GUERRE DE CLASSE -— GUERRE POLITIQUE
La politique extérieure du fascisme est l'impérialisme doublé de contre-révolution. Les grandes puissances {ascistes veulent, par la force, fonder des empires coloniaux, conquérir des sources de malières premières, faire un nouveau partage de l’Europe qu'ils désirent transformer en colonie. Mais l’impérialisme fasciste a un caractère particulier qui ne peut se comparer à celui de l’impérialisme de 1914. Par conséquent, la guerre que le Troisième Reich et l'Etat fasciste italien préparent actuellement, ne ressemblera pas à celle de 1914-1918.
Le capitalisme des puissances fascistes est déformé, il est épuisé par l’autarchie et l’économie de guerre, il est enchaîné par les cadres de l'Etat fasciste. Sa volonté de conquête provient non pas de l’épanouissement de ses forces, mais, bien au contraire, de son affaiblissement économique, et Îles buts qu'il se propose ne sont pas déterminés par un jeu économique rationnel.
La guerre constitue pour le fascisme un but en soi et, sans la préparation à la guerre, sans la guerre elle-même, l'état fasciste n'aurait pas d’autres formes d'activité.
La structure de l’économie allemande ou italienne ne postule nullement une tendance guerrière, mais cette dernière ést une fonction de l’ordre fasciste.
* Laissons donc les explications qui ne se placent que sur le terrain purement économique. La formule « guerre impérialiste » est trop simpliste ; elle ne prend pas en considération le côté politique et, tout en créant de faux rapprochements avec l’époque de la guerre mondiale de 1914, ne nous apprend rien sur le caractère des préparatils militaires fascistes et sur la façon des Etats fascistes de
conduire la guerre ; surtout, elle ne tient pas compte de ces éléments nouveaux et particuliers que l'impérialisme et la guerre fasciste apportent à l’époque où le capitalisme est à son déclin.Or, ces éléments se trouvent dans le domaine * du politique.
Le fascisme international prépare une guerre de classe, une guerre politique.
Avant tout, la tendance fasciste à la guerre sociale, à la guerre de classe, provient de l'instinct de conservation du capitalisme malade qui pour prolonger sa
domination, pour prévenir la révolution, pour sortir
de sa propre crise, pour vaincre ses propres difficultés, cherche le salut dans un confht armé. Le fascisme se présente au monde comme le sauveur du régime capitaliste international, et le fascisme allemand, en particulier, voudrait que la guerre européenne assumäât la forme d'une expédition punitive collective, d’une intervention des puissances contre l’Union Soviétique.
[! est vrai que le Troisième Reich n'arrive pas à surmonter les contradictions de sa politique extérieure : 1l désire sauver le capitalisme allemand par une politique belliqueuse — mais il le pousse, par cela même, à la ruine ; il voudrait consolider le capitalisme européen en tant que système de domination sociale — mais 1! le fait éclater : il serait prêt à servir à l'impérialisme anglais d'arme contre les Soviets — mais il entre en conflit grave de conséquences avec l'Angleterre dont il lèse les intérêts en Europe aussi bien que dans le monde entier.
Cependant, malgré toutes ces contradictions. le Troisième Reich, suivi par l'Italie fasciste, apparaît comme un formidable instrument de guerre dirigé contre le prolétariat et le socialisme européens.
Le Troisième Reich prépare la guerre avec de nouvelles méthodes, inconnues jusqu'alors des puissances impérialistes ; il prépare la guerre politique. En étendant son système d’alliances, il organise la contre-rév olution européenne ; il pousse les pays qu'il veut gagner comme ses
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alliés, à des coups d'Etat contre-révolutionnaires. Cela ne veut pas dire que touslesrégimes réactionnaires de l’Europe fassent partie de la coalition germano-fasciste, mais ül n y a que les Etats contre-révolutionnaires qui peuvent devenir les alliés du Troisième Reich. L'Allemagne hitlérienne ne se limite pas à attiser l'irrédentisme national chez ses ennemis éventuels : elle y fomente également l’irrédentisme politique et social, faisant appel aux classes possédantes, aux mouvements fascistes, aux partis réactionnaires, aux camarillas militaires avides de pouvoir, aux cours royales qui aspirent à l’autocralie, et elle le fait partout, dans l’Europe entière. l'appui qu'elle prête aux forces contre-révolutionnaires, ennemies de la démocratie, devrait, d’après son plan, renforcer, en premier lieu, sa position extérieure et son Système d’alhances dans l'Est et le Sud-Est de l'Europe. « Actuellement les milieux possédants polonais. ruthènes, roumains sont certainement contre la Russie des Soviets.
