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AUX SOCIALISTES

MANIFESTE DES DÉLÉGUÉS SOCIALISTES Au Congrès de Londres.

Citoyens, hier, dans la réunion préparatoire de la section française au congrès de Londres, les socialistes ont été mis en échec par bj voix contre 56. Une coalition de conservateurs comme Keufer et d'anarchistes comme Malatesta a déclaré que le prolétariat devait et pouvait renoncer à l'action politique. Ce serait l'abdication de la France socialiste, le suicide de la classe ouvrière; et dès aujourd'hui nous vous dénonçons la manœuvre réactionnaire et le péril.

Certes, nous sommes partisans énergiques de l'action syndicale et corporative. Il faut que partout les travailleurs se grou pent pour défendre leurs intérêts économiques immédiats ; et toutes les fois que le régime capitaliste a suscité des conflits

entre les ouvriers et les patrons, nous avons fait tout notre devoir. Mais si les travailleurs renonçaient à conquérir le pouvoir, s^ils n*arrachaient pas à la bourgeoisie capitaliste le bouclier gouvernemental dont elle couvre ses privilèges économiques, s'ils ne l'expropriaient pas politiquement pour l'exproprier économiquement, ils se trouveraient à jamais dans l'impuissance» voués à la servitude, sous la risée de leurs maîtres.

Que les gouvernementaux détournent les travailleurs de l'action politique, c'est leur rôle; que les anarchistes, sous le couvert de quelques mandats syndicaux, tentent de désorganiser le socialisme et de rejeter le prolétariat en plein chaos, c'est encore leur rôle ; mais nous, nous serions coupables si, par notre silence, nous paraissions accepter même un moment le désarmement de la France ouvrière.

C'est pourquoi nous sommes sortis de la section française en rompant avec sa pseudo-majorité, comme nous sortirions maintenant du congrès si, par impossible, en ne maintenant pasl'acr'on politique nécessaire, il livrait le socialisme à l'ennemi.

Tel était ce manifeste signé par 46 délégués dont MM.

Chauvin, G. Deville, Gérault-Richard, Jules Guesde, Jaurès, Jourde, Millerand, Sauvanet, Rouanet, Viviani, députés.

Bertrand, Carré, madame Clerc-Carré, Delcluze, conseiller municipal ; Delory, maire, Dr Delon, Dormoy, maire et conseiller général; Gil Dard, Decock, adjoint; Henri Ghesquière, con seiller général ; Guiat, Hemery, Hellime, Paul Lafargue, Raymond Lavigne, Alex. Lavigne, Lecoq, Longuet, Mahieu, conseiller d'arrondissement ; Miguet, Pedron, G. Renard, Salembier, maire, Roussel, maire, Sicaud, Dr Moret, R. Simon, etc.

Ce manifeste renferme des contre-vérités. Lors de la rédaction de ce manifeste, on voulait mettre au lieu de « conservateurs » le terme « gouvernementaux ». M. Millerand s'y opposa formellement. Un membre du conseil supérieur du travail n*est pas à cause de sa fonction, gouvernemental, puisque lui, Millerand, est de ce conseil; on ne pouvait donc dire cela de M. Keufer. Il n'y avait pas coalition d'anarchistes et de conservateurs, mais coalition de délégués de syndicats avec des délégués du P.O.

S.E. (voir la note 49), tous ou presque tous ayant des mandats impératifs, La majorité n'avait pas déclaré que le prolétariat devait renoncer à l'action politique. Elle avait déclaré qu'elle ne voulait pas l'exclusion de ceux qui renoncent à l'action parlementaire. Nous ne relevons pas les appréciations, seulement les assertions de fait. Plus loin le mot « gouvernementaux » remplace les « conservateurs » de tout à l'heure. Cette fois le nom de M. Keufer n'y est pas accolé, on peut l'employer sans crainte. Les anarchistes sous le couvert de quelques mandats syndicaux ne tentaient pas de désorganiser le socialisme. Ils votaient conformément k leurs mandats, et, si désorganisation il y avait, c'étaient les groupes corporatifs qui en étaient les auteurs ainsi que les membres du P.O.S.R. dont le manifeste ne soufflait mot. Il n'y avait pas une pseudo-majorité^ mais une majorité réelle, dont les 4/5 étaient des syndicaux ; 20 sur ces 43 syndicaux étaient des anarchistes notoires, désignés par les bourses et les syndicats quoique ou parce que anarchistes.

Note S5. — Les dix signataires (Vaillant, Sembat, Turot, etc.), de ce nouveau manifeste déclarent :

qu'après avoir affirmé la nécessité de raction politique, leur énergique réprobation de l'anarchie et Tantagonisme absolu qui oppose les hommes de la Révolution sociale à Tindividualisme anarchiste, ils sont restés dans la salle de la délégation française après le vote, parce que toute participation à un vote implique forcément la possibilité d'être mis en minorité, ainsi que la validité du vote auquel on a collaboré.

Il leur a paru par£eiitement injuste et dangereux de considérer, par leur retraite, les organisations corporatives les plus importantes du prolétariat français comme solidaires d'une douzaine au plus d'anarchistes. Ces organisations syndicales ont simplemène voulu, par leur vote, maintenir contre toute ingérence des groupes politiques le droit absolu des syndicats ouvriers» que ne limite jusqu'ici aucune décision du congrès international.

2i]0 LE SOCIALISME

Les signataires affirment qu'au lieu d'atteindre les anarchistes par un ricochet qui frappe d'abord les organisations ouvrières, il faut les rejeter hautement par un texte formel qui les exclue. 11 termine en disant :

« Ainsi le propose la section suisse, appuyée par les sections anglaise et allemande. Ainsi nous voterons, nou« qui sommes restés au poste pour y défendre nos idées, convaincus que dans un congrès socialiste, Tanarchie ne doit pas pénétrer et que le congrès doit affirmer avec une force nouvelle la nécessité de l'action politique, électorale ou révolutionnaire, pour l'émancipation des travailleurs par la conquête du pouvoir politique» que nous tenons pour le moyen essentiel de la victoire de la Révolution. »

Nous ajouterons que l'individualisme anarchiste n'avait aucun représentant dans le sein de la délégation française. 11 ne pouvait d'ailleurs en avoir puisque les principes de l'individualisme anarchique s'opposent à toute délégation.

Note 56. — En vertu de quel droit le bureau en avaitil décidé ainsi? Nul ne le sut. Il agissait en maître. Cela est quia nominor Léo. M. £. Guérard signale là une incorrection : « C'est au nom de la délégation française que M. Jaurès paraissait prendre la parole, alors que la majorité de la France était d'un avis opposé à celui qu'il exprimait. » Je fus certainement l'interprète de toute la délégation régulière française quand j'écrivis dans le Rèynold^s newspaper (8 août) : « La délégation française a été grossièrement insultée par le bureau du congrès. C'est une règle parlementaire que lorsqu'un orateur parle au nom de son pays, il exprime au moins l'opinion de la majorité de ses concitoyens. Mais quand M.Jaurès parla il représentait seulement la minorité des sécessionnistes. Dans cette discussion aussi importante, aucun représentant de la majorité française ne put prendre part, c'est là un complet manque d'égards pour les syndicats français. »

Note B7. — M. Tom Mann est un grand orateur, un vrai tribun comme récrivit M. De Seillac dans la Revue Bleue (8 août 1896, p. 184). Il souleva l'enthousiasme même de ceux qui ignoraient la langue dans laquelle il parlait (l'anglais). Sa parole vibre, ses gestes sont violents, entraînants, son émotion déborde et il émeut ses auditeurs rien que par sa mimique. Jamais encore il ne nous avait été donné d'entendre un tribun si puissant, un orateur si chaleureux. M. Tom Mann qui a quarante ans fut apprenti mineur, puis fondeur, il est maintenant secrétaire général de l'I. L. P., etc.

Note 58. — Il est très important de remarquer cette décision du bureau du congrès composé en majeure par. tie de social démocrates. Elle était en contradiction absolue avec la thèse soutenue par MM. Guesde, Deville, etc., dans le sein de la nationalité française. Elle était conforme avec l'interprétation de MM. Vaillant, Sembat, Turot et des anarchistes qui, pour éviter toute discussion sur leur personnalité, avaient eu soin de n'être mandatés que par des syndicats. La restriction du bureau fit que comme l'avait dit Domela, on n'excluait pas ceux que l'on voulait exclure. Pourquoi le bureau a-t-il pris cette décision? Il est à présumer que l'attitude de la France y est pour quelque chose. Si la théorie de M. Deville avait été endossée par le congrès, la quasi totalité des syndicats français fussent sortis du congrès ; les syndicats hollandais aussi, ainsi que d'autres d'Italie, d'Espagne et beaucoup de trade unions anglaises. C'était mettre à la porte du congrès une centaine de délégués. Il ne fallait pas songer à cela d'autant plus que d'autres délégués avaient mandjat de se retirer en cas d'expulsion

Note 59. — Vingt-six membres de l'I.L.P. entre autres MM. Arthur Field, Aveling, J. Burgess, Shaw Maxvell, F. Brocklehurst, J. R. Macdonald, L. M. Byles, F. Lessner, Miss Enid Stacy, etc.» protestèrent contre l'attitude

et les discours de MM. Keir Hardie et Tom Mann. « Ils n'ont pas de sens officiel comme représentant la politique générale de l'I.L.P., la question n'ayant pas été soumise aux branches. Un grand noiïibre de délégués de ri.L.P. sont opposés à la politique défendue par Keir Hardie et Tom Mann. > Cette protestation en amena une autre de MM. J. Connell, W. Parker, Tom Me Carthy, madame P. Campbell, etc. : « L'attitude et les discours de Keir Hardie et Tom Mann, au sujet de l'admission des anarchistes sont en conformité avec la décision prise par notre national administrative council et approuvée par les délégués de TI.L.P. au meeting de dimanche soir. Nous affirmons que plusieurs de ceux dont les noms figurent au bas de la protestation (ci-dessus) assistaient à ce meeting et ils savent que l'assertion du caractère non officiel des discours de nos camarades n'est pas vraie. Nous ajouterons qu'un des signataires le Dr Aveling a été chassé de l'I. L. P. il y a déjà quelques ans. m M. A. Field (I.L.P.) secrétaire de la branche de Maidstone écrivit que M, Aveling est bien de l'I.L.P. et que la branche de Maidstone dont M. Connell est délégué est pour la résolution de Zurich, M. Keir Hardie s'explique dans le Labour Leader (8 août), maintenant que son attitude était conforme aux résolutions prises par le N.A.C; il disait que la question serait discutée à la conférence prochaioe de l'I.L.P. Quelques membres peuvent quitter l'I.L.P. et ils feraient une bonne chose pour l'I.L.P. Dans le Parti ouvrier du 20 août Tom Mann écrivit que la protestation de quelques membres de l'I.L.P. ne le ferait changer ni de principes, ni d'attitude.

