‹ Le socialisme et le fascisme se disputent l'EuropeChapitre 2 sur 28 · HITLER FAIT SAUTER L'EUROPE · texte numérisé non relu

HITLER FAIT SAUTER L'EUROPE

Le socialisme international ne s’est jamais en face d’une crise européenne aussi grave.

Les décisions qu'il devra prendre et les grand: problèmes qui se dressent devant lui: guerre ou paix? hberté ou fascisme? socialisme ou capitalisme ? sont s1 étroitement liés entre eux qu’il ne peut pas les résoudre séparément.

Le lait central de notre époque est la crise totale de l’Europe menacée et minée par le bloc des puissances fascistes, et par le Troisième Reich en premier lieu. C’est la crise de la préparation totalitaire à [a guerre. Il n'existe actuellement pas une seule zone en Europe qui ne soit menacée par la guerre ou la contre-révolution, sinon par les deux à la fois. Ceux qui prétendent qu'il y a encore quelques pays où le prolétariat pourrait vivre en paix et en liberté et lutter pour ses droits, sont victimes d’une dangereuse illusion. Les frontières en Europe ne sont aujourd'hui que les lignes de feu d'une guerre qui COuve; les poteaux qui marquent les limites des Etats ne sont guère solides et chaque pouce du territoire où ils se dr essent est contesté.

La consolidation de la paix européenne de 19925 à 193 était fondée sur trois prémisses :

le désarmement qui devait être presque total en Allemagne et très substantiel dans les autres pays,

l'accord franco-allemand — et, finalement,

les tentatives en vue de l'entente européenne.

Or, ces trois conditions se trouvent aujourd hu detruites, car les réalités politiques de linstant sont:

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le réarmement,

la tension franco-allemande el

la désagrégation de l’Europe, prête à exploser de partout.

Au début de l’année 1933, pendant les premiers mois de l'existence du Troisième Reich, la faiblesse militaire du fascisme allemand constituait la plus grande chance de paix européenne : cette chance exista tant qu'a duré l'interdiction du réarmement de l'Allemagne. Le désarmement général qui devait. prendre pour point de départ le désarmement allemand aurait été la condition matérielle préalable de la paix. Le réarmement allemand qui provoqua fatalement une vague d'armement dans les autres pays d'Europe est la condition matérielle préalable de la guerre, La machine des armements est déclenchée, et son activité a miné le monde. Aucune comparaison entre les misérables armements de 1914 et la gigantesque envereure de ceux de 1937 : les armements européens de 1937 sont quatre ou cinq fois plus grands que ceux de 1932 et ils les surpassent considérablement en force destructive. Aujourd'hui, en temps de paix, ils approchent en volume les armements de l’Europe de 1918 au moment où le conflit mondial et la production de guerre atteignaient leur point culminant, mais leur puissance meurtrière est beaucoup plus forte.

Les démocraties occidentales portent une lourde responsabilité dans cet état de choses, car elles ont toléré le réarmement de l'Allemagne qui devait inévitablement aboutir au relâchement de la paix et à la menace d’exblosion guerrière en Europe. |

uant à l'accord franco-allemand qui constituait de 1925 à 1932 la base même de la politique de stabilisation européenne, c'est aujourd’hui chose morte. Qui en parle encore ? Quelques pacifistes, étrangers à la réalité et amants de l'Ütopie, quelques brasseurs d’aflaires qui se font des illusions ou des contre-révolutionnaires qui exploitent cette idée comme une manœuvre politique.

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Dans l'Europe d'aujourd'hui le problème franco allemand ne se réduit plus à la collaboration économique ou à la division du travail : c’est dorénavant une quéstion de force. I ne s’agit plus, entre l’Allemagne et la France, de rapprochement culturel, de contingentements établis par de grands trusts, d'opérations de financement, de traités de commerce — mais de la course aux armements déclenchée par le réarmement allemand. Ce qui importe le plus, à l'heure actuelle, c'est la ligne Maginot et la ligne Hitler, formée par les fortifications allemandes à l'Ouest: c’est l'armée de couverture française et l'armée d'invasion allemande.

