Bourse du Travail de Nantes au congrès de Londres.

Nantes, le i3 juillet 1896.

Les Membres de la SouS' Commission, Dknis, Isambart, Colombr, Lbbretok,

TULÈVE*

Note 25« — Voici cette résolution :

La Fédération du bâtiment» ayant pris connaissance de la circulaire du comité d*organisation du congrès international ouvrier de Londres, notamment du paragraphe annonçant que les délégués n*y seraient admis qu'autant qu'ils représenteraient des organisations préconisant faction politique et parlementaire pour la conquête du pouvoir politique ;

Considérant qu'il n*y a rien à attendre des pouvoirs publics, quelle qu'en soit la composition, le propre du pouvoir étant d*avoirdes intérêts opposés à ceux des travailleurs;

Que l'action des travailleurs organisés économiquement ne peut être que révolutionnaire et avoir pour but, non la conquête du pouvoir au bénéfice d'un parti, mais l'émancipation intégrale des travailleurs de tous pays:

Que laissant les partisans de la conquête des pouvoirs publics libres de suivre telle tactique qu*il leur plaît, elle entend qu^il en soit fait de même à son égard ;

Que l'ostracisme est la négation du but auquel doivent tendre les congrès internationaux, lesquels doivent être Témanation, non de partisans, mais de travailleurs libres ;

Regrette que les organisateurs du congrès de Londres ou leurs mandants aient cru devoir recourir à des mesures d'exclusivisme contraires aux intérêts véritables du prolétariat universel ;

Et émet le vœu que le congrès» maître de statuer sur les admissions, prononce indistinctement celle de tous les délégués régulièrement mandatés par des organisations ouvrières réelles, sans acception d'école.

Pour la Fédération du bâtiment et par ordre :

Vun des secrétaires^ L. RioM.

Note 26. — Au sujet de cette somme votée par le conseil municipal, il y eut des incidents suggestifs et peu connus. La demande avait été faite d'abord par un grou • pement à tendances sociales-démocrates. Il demandait 1 5,000 francs, paraît-il, et pour envoyer huit délégués. D'autres syndicats, à tendances du P. O. S. R. craignant, dit la rumeur publique, qu'il ne se servît de cet argent pour permettre à des groupes du P. O. F. d'envoyer des délégués, firent à leur tour, au nom de 66 syndicats (Union des syndicats du dépaitement de la Seine) une demande de io,ooo francs pour 5o délégués. La Commission du travail du conseil municipal perçut l'an* tagonisme des groupements et sans doute aussi la tentative d'accaparement du premier groupe. Aussi il vota io,ooo francs qui devaient être remis à la Bourse du Travail de Paris et partagés entre les syndicats légaux ou illégaux, adhérents ou non à ladite Bourse. La décision du conseil était fort large. Les syndicats se réunirent à la Bourse et ne s'entendirent pas, d'abord, chaque adversaire craignant d'être trompé. Enfin le tirage au sort, sur une liste dressée d'accord de 8o syndicats, croyonsnous, fut décidé. Il n'y eut pas besoin d'y procéder, l'argent n'ayant pas été versé.

Note 27. — On trouve l'écho de ces plaintes dans la Libre Parole^ i3 juillet, Clarioriy z5 juillet, etc. Le comité de même invita à parler M. Polak, Hollandais représentant le parti social-démocrate, et non un représentant du Socialistenbond, vingt fois plus nombreux.

Note 28. — UOrdre du jour est une brochure, petit in-8 de 40 pages. Il y avait une édition anglaise, une française et une allemande. Il y avait huit rubriques : I. Amendements aux règlements. II. Questions agraires. III. Action politique. IV, Action économique et industrielle. V. Guerre. VI. Education et développement physique. VIL Organisation. VIII. Divers.

Dans la rubrique I, nous remarquons que le Socialistenbond, la Chambre des coupeurs de bouchons (Amsterdam), l'Indépendant tailors, Machinists and pressers Union (London), la Social démocratie Fédération Reading Branch demandaient une modification du règlement dans le sens de l'acceptation des antiparlementaires. Par contre, TI. L. P.,Maidstone Branch, demandait le maintien de la résolution de Zurich et la Gasworker Union, Sydenham Branch l'aggravait en demandant que « Tac tion parlementaire soit considérée comme la forme ;;^remière et la plus essentielle » de l'action politique. Nous devons noter que le délégué de l'I. L. P. Maidstone Branch était le docteur Aveling, mari de Eleonor Marx et que lors des incidents du congrès, plusieurs membres de ri. L. P. écrivirent que M. Edward Aveling avait été chassé de PI. L. P. il y avait quelques années (E. Aveling is not a member of the I. L. P. he having been expelled from our organisation several years ago) Extrait de the Conférence Record, 3o juillet, the Justice, 3o juillet. Dans la rubrique III, nous notons : que le comité révolutionnaire central (France) donne comme but aux efforts du prolétariat la conquête du pouvoir politique, qui est le moyen par excellence de l'émancipation des travailleurs. La S. D. F., branche de Clerkenwell, réclame le suffrage universel, ainsi que la Padiham Weawers Association (tisserands). LaFabian Society demandait que le congrès s'oppose au référendum, à l'initiative populaire, à l'élection des fonctionnaires par le suffrage universel, parce que la minorité intelligente et socialiste pourrait être mise à la merci des masses inconscientes routinières et non organisées. IV. La F. S. demandait au congrès de voter en faveur de la nationalisation immédiate des mines, chemins de fer, canaux, télégraphes, etc. ; de la municipalisation des services d'eau, gaz, omnibus, etc. ; de l'entreprise immédiate de la fabrication et vente du pain, construction de maisons ouvrières,