Note 60. — Les nations qui votèrent pour l'article 1 1 sont : Grande-Bretagne, Belgique, Etats-Unis du Nord Amérique, Australie, Allemagne, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Autriche, Norwège, Bohémey Suède, Espagne,

Portugali Danemark, Russie, soit seize nations; dans plusieurs il y avait une minorité contre. L'Italie étant également partagée était neutre. La Hongrie n'était pas représentée. La France et la Hollande se prononcèrent contre. En somme il y a 16 pour et 2 contre; mais le bureau considéra la Hongrie et l'Italie comme ayant voté pour, car il annonça 18 pour.

On a tout le temps du congrès parlé de M. Aveling comme représentant de TAustralie. C'était une erreur, il était représentant d'un groupe de Nouvelle Zélande. C'est ce qui le constituait en nationalité 1 1 M. Bruce Ulasier dans le Labour Leader^ M. Bernard Shaw dans le Star^ s'en amusèrent fort ainsi que la plupart des assistants, à rexception toutefois des intran$igeants de la sociale démocratie. Beaucoup aussi se demandaient quelles étaient ces nationalités : Pologne, Bohème, Hongrie? D'autres plaisantaient l'importance socialiste de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Suède-Norwège. Jusqu'à la fin du congrès ce furent des quolibets sur la géographie sociale démocrate.

Notre compte-rendu de la séance du matin (mardi 28 juillet) a été fait d'après nos notes. Justice (29 juillet), Conférence Record (29 juillet), complété à l'aide du Labour Leader, Temps, Débats^ Revue Bleue^ la Sociale, et le Daily Chronicle.

Note 61. — La remise des cartes permanentes à la nationalité française fut la cause d'un incident comique. M. Eugène Guérard, comme représentant la France au bureau, M. Lavaud, comme secrétaire delà nationalité, se rendent au secrétariat réclamer les cartes. Ils sont accompagnés de M. A. Hamon. Au secrétariat, personne ne parle français. En un mauvais anglais on s'explique mal et M. W. Thorne refuse de délivrer les cartes. Enfin arrive un interprète, M. A. Smith. Il déclare que M. Thorne ne veut donner à la majorité française que

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57 cartes. M. Lavaud refuse et veut toutes les cartes. M, Guérard proteste contre cette prétention et M. Smith traduit. M. Thorne refuse toujours, un peu ébranlé, cependant. Alors M. Hamon. s'exprimant dans un mauvais anglais, dit que c'est ridicule, qu'on est dans un congrès parlementaire et que, par suite, les règles du parlementarisme doivent être suivies. Or, la règle est que ce soit le secrétaire de la nationalité qui reçoive toutes les cartes. M. Lavaud est le secrétaire, donc il faut les lui donner. Le secrétariat du congrès n'a pas à s'occuper s'il y a, dans la section française, une minorité et une majorité. Cela existe dans toutes les sections. M. Thorne, concevant la justesse du raisonnement, va céder, il y a seulement quelque discussion sur le nombre des cartes, quand arrivent MM. Jaurès et Millerand. Tout change, car M. Millerand déclare qu'il vient chercher les cartes de la section française, 56 cartes. Il y a une légère discussion entre les Français présents. M, E. Guérard dit : « Alors, c'est la scission que vous cherchez, » et en vain il tente de modifier leurs sentiments. Rien n'y fait et M. Millerand déclare qu'il ne veut rien avoir de commun avec notre délégation. Pour lui, elle n'existe pas ; les dissidents seuls forment la vraie délégation française^ Il refuse de recevoir les cartes de la main de M. Lavaud. Enfin, par condescendance, MM. E. Guérard et Lavaud cèdent; M. Millerand emporte ces 56 cartes et M. Lavaud les 5j. Il en reçut d'autres, ultérieurement.

Note 62. — L'incorrection des traductions de madame Aveling fut publique. Lorsqu'elle traduisit le discours de M. Domela Nieuwenhuis, elle le falsifia (Labour Leader ^ i®»" août). Elle fit de même lors de la traduction de celui de M. Landauer. Elle traduisait fort bien les discours des social-démocrates. Madame Marx Aveling a d'étranges façons de comprendre la mission d'un traducteur, à moins qu'elle n'ignore les langues qu'elle traduit.

En tout cas» selon M. J. Bruce Glasier, c'étaient des manières qui n'étaient pas pour honorer le congrès. Un autre traducteur, M. A. Smith, aussi très social-démocrate, se bornait à atténuer lorsqu'il traduisait, il adoucissait les angles ; enfin, il n'altérait pas. Madame Zetkin non plus, mais elle résumait beaucoup ce qui était contraire à la sociale démocratie. M. J. Sigg, qui ne traduisit que dans les derniers jours, le fit beaucoup plus nettement. Ces procédés ne s'expliquent guère que par Temportement des passions. En effet, dans l'assistance, il y avait toujours beaucoup de personnes qui parlaient ou deux des langues ou les trois. Il en résultait donc qu'on savait nécessairement les falsifications des discours. Alors à quoi bon?

Note 68. — Les altérations voulues ou non des traductions, le vague, le plus souvent, qu'elles revêtaient, font que les délégués votaient beaucoup sans savoir ce qu'ils votaient. Le Labour Leader le constate pour les Anglais et nous pouvons l'assurer pour les Français. Les Allemands, eux^ savaient très bien ce qu'ils votaient, car ils regardaient leurs chefs, MM Singer, Bebel, et suivant les signes faits ils votaient. Tout le monde put le constater. M. Bernard Lazare (Echo de Paris^ 2 août) a écrit justement que les trade unionistes anglais ont toujours voté l'expulsion, croyant qu'il s'agissait d'anarchistes individualistes. La plupart d'eux ignorait et ignore ce que désiraient les socialistes antiparlementaires et anarchistes. Le Daily Chronicle (29 juillet) a dit faussement que le rapport des S. D. allemands avait été accepté unanimement.

Note d4. — Ils se répartissaient comme on le voit note 37. Les trente sociétés socialistes se divisaient : Par liamentary committee, i3, Organisation committee, 12, diverses sociétés, 6.

2^6 LE SOaALISHE

Note 65* — Il représentait un groupe de quatre membres qui avait délégué deux membres. Un fut accepté, l'autre rejeté.

Note 66. — Parmi les délégués citons : MM. E. Vandervelde, E. Hardijns, L. Bertrand, Oscar Gilbert, Oscar Fay, E. Vinck, etc.

Note 67. — Le rapporteur de la France attendait sur la plate-forme que le président Singer lui donnât la parole pour son rapport. Dans la section française^ on s'étonnait puis s'amusait de ce retard voulu, car des conciliabules avaient lieu publiquement sur la plate-forme. Aussi M. Sembat, à l'appel d'une nouvelle nationalité, par manière de plaisanterie, cria : Le Dahomey ! C'étaient parmi les Français, des rires, des brocarts continuels. Là-bas, derrière la table présidentielle, sur les gradins de l'estrade, MM. Millerand, Deville, Liebknecht, conférenciaient. M. Vandervelde venait se joindre au groupe, puis M. Adler, après M. Ferri. Nous apercevons d'aucuns, parmi eux, qui viennent parler à l'oreille de M. Singer, le président. Que se passe-t-il donc? La majorité française le soupçonne, mais l'ignore, car nous voyons seulement. Ecoutons donc M. Eugène Guérard qui, au bureau, à côté de M. Vaillant, voit tout et entend, aidé par M. Vaillant, qui parle anglais et allemand : « Le tour de la France est déjà passé, écrit M. £. Guérard, cependant le président Singer est informé qu'elle est prête à donner son compte-rendu ; mais madame Marx Aveling se penche à son oreille et lui dit en allemand de s'arranger pour que le rapport vienne tout à la fin de la séance pour éviter une discussion. Par deux fois, je rappelle au président que la France est prête, mais il me répond que l'on épuise d'abord les petites nationalités... Nous assistons à des conciliabules... M. Liekbnecht vient alors nous demander de ne pas soulever d'incidents : il serait déplorable, dit-il, que nos amis Millerand et Jau-

rès ne soient pas admis et il ne faut pas que votre rapport entraîne un débat. Je Tinforme que le rapporteur de la France se bornera à dire que tous les mandats sans exception ont été validés au nombre de i23, même ceux qui n'avaient pas de mandats. Nouveaux conciliabules, on est inquiet .. » Les social-démocrates craignaient un incident et voulaient gagner du temps. M. Singer dit : « Vous n'aurez pas le temps de lire votre rapport », mais M. E. Guérard insiste. Le président dit : a Alors, ils sont acceptés. » « Mais oui, répond M. Guérard, la section les a acceptés tous. » Un peu rassuré, M. Singer donna la parole au rapporteur français.

Note 68. — Le congrès ne comprit pas du tout ce qu'il votait lors du rapport de M, Plekhanov. En effet les comptes-rendus de The Conférence Record^ The Justice^ The Daily Chronicle^ pour la séance du 28 juillet après-midi, ne disent pas la même chose. Justice j Conférence Record^ confirmées par mes notes disent 7 délégués reçus, un refusé parce qu'il s'agit d'un petit groupe de réfugiés russes à Berne. Il s'agit de M. Rappoport, ce que confirme M. Bernard Lazare dans VEcho de Paris. D'autre part le rapport de M. F. Pelloutier confirmé par le Daily Chronicle, VEcho des Travailleurs municipaux dit 8 délégués reçus, un refusé; celui-là venait de Paris. Il ne s'agit peut-être plus de M, Rappoport, mais de M. Serebryakov ; cependant M. Rappoport habite Paris aussi.

