GUERRE OÙ PAIX
L'Europe a le choix entre la guerre et la paix. Le socialisme international doit considérer et approiondir ces deux possibilités. La guerre ferait intensifier et accélérer la crise, elle apporterait une solution violente el radicale aux grands problèmes européens tout en provoquant d’effroyables bouleversements, des ravages, des sacrifices. La paix offrirait des solutions plus lentes et plus contradictoires, mais elle ne seraient plus obtenue au prix de millions de vies humaines.
Le socialisme international doit aussi bien examiner les facteurs qui poussent à la guerre que ceux qui l'empèéchent ; il est dé son devoir d’établir une politique de paix eflicace.
Tout d’abord, la guerre est favorisée par les formidables armements : les agresseurs fascistes possèdent une puissante machine de guerre presques complètement montée. - |
La tendance à la guerre qui naît automatiquement des armements et de leur accumulation est, à l'heure actuelle, beaucoup plus forte qu’en 1914. Si l’on tarde à adopter une politique efficace pour empêcher la guerre, les chances de paix diminueront chaque jour : en 1938, les armements des grandes puissances atteindront des proportions gigantesques et fantastiques et leur production, même en temps de paix, atteindra progressivement un rythme de temps de guerre. L'organisation spéciale des puissances fascistes en vue d’une guerre politique et les agissements des irrédentistes qui travaillent à l’arrière de leurs adversaires et invoquent toutes sortes d'interventions y compris celle des armes, représentent d’autres facteurs qui favorisent l'explosion. Aujourd’hui; même les réaction-
naires doivent reconnaitre la vérité du vieux mot d'ordre socialiste : « Le tascisme, c’est: la guerre ». « Le fascisme, écrit de Kérillis, porte en lui-même une fatalité de guerre extérieure à laquelle il lui est presque impossible d’échappéT ».
Par contre, la faiblesse économique des puissances
tante que cette coalition soit à l'heure actuelle, expose la solitique extérieure fasciste à un grave risque. |
En Extrême-Orient, l'impérialisme japonais s'est vu obligé de maitriser ses velleités belliqueuses à l'égard de l'Union Soviétique à cause de la supériorité stratégique et technique de cette dernière. La défaite des divisions italiennes à Guadalajara a été un des faits les plus importants en faveur de la paix : enfin, les puissances fascistes qui ont été les premières à pratiquer une guerre pohtique, ont compris, à la suite de l'expérience espagnole, çu'elles ont tout à craindre si leurs adversaires ÿ recourent éæalement. |
L'anxiété du fascisme en face d’une guerre politique de défense menée par les démocraties socialistes constitue aussi un obstacle à la guerre. |
La faiblesse politique interne des régimes fascistes peut en principe aussi bien accélérer l'explosion de la guerre que contribuer au maintien de la paix. La guerre est la loi immanente des dictatures fascistes. Même le fascisme italien, relativement stabilisé et soutenu pendant des années par les puissances occidentales, s’est lancé dans. la œuerre d'Abyssinie qui, localisée au début, l'a conduit à un certain moment au bord du précipice et faillit provoquer un grave confht avec les autres Etats. Sans la guerre, le fascisme est dépourvu de sa fonction essentielle. Il ne
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peut démobiliser ni militairement n1 économiquement. Italie fasciste et le Troisième Reich ont investi toutes les réserves de leurs économies nationales dans les armements: ces capitaux ne peuvent » rendre « que si la machine de œuerre est mise en action. Si le Troisième Reich restait en arrière dans les armements et, en raison de sa faiblesse, escomptait les perspectives de la paix, il lui aurait fallu “reconnaitre la suprématie militaire des autres Etats, devenir le témoin du progrès économique continuel de l'Union Soviétique et de la montée politique de la démocratie el du socialisme occidentaux et se trouver ainsi politiquement pris dans une sorte de tenaille entre les démocraties de l'Occident et la révolution russe.