2l8 LE SOCIALISME

etc. La Federated trades and Labour councilof Yorkshire demandait la nationalisation de la terre, des chemins de fer et des mines seulement. La Branche de Maidstone de TL L. P. réclamait du congrès le vote suivant : « Ce que Ton appelle la grève générale est une illusion à la fois inutile et dangereuse ». L'Union générale des charpentiers hollandais désirait la législation fixant un minimum de salaire et un maximum de travail (8 heures). La Gasworkors Union faisait la même réclamation^ en ce qui concernait la journée de huit heures. L'L L. P. était d'un avis semblable et proposait des mesures pour réaliser cette réforme. Il réclamait la prohibition du travail des enfants âgés de moins de seize ans, la nationalisation des terres non cultivées ou vagues, etc. La F. S. faisait sensiblement les mêmes vœux. Au sujet des femmes, la S. D. F., executive Council demande interdiction du travail six semaines avant les couches et un mois après. Â travail égal, salaire égal est proposé par la F. S. et par la S. D. F. Battersea Branch. Relativement à l'immigration des ouvriers étrangers, le Leicester Trades Council, n. L. P., Maidstone Branch, désapprouvent toutes mesures contre. V. Le conseil exécutif de la S. D. F. demande le référendum pour déclarer la guerre, le Leicester Trades Council préconise l'arbitrage ; le P. O. français se borne à demander <c la réduction simultanée et graduelle du service militaire dans les armées européennes par voie de convention internationale ». Le Socialistenbond et la Fédération des coupeurs de bouchons (Amsterdam) conseillaient la grève générale et la grève militaire. VL L'L L. P., branche de Peckham, était favorable à un système d^éducation technique, laïque, obligatoire et gratuite à tous les degrés ; l'entretien des enfants et jeunes gens à charge aux pouvoirs publics. L'L L. P. se bornait à réclamer cet enseignement technique jusqu'à rage de seize ans, etc.

Note 29. — La carte préliminaire de délégué portait les nom et prénoms du délégué, son adresse, sa profession, le nom de la société locale représentée, l'adresse, le nombre de membres, le nom de l'organisation nationale à laquelle cette société est affiliée, les signatures du secrétaire et président de la société locale.

La carte provisoire avait seulement le nom du délégué, la ville, le pays, la société.

Sur la troisième carte on lisait « International socialist and Trade Union Congress. Queen's Hall Langham Place, Régent Street, London july 27, 1896. Delegate's card of membership. Delegate's name... Town... Country... Society... gênerai secretary : William Thorne ». Cette carte définitive était ornée d'un dessin dû à Walter Crâne. Elle était tirée en rouge sur jaune.

Note 30. — Les membres de l'anarchist socialist and antiparliamentary committee étaient MM. H. Stenzleit, J.Caplan, E. Malatesta, W. Wess, F. Kitz, Nettlow et le secrétaire J. Perry.

Les orateurs du mass meeting du 28 étaient MM. F. Pelloutier, Elisée Reclus, Pierre Kropotkine, F. Domela Nieuwenhuis, Keir Hardie, Tom Mann, Bernard Lazare, Amilcare Cipriani, Morrison Davidson, J. C. Kenworthy, A. Hamon, Pietro Gori, Louise Michel, Gustave Landauer, Jean Allemane.

Note 31. — Voici les passages les plus saillants de ce manifeste paru dans le Parti ouvrier du 17 juillet :

En attendant ce congrès, qui marquera» peut-être, dans l*histoirc de Pémancipation des travailleurs, nous pensons qu'il est utile de bien expliquer quelle est la position des anarchistes vis-à-vis le mouvement ouvrier en général et vis-à-\ is ce congrès en particulier.

Dans le but de nous mettre en suspicion auprès des ouvriers et d^avoir la haute main sur le mouvement, les social-démocrates afûrment que les anarchistes ne sont pas des socialistes. ••

220 LE SOCULlSaCB

Eh bien t s*il y a des anarchistes qui aiment à s^appeler ainsi, et qui ne veulent pas être socialistes, ils n^ont certainement rien à faire dans un congrès socialiste et ils seront les premiers à ne pas vouloir s'en mêler.

Mais nous, les anarchistes communistes ou collectivistes nous voulons Tabolition complète des classes et de toute exploitation et domination de l'homme sur l'homme.

Nous voulons que le sol et tous les instruments de production et d'échange, ainsi que toute la richesse accumulée par le travail des générations passées, deviennent, par Texpropriation des détenteurs actuels, la propriété commune de tous les hommes, pour que tous, en travaillant puissent jouir des produits du travail, en plein communisme.

Nous voulons substituer la concurrence et la lutte entre les hommes par la fraternité et la solidarité dans le travail pour le bonheur de tous. Et les anarchistes ont propagé cet idéal, ont lutté et souffert pour sa réalisation depuis de longues années et, dans certains pays, comme l'Italie et l'Espagne, bien avant la naissance du socialisme parlementaire.

Quel homme de bonne foi et bien renseigné, oserait soutenir que nous ne sommes pas des socialistes?

Ne serions -nous pas socialistes parce que nous voulons que les travailleurs conquièrent leurs droits par les efforts organisés? parce que nous désirons qu*ils ne s'en remettent pas à l'espoin chimérique selon nous» de les obtenir par les concessions d'un gouvernement quelconque? parce que nous croyons que le parlementarisme, non seulement est une arme impuissante pour les prolétaires, mais encore doit, étant incapable, même sans la résistance de la bourgeoisie et cela de par sa nature même, de représenter les intérêts et la volonté de tous, toujours rester l'instrument de domination d'une classe ou d'un parti? parce que nous croyons que la nouvelle société do;t être organisée avec le concours direct de tous les intéressés, de la périphérie au centre, librement, spontanément, sous l'inspiration du sentiment de solidarité et sous la pression des nécessités naturelles et sociales? parce que nous croyons que si au contraire, cette réorga* nisation était faite à force de décrets par un corps central, élu ou s'i m posant lui-même, elle commencerait par être une organisation artificielle, violentant et mécontentant tout le monde, et aboutirait à la création d'une nouvelle classe de politicieni

professionnels, qui accaparerait pour elle-même toutes sortes de privilèges et de monopoles?