On voit que c'est passablement confus, et le congrès a voté sans comprendre quoi que ce soit à ce qu'il votait. Dans le Labour Leader du ^ août nous trouvons une très intéressante lettre de M* F. Volkhovsky sur ce sujet. M. Volkhovsky est un réfugié russe habitant Londres, rédacteur en chef de Free Russia, l'organe de la Société anglaise des amis de la liberté russe. M. Volkhovsky occupe donc dans la société russe de Londres une si-»

248 LE SOGIàLISICE

tuation très importante. C'est un socialiste, je crois même un social démocrate. Ceci dit, voici des extraits de sa lettre. Il a été heureux des applaudissements unanimes qui ont accueilli Tannonce du réveil du prolétariat russe qui réjouissait tous les socialistes. « Les moins contents ont été les Russes, car ils ont eu conscience que le speech du camarade Plekhanov, comme orateur de la section, était loin d'avoir le même caractère large, impartial, pur. L'esprit de parti conduisait ses actes qui, nous en sommes sûrs, seront désapprouvés par ses propres disciples. Nous Russes qui avons au cœur la cause de la liberté russe et de la justice et qui avons travaillé pour cela, savons parfaitement bien que toutes les fractions du socialisme russe, et même tous ceux qui quoique avancés ne s'appellent pas socialistes, ont également travaillé à produire le réveil du prolétariat russe dont les grèves de Saint-Pétersbourg sont le résultat. Or l'orateur de la section russe a parlé des social démocrates, comme les seuls qui étaient sur le champ de bataille. Il décrit le camarade Serebryakov comme représentant seulement les revenants de la vieille organisation du parti de la Narodnaiya Volya, ne mentionnant pas que son mandat lui était aussi donné par divers groupes, de Saint-Pétersbourg et de Moscou, du même parti, aussi actif que la S. D. Il parla de ce parti comme un du passé, pendant qu* en fait il était celui qui fraternellement aidait les S.D. de Saint-Pétersbourg en imprimant, dans leur imprimerie secrète, quelques-unes des publications sociales démocrates. Une autre injustice était le traitement du camarade Rappoport rejeté parce que son mandat avait seulement cinq signatures, alors que c'était en fait les signatures d'un comité agissant pour un groupe important de socialistes rusits résidant à l'étranger (leur nom est socialistes révolutionnaires russes), publiant une feuille pour les ouvriers et ayant des amis et cotravailleurs en Russie... En introduisant l'intolérance et l'esprit

de parti dans la question de la représentation et de la relation des affaires russes, le camarade Plekhanov crée de très graves causes de difficultés. Je suis sûr que ses partisans n'endosseront pas sa politique. Ils aiment trop la cause pour cela. » M. SerebriakofF écrivit une lettre : c( Malgré mes instances reitérées d'avoir la parole pour protester contre les assertions de M. Plekhanov, le président me Ta refusée. Etant ainsi privé de la possibilité d'exercer mon... devoir, je trouve ma présence au congrès comme leur délégué (russe) parfaitement inutile. » Comme délégué français, à cause de la division, il estime de même et se démet de ses pouvoirs.

Note 69. — La délégation française se composait à ce moment de i23 délégués. Six vinrent se joindre plus tard à la délégation qui eut un total de 129 membres. Nous donnons ci-après la liste complète de cette délégation avec l'indication de ceux qui votèrent contre l'article II (A) et de ceux qui votèrent pour (B). La lettre (M) indique les membres de la délégation régulière pendant que (N) indique les membres de la délégation dite de Navarre. Nous avons joint la liste des organisations adhérentes.

ÂGRESTi, cercle du travail de Morez affilié au P.O.S.R. (M). — Jean Allemane. P.O.S.R, Fédération du centre, groupe central du XX« arrondissement de Paris, groupe du XX* arr., groupe de Saint-Denis (Seine), groupe de l'Ecole de Propagande, groupe de Chambon-sur-Vorieize (A. M). — Argyriadès, Comité central du C.R.C., groupe du XVI« arr., groupe d'Etudes sociales de la Question sociale (M). — Banham, Bourse du travail d'Angouléme, (A. M.). — Bertrand, agglomération parisienne, maison du peuple du XVIl» arr. P.O.F. (B. N.). — Boicervoise, ligue intransigeante socialiste, Comité républicain socialiste révisionniste de Saint-Ouen (Seine) (A. M.). -• Bonnier, P.O. F., agglomération toulousaine, fédération du Nord, groupe de Vanves (Seine) (B. N.). — Bouanchaud, union des syndicats du département de la Seine, union fédérative des syndicats ouvriers de la

2bO LE SOCIALISME

4« catégorie des tissus, Bourse du travail de Niort, société générale des ouvriers chapeliers de France (A. M.). — Bouillon, ligue démocratique des Ecoles (Paris) (A. M.). — Bourdet, Chambre syndicale ouvrière de l'Industrie Florale (Paris), syndicat des ouvriers fleuristes, feuillagistes et plumassiers de Paris (A. M.). — Braun, fédération nationale des ouvriers métallurgistes de France, Chambre syndicale des tourneurs en optique (Jumelles) (A. M.). — Broca, groupe corporatif des ouvriers menuisiers de Lyon (A. M.). — Paul Brousse. F.T.S. Comité fédéral, groupe la Goutte d'or (Paris) (B.). — Emile Carré, P.O.F. groupe du IP arr. (B.N.). — Madame Cabré, P.O. F. groupe La Couture (Paris) (B. N.). — Chaughi, bibliothèque sociologique du XH« arr. (A. M.). — René Chauvin, Conseil National d'i P.O.F. , fédération des ouvriers mégissiers de France, (B. N.). — Mademoiselle Collot, Chambre syndicale des ouvrières tapissières de Paris (A. M.}. — Mademoiselle Corn, Bourse du travail d'Issy-les-Moulineaux (Seine) (A. M.). — Cougny, C.R.C. fédération du centre (Commentry) (B.M.). — Victor Dalle, Comité fédéral de la F.T.S. de France, fédération nationale des employés, chambre syndicale des employés de Paris, fédération des ouvriers et ouvrières des manufactures des tabacs de France, cercle des originaires de la Vienne, groupe la Sentinelle du XII* arr. (B.M.). — Dard P.O.F., agglomération parisienne (B. N.). — Darène, syndicat des travailleurs du gaz de Paris, (A. M.). — Degay, Comité central du C.R.C. (B. M.). — V. Dejeante, groupe socialiste révolutionnaire du XX^ arr. (A. M.).

— Dekock, P.O.F. section Roubaisienne (B. N.). — Delcluze, P.O.F. agglomération Cambrésienne, union socialiste Dunker* quoise, groupe la Bataille de Calais, syndicat des ouvriers tailleurs de Calais (B. N.). — Delesallb, Chambre syndicale des ouvriers en instruments de précision (Paris), union syndicale des ouvriers et ouvrières en cuirs d'Amiens, (A. M.). — D' Delon, P.O.F. cercle de l'union socialiste d'Anduze, cercle socialiste d'Alais, groupes d'études sociales de Serres, d'Avèze, de V'auvert, de Pompignan, groupe socialiste de Clarensac, les agriculteurs socialistes de Saint-Hilaire de Brethmas (B. N.).

— Delort, P.O.F., section Lilloise (B. N.). — Delurier, l'Avenir de Plaisance, l'Union des travailleurs d'Arcueil Cachan, l'Utilité sociale (trois coopératives de consommation) (A.M.). — G. Deville, fédération républicaine socialiste de la Seine (B. N.).

ET LE CONGRÈS DE LONDRES 25 l

— DoRMOY, conseil municipal de Cerilly, id. d*Archignat, id. de Chamberat, La Chapelande, Désertines, Estivareilles, Huriel, Lignerolle» Meaulue, Saint- Victor, Urcay, Viplaix (Allier) et de Roanne (Loire) (en tout 14 mandats de conseils municipaux), P.O.F. cercle républicain des ouvriers de Montluçon, union républicaine, socialiste des ouvriers de Commentry, comité socialiste d'Ainay-le-Château, fédération républicaine socialiste de Montiuçon, chambre syndicale de la Métallurgie de Montluçon, idem des employés de bureau de Montluçon, idem des ouvriers verriers de Montluçon, idem des ouvriers de la ville de Montluçon, idem des ouvriers mineurs de Bézenet, section de Montluçon des ouvriers du livre» union des chambres syndicales ouvrières de Montluçon, groupe de Montluçon du syndicat national des chemins de fer français, idem groupe de Cosne-surrŒil, (B. N.). — Dubois, fédération nationale des corporations ouvrières du bâtiment, chambre syndicale des tailleurs et scieurs de pierre (Seine) (A. M.). —• Dubreuilh, C.R.C. comité centraU groupe d'action révolutionnaire du XX* arr., idem du XV*, idem des Ternes, groupe de Boulogne-sur-Seine, groupe des originaires de PAliier (Paris), ligue de la révision par le peuple, chambre syndicale ouvrière de la cordonnerie de France, (B. M.). — DuPAC, fédération des travailleurs municipaux de Paris (A. M.). — Dupieo, chambre syndicale ouvrière de l'Industrie textile de Lille (B. N.). — Fabérot, chambre syndicale des ouvriers et ouvrières en chapellerie de Paris, idem des ouvriers mouleurs de Nouzon, idem de l'Industrie lainière de Daigny, idem des ouvriers mouleurs de Charleville, P.O.S.R. groupe de Balan (A. M.). — Fagnot, cercle des prolétaires positivistes de Paris (A. M.). ~ Faillet, groupe socialiste révolutionnaire central du X« arr. (M.). — Ferrer, P.O.F., groupe du IV® arr. de Paris (A. M.). — FoNrAiNE, comité socialiste indépendant des ouvriers tailleurs de la Seine (B. M.). — Fucho-Fafin, P.O. P., section calaisienne, union des chambres syndicales ouvrières de Calais (B. N.). — Gallau, Bourse du travail de Cognac (A. M.).

— Genty, secrétariat national du travail de France, union syndicale des ouvriers menuisiers de la Seine (M.). — Gérault-Richard, groupe central socialiste du Mans (B. N.). — Ghesquière, P.O.F. section lilloise (B. N.). — Girard, union syndicale des ouvriers du bronze de Paris, chambre syndicale des ouvriers ferblantiers de la Seine, chambre syndicale des coupeurs che-

252 LE SOCIÀUSME

misiers de Paris (A. M.).— Goursaud, chambre syndicale des bûcherons d*Indre-et-Loire, F.T.S. de France, région de l'Ouest (A. M.). — Jean Grave, syndicat des ouvriers métallurgistes d'Amiens (M.). — Gros, union des chambres syndicales ouvrières des IBouches-du-Rhône (A M.). — Groussier, groupe socialiste révolutionnaire central du X* arr. (M.). — Eugène GuÉRARD, syndicat national des travailleurs des chemins de fer français, chambre syndicale des cochers de Paris et de la Seine, union syndicale des ouvriers menuisiers de la Seine, fédération des ouvriers mouleurs de France, verrerie ouvrière d'Albi (Tarn), confédération générale du travail. Chevaliers du travail français (A. M). — Ferdinand Guérard, Bourse du travail d'Amiens, Bourse du travail de Montpellier, Bourse du travail de Béziers, syndicat des employés du département de la Seine» chambre syndicale des ouvriers tapissiers d'Amiens, groupe les Pionniers du IV* arr., Paris. (A. M.). — Guérineau, chambre syndicale des ouvriers polisseurs sur métaux, de Paris (A. M.).