L'échec de l'accord franco-allemand mit in aux projets de l’unification pacifique de l'Europe, ébauchés par certains milieux bourgeois. Ces projets étaient présentés par les groupements les plus variés : libéraux, conservateurs, mystico-chrétiens, mondains, snobs. Les plus réahstes d’entre eux aspiraient à étendre les pouvoirs de la Société des Nations’ dans l'espoir d'arriver ainsi à lunité de l'Europe. Ce réformisme qui s'était révélé impuissant, n'a aujourd'hui aucun sens en face d'une Europe désemparée, armée jusqu'aux dents et déjà sur pied de guerre. Lorsque l'Europe, après avoir passé par les transiormations et les bouleversements qui l’attendent aura montré une volonté d'union, ce seront d’autres forces, recourant à d’autres méthodes, qui accomphront cette tâche d’unification : ce seront les forces du socialisme.

La crise européenne est aussi ample que profonde. L'impérialisme fasciste allemand considère tout le continent européen comme un champ de manœuvre unique et il frappe dans toutes les directions. A l'extrème Nord- Est, la stratégie navale allemande sonde les côtes de la Norvège, prés de l'Arctique, entre Narwik et le Cap Nord, en vue de trois objectifs déterminés : assurer la route maritime pour l'importation en Allemagne des minerais Suédois: créer des bases navales en cas d’une offensive de grande envergure contre l’Union Soviétique, et couper les voies

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de communications maritimes des ports nordiques, non bloqués par les glaces, des Soviets. À l'extrême Sud-Ouest de l’Europe, le Troisième Reich intervient en Espagne pour acquérir d'importantes bases stratégiques. Séville et Cadix sont devenus des positions militaires, ainsi que Geuta et Mehlila, sur les côtes africaines. Il s’agit de linvestissement de Gibraltar, et dans les luttes à venir pour la conquête de l’Europe, le Troisième Reich saura faire valoir ces positions. À l'extrême Sud-Est sur les îles du Dodécanèse, le Troisième Reich établit des bases aériennes pour ses avions de guerre. C’est ici que se trouve le point de soudure de la collaboration militaire italo-allemande de cet endroit, au Sud-Est des Balkans, on essaiera de contrôler les passages de la Mer Egée en Méditerranée et, du même coup, les voies maritimes de l’Union Soviétique de la Mer Noire vers la Méditerranée.

Le cap Nord, Cadix, le Dodécanèse : l'Europe toute entière est en effet enfermée dans ces limites.

Tout le poids de l'offensive fasciste allemande sera jeté à l'Ouest. (Aujourd'hui il ne s’agit plus de la liberté

et de l'indépendance allemandes» (1) écrivait la plus sérieuse.

revue politique du Troisième Reich après l’occupation de la Rhénanie par les troupes allemandes. De toute évi-

dence, il s’agit depuis ce moment de conquérir la supré-

matie allemande en Europe.

Mais pour établir son hégémonie, l'Allemagne doit d'abord distancer les puissances occidentales.

Au Nord-Est, le Danemark est choisi comme base navale et aérienne contre l'Angleterre. La « Deutsche Wehr », la revue militaire très influente, prévient le Danemark

du « danger anglais ». Or, nous savons ce que signifient

les avertissements de ce genre. Cela veut dire que le Troisième Reich, tout en se déclarant prêt à défendre « l’indé-

pendance danoise » vis à vis de l'Angleterre par des : ]

) W. Ziegler « Le 7 Mars» dans « Zeitschrift für Politik », Mars 1936,

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« mesures énergiques » , envisage, en SOMME, l'occupation du Danemark en cas de guerre.

Au Sud-Ouest, l'Espagne devrait servir de base militaire contre les puissances occidentales, tandis que, au Sud, l’Italie devrait établir contre elles un front sur la Méditerranée.

Mais c’est la frontière française qui constitue le principal point de mire. La stratégie allemande préfère l'E&urope Occidentale et surtout le territoire franco-belge comme théâtre avancé des futures opérations militaires.

En même temps, on prépare aussi une offensive politique contre la France. Le pangermanisme n'est pas seulement un article à l'usage de l'Europe Centrale et Orientale, il est aussi dirigé contre l'Europe Occidentale. Il a même créé toute une doctrine pour prouver que la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et Îa Suisse devraient faire partie du Troisième Reich.

Cette doctrine enseigne que tous ces pays appartenaient jadis à l'Empire des successeurs de Charlemagne, à « l'Etat Lorrain » ou « Lotharingisches Reich», dont le Troisième Reich prétend être lhéritier universel ;: la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse ne sont « qu'une poignée d'Etats tampons », et leur sort sera vite réglé. « On peut bien prédire que la situation actuelle subira des changements dans l'avenir, d'une facon ou d'une autre, car qui oserait prétendre qu'une poignée d'Etatstampons soit l'expression suprême de la sagesse européenne et la solution des problèmes de souveraineté qui ont été débattus depuis des siècles» (2).