Avec bien plus de raison, on pourrait soutenir que nous sommes les socialistes les plus logiques et les plus complets puisque nous réclamons pour chacun non seulement sa part entière dans la richesse sociale, mais encore sa part dans le pouvoir social, c*est à-dire la faculté réelle de faire sentir, comme tous les autres, son influence dans Padministration des afRaiires publiques.

Nous sommes donc des socialistes. Par suite, il est clair qu'un congrès dont nous serions exclus ne pourrait pas s'appeler, honnêtement. Congrès international socialiste des travailleurs. Il devrait alors prendre le titre particulier du ou des partis qui y seraient admis. Ainsi, aucun de nous n*aurait pensé à se mêler d'un congrès qui se serait nommé congrès social-démocrate ou congrès des socialistes parlementaires.

Il est de rintérêt de tous les ennemis de la société capitaliste que les ouvriers soient unis et solidaires dans la lutte contre le capitalisme. Cette lutte est nécessairement de caractère économique. Ce n'est pas que nous méconnaissions Timportance des questions politiques. Nous croyons non seulement que le gouvernement, l'Etat, est un mal par lui-même; mais aussi nous sommes convaincus qu'il est le défenseur armé du capitalisme. Nous pensons que le peuple ne pourra pas mettre les mains sur la propriété sans passer sur le corps du gendarme — au sens propre ou au figuré, selon les circonstances. Donc, nous devons nécessairement nous préoccuper de la lutte politique contre les gouvernements.

Mais la politique est naturellement une grande cause de division. Sans doute, il en est ainsi à cause des différences des conditions et des tempéraments dans les divers pays, par le fait que les rapports entre la constitution politique d'un pays et les conditions de son peuple sont très complexes, moins saisissables, moins susceptibles d'être traités d*une façon qui semble bonne à tout le monde. De fait, les ouvriers conscients des divers pays, que la lutte économique pourrait facilement réunir et solidariser, sont divisés en maintes fractions à cause de la politique.

Par conséquent, une entente entre tous les ouvriers, qui luttent pour leur émancipation, ne peut avoir lieu que sur le terrain économique. C'est d'ailleurs ce qui importe le plus, puisque l'action politique, parlementaire ou révolutionnaire du proléta-

223 LE SOCIAUSICE

riat, est également impuissante tant que celui-ci ne constitue pas une puissance économique organisée et consciente.

Toute tentative pour imposer une opinion politique unique au mouvement ouvrier aboutirait à la désagrégation du mouvement et empêcherait les progrès de l'organisation économique.

Les social-démocrates visent évidemment à imposer aux ouvriers leur programme spécial. On dirait qu^ils veulent interdire à ceux qui n'acceptent pas les décisions de leur parti de combattre pour l'émancipation humaine...

Nous ne demandons pas — bien loin delà — que les différents partis et écoles renoncent à leur programme et à leur tactique. Nous tenons à nos idées et nous comprenons que les autres tiennent aux leurs.

Nous demandons seulement qu'on ne porte pas la division sur un terrain où elle n'a pas de raison d'être; nous demandons le droit pour tout travailleur de combattre contre la bourgeoisie, la main dans la main de ses frères, sans distinctions d'idées politiques. Nous demandons que chacun lutte comme il l'entend, d'accord avec ceux qui l'entendent comme lui, mais que tous soient solidaires dans la lutte économique.

Que, si les social-démocrates veulent persister dans leur tentative d'embrigadement et semer ainsi la division entre les travailleurs, puissent ceux-ci comprendre et faire triompher la grande parole de Marx : Travailleurs du monde, unissez-vous l

E. Malatesta et A. Hamon.

Note 32. — Jusqu'aux mots a pour la défense... > cette proposition était la même que celle faîte par le Socialis« tenbond (Hollande) et la Chambre syndicale des coupeurs de bouchons (Amsterdam).

Note 33. — Programme and map of London était une brochure in-8 de i6 pages, avec un plan, couverture rouge. Il y avait : un comité pour la démonstration d'Hyde-Park, un de réception et pour les hôtels, un des fétes, un d'imprimerie. Il y avait encore de nombreux interprètes.

Note 34. — Ainsi à Barking Broadway le rendez-vous

était à neuf heures ; à Canning Town dix heures ; à Stratford Church neuf heures trente, etc.

Note 85. — Chaque plateforme était simplement une voiture, un grand break dételé. Elles étaient à Hyde- Park établies sur les pelouses, formant un grand fer à cheval. Chaque plateforme a son président et ses orateurs. En voilà la liste :

I. — Président : Ben Cooper, L.C.C. (Président London Trades Council). Orateurs : J. Jenkins (Operative Bakers* Union) (union des Boulangers), J. Hunter Watts (S.D.F,), D. Hennessey (Plasterers) (mouleurs), W. G. Pearson (Dockers), D. F. Ferrer (Espagne), Dr. Adler (député autrichien).

n, — Président : P. Curran (Gas Workers' Union). Orateurs : C. A. Gibson2(Brass Workers), H. A. Barker (House Decorators and Painters), Arthur Harrîs (Labour Protection League), E. Me Leod (Taillors), E. Vandervelde (député belge).

III. — Président : Herbert Burrows (S.D.F.). Orateurs W. Caiger (Cigar Makers), Mary Gray (S.D.F.), Frcd Brocklehurst, B.A. (I.L.P.). Ben Tillett, L.C.C. (Dockers), A. Bebel (député allemand), Mrs. Stetson (Californian Socialists).

IV. — Président : James Macdonald (Secretary London Trades Council). Orateurs : W. Parneli (Cabinet Makers) (ébénistes), F. Rogers (Vellum Binders) (relieurs), J. Verdon (Secretary London Building Trades Fédération) (Fédération du bâtiment), J. Murray (Barnsley, Yorkshire Miners' Association), H. Polak (Hollande).

V. —Président : J. E. Williams (S.D.F.). Orateurs: E.Cathery (Seamen and Firemen's Union) (union des marins et chauffeurs), Mrs. Thornton Smith (S. D. F.). J. H. Barnes (Woolwich Trades Council)^, I. Sexton (National Union and Dock Labourers, Liverpool), F. Volkhovsky (Russie).