— Jules Guesde, P. O. F., Conseil national, arr. de Rochefort (B. N.) — Gui AT, Bourse du travail de Lyon, idem de Grenoble (B. N.). — P. GuYON, comité d'organisation de la grève générale (Paris) (A. M.). — A. Hamon, Bourse du travail de Nantes, groupe les Pionniers du travail du IV* arr., Paris (A. M.). — Hémbry, P. O. F., agglomération parisienne (B. N.). — Herminot, chambre syndicale des ouvriers tuUistes de Calais (B. N.). — L. Jer- ROLD, groupe l'Art social de Paris (A. M.). — Jaurès, (B. N.).

— Jourde, p. o. F., fédération girondine (B. N.). — Keufer, Fédération des travailleurs du Livre, union des chambres syndicales de Boulogne-sur -mer (A. M.). — Paul Lafargue, P. O. F., conseil national, union syndicale des colons et agriculteurs de la Loire-Inférieure (B. N.). — J. B. Lavaud, P. O. S. R., secrétariat général, groupe les Egalitaires deClichy, idem des Ternes (Paris), groupes corporatifs de Clichy, idem du canton de Sèvres, chambre syndicale des ouvriers passementiers à la barre (Paris) (A. M.). — Alexandre Lavjgne, P. O. F., fédération girondine (B. N.). — Raymond Lavignr. P. O. F., Association des républicains socialistes de Libourne, union républicaine socialiste de Limoges, Bourse du travail de Limoges (B. N.). — Lecoq, p. o. F., cercle de la Sanié (Paris) (B. N.). — Lstail- LEUR, P. O. F., section Caudrésienne (Nord), chambre syudidicale des ouvriers tuUistes de Caudry (Nord) (N.)- — L6taiig,

C. R. C , fédération de Commentry, (B. M.). •— Jean Longuet, P. O. F., fédération socialiste Bas-Normande (B. N./

— LoRCHB, P. O. F., Maison du peuple de Lyon et Villeurbanne (B. N.). — LoRCiN, Bourse du travail de Perpignan (A^ M.). — Matjiieu, p. o. F.y fédération socialiste Bas-Normande (B. N.).

— E. Malatestx, syndicat des ouvriers métallurgistes d'Amiens (A. M.). — Marchand, P. O. S. R., groupe de l'hôpital Saint- I^uis (Paris) (A. M.). — Maréchal, ligue intransigeante socialiste (A. M.). — Marietton, P. O. F., agglomération lyonnaise (N ). — Charles Martin, chambre syndicale des ouvriers boulangers de la Seine (A. M.)* — Jules Martin, chambre syndicale des ouvriers tullistes de Calais (N.). — Meyer, comité de vigilance des conseillers prud*hommes ouvriers de l'alimentation (Paris), chambre syndicale des pâtissiers de la Seine, fédération ouvrière des cuisiniers, pâtissiers et confiseurs de France, chambre syndicale ouvrière des limonadiers restaurateurs de Paris, association mutuelle des boulangers du département de la Seine, ligue pour la suppression des bureaux de placement (Paris) (A. M.). — Madame Meynet, P. O. S. R., groupe les chaisières de Tarbes (A. M.)« — A. Millerand, (B. N.)- — Millet, fédération des organisations ouvrières de l'Aube, fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs de France (B. N.). MoNTAGARD, uuion des chambres syndicales ouvrières des Bouches-du -Rhône (A. M.)- ~ Museux, union socialiste révolutionnaire du VI« arr. de Paris (A. M.). — Pacini, P. O. S. R., groupe de Septmoncel (Jura) (M.). — Parsons, fédération des chambres syndicales et groupes corporatifs de Clichy (A. M.). — Pascal, chambre syndicale ouvrière du cartonnage de Paris (A. M.). — Etienne Pédron, fédération nationale des syndicats et groupes corporatif!» de France, fédération des organisations ouvrières de l'Aube, fédération du P. O. F. socialiste de la Marne (B. N.). — Paul Pédron, fédération des organisations ouvrières de l'Aube (N.). — Pelletier, chambre syndicale des ouvriers tailleurs de Paris, idem de Grenoble (B. N.). — Fer- NAND Pelloutier, fédération des Bourses du travail de France et des colonies, syndicat des ouvriers teinturiers et apprêteurs d'Amiens, Bourse du travail du Mans(Sarthe), verrerie ouvrière d'Albi (Tarn) (A. M.). — Docteur Piérot, P. O. S. R., groupe de Sens (Yonne) (A. M.). — Emile Poucet, chambre syndicale ouvrière de la métallurgie de Beauvais, chambre syndicale des

ouvriers ardoisiers d'Angers. — Trelazé, chambre syndicale des ouvriers maçons et tailleurs de pierre de Cognac (A. M.). — Reecs, p. O. s. R., union socialiste de la Charente (section d'Angoulême) (M.). — L. Remy, chambre syndicale des ouvriers et ouvrières tisseurs d'Amiens ; P. O. S. R., groupe le Réveil Âmienois ; groupe du V«arr., Paris (A. M.). — Georges Renard, C. R. C, comité électoral socialiste révolutionnaire du XX* arr., Paris (B. N.). — Renaud, chambre syndicale des ouvriers jardiniers de la Ville de Paris; C. R. C, comité du XVIII« arr. (B. M.). — R1EU8SEC, P. O. S. R., groupe de Plaisance, Paris (M.). — Rivière, P. O. F., groupe du XI1I« arr., Paris, groupe des étudiants collectivistes, Paris (B. N.). — Paul Robin, société de propagande socialiste par la scienee et l'art, Paris, l'union sociale, coopérative de consommation, Paris (A. M.). — Gustave Rouanet, comité républicain socialiste de Clignancourt (B. N.). — Roussel, P. O. F., groupe d'Ivry-sur- Seine (N.). — RoziER, chambre syndicale des ouvriers estampeurs et découpeurs sur métaux de la Seine (A. M.). ~ Salembier, P. O. F., section calaisienne ; union des chambres syndicales ouvrières de Calais (B. N.). — Sauvanet, conseil municipal d'Huriel (Allier), P. O. F., cercle républicain des ouvriers deMontIuçon; chambre syndicale de la métallurgie de Montluçon, idem des employés de bureaux de Montluçon ; idem des ouvriers verriers de Montluçon ; idem des ouvriers de la ville de Montluçon ; section de Montluçon des ouvriers du livre ; union des chambres syndicales ouvrières de Montluçon (B. N.). — Séchaud, P. O. F., groupe La Couture, Paris (B. N.). — Marcel Sembat, fédération des syndicats ouvriers d'Indre-et-Loire, fédération des socialistes indépendants, Paris (B. M.). — SÉRéBRiAXOFP, syndicat des journalistes socialistes de Paris. — Sicaud, P. O. F. de Grenoble (B. N.). ^ Simon, chambre syndicale des ouvriers cordonniers de Lyon, groupement des ouvriers en cuirs et peaux de Lyon (A. M.). — Rodolphe Simon, fédération des conseillers municipaux socialistes de France, Maison du Peuple de Paris (B. N.). — Stebns, chambre syndicale ouvrière textile d*Amiens (A. M.). — TskRioux, chambre syndicale des cantonniers de la Ville de Paris (A. M.). -— Thierrart, chambre syndicale ouvrière de l'industrie textile de Reims, syndicat des ouvriers menuisiers-ébénistes de Reims, groupe républicain sodaliste de la Suippe (Marne) (A. M.). — Thomas, comité central socialiste du

ET LE CONGRàs DE LONDRES 255

XVIII» arr. de Paris (A. M.). — Tocatti, P. O. S. R., groupe la Lumière de Maromme (Seine-Inférieure) (M.). — Tortelibr, chambre syndicale des ouvriers menuisiers en bâtiment de la Seine (A. M.). — Toussaint, P. O. S. R,, groupe central du Xl« arr.y chambre syndicale des courtiers, receveurs et employés d'abonnement de la Seine (A. M.). — Henri Turot, C. R. C, comité central, fédération républicaine socialiste de Saint-Quentin et de TAisne, chambre syndicale des ouvriers bûcherons de Vierzon-Village (B. N.)» — Edouard Vaillant, C. R. C, comité central, groupe du XX* arr. 2* circonscription, groupe de Belleville, groupe des Lilas, chambre syndicale des ouvriers métallurgistes réunis de Vierzon, cercle de l'union républicaine socialiste de Toulouse (B. N.). — Valat, P. O. F., Maison du Peuple de Lyon et de Villeurbanne (N.). — Vaquette, société de résistance des ouvriers imprimeurs-lithographes de la Seine, chambre syndicale ouvrière des relieurs doreurs (Paris) (A. M.).

— VouRET, fédération socialiste révolutionnaire de la 5« circonscription de Saint-Denis (B. N.). — René Viviani, (B. N.),

— Warnanski, union des socialistes révolutionnaires d'Issy-les- Moulineaux (B. N.)*

La délégation régulière française (M) se composait de by Ay 10 B, 7 absents au moment du vote, 3 abstentionnistes, en tout 77 délégués représentant à peu près i5o organisations, dont 62 groupements politiques, et 88 groupements syndicaux.

La délégation N, dite navarraise, se composait de 45 B, de 6 absents, au moment du vote, soit 5i délégués représentant environ 90 organisations, dont 67 groupements politiques et 23 groupements syndicaux. Après la scission, il vint divers délégués se joindre à la délégation N; ils étaient au nombre de 4 ou 5. Nous ignorons et leur nom et les organisations qu'ils représentaient. MM. Jaurès, Millerand, Viviani, ayant remis leurs mandats à la section N. il s'ensuit que nous ignorons quelles organisations les déléguaient. Sur leurs cartes préliminaires envoyées au comité d'organisation, il y avait pour M. Jaurès, P. O. F., et pour MM. Millerand et Viviani, groupe socialiste de la Chambre des députés. Bans le

relevé ci-dessus des organisations, nous n*en tînmes pas compte. M. G. Renard est le seul délégué d'un groupement affilié au C. R. G. qui soit resté avec la minorité. Sur la carte préliminaire, M. Renard est porté comme délégué du groupe d'études sociales de la Revue Socialiste.