Pour éviter une pareille éventualité, les puissances fascistes peuvent se lancer dans la guerre, mais elles peuvent aussi bien être contraintes à se tourner vers la paix. C'est seulement par une offensive politique continuelle des Etats anti-fascistes, qu’on peut imposer la paix aux puissances fascistes. [1 faut que la supériorité politique et militaire des pays pacifiques soit consciemment utihsée comme moyen d'empêcher la guerre. L'essentiel est de briser la volonté d'agression des puissances guerrières fascis- Les. Cette tâche, d'ailleurs n’est pas seulement d'ordre militaire et diplomatique : elle est avant tout politique. On n'arrivera jamais à assurer la paix par une collabora- Lion avec les Etats fascistes pour lesquels une stabilisation, même provisoire, ne serait qu'une trêve au milieu de préparatifs belliqueux. L'Angleterre et la France ont payé très cher l'assistance diplomatique et financière qu'elle ont prêtée au fascisme italien: ce dernier a prolté des années de stabilisation pour forger ses armes. fl n’y à qu'une seule chance pour le maintien de la paix, c’est que la pression extérieure désagrège les régimes fascistes à l'intérieur et que cette décomposition paralyse leur force derésistance et d'attaque. En se refusant à compter sur l'opposition intérieure contre les dictateurs fascistes dans le cadre de la politique européenne, la diplomatie traditionnelle et
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conservatrice des puissances Oécidentales’ renonce à un des facteurs de paix les plus importants. La paix ne peut être sauvée que si l'épée tombe des mains des potentats fascistes, si leurs généraux n'osent pas signer l'ordre de mobilisation, si la résistance du peuple rend impossible une guerre même de courte durée, si le recours à la guerre équivaut, dès le début, à un suicide. Pour rendre impossible l'agression fasciste, il faut que l'arrière des pays de dictature soit incapable de mener la guerre. Si on arrivait, encore en temps de paix, à établir une solidarité entre les grandes forces de paix de l'Europe, entre les démocra- Lies occidentales dirigées par les socialistes et l'Union Soviétique, d’une part, et lopposition révolutionnaire à l'intérieur des Etats fascistes, d'autre part, ces derniers se trouveraient politiquement encerclés. | |
Les représentants les plus avisés de là droite comme de Kerillis qui comprennent le danger d’une guerre fasciste, sont forcés de la tenir pour inévitable, car 1ls n'osent pas miser sur la paralysie et la’ désagrégation politique du fascisme qui, seule, pourrait réellement empêcher cette guerre. Les nationalistes de droite sont aussi incapables d'éviter la catastrophe par l’emploi des moyens politiques que de conduire une guerre politique contre le fascisme. Mais le socialisme doit pouvoir briser la volonté de guerre des agresseurs fascistes au moyen d’une ferme politique extérieure et d’une offensive anti-fasciste internationale: C’est bien pour cette raison qu'il ne devrait point se rendre complicé de methodes de la diplomatie impuissante qui compromet la cause de la paix. |
La démocratie occidentale qui a toléré le réarmement vermano-fasciste, saura-t-elle réparer un jour sa faute ?
Le socialisme ne dévrait pas craindre que là lutte contre la guerre lui enlève ses chances révolutionnaires, car la paix offre elle aussi des perspectives révolutionnaires. La paix limitée, localisée et préventive qui ne durerait que jusqu’au moment où les grandes puissances fascistes auraient parachevé leurs armements n’est pas une véri-
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table paix, mais un prélude à la guerre. Mais une paix assurée qui enlève au fascisme toute envie de prendre les armes renferme nécessairement des décisions révolutionnaires. En effet, si la dictature national-socialiste subit des atteintes à son prestige et des échecs dans sa poltique extérieure, si elle est obligée de briser son épée et de laisser se rouiller sa machine de guerre, cela provoquera une grave crise qui aboutira fatalement à une explosion. C'est alors que Île formidable potentiel révolutionnaire d'Allemagne se manifestera dans toute son ampleur et on s Imagine les conséquences qui en découleront pour lEurope.
Qu'on s'attende à la paix ou à la guerre, la ligne diréctrice du socialisme reste la même : mettre sur pied une puissante coalition socialiste et internationale, en lutte pour uné Europe Socialiste.