VI. — Président : W. C. Steadman, L.C.C. (Bargebuilder) (constructeur de bateaux). Orateurs : E. J. Neville (I.L.P.), John Groh (secretary Cabdrivers' Union) (union des cochers). Miss Barry (Women's Trade Union League), W. Small (Scottîsh Mi ners' Fédération), G. PlechanofT (Russie).

VU. — Président : H. M. Hyndman (S.D.F.). Orateurs : W. Arnold (London Trades Council), Amy Morant (I.L.P.),

Rev. Stewart D. Headlam (London SchoolJBoard), J. R. Olynes (Oldham Trades Council), A. Millerand (député français), M. Maguire (Nord Amérique).

VIII. — Président : A. Quelch (S.D.F.). Orateurs H. Orbeîl (Dockers'), T. Shore (English Land Restoration League), W. Stevenson (Buiiders' Labourers' Union, secretary), T. Sharp (Scotish Miners* Fédération), K. M. Klausen (Danemark).

IX. — Président : Tom Mann (Secretary I.L.P.). Orateur : W. Geard (United Builders' Labourers) (Travailleurs du bâtiment,) G. Bernard Shaw (Fabian Society), J. Holmes (Leicester Hosiery Fédération) (F. des ouvriers bonnetiers, A. L. Purcell (Amalgamated Society of French Polishers), Paul Lafargue (France).

X. — Président : E. M. Aveling (Gasworkers). Orateurs : W. Crooks, L.C.C. (Poplar Labour League), M. Shayer (S.D.F.), J. G. Gorden (Tin and Iron Plate Workers' Union) (union des ouvriers en fer blanc). J. Finn (Mantlemakers), Jules Guesde (député français). H. Greulich (Suisse).

XI. — Présîdent:T. Macarthy( Dockers). Orateurs : T. Naynor (I.L.P.); A. Humphrey, L.C.C. (Nawies and Bricklayers' Union); C. Hobson (Shedield Trades Council); Enid Stacey, B.A. (S.D.F ): ï. Daszynsky (Pologne).

XII. — Président : Edward Aveling (Zurich Committee). Orateurs : J. H. Wilson, M. P. (Seamen and Firemen); H. Picard (Gasworkers); Edith Lanchester(S.D. F.); Dr. Pankhurst(I.L.P.); Will Thorne (secretary Gasworkers* Union and secretary to the International Congress Committee); W. Liebknecht (député allemand); J. Jaurès (député français).

Note 36. — Un incident au cours de cette manifestation. Dans la voiture de M. Guesde, il fut jeté des exemplaires d'une brochure: Variations guesdisteSj Tecue'ûlies et annotées par Emile Pouget. Cet opuscule de trente-six pages à dix centimes venait de paraître à Paris. C'est un recueil d'extraits d'opinions émises par M. Jules Guesde autrefois il y a seize à vingt ans.

M. E. Guérard se présenta, paraît-il, à une plateforme pour parler au nom des syndicats de France. La parole

lui fut refusée, parce que seuls devaient parler les orateurs désignés.

A en croire la Peitte République du 28 juillet et la Justice (Londres), M. le député E. Vaillant aurait discouru sur la plateforme, numéro 1 1 . Le programme officiel publié dans le Conférence Record j dans Reynol(fs NewspaperSy en feuille volante, etc., ne porte pas le nom de M. Vaillant comme orateur. Si cela est, le comité d'organisation a modifié les décisions en ce qui concernait M. Vaillant, député et a refusé de le faire en ce qui concernait M. E. Guérard, délégué des syndicats. Keir Hardie dans le Labour Leader du 8 août nous apprit que pour cette manifestation, Tom Mann dut lutter dans le sein du- comité pour être inscrit comme un des orateurs; Keir Hardie fut impitoyablement rejeté.

Note 87. — Il y avait 475 délégués anglais se répartissant ainsi : Trades unionist i85; S.D.F. 120; LL. P. ii5; Fabian Society 20 ; diverses sociétés socialistes 3o ; Labour Church 3. — 11 faut noter que 120 délégués de la S.D.F. représentaient au plus 4 à 5ooo membres; que les ïi5 de n. L. P. représentaient environ 40.000 membres et que les i85 trade unionistes étaient les représentants de près d'un million d'ouvriers.

Note 38. — La relation de cette séance de la section anglaise est rédigée d'après Labour Leader (i^^ août). Justice (26 juillet), Dailj' chronicle (28 juillet). Le vote de la section anglaise au sujet de Zurich étant étudié on voit qu'en dehors des 120 délégués de la S.D.F., il y eut io3 partisans de la résolution. C'étaient des délégués de trade union et une quinzaine de l'L L. P.

Note 39. — Il importe de remarquer que M. J. Guesde qui voulait faire voter le principe de la délégation permanente des élus, sans mandat, est lui-même un élu, député et qu'il était mandaté et avait déposé son mania.

226 LE S0GULI8MB

dat. Nous devons noter encore que 3 députés avaient inscrit sur leurs cartes préliminaires : MM. Viviani et Millerand groupe socialiste de la chambre, M. Jaurès Parti ouvrier français. Ces députés étaient donc mandatés. D^ailleurs, ils dirent qu'ils avaient sur eux des mandats réguliers et M. G. Renard l'enregistre dans la Revue socialiste (n^ d'août, p. igS). Des délégués de groupes corporatifs, dont des anarchistes ayant mandat de ne repousser que les perturbateurs et les individualistes votèrent pour l'admission de ces citoyens et formèrent la majorité en se séparant pour ce vote des autres délégués corporatifs.

Note 89 bis. — Sources : Réveil des Travailleurs de la voie ferrée. Rapport de M. F. Pelloutier au comité Fédéral de la Fédération des bourses du Travail de France, mes notes, la Sociale, Matiriy Parti ouvrier^ les DébatSy le Temps.