Dans la série des mandats de conseils municipaux* (MM. Dormoy et Sauvanet délégués), il y en a de curieux. Presque tous sont au polycopie, avec la formule « Nous soussigné... de la commune de... conférons nos pouvoirs et déléguons le citoyen... pour nous représenter au congrès... national, qui se tiendra à... » L'un d'eux est rempli par le maire de Gérilly, qui, à lui tout seul probablement, délègue M. Dormoy. Un autre, d'Huriel, est ainsi fait : « Nous soussignés, maire, adjoints et conseillers municipaux de la commune .. » déléguons MM. Dormoy et Sauvanet. Le mandat porte 3 signatures, dont Tune est celle du maire, M. Sauvanet. Il semblerait que MM. Dormoy et Sauvanet sont, de ce chef, délégués par 4 personnes! f I Beaucoup de mandats du P. O. F. ont cette formule finale « pour prendre toutes décisions qu'il croira utiles au développement du parti ». — M. Serebriakoff résilia ses pouvoirs et ne fut d'aucune section (Voir note 68).

Note 70. — G'est là l'affirmation d'une contre-vérité. Il suffit de se reporter à la relation de la séance de lundi matin, nationalité française. Les orateurs furent contre l'admission, MM. £. Guérard, J. Allemane, Faberot, Dalle; pas un anarchiste.

Note 71. — A ce sujet M. £. Guérard écrit : « On espère pouvoir dans la soirée gagner quelques leaders et obtenir le lendemain un vote favorable. »

Note 78. — La raison pour laquelle le congrès fut remis au mercredi après-midi, en violation du règlement

que le congrès avait fixé lors du vote de l'article 1 1, est que MM. Singer et Liebknecht avaient des engagements qui les retenaient ce matin-là hors du congrès t (Labour Leader, article de Keir Hardie, 8 août).

Note 78. — Sources : Justice, Conférence Record^ Labour Leader y Journal des Débats Réveil des travailleurs de la voie ferrée. Sociale, Echo de Paris, Daily Chroni^ de. Rapport de M. Pelloutier, mes notes. La partialité du bureau est signalée dans la Revue Bleue au sujet de cette discussion. Toute la partie relative aux trois députés français sans mandats est passée presque sous silence par Justice et Conférence Record.

Note 74. — L'assistance remarqua que le tour de présidence était à un Français, mais le bureau désigna de sa propre autorité un Anglais, un social démocrate très autoritaire. Les Anglais se demandèrent pourquoi M. Hyndman et pas Tom Mann ou Keir Hardie ou un trade unioniste. Dans VEcho de Paris, M. B. Lazare observa que « la sociale démocratie sait choisir ses présidents. »

Note 75. — Au sujet de Tadmission des trois délégués sans mandats, « les Anglais se sont montrés intraitables ; il parait même qu'ils ont déclaré que si les députés français étaient admis sans mandat, toute la délégation anglaise se retirerait pour protester contre une semblable irrégularité. » (E. Guérard, Réveil des travailleurs de la voie ferrée).

Note 76. — La Petite République du 3o juillet dit : La majorité prononce Tadmission des citoyens Jaurès, Viviani, Millerand, Rouanet et Gérault-Richard, « qui ont reçu de leurs électeurs un mandat supérieur à tout autre. » L. D. — Il y a là affirmation de contre-vérités. M. Rouanet avait déposé de suite un mandat; M. Gérault-

Richard avait déposé le sien après la séance du lundi matin de la nationalité française. MM. Jaurès, Millerand, Viviani vinrent seuls devant le congrès. Celui-ci les obligea à déposer un mandat. — On peut juger quelle créance on peut accorder à la Petite République pour le compte-rendu du congrès de Londres. Primitivement, M. Dubreuilh en était chargé mais après le lundi soir, M. Millerand Tavisa que cette fonction lui était retirée. M. Dubreuilh était resté avec la majorité.

Note 77. — Il était dans la minorité de la délégation française. M. Michalkowsky est un social démocrate. Le lendemain, dans le congrès, on distribuait en français et en anglais la Défense de ce délégué ; c'était l'extrait de la lettre de M. LavrofF que M. Vaillant n'avait pu lire. Cette défense était signée : La minorité social démocrate de la délégation polonaise.

Ci-après, une partie du rapport de M. P. LavrofF :

u La réunion des démocrates socialistes polonais et russes, tenue à Zurich, le 27 août iSgS, s'est adressée à moi avec prière d'examiner et de résoudre la question si la déclaration faite, au dire des membres de cette réunion — par la délégation polonaise au bureau du congrès de Zurich — visant le citoyen Michalkowski et consistant en ce que : i<» il était employé d'une société russe; 2^ qu'il aurait joué un rôle compromettant dans l'aâaire Handelsmann-Sawitzki — avait un bien fondé et que, par conséquent, le mandat signé par lui ne peut pas être validé. Le citoyen Michalkowski s'est également adressé à moi avec la même prière.

J'ai accepté cette mission en écartant consciemment toute autre question et j'ai réuni des renseignements détaillés sur la personnalité du citoyen Michalkowski, sur son passé, sur sa réputation dans le milieu socialiste, sur la Société Russe, son emploi dans celle-ci paraissant quelque chose de compromettant aux yeux des auteurs de la déclaration, et enfin sur sa participation dans l'affaire Handelsmann-Sawitzki.

Je m'adressai avec mes questions surtout à des socialistes polonais, à des personnes présentant toutes les garanties d'une

attitude impartiale, et compétentes dans PafTaire, à des f/ersonnes n'appartenant pas à la môme nuance socialiste que le citoyen Michalkowski, et enfin à des personnes jouissant, grâce à leur caractère et à leur passé, de l'estime générale dans les groupes socialistes polonais et russes.

Toutes les opinions que j'ai reçues caractérisent le citoyen Michalkowski comme un homme d'une honnêteté sans tache, comme o l'un des organisateurs du parti social démocrate polonais », comme « l'un des personnages les plus influents dans le milieu ouvrier de Lodz et de Varsovie », comme un homme qui tt avait joué un rôle important dans l'organisation V Union des travailleurs polonais, et jouissait de l'estime générale, qui avait passé onze mois en forteresse et qui y montra toute son inflexibilité et son honnêteté. »

Les renseignements constatent le fait qu'il jouissait de la « meilleure réputation » dans le milieu socialiste, on le considérait comme un bon militant socialiste. Les renseignements, fournis par les amis de feu Sawitzki constatant v les termes respectueux » que Sawitzki employait en parlant du citoyen Michalkowski et que leur connaissance personnelle n'a fait que renforcer cette bonne opinion, fondée auparavant sur ce que lui avaient conté des amis communs.

En me basant sur tous mes renseignements, je crois avec la plus grande conviction avoir le droit de déclarer que, non seulement, il n'y a dans le passé du citoyen Michalkowski aucune donnée qui puisse permettre de se méfier de lui, mais que, au contraire pour évoquer un soupçon, il aurait fallu présenter des preuves très fortes et ne permettant aucun doute.

En ce qui concerne les renseignements sur la société russe dans laquelle son emploi paraissait suspect aux yeux desauteurs de la déclaration, je crois devoir affirmer que cette société avait et a un caractère purement commercial;, que l'emploi dans cette société ayant pour but de se procurer par son travail des moyens d*existence ne peut être un reproche pour personne au nom de ses convictions et que par conséquent, on ne peut que regretter que les paroles de la déclaration « ein Beamter einer russischen gesellschaft » peuvent être considérées com nie quelque chose de suspect.

Signé : P. Lavroff.

Note 78. — Ce délégué était M. Fernand Pelloutiçr, mandaté par la Federazione italiana délie Camere del Lavoro. Le congrès ne se prononça pas sur la mise en demeure de l'Italie et M. Pelloutier siégea aux deux nations. M. Aveling votait comme anglais et comme représentant TAustralie. M. Malatesta était délégué français et délégué espagnol. La question de principe a donc été résolue en fait : un délégué peut être à la fois dans plusieurs nationalités.

Note 79. — L'exclusion des socialistes anarchistes, en dehors de l'opposition de la majorité française et hollandaise, motiva deux protestations. L'une est signée de MM. Gabriel et J. R. Littler (Lithographie artit's Society, London), W. Wess (Hebrew compositors association, London; International cigarette makers-union de Glasgow), W. K. Hall (Harness and sadlers union Edinburgh), J. Presburg (international Journeyman's Upp^r machinist union), J. Connel (Deptford I.L.P.), Nellie Campbell (East Dulwichl.L.P.), Amy C.Morant(I.L.P.). J. Sexton (Ashton Branch F.L.P.), E* Halford (Labour Church union), W. Parnell (alliance cabinet makers), Tom Me Carthy (Dock, Wharf, Riverside and G. L. U. London), W. Arnold (Shop assistants' union), W. F. Rean (Plymouth Branch I.L.P.), Paul Campbell (executive London fédération I.L.P.), H. Roland (international Branch amalgameted society of Tailors). Cette protestation émanant de trade unionistes et socialistes anglais disait : « Nous protestons... contre la violation du principe originel de la vieille association internationale des travailleurs formulé... en i866... ainsi conçu : <* L'assujettissement des ouvriers au capital est la source de toute servitude...; le premier but à atteindre est donc l'émancipation économique à laquelle le mouvement politique doit être subordonné. » Selon les circonstances les ouvriers de chaque pays jugent par eux-mêmes des moyens et de la tactique à employer... Nous répétons

notre protestation contre l'exclusion de ceux qui... s'appellent anarchistes communistes ou communistes antiparlementaires et qui néanmoins croient en l'action directe des organisations ouvrières pour Témancipation économique du travail. Par cette exclusion... ce congrès a enlevé au mouvement socialiste sa grande pureté et son non sectarisme qui était sa caractéristique. Il a établi un type autocratique de socialisme qui nécessairement convertira le parti socialiste en un parti parlementaire, réformiste dépourvu de toute activité révolutionnaire. » Cette protestation imprimée en trois langues fut largement distribuée dans le congrès. La moitié des italiens en fit une autre adressée « au congrès international social démocrate et des Trade unions ». Elle disait : «... protestent énergiquement contre cette tentative de monopolisation du mouvement ouvrier international essayé par les... social démocrates et se réservent d*agiier la classe ouvrière... contre ce courant réactionnaire... » Les signataires étaient F. Cini, Pietro Gori, E. Malatesta, F. Pelloutier (Bourses du travail d'Italie).