Ainsi le fascisme allemand revendique toute une partie de l’Europe située entre la Mer du Nord et le lac Léman.

Toute une série de mouvements séparatistes antifrançais sont fomentés depuis les Flandres jusqu’à l'Alsace ; on se sert même de l’irrédentisme italien dans le Midi de la France: «Le rôle futur de l'Italie dans le Midi de la France

(a) « Zeitschrift far Geopolitik », 1935: p. 57

est, incertain, mais 1l existe des indices de co nfhits ot ves ». (3)

Le champ d'action de l'impérialisme fasciste allemand comprend tous les Etats Européens de l'Ouest et le déchn de l'Occident fait partie de son programme de politique extérieure.

À PEst du Rhin, l'offensive du Troisième Reich se développe dans cinq directions : contre les Etats Baltes et Scandinaves au Nord-Est: contre la Pologne; contre l'Union Soviétique; contre la Tchécoslov aquie et l’Autriche en Europe Centrale : contre la Hongrie et l’Entente Balkanique au Sud-Est.

Au Nord-Est, la poussée germano-fasciste s'exerce dépuis la Suède jusqu'à la Lithuanie en passant par la Finlande. Son but est de transformer la Mer Baltique en un lac fermé allemand et d'assurer de cette façon Ia suprématie politique et stratégique de l'Allemagne dans toute l'Europe Orientale. Ce n'est pas pour rien que les rives de la Baltique ont été la patrie spirituelle du nouvel impérialisme allemand : son théoricien, Alfred Rosenberg; originaire des pays Baltes, avait apporté à la politique étrangère allemande un élément anti-slave et un complexe anti-russe.

La Pologne représente pour le T roisième Reich un élément de première importance : aucune hégémonie et même aucune lutte victorieuse en Europe Orientale ne sont possibles pour le fascisme allemand sil ne peut disposer cn maître du territoire polonais. Or,il ne peut Y aboutir que par une alliance avec la Pologne ou par une guerre contre elle. Aïnsi la Pologne est à la fois un allié possible et un ennemi éventuel de l'Allemagne : elle peut aussi bien l’aider dans la politique d'expansion commune que devenir sa proie ; vis à vis dé l’Europe, la Pologne pourrait jouer le rôle d’une victime ou le rôle d’un agresseur.

L'équivoque de la politique étrangère polonaise qui laisse

supposer à la fois l'intervention de la Pologne pour et con- (3) Tdem, p. 169.

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tre l'Allemagne ne fait qu'accroître l'instabilité en Europe Orientale. Le réarmement allemand s’est effectué avec l’assentiment de la Pologne. Mais aujourd’hui celle-ci, faible économiquement et militairement, se trouve coincée entre les plus grandes puissances du continent — le Troisième Reich et l'Union Soviétique. Cependant, elle revendique les pays Baltes. Dans une conférence à flInstitut des Affaires Etrangères de Londres, un jJournaliste polonais officieux déclarait : « Nous considérons que les Etats Baltes se trouvent dans notre sphère d'influence et nous ne permettrons ni à l'Allemagne, mi à la Russie de les menacer.Cela s'applique également à la Lithuanieh{4) La pénétration allemande dans les Etats Baltes ainsi que la compétition germano-polonaise provoquent le chaos dans le Nord-Est de lEurope.

La lutte du Troisième Reich contre l'Union Soviétique dépasse de beaucoup en violence le conflit russoallemand de 1914. Il ne s’agit plus de Finiluence russe dans les Balkans, des intérêts commerciaux allemands ou de la protection que l'Allemagne accordait à Autriche: aujourd’hui le combat est inspiré par la politique de colonisation que l'Allemagne voudrait poursuivre en Europe Orientale. C'est une politique coloniale mais qu'on veut réaliser en Europe, qui aspire à la conquête des matières premières russes et qui, à défaut des Achantis, voudrait réduire en esclavage les paysans des kolkhozes ukraïniens. Selon le fameux mot d'ordre d'Hitler, le Troisième Reich “onvoite ardemment les richesses de PUkraine, de l'Oural et de la Sibérie. Cette entreprise qui n'a aucun sens au point de vue économique et qui semble tout bonnement fantaisiste au point de vue politique, menace de provoquer de terribles luttes car l'Union Soviétique opposera à une tentative d’invasion allemande une rèsistance militaire. morale et économique bien plus forte que celle de la Russie de 1914. N'oubhons pas qu'en engageant

{4) International Affairs du 15 Septembre 1935,

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