Note 40. — Les autres pei sonnes anglaises présentes sur la plateforme étaient MM. James Maudsley, W. C. Steadman, David Holmes, Edward Harford, S. Woods, Tom Mann, le docteur et madame Aveling. Ils y étaient sans doute pour le comité d'organisation ou en vertu de leur propre volonté, car la section anglaise ne les avait pas désignés. Il y avait aussi des traducteurs, madame Clara Zetkin, M. Adolphe Smith, Bouillon, etc. Il se peut que madame Marx Aveling y fut comme traductrice. Tous les discours prononcés en une langue étaient traduits, résumés en les deux autres langues. Les trois langues admises étaient l'anglais, l'allemand et le français. M. Cowey qui présidait ne prononça pas le mot de socialisme dans son discours ainsi que l'observa M. Bourdeau, le correspondant du Journal des Débats, Au dire du La^ bour Leadery ce speech ne fut pas très heureux car M. Cowey avait dit que « les partis politiques sont souvent mus par Fambttion et l'esprit d'hostilité. » M. Cowey n'est

pas socialiste depuis longtemps et son socialisme pourrait bien se résumer en la journée légale de huit heures et autres mesures semblables.

Note 41. — Cette explication est erronée en ce qui concerne l'envoi des résolutions du P.O.S.R. de France. Le comité les reçut avant le i«' mai, imprimées; elles lui furent confirmées par lettre le 5 mai. Il paraît probable qu'il y eut plutôt mauvaise volonté parce que le P.O.S.R. protestait contre la résolution de Zurich.

Note 42. — Dans le Reynolds $ Newspapers du 2 août, M. J. Maudsley rendant compte de l'incident écrivit que l'opinion de M. Frank Smith c n'était pas dans les vues de ceux qui étaient à Tentour car Tex-leader de l'armée du salut fut bousculé et repoussé. » Sans doute, il y a des questions de personne en jeu, car M. Maudsley erre absolument lorsqu'il écrit cela, M. F. Smith fut approuvé et tous ceux qui étaient près lors de l'incident trouvèrent lâche et brutal l'assaut de M. Bouillon. Celui-ci reconnut d'ailleurs ses torts et à la sortie de la séance et l'aprèsmidi dans la réunion de la section française. Les faits exposés d'une façon partiale, faussés par M. James Maudsley ont été rectifiés par moi dans le Reynold^s Newspapers du kj août. Nous ajouterons qu'il est regrettable que M. J. Maudsley membre du comité parlementaire des Trade unions, oublie à ce point les règles du parlementarisme le plus élémentaire, pour approuver la brutalité de M. Bouillon. Il est libre à chacun d'approuver et de dé* fendre Faction parlementaire, mais cela ne vous autorise pas à donner des comptes-rendus inexacts, ce qui> hélas, est le cas de celui de M. J. Maudsley.

Note 48. — Cette omnipotence du bureau creva littéralement tes yeux de tous. Nul homme de bonne foi n'osera nous contredire. M. Eugène Guérard écrivit à ce

sujet dans le Réveil des Travailleurs de la voie ferrée ( 1 7 août) :

a J'eus ainsi Tavantage (étant du Bureau) de voir de très près les intrigues et les procédés employés par les dirigeants du parti social démocrate pour faire adopter leurs vues. J'aurai dans ce compte rendu à en faire mention plusieurs fois ». . . (la séance de lundi est levée sans qu*une décision soit prise), ce qui permet aux leaders du parti social-démocrate de s'aboucher avec les leaders de chaque nationalité pour que, à la prochaine séance qui aura lieu le lendemain matin Tarticle 1 1 soit enlevé sans difficulté. C'est ainsi qu'on procédait chaque fois que, dans le congrès, une résistance se manifestait contre les vues des organisateurs. Tout va bien du côté de la plupart des nationalités, mais la délégation française n'a pas de leader, car il n'entre pas dans notre tempérament de nous laisser conduire en laisse; aussi rencontrera-t-on un obstacle de notre côté, mais on avisera,., »

Note 44. — Pour la liste des commissions , voir note 28, les commissaires élus furent :

I Pete Curran (I.L.P.), Herbert Burrrows (S.D.F.); H Dr Watts (I.L.P.), Pearson (S.D.F.); III Lansbury (S.D.F.), Glasier (I.L.P.); IV Hyndman (S.D.F.), Tom Mann (I.L.P.); V Barwick (S.D.F.), Mrs Pankhurst (I.L.P.); VI Sidney Webb (F. S.), Miss E. Stacy (I.L.P.); VII Murray (I.L.P.), Gibson (S.D.F.); VIII Bruce Glasier et Frank Smith de TI.L.P.

On remarquera que pas un seul commissaire était du vieil trade unionisme. Quelques-uns délégués del'I.L.P. et aussi de la S.D.F. étaient encore représentants du nou. veau trade unionisme. — Consulter Justice (26 juillet), Labour Leader (i««' août), Reynold's Newspapers (2 août).

Note 45. — En 1882 au congrès de Saint-Etienne, M. Rouânet était communiste révolutionnaire; il votait toujours avec le Dr Ferroul son ami qui s'affirmait lu^ anarchiste. MM. Rouanet, AUemane, Tortelier, qui étaient encore au congrès de 1896, assistaient comme

délégués au congrès national du Parti ouvrier en 1882 à Saint-Etienne. Il y avait aussi là MM. Lafargue, Guesde, Dormoy, Pedron. MM. Rouanet, Tortelier, Allemane votèrent un ordre du jour — après que 23 dissidents se furent retirés — qui déclarait : ces dissidents avaient essayé d'imposer au Parti la domination marxiste qui désorganisa l'internationale; ils voulaient imposer le mode d'action d'une coterie et pour cela, ils n'avaient pas hésité à calomnier les groupes et les hommes, en conséquence MM. Guesde, Lafargue, Deville, Dormoy, etc., sont expulsés du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire français. Cela fut voté le 25 septembre 1882au congrès de Saint-Etienne (voir le compte-rendu officiel).