Note 80. — Dans le Journal des Débats M. Bourdeau écrit : « Les social démocrates allemands ne cachaient pas leur intention de suivre les guesdistes français dans leur retraite. »

Note 81. — Sources : 77re Daily Chronicle^ The Justice^ The Conférence Record^ The Star^ Journal des Débats^ la Sociale^ la Libre Parole^ la Petite République^ Labour Leader y le Réveil des travailleurs de la voieferrée^ Weekly tintes and EchOy VEcho des travailleurs municipaux^ le rapport de M. F. Pelloutier, mes notes. — Dans cette séance, M. Millerand put parler plus de cinq minutes sans être interrompu par la cloche du président ; M. Vandervelde, les cinq minutes terminées, dut clore son discours au son de la cloche I — M. Jaurès interviewé aussitôt après la séance dit :

202 LE SOOALISIfE

tt La séance de ce soir me remplit de satisfaction... Quand Panarchisme se montrera à découvert, nous discuterons avec lui. S'il évolue; si> par l'acceptation des syndicats et des congrès, il s'achemine à compter avec l'action politique en reniant ainsi son passé et sa doctrine et son nom, il est possible que nous soyons appelés à prendre acte de sa conversion. Mais s'il essaie de se glisser dans les congrès socialistes et qu'il prétende, sous un déguisement, à y faire la loi, c'est une comédie à laquelle nous n'avons pas le droit de nous prêter.

» Je sais bien qu'on dira qu'en répudiant les anarchistes du congrès, nous répudions aussi les syndicats qui leur ont donné mandat. Nous sommes des partisans très décidés de l'action politique et syndicale ; nous l'avons prouvé chaque fois qu'il s'est agi de défendre les droits syndicaux, mais il ne peut dépendre de quelques syndicats de fausser ou d'arrêter le mouvement socialiste par le fait qu'ils auront choisi leurs délégués hors du socialisme. »

M. Jaurès montrait, par ces assertions erronées, son ignorance de Thistoire du socialisme en France. Les se» cialistes anarchistes ont toujours accepté les congrès et les syndicats (voir les conférences anarchistes de 1871» i88iy 1892, 1893, les congrès socialistes de 1882, 1888 (Londres), 1889, 1891, 1893 et 1896). Le socialisme anarchique ne renie pour cela ni son nom ni sa doctrine. Les syndicats qui avaient choisi des délégués communistes anarchistes ne les avaient pas pris en dehors du socialisme. — Les polonais étaient contre la division mais ils votèrent pour afin d'éviter le départ de la minorité française et par discipline. L'un d'eux me le dit nettement le samedi à Crystal Palace.

Note 82. — Le jeudi, M. Keir Hardie ne motionna pas ; il préféra laisser s'achever la farce , comme il le dit.

Note 88. — Sources : Libre Parole^ la Sociale. Rapport de M. Pelloutier, mes notes.

Note 84. -*- Voici cette « déclaration de la section française régulière aux camarades du congrès ».

« Camarades, nous tenons à vous exposer brièvement, comme membres, au nombre de 72^ de la délégation française régulière, les foits exacts qui se sont passés dans l'intérieur de notre délégation. Vous ne connaissez pas ces faits, car c'est en adversaire partial que le citoyen Mîllerand les a exposés. Le citoyen Vandervelde ne pouvait parler que de la question de principe. Au début, lundi, c'est à l'unanimité que furent désignés les membres du bureau provisoire, les citoyens Vaillant et Pédron et les membres de la commission de vérification des mandats. De même, à l'unanimité, furent désignés ultérieurement, pour siéger au bureau du congrès, les citoyens Vaillant et Eugène Guérard.

Une première discussion eut lieu sur la prqposition du citoyen Gabriel Deville, demandant que tout délégué, même mandaté par une organisation corporative, fût interrogé sur son adhésion à l'action politique, avant toute validation. La majorité se prononça contre la proposition Deville : personne ne se retira. Dans Taprès-roidi, la même discussion fut reprise sur l'initiative du citoyen Delory. Il fut proposé que la France votât au congrès pour ^article / /, et les décisions de Zurich qu'il entraînait.

Mais ici, camarades, nous signalons à votre attention le fait capital du débat. Le citoyen Gabriel Deville, le citoyen Jules Guesde affirmèrent de la façon la plus formelle que la décision du congrès de Zurich impliquait l'exclusion du congrès de tout délégué, même mandaté par une organisation corporative, qui refuserait d'adhérer à la conquête des pouvoirs publics. C'est sur cette affirmation que le vote eut lieu contre l'article 11. 11 signifiait uniquement que la majorité de la section française entendait garantir l'entière liberté des organisations ouvrières.

Or, le lendemain, au nom du bureau du congrès, le président Singer, appuyé par le citoyen Vandervelde, déclara ofliciellement que le congrès de Zurich n'avait jamais entendu atteindre les mandats syndicaux et que tout représentant d'une organisation ouvrière régulièrement mandaté, serait admis au congrès. Ainsi donc, le congrès confirmait le vœu réel de la section française* qui n'avait jamais demandé autre chose. Ainsi donc, le vote de

notre section avait été vicié dans sa forme par l'interprétation erronée contre laquelle on avait voté.

Après le vote de notre section, le lundi, une partie de la minorité se retira, déclarant rompre avec la majorité ; le secrétaire se retirant fut remplacé par le citoyen Lavaud. Un délégué de la minorité essaya même d'enlever violemment le dossier des mandats.

En présence de la déclaration officielle au sujet du congrès de Zurich qui détruisait la prétention de la minorité, que commandait la bonne foi ? De reconnaître qu'on avait induit en erreur la section française et de rentrer au milieu d'elle. Au lieu de cela, la minorité, persistant dans son attitude de révolte contre la majorité, sollicita du congrès la scission en deux fractions de la délégation française, malgré le vote de Variicle 1 1, qui ne permettait plus aucune modification au règlement. Le congrès a voté sans connaître la tromperie dont la majorité avait été victime, sans avoir entendu un seul représentant de cette majorité.

Le vote préparé par des conciliabules entre les représentants de la minorité et les leaders du parti social-démocrate allemand, fut enlevé par ces derniers. Et Ton vit des nationalités telles que la Bulgarie, la Roumanie, la Bohême, etc., faire échec aux nations où le mouvement socialiste est le plus développé, l'Angleterre, la France, l'Italie, la Belgique, la Hollande, représentées non pas par quelques délégués, mais par des centaines. Voilà les feits.

Camarades, on a fait perdre le temps du congrès par une discussion qui a commencé par une tromperie et s'est continuée par amour-propre blessé ou par calcul.

Nous affirmons :

Que la délégation française n'a jamais voulu qu'une chose, le maintien absolu du droit des organisations ouvrières, contre toute pression politicienne ;

Que lors de la délivrance des cartes définitives, le secrétaire de la délégation, le citoyen Lavaud a déclaré qu'aucune carte ne serait remise à un délégué d'un groupe anarchiste.

On veut accréditer cette opinion que la majorité de la délégation française est composée d'anarchistes ou d'alliés anarchistes : c'est faux.

Cette majorité est composée de délégués de groupes politiques socialistes et de groupements corporatifs qui, les uns et

les autres, ont déclaré qu'ils se conformeraient strictement au mandat qui leur a été donné par leur organisation. Camarades, vous jugerez !

Pour l'unanimité de la délégation française régulière.

Ed. Vaillant, Eugène Guérard.

Note 86. — Sources : mes notes.

Note 86. — Conférence Record^ Justice.

Note 86 bis. — M. Vaillant confirma ces machinations et ces tromperies dans une lettre que M. de Seillac publia dans la Revue Bleue du 29 août.

Note 87. — Voici les résolutions votées> J'ai mis entre parenthèses les additions faites sur la proposition de M. Paul Lafargue.

a Les maux toujours croissants que (la monopolisation de la terre et) l'exploitation capitaliste de l'agriculture entraînent pour le cultivateur du sol et pour la société tout entière ne disparaîtront complètement que dans une société où le sol aussi bien que les autres moyens de production appartiendront à la collectivité, qui les fera exploiter dans l'intérêt commun en employant les procédés de culture les plus perfectionnés.

• Le mode de possession de la propriété foncière et la division en catégories (à) de la population agricole dans les différents pays présentent une diversité trop grande pour qu'il soit possible d'adopter une formule générale qui s'imposerait à tout le parti ouvrier et qui serait applicable à toutes les classes qui ont intérêt à la réalisation de l'idéal commun.

m Mais il y a pour chaque parti ouvrier une tâche essentielle et primordiale : l'organisation du prolétariat rural contre ceux qui l'exploitent.

» En conséquence, le congrès déclare qu'il y a lieu de laisser aux différentes nationalités le soin de déterminer les moyens d'action les mieux adaptés à la situation de chaque pays ; d'éta^

(a). Le texte de la commission portait : « La condition économique et la division en classes de... »

blir des relations internationales entre les commissions d'études créées ou à créer dans les différents pays, afin de centraliser les documents statistique» et autres travaux se rapportant à la question agraire. »

Note 88. — Sources : Justice, le Congrès de Londres^ par E. Guérard, et surtout le rapport de M. Pelloutier, reproduit presque en entier.

Note 89. — Sources : Justice , Conférence Record, Report of the proceedings of the r^orkers congress (La^ bour Leader), Star. — M. David Holmes^ délégué de tisserands (environ 9,000) exprime cette opinion que les trade unions ne seraient plus représentées dans ces sortes de congrès. L'œuvre du congrès avait sans doute été entravée par la querelle des délégués rivaux. Mais les trade unions étaient venues pour travailler, et non pour entendre parler de ces éternelles rivalités socialistes. A propos du droit accordé à la minorité de la délégation française, il disait que la délégation anglaise était virtuellement divisée en sections infinies. Il prédisait la faillite matérielle du congrès. En conclusion le congrès international n'était qu'une farce internationale, et l'était devenu par les stupidités socialistes.

Note 90. —Sources : Conférence Record, Daily Chronicle. Justice, Labour Leader, Star, Temps Nouveaux, le Matin, le Journal des Débats, rapport de M. F. Pelloutier, le Congrès de Londres, par Eugène Guérard.

Note 91 . — Sources : Conférence Record, Labour LeaT der.

Note 92. — Justice, Labour Leader.

Note 98. — Le 2)aï(yCAronic/e critique ces assertions. Il demande si le délégué de l'Australie représentait un groupe militant ; le leader du Parti du travail dans le

parlement de Victoria. M. Trenwith était là comme spectateur, mais il n'a pas éclairé la question. En tout cas, son vote pèse autant que celui des 475 délégués anglais. Il cite la déclaration de la section régulière française (distribuée à cette séance) comme preuve de divisions et parle de la démission de M. Maudsley dans la section anglaise.