Note 46. — M. G. Deville et E. Malatesta faisaient partie d'un même groupe parisien, le fameux groupe du v« en 1879. M. Malatesta était alors anarchiste communiste, comme maintenant; M. G. Deville était lui socialiste révolutionnaire très ardent. Entre les deux, il n'y avait pas à cette époque grande différence, non seulement sur le but mais encore sur les moyens pour y arriver.

Note 47. — M. Bourdeau dans les Débats fit observer que l'argumentation de M. Guesde fut affaiblie par ce fait qu'il avait lui-même soutenu la thèse contraire autrefois. On en trouvait la preuve dans Variations guésdistes. — En séance, pour ne pas soulever d'incidents personnels les adversaires de l'action politique s'abstin rent de combattre M. J. Guesde en lisant M. J. Guesde"

Note 48. — Quelques-uns des membres de la commission de vérification des mandats étaient montés sur l'estrade, au bureau, pour pointer les noms sur leurs listes. M. Pédron était secrétaire de la section.

Note 49. — Inscrits, i23. Votants, 112. Majorité, 57.

230 LE S0CIAI:1SM£;

Abstentions, 3. Absents, 8. Une nouvelle vérification avec un pointage strict donna Sy nouy 35 oui. M. Herminot avait voté deux foislil La majorité réelle était 2 voix. Dans les Sj, nous relevons les noms de 48 délé* gués de groupes corporatifs. En voici les noms : MM. Banham, Bouanchaudy Bourdet, Braun, Broca, Darène, Delesalle, Delurier, Dubois, Dupac, Faberot, Gallau, Girard, Goursaud, Gros, Eugène Guérard, Ferdinand Guérard, Guérineau, Paul Guyon, A. Hamon, Keufer, Lorcin, Malatesta, Charles Martin, Louis Meyer, Montagard, Parsons, Pascal, F. Pelloutier, Emile Pouget, Léon Rémy, Paul Robin, Rozier, Simon (de Lyon), Steens, Terrioux, Thierrart, Tortelier, Toussaint, Vaquette, madame Meynet, mesdemoiselles Corn et CoUot. Les 14 délégués de groupes politiques étaient : MM. Jean AUemane, L. Boicervoise, Bouillon, Chaughi, Dejeante, Fagnot, Ferrer, L. Jerrold, J, B. Lavaud, Marchand, Maréchal, Museux, Pierrot, Thomas. MM. Argyriadès. Faillet et Groussier s'abstinrent. On remarquera que MM. Dejeante, Faberot, Toussaint, sont membres de la Chambre des députés. M. Ferrer, qui vota contre l'article II, représentait un groupe du P. O. F. (Guesdiste par conséquent). M. Thierrart est adhérent au P. O. F., mais il se sépara de ce parti dans le vote. Il a répété à divers délégués des paroles que M. J. Guesde aurait prononcées à un déjeuner à Thôtel des Vrais Amis, à Londres, déjeuner auquel assistait M. Thierrart. Elles sont les suivantes, en substance : a Nous avons obtenu des résultats considérables aux élections. Il faut encore mieux et pour cela nous devons supprimer le mot révolutionnaire, ne plus nous en servir. Nous n'en avons pas besoin f on sait que nous le sommes. Nous aurons plus de voix. » M. Thierrart aurait alors brusquement déposé sa serviette et serait parti en disant que t c'était indigne ». Le délégué des Bourses de Lyon et Grenoble^ M. Gûiat, watapour Taiticle 11, bien quMl eût man-

dat (Bourse de Lyon) de voter contre l'exclusion. Les délégués des Bourses du Travail qui votèrent contre sont ceux de : Amiens, Perpignan, Le Mans, Cognac, Ângouléme, Nantes, Boulogne- sur-Mer, Issy-les-Moulineaux, Niort, Clichy, Marseille, Béziers. La Bourse de Limoges (M. La vigne, délégué), vota pour.

En se reportant à la liste complète des délégués, avec les organisations qu'ils représentaient, on pourra juger de l'importance des groupes corporatifs qui votèrent contre l'article ii.

Note 50. — En 1894, au congrès corporatif de Nantes, la minorité guesdiste se retira ; elle se composait des mêmes personnes. (Voir le compte-rendu officiel de ce congrès). En 1882, à Saint-Etienne, le même fait se passa, ainsi qu'on le voit dans cet extrait d'un compterendu officiel : « Le président consulte l'assemblée sur le point de savoir si elle veut entendre la lecture immédiate du rapport du comité national. La grande majorité des délégués se prononce pour la lecture immédiate. Les membres des groupes dissidents se lèvent en protestant et contestent la valeur du vote. Le président rétablit l'ordre et consulte l'assemblée une seconde fois, quoique le résultat du premier vote n'ait pas été douteux. A ce moment les délégués dés groupes dissidents, voyant que la majorité ratifiait son vote et que l'on allait procéder à la lecture du rapport, quittent bruyamment la salle ». C'étaient MM. J. Guesde, P. Lafargue, Dormoy, etc.

Note 61. — Parmi eux étaient MM. Cougny, Degay, Dubreuilh, Létang, Turot, Vaillant; puis MM. Sembat, V. Dalle. Quant à M. Brousse, s'il se retira avec la minorité, il ne siégea pas avec elle^ pas plus qu'avec la majorité, d'ailleurs.

Au sujet de cette séance, M. Eugène Guérard écrit : t Cet incident, qui était à coup sûr prémédité^ met en relief l'incorrection absolue des politiciens qui se récla-

2 32 LE S0CIAU8MB

ment du parlementarisme. La bonne foi exige lorsqu'on accepte de participer à un vote, de s'incliner devant la majorité. »

Madame Meynet dans le Parti ouvrier (3 1 juillet) écrit : A Le président Vaillant a montré un sang-froid et une impartialité qui ont mérité l'approbation générale. ». C'était là l'expression de l'opinion de toute la majorité.

Note 52. — « Ce procédé brutal (celui de M. Dormoy), indique bien, au dire de M. E. Guérard, qu'à ce moment déjà la décision de la minorité était prise et qu'elle se retirait, non pour aviser^ mais pour se séparer définitivement de l'élément syndical... »

Note 53. — Sont nommés : MM. L A. Hamon, Simon, madame Meynet; II. AUemane, Guesde, Turot;III. Tortelier. Vaillant, Sembat ; IV. Lavaud, Jaurès. Eugène Guérard. V. Boicervoise, Longuet fils, Ferdinand Guérard; VI. Paul Robin, G. Deville^ Argyriadès ; VII. Keufer, Raymond Lavigne, F. Pelloutier : VIII. Toussaint, P. Brousse, V. Dalle. Le troisième nom pour chaque commission était celui du suppléant qui siégea, ainsi que la suite le montra.

Note 53 bis. — Sources : Réveil des travailleurs de la Voie Ferrée, Echo des Travailleurs Municipaux, Matin, Parti ouvrier, les Débats, le Temps^ la Sociale, la Revue Bleue, Rapport de M. F. Pelloutier, mes notes.

Note 54. — Voici, d'après la Petite République du 3i juillet, le compte-rendu de cette réunion :

tt M. Jaurès a la parole. 11 explique les raisons impérieuses qui ordonnent aux socialistes de n'accepter, môme une heure, aucun contact avec les anarchistes. Aucune collaboration n'est possible entre les socialistes et les anarchistes, qui n'ont même pas l'excuse de la sincérité dans l'aberration, et qui sont venus désorganiser le congrès comme ils désorganisent les syndicats, au

grand profit de la réaction bourgeoise. M. Vaillant déclare qu'il a, lui aussi, la haine de l'anarchie. Il est prêt, pour la combattre, à employer tous les moyens ; mais il n'y a pas à se retirer. D'ailleurs, on peut faire appel du vote de la section française au congrès. M. Jaurès réplique qu'il ne veut rien demander de pareil au congrès. Cohabiter avec les anarchistes qui ont usurpé par la fraude des mandats syndicaux, c'est reconnaître qu'ils peuvent être délégués, à un titre quelconque, des syndicats ; on ne peut leur laisser prendre ce titre. La déclaration que nous donnons ci-après fut adoptée à l'unanimité; les blanquistes s*étaient retirés. On décide en outre de réclamer du congrès la formation d'une autre section française, la section socialiste qui ne peut et ne veut avoir aucun contact, même physique, avec les hommes de l'anarchie. » — Nous ne pensons pas que M. Jaurès ait dit que a les anarchistes avaient usurpé par la fraude des mandats syndicaux , car alors il aurait proféré un mensonge, explicable par ce fait qu'il ignorait les noms des mandants. Quelques exemples pour illustrer ces contre-vérités : M. Delesalle, collaborateur des Temps Nouveaux, anarchiste communiste notoire, est ouvrier en instruments de précision, et c'est son propre syndicat qui le délègue. Ce syndicat l'a aussi délégué au comité d'action de la Verrerie ouvrière et là M. Jaurès a contact physique avec cet anarchiste quand il va audit comité. MM. Jean Grave etE. Malatesta étaient délégués du syndicat des métallurgistes d'Amiens; on avouera qu'il est difficile à ces anarchistes communistes de cacher leur opinion, et si le syndicat les a choisis, c'est qu'il voulait bien les avoir, quoique ou parce que anarchistes. M. Gros, délégué de T Union des chambres syndicales ouvrières des Bouches-du-Rhône (Bourse du travail;, est un anarchiste socialiste notoire à Marseille et la Bourse, dont il est un des administrateurs. Ta délégué I M. A.. Hamon est aussi fort connu comme socialiste anarchiste, il est collaborateur des Temps Nouveaux et la Bourse du travail Ta délégué, sachant qui elle déléguait ; M. Hamon, étant de Nantes, y est très connu. M. F. Pelloutier collabore aux Temps Nouveaux, et la fédération des Bourses, dont il est secrétaire, le délégua ; il est probable qu'elle le connaît, de même que la Verrerie ouvrière, dont il est aussi secrétaire. M. Emile Pouget, directeur de la Sociale, autrefois Père Peinard, est célèbre comme anarchiste, et pourtant trois syndicats le déléguèrent et l'un d'eux avait soin de mettre sur le

mandat u Emile Pouget, directeur de la Sociale »; il est difficile de voir là de la fraude. M. Simon est si peu connu comme anarchiste socialiste que tous les journaux en parlèrent lors de son voyage en Amérique aux frais du gouvernement français, comme délégué de syndicats. Il est cordonnier, réside à Lyon, et son syndicat le délégua à Londres, à Zurich. De M. Tortelier, je puis dire la même chose, car il est connu comme anarchiste et cVst son propre syndicat qui le délégua. Etc., etc. Ces anarchistes étaient des délégués dûment mandatés de syndicats et c'est mentir que d'affirmer le contraire.

M. Raymond Lavigne a donné de cette réunion, dans le Réveil social du 23 août, un compte rendu détaillé que nous résumons ci-après.

Les 56 étaient au grand complet ; il y avait même des délégués étrangers. M. Millerand préside, M. Pedron est secrétaire.

« M. Jaurès rappelle, écrit M. R. Lavigne, que tantôt nous » nous sommes trouvés en face d'une coalition fort naturelle : » d'un côté l'esprit de réaction avec ceux qui ne veulent pas de » la solution socialiste, de Tautre les anarchistes introduits hy- » pocritement sous la forme de mandats quelconques; entre eux u une autre fraction qui, reniant ce qui est Vessence même du » socialisme, voudraient faire renoncer la France Ouvrière à » l'action politique, instrument nécessaire de son émancipation. » Nous avons le devoir de protester par un manifeste.

» M.Jaurès donne lecture d'un projet et M. Vaillant explique » sa conduite et celle de ses amis.

» En restant, dit- il, nous n'avons pas entendu renier l'action » politique qui est pour nous supérieure à l'action corporative. » Nous pensions que vous quittiez la salle pour délibérer, non » pour rompre.

Du reste, si la majorité française a pris cette décision, je suis » convaincu que le congrès la cassera. Nous devons le lui de- » mander.