Note 94. ^ Le Star nous apprend que le discours de M. Webb, ayant été mal traduit en français, la Fabian Society protesta au bureau et les passages enlevés au discours de M. Webb furent remis dans la traduction du discours de M. Keir Hardie. M. Bernard Shaw ajoute : « Il y aurait un article à écrire sur les traductions — sans parler des points oubliés, enlevés, des contresens, des erreurs, des modifications de toute sorte — au sujet du parti pris des traducteurs dont Tun, au lieu de : Le délégué dit..., disait une fois : « Le délégué dit justement. »

Note 95. — Sources : Daily Chroniclej Conférence Recordy le Congrès de Londres^ par E. Guérard, le TempSf le Star^ le rapport de M. F. Pelloutier.

Note 96. — Sources : Star^ mes notes.

Note 97. — Voici le texte de ce rapport ;

!• Dans l'opinion de ce congrès, on doit s'efforcer de créer un comité international permanent avec un secrétaire responsasable, comité qui siégerait dans une des parties de l'Europe les plus propres à son action ;

2» Un comité restreint doit être nommé par le congrès pour rédiger des propositions dans le but d'amener la résiliation du vœu présenté au i», et d'en faire un rapport au congrès;

30 Le comité en question doit avoir le pouvoir d'agir comme comité provisoire, pour le mouvement qui aura lieu entre la date actuelle et le prochain congrès ; toute nationalité qui n'est pas représentée dans ce congrès, peut envoyer au comité, par

268 LE SOaALISME

voie élective, un représentant pour agir jusqu'à la réunion du prochain congrès ;

4« Ce congrès reconnaît la nécessité de plus en plus grande d'informations sur le mouvement économique international, et invite toutes les nationalités à faire tous leurs efforts pour réaliser les résolutions de Bruxelles et de Zurich, au sujet des bureaux internationaux d'informations ;

50 En raison des grandes émigrations d'Europe en Amérique et autres continents, ce qui donne à un capitalisme extrêmement concentré le moyen de réduire les salaires du travail, et de triompher des résistances des ouvriers à l'oppression et à la dégradation ;

En vue aussi du fait que beaucoup des émigrants qui étaient, auparavant, attachés aux partis ouvriers et aux organisations des pays d'où ils venaient, n'arrivent généralement pas (surtout à cause de leur ignorance de la langue anglaise), à entrer en relations avec des groupes ouvriers de leur pays d*adoption, de sorte que les forces perdues pour le mouvement européen par l'émigration sont de même complètement perdues pour le mouvement international ;

Le congrès recommande que Ton s'arrange entre l'Europe et l'Amérique, et les continents transocéaniques, pour distribuer parmi les émigrants, dans les ports européens et à bord des bateaux d'émigrants, des bulletins contenant les indications nécessaires.

Note 98. — Suit le rapport, tel qu'il fut adopté :

En période capitaliste, les causes principales des guerres ne sont pas les différences religieuses ou nationales, mais les antagonismes économiques auxquels les classes dirigeantes des divers pays sont poussées par le mode de production.

De même qu'elles sacrifient sans cesse la vie et la santé des travailleurs sur le champ de bataille du travail, elles n'éprouvent aucun scrupule à feire couler leur sang, en vue de nouveaux profits à obtenir par la conquête de nouveaux débouchés.

La classe laborieuse de tous les pays a donc le devoir de s'élever contre l'oppression militaire au même titre que contre toutes les autres formes d'exploitation dont elle est victime de la part de la classe possédante.

Dans ce but, elle doit conquérir la puissance politique pour abolir le mode de production capitaliste, et refuser, simultanément dans tous les pays, aux gouvernements, instruments de la classe capitaliste, les moyens de maintenir Tordre de choses actuel.

Les armées permanentes, dont Tentretien épuise déjà les na« tions en temps de paix et dont les frais sont supportés par la classe ouvrière, accroissent le danger de guerre entre les nations et favorisent surtout l'oppression toujours plus brutale de la classe ouvrière de chaque pays. C*est pourquoi le cri de : « Bas les armes ! » n'est pas plus entendu que les autres appels aux sentiments humanitaires des classes capitalistes.

La classe prolétarienne seule peut avoir la volonté sérieuse et le pouvoir de réaliser la paix du monde ; elle réclame :

i<> La suppression simultanée des armées permanentes et Varmement général du peuple.

2® L'institution d'un tribunal arbitral nommé par le peuple, chargé de régler pacifiquement et sans appel les conflits entre nations :

3^ La décision définitive sur la question de guerre ou de paix laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n'accepteraient pas la sentence arbitrale ;

4<^ £t elle proteste contre le système des traités secrets.

Mais la classe prolétarienne ne pourra en cette matière, comme en n'importe quelle autre revendication ouvrière, arriver réel lement à son but qu'en conquérant une action maîtresse sur la législation et en s'aliiant au socialisme international seul à même d'assurer la paix et d'amener la véritable fraternité des peuples.

Nous avons mis en italique les modifications provenant de Tadoption des amendements.

Note 99. — Voici ce rapport :

L Dans l'opinion de ce congrès, les ouvriers de toutes les nations doivent faire des efforts continus, comme classe, pour la socialisation de tous les moyens de production, de transport, de distribution et d'échange ; le tout devant être contrôlé par une organisation complètement démocratique dans l'intérêt de la communauté tout entière, de manière à émanciper la classe ou-

270 LE S0CIAU8ICE

vrière et le peuple tout entier de la domination du capitalisme.

Ce congrès considère que Taction nationale et internationale dans ce sens de socialisme complet devient de jour en jour plus nécessaire, vu la disparition de la concurrence libre et la croissance rapide de monopoles nationaux et internationaux contrôlés par des organisations vastes de la classe capitaliste. L*huile de pétrole, le coton à coudre, certains minéraux, la fonte des métaux en grandes pièces, etc., sont aujourd'hui déjà contrôlés par des combinaisons de capitalistes qui aspirent à fixer les prix et les salaires en ce qui touche ces articles. Des organisations tellement puissantes ne peuvent être utilement combattues par des syndicats ordinaires de travailleurs ni par une action politique isolée. Une organisation plus complète des ouvriers est indispensable pour résister avec succès aux manœuvres de ces grandes compagnies; et ce congrès recommande que des mesures soient prises pour organiser une agence internationale chargée d'appeler l'attention sur les agissements de ces corporations, qui souvent ont recours à des intrigues politiques pour arriver à leurs fins, et insiste sur la nécessité d*amener la socialisation de ces entreprises par décrets nationaux et internationaux.

Dans d'autres directions, la puissance sans cesse augmentant de rhumanité dans la production des denrées, au lieu d'être utilisée pour le bien de la communauté, se montre la cause de rengorgements de denrées, de crises commerciales nationales et internationales. Les travailleurs en charbons, en fer, en cuir, en coton et dans d*autres industries sont dans tous les pays jetés sur le pavé et privés de leur emploi par l'opération de causes économiques qu'ils ont jusqu'à présent été dans l'impuissance de contrôler. Dans tous les pays civilisés, la nécessité absolue de la substitution de la propriété publique à un système tellement désordonné vient à être reconnue ; et les grandes mines houillères, les grandes fonderies et les usines chimiques, les chemins de fer et les usines principales sont tous arrivés à un état où leur socialisation et leur nationalisation ne présentent aucune difficulté au point de vue économique.

Ce congrès appelle donc les travailleurs du monde à se mettre immédiatement à appuyer des mesures bien définies de socialisation, de nationalisation et de communisation dans leur pays, ayant soin dans chaque pays de tenir au courant de leurs

actions chacun des autres pays, afin que la tactique adoptée soit poursuivie autant que possible simultanément partout.

II. I^ lutte économique et syndicale des ouvriers est indispensable pour combattre la toute-puissance du capital et améliorer la situation des ouvriers dans la société actuelle. Pas de syndicats ouvriers» pas de salaires suffisants, pas de réduction des heures de travail. Mais cette lutte économique ne peut pas supprimer l'exploitation capitaliste ; elle ne fait que Padoucir. L'exploitation des ouvriers ne prendra fin que lorsque la société elle-même aura pris possession de tous les moyens de production, y compris le sol et les moyens de transport. Cette socialisation des moyens de production a comme condition sine qua non tout un système de mesures législatives. Ces mesures ne seront réalisées que si la classe ouvrière possède le pouvoir politique. Mais ce pouvoir politique ne peut être conquis qu'au fur et à mesure que la classe ouvrière sera organisée. Les syndicats constituent la classe ouvrière en puissance politique en organisant les ouvriers. L*organisation de la classe ouvrière est incomplète et insuffisante tant qu'elle n'est organisée que politiquement.

Mais la lutte syndicale des ouvriers exige aussi l'action politique de la classe ouvrière. Ce que les ouvriers ont conquis par la lutte syndicale contre leurs exploiteurs, ils doivent toujours l'assurer par des mesures législatives pour le maintenir définitivement. Dans d'autres cas, les réformes législatives conquises évitent des conflits économiques. Une entente et une action communes internationales de la classe ouvrière de tous les pays quant à la lutte économique et syndicale et quant à la législation protectrice du travail devient d'autant plus une nécessité, que les relations économiques du marché international capitaliste se développent de plus en plus, et avec elles en même temps les conflits des industries des pays difiërents.

Dans l'avenir, une action internationale du prolétariat dans le sens suivant est de toute nécessité :

lo Suppression des droits douaniers et des octrois, des impôts sur les vivres et des primes d'exportation ;

20 Mise en vigueur d'une législation internationale protectrice du travail. En maintenant les résolutions respectives du congrès international de Paris, le congrès recommande de concentrer l'action tout d'abord sur la conquête des réformes suivantes :

a) La fixation légale de la journée de huit heures ;

372 LE SOC1ALISII&

b) La suppression du &weating-systein et la création d'une législation protectrice efficace en fiiveur des ouvriers et ouvrières de l'industrie domestique ;

c) L'interdiction du travail de la femme au moment de ses couches et son entretien par TEtat six semaines avant et six semaines après.

d) Le droit de coalition, d'association et de réunion absolument libre pour les deux sexes.

J41 réalisation de ces réformes rend indispensable le concours de l'action syndicale et de l'action politique du prolétariat.

b)n conséquence, le congrès, en maintenant les résolutions du congrès de Bruxelles et de Zurich sur la question, déclare :

L'organisation des ouvriers en des syndicats est de première nécessité pour la lutte émancipatrice du prolétariat. Il considère comme un devoir de tous les ouvriers voulant l'émancipation du travail du joug capiuliste, qu'ils appartiennent au syndicat de leurs camarades de profession.