» Je pense que nous devons rester à la section française et au » congrès, pour y faire prévaloir nos idées.

» M. Millerand dit que Vaillant et ses amis font partie de la

» minorité des 56 qui ont soutenu le principe de Taction politi- » que. Il les engage donc à rester solidaires avec nous.

» M. Delory. — Si le congrès se déclare pour les anarchistes » contre nous, nous devrons nous retirer. Je me retirerai quant » à moi.

» M. Rouanet. — Les anarchistes se sont efforcés de dissimu- » 1er leurs théories pour pouvoir mieux pénétrer parmi nous, » en obtenant des mandats syndicaux; mais nous savons que » s'ils restaient avec nous, dès le lendemain leur campagne de » haine et d*injures recommencerait. Rien de bon ne sortirait de » la concession que nous leur ferions. Mais par contre nous » permettrions à la presse bourgeoise d*exploiter contre nous » ce rapprochement. Il faut faire savoir si oui ou non, nous au- » rons avec les anarchistes aucune communauté d'idées ou de » tactique. Socialistes nous sommes, socialistes nous devons « rester.

)) M. Jaurès répondant à Vaillant» dit : Nous n'avons pas à » faire une pareille demande au congrès. Le socialisme doit » être largement international» mais il ne peut pas être Pétouf- » fement des tactiques nationales. Ce n'est pas en l'implorant » du congrès international» c'est ce soir, par nous-mêmes» que » le socialisme français doit être délivré des mains anarchistes » par les mains socialistes. Je regretterai que Vaillant et les siens » ne puissent pas nous suivre. Nous voilà donc réduits, par son » obstination» à risquer de nous brouiller avec des amisanciens, » parce que nous avons voulu définir et sauvegarder le socia- )) Irsme? Comment pourrons-nous collaborer sérieusement avec » les Pelloutier et les Collot» avec les Tortelier et les Malatesta i » (Applaudissements).

» M. Vaillant se défend du reproche de vouloir humilier la » section française devant le congrès. En appeler à lui est la )) seule méthode régulière de trancher les dift'érends entre dé- » légués.

» J'aurais préféré que nous restions tous au congrès. Mais, » quoi qu'en ait dit Jaurès, si vous partez, je le déclare» nous » ne vous suivrons pas Je demande qu'on attende à demain » pour prendre une décision.

» Ceux qui ont quitté la section française semblent avoir fait » scission avec les syndicats. •. (Cette insinuation soulève des » protestations dans toute rassemblée). Nous ne pouvons pas

» faire cause commune dans cette manifestation, notre tactique » étant différente.

n MM. Delory, Delon, Lavigne, Dormoy, déclarent que si » nous avions le moindre contact avec les anarchistes, la propa- » gande en province deviendrait impossible. MM. Gérault-Ri- » chard, Millerand, Rouanet, insistent auprès de M. Vaillant.

» MM. Paul Brousse, Jourde, affirment la nécessité d'exposer » les faits qui motivent leur départ. Si le congrès, dit ce dernier, » déclarait que les anarchistes sont admis, nous ne pourrions » pas y rester. Je n'admettrais pas cette promiscuité générale. »

» M. Jaurès donne lecture du manifeste rectifié pour que M. Vaillant le signe.

» M. Vaillant. — Nous ne pouvons pas signer ce manifeste. Nous ne sommes pas pour les anarchistes, mais nous voulons respecter la liberté des syndicats, sans examiner Vopinion de leurs délégués,

» M. Rouanet s'étonne de l'attitude de Vaillant. Nous avons protesté ensemble contre la bombe et contre le vol. Les docteurs de l'anarchie n'ont pas désavoué ces théories abominables. Malgré toutes nos protestations on nous a solidarisés avec eux. Nous avons trop souffert de ces assimilations pour nous y exposer à nouveau. Je vous en supplie, sortons énergiquement àt cette fausse situation.

)) M. Jaurès. — Le socialisme français est dans une situation toute particulière. Il faut un acte éclatant de rupture. C'est déjà trop que cette promiscuité de quelques heures!

» M. Turot veut examiner s'il n'y aurait pas moyen de trouver un joint... (Ses amis le font taire aussitôt. Il se tient coi).

» M. Guesde. — Il ne peut pas y avoir la moindre erreur. Tout le monde savait que la résolution de Zurich fermait la porte du congrès aux anarchistes. Lorsqu'on a refusé de poser la question préalable avant de valider les mandats, on a rouvert la porte à Tanarchie. Tous ceux qui ont voté cela ont pris une grLve responsabilité. Vous l'avez, gardez->la!

» M. Millerand résume les débats et il conclut qu'à son avis il faut faire voter le congrès sur l'exclusion catégorique des anarchistes. Et alors, s'ils restent au congrès en vertu de la subtilité de leurs mandats syndicaux, ils n'en auront pas moins été ex^ dus moralement.

» On passe au vote par appel nominal pour savoir ceux qui veulent signer le manifeste.

» Les citoyens Cougny, Dalle, Degay, Dubreuilh, Létang, Renaud, Turot, Vaillant, Sembat, répondent non. Tous les autres ont répondu oui. M. Vaillant et ses amis quittent la salle.

» M. Guesde propose que la déclaration soit remise dès demain matin au bureau du congrès» en lui demandant de recon^ naître comme étant la véritable section socialiste française^ la minorité qui s'est séparée des anarchistes. Et que Ton constitue d'ores et déjà la section en désignant les deux membres qui iront la représenter au sein du bureau général, de même qu'en nommant les délégués aux diverses commissions. Cette proposition est adoptée et les choix sont faits. Ce sont MM. Millerand et Pédron qui sont délégués au bureau général. La séance est levée à onze heures et demie. »

Nous ferons remarquer les déclarations nettes de MM. Delory, Jourde, Jaurès^ qui parlent de se retirer du congrès si la thèse de M. Vaillant était acceptée. Notons qu'elle le fut par le congrès et que ces messieurs ne se retirèrent point.

Note 54 bis. — Son titre est :

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