Pour rendre possible et pour faciliter une action économique efficace, les organisations syndicales doivent se réunir en des fédérations s'étendant sur tous les pays. Tout éparpillement des forces par de petites organisations particulières est à rejeter. Dans la lutte économique, la conviction politique des ouvriers ne doit pas constituer une raison de séparation ; mais il est du devoir des organisations ouvrières — devoir résultant de la lutte de classes prolétariennes — de foire de leurs membres des socialistes convaincus. De plus, c*est un devoir des syndicats d'accepter comme membres les femmes travaillant avec des hommes dans une même industrie, de constituer les apprentis en grou' pes distincts et d'aspirer à réaliser le principe du salaire ^1 à travail égal pour les deux sexes.

A côté de la lutte pour des meilleures conditions de travail et pour la hausse des salaires les syndicats doivent surveiller l'application des lois protectrices du travail ; ils doivent s'efforcer à amener la suppression des méthodes industrielles nuisibles à la santé, du marchandage (sweating) et du truck-system. Dans les fabriques, la femme ne pourra être occupée qu*à 16 ans et non 14.

Le congrès considère que la grève et le boykott sont des moyens nécessaires à la réalisation des fins syndicales. Mais il ne voit pas la possibilité d'une grève générale internationale. La

ET LE CONGRÈS DE LONDRES 2j3

nécessité la plus urgente est l'organisation syndicale des masses ouvrières, car c'est de l'étendue de Forganisation que dépend l'étendue des grèves dans des industries entières et dans des pays entiers.

Pour rendre possible une action syndicale internationale il est à créer dans chaque pays un comité syndical central. Ces comités doivent dresser dans la mesure du possible des statistiques concernant le marché du travail. Ils doivent se communiquer mutuellement ces statistiques, de même que des rapports réguliers et de tous les événements importants de leur pays pour la vie syndicale.

C'est surtout un devoir des syndicats de tous les pays de s'occuper de ce que les ouvriers étrangers immigrants adhèrent au syndicat du pays où ils travail lent, et qu'ils ne travaillent pas à un salaire plus bas que les ouvriers indigènes.

VEtat aura l'obligation (Voccuper les sans travail ou de leur procurer de la besogne.

En cas de grève, de lock-out ou de boykott, les syndicats de tous les pays ont le devoir de se soutenir mutuellement dans la mesure de leurs forces.

III. Le développement économique et industriel avance avec une telle rapidité qu'une crise peut avoir lieu dans un temps relativement court. Le congrès insiste donc auprès du prolétariat de tous les pays sur la nécessité d'apprendre, en citoyens conscients de leur classe, à administrer leur pays respectif dans l'intérêt commun.

La résolution (c) et les passages en italique constituent les amendements votés par le congrès. Le dernier (travail des femmes) est en contradiction avec l'article 5 des résolutions de la commission d'éducation.

Note 100. — Considérant qu'en France, dans plusieurs congrès nationaux : à Marseille (1892), Paris (1893), Nantes (1894) et Limoges (i 895), les travailleurs syndiqués se sont prononcés en faveur de la grève générale de tous les métiers, comme étant un moyen d'affranchissement ;

Qu'en Belgique une grève générale, même imparfaitement organisée, a beaucoup aidé à arracher le droit du vote à la bourgeoisie }

Que la Suède et l'Autriche , luttant pour obtenir ce même droit, ont préconisé le même moyen ;

Que si y a priori, la grève générale internationale ne paraît pas possible, il en est différemment d'une grève générale nationale;

Mais que, actuellement, la question de la grève générale n'a pas été, dans tous les pays, l'objet d'une étude suffisante ;

Le congrès invite les travailleurs de toutes les nations, et en particulier les syndicats, à étudier cette importante question, qui pourra être résolue dans un prochain congrès international.

Note 101. — ^ congrès affirme le droit imprescriptible de la liberté de conscience, d'opinion et de presse, ainsi que le droit d'association et de manifestation publique dans tous les pays, pour tous les travailleurs et toutes les sections de la communauté ;

Le congrès engage les travailleurs de tous les pays à user des efforts les plus énergiques, pour obtenir l'amnistie des prisonniers politiques.

Il exprime son mépris pour le système de provocation policière, souvent employé dans le but d'arriver à la répression de mouvements avancés et engage les travailleurs à faire tout leur possible pour découvrir et exposer publiquement tous les actes de provocation de ce genre.

Le fait de mettre en rapport les salariés avec les employeurs ne saurait faire Tobjet d'aucune spéculation ni d'aucun commerce; c'est un service public qui doit être organisé par les trayailleurs, et à leur profit.

Considérant, en outre que les bureaux de placement, dirigés par des particuliers, donnent lieu à des abus et à une incessante corruption, le congrès demande que ces bureaux cessent d'être libres et qu'ils soient, à l'avenir, des institutions gratuites et placées sous la direaion des municipalités ou des institutions syndicales.

Vu que les sections allemande, autrichienne, espagnole et au** très n'ont pas nommé de délégués à la commission instituée pour la question de la langue internationale, la commission a jugé inutile de présenter un rapport, mais elle demande que le président fosse voter au congrès, par nationalités, sur la question de savoir laquelle des trois langues, allemande, anglaise

OU française, il serait désirable de voir adopter, mais en décidant que les délégués des trois nationalités ne votent pas lorsque remploi de leur langue respective sera soumis au vote.

Note 102. — Le bureau du congrès est chargé de rédiger rinvitation au prochain congrès en faisant exclusivement appel:

i^ Aux représentants des groupements qui poursuivent la substitution de la propriété et de la production socialiste à la propriété et à la production capitaliste, et qui considèrent l'action législative et parlementaire, comme Tun des moyens nécessaires pour arriver à ce but.

20 Aux organisations purement corporatives qui, bien que ne faisant pas de politique militante, déclarent reconnaître la nécessité de l'action législative et parlementaire. En conséquence , les anarchistes seront exclus.

La vérification du mandat des délégués sera faite par leurs nationalités respectives, sauf recours devant une commission spéciale^ élue par toutes les nationalités représentées au congrès.

Les mandats de toutes nationalités représentées par moins de cinq délégués seront soumis au comité de vérification des mandats ainsi que les mandats douteux.

Le congrès décide que le prochain congrès aura lieu en Allemagne pendant le courant de Tannée 1899. En cas d'empêchement à la tenue du congrès en Allemagne, il est résolu que le congrès se réunira à Paris en 1900.

M. E. Guérardy dans sa brochure, dit que cette proposition fut rédigée par M. Vandervelde et amendée par M. Millerand. Elle remplaçait, écrit-il, c une autre résolution que les parlementaires ^ au dernier moment^ h*osèrent pas faire connaître au congrès, mais dont je possède cependant un exemplaire • ; en voici le texte :

« Le congrès décide : Le prochain congrès international socia^ liste aura lieu en Tannée 1900. Y auront accès, les représentants des partis socialistes et des organisations ouvrières, qui se tiennent sur le terrain de la lutte de classes, reconnaissent la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière comme nécessaire à leur libération. Pour arriver à ce but, ils considèrent comme un des moyens essentiels, l'action législative et parle*

mentftire. Ceux qui ne possèdent pas le suffrage universel doivent faire tous leurs efibrts pour le conquérir.

Les anarchistes et leurs alliés^ même s'ils s'appellent communistes antiparlementaires ne peuvent prendre part à ce congrès, à quelque Of*ganisation qu^ils appartiennent. »

Tel était le texte français, mais les textes allemand et anglais disaient : « Même sMls s^appellent communistes antiparlementaires, ou toute autre dénomination. »

Voici, à titre documentaire, les noms des signataires de cette proposition :

Bebel, Fischer, W. Liebknecht, Singer, Schonlank (Allemagne). Adler, K. Eautsky, T. Resef (Autriche). Sigr. Olden, Spensen (Danemark). Josef Hybes (Bohême). Aloys Fauquez, Herman Greulich, P. Brandt, Karl Bûrklî (Suisse). P. T. Troelstra, H. van Kol (Hollande). Joan Aucel (Hongrie). Chas. F. Berthoid, Mathew Maguire, Lucien Sanial, Arthur Keep (Amérique). Witold Todko, Ignar Dassynskiy (Pologne). Hjalmar Branting (Suède). Georg Plechanoif (Russie). Charlotte Perkins, Stecson, Emile Zein et Peourlo Soldi (Italie). L. Bertrand (Belgique).

Note 103. — Sources : le TempSy le Congrès de Lon» dreSy par E. Guérard, Matin^ Rapport de M. Pelloutier, mes notes.

Note 104. — Voici la traduction de cette lettre :

« Permettez-moi de dire, en mon nom et en celui des collaborateurs du Clarion, que nous considérons le traitement des anarchistes au congrès comme mesquin et injuste. Nous pensons que... le congrès en les expulsant, a chassé plusieurs des meilleurs socialistes d'Europe. Si j'avais pu parler français, j'aurais exprimé ma sympathie verbalement avec les amis français et hollandais. Comme je ne pouvais pas leur parler au congrès, lisez-leur, je vous prie, cette protestation contre la mesquinerie et l'intolérance si malheureusement manifestées par le congrès.

i> R. Blatchford. »

Note 105. — Sources : Labour Leader^ Justice^ Conférence Record.

Note 106. — Voici les points les plus saillants de cette proposition :

« Considérant que tous les anarchistes socialistes agréent que l'émancipation des classes ouvrières par la lutte organisée contre le capital au moyen de la grève générale est absolument impossible sans une lutte systématique contre l'Etat monopolisé : cette conférence décide d'étudier un plan pratique de campagne permanente contre TEtat ; considérant que la source du pouvoir politique repose... dans les droits politiques de chacun (tout adulte composant la population d'un pays) ; que les électeurs se privent de leur propre droit de contrôle sur la machine corrompue de l'Etat ; que le gouvernement ne peut user des pouvoirs politiques sans l'argent qu'il r eçoit de la population, la conférence recommande : i® Tous les citoyens adultes doivent réclamer du gouvernement, et par tous les moyens d'agitation et de répression, le référendum obligatoire pour... les budgets annuels, les crédits de guerre, toutes les mesures d'impôts. 2» De persuader aux électeurs de limiter les mandats de leurs députés (s'ils en nomment) en les privant du droit de voter finalement sur les lois économiques. 3^ De refuser de payer les impôts qu'ils ne sont pas moralement obligés de payer, par leur approbation préalable. 4* D'organiser tous les combattants contre le capital pour une grève générale politique contre l'Etat, monopolisé par la classe capitaliste, jusqu'à ce que le peuple reçoive le droit de direct et plein contrôle sur les fonctions économiques de l'Etat.»

Note 107 . — Sources : Report qf the Proceedings oj the workers congress held in Londofiyjuly i8g6, — Sociale,

Note 108. — Sources : Conférence Record^ Justice, les notes de M. Toussaint.

Note 109. — Sources : Conférence Record^ Justice.

FIN DE l'appendice

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