i Mais les paysans opprimés et brimés paitagent-ils ce sen- : timent » ? peut-on lire dans la revue allemande qui représente l'idéologie du nouvel impérialisme germanique.
Dans plusieurs pays d'Europe le Troisième Reich mène aux côtés de la contre-révolution une guerre civile latente qui peut facilement devenir, comme en Espagne, une guerre internationale. Le fascisme allemand est fermement décidé à conduire la prochaine guerre comme un combat politique de propagande. « La propagande » écrit le général von Metzsch, «est une arme de portée égale aux moyens techniques et chimiques de guerre. Il serait érroné de ne l’employer qu’au moment où les armées de l’ennemi sont déjà démoralisées : il faut la mettre en œuvre dès le début des hostilités, la considérant comme une partie intégrante de l’action guerrière ».
De nouvelles méthodes, uneimportance primordiale attachée à la guerre politique de classe —tels sont les éléments
qui enlèvent au conflit projeté par les puissances fascistes
e Caractère d'une guerre impérialiste « classique » . Il Y
a encore une autre difiérence : durant la guerre de 1914- [918 s'étaient affrontées des forces de même nature, el
l'impérialisme de l’Entente valait celui des Empires Centraux. En revanche, la guerre que les puissances fascistes
È se préparent à déclencher dressera l’une contre l’autre des
forces complètement opposées : limpérialisme fasciste ne sera que Gans un camp, tandis que les tendances antiimpériaistes auront [a prépondérance dans l’autre. L'impérialisme des grandes puissances coloniales de l’Oceident a un autre caractère que celui des grands Htats fascistes, mais sa courbe aussi va en déclinant. Il a adopté une attitude strictement détensive, il a négligé sa force militaire, sa politique est devenue faible et incertaine : la différence entre Joseph et Neville Chamberlain est plus que symbolique. La situation actuelle des puissances occidentales dans le Pacifique est significative pour la crise des empires coloniaux : l’Angleterre assiste, impuissante, à l'offensive japonaise et même les Etats-Unis se voient obligés de se tenir sur la défensive. Dans le camp anti-Japonais, le rôle décisif est joué non pas par la résistance des puissances occidentales, mais par d’autres fac-
teurs qui sont anti-impérialistes, notamment par la révolution nationale et démocratique du peuple chinois
et par la politique mondiale de l'Union Soviétique, Etat révolutionnaire, La lutte de défense menée par les empires coloniaux occidentaux ne vient qu’en troisième piace. Le dynamisme, la loi du développement politique. est tout à fait net : il mène à l'accroissement de limportance militaire de l’Union Soviétique et au renforcement du rôle politique de la révolution chinoise.
L'impérialisme occidental fléchit aussi sur le plan de la politique intérieure : la bourgeoisie impérialiste qui représente une génération d’épigones affaiblis, perd une position après l’autre en Angleterre, en France et aux Etats Unis.
Grâce à son immense population, à l'étendue de son territoire et à sa puissance économique et militaire, l'Union
Soviétique formera l’axe de la coalition anti-hitlérienne. D'autre part, en France, la démocratie socialiste est portée au pouvoir ; en Angleterre, le parti travailliste qui joue actuellement un rôle très important dans Ja politique extérieure de son pays, est candidat au pouvoir. Le dynamisme de l'Occident est socialiste ; si la guerre éclate, la nécessité de la conduire sur un plan politique et le developpement des forces au sein des démocraties occidentales, assureront au socialisme une place prépondérante ce qui ne manquera pas de souhgner encore plus fortement le caractère politique antagoniste des adversaires. Le même œénéral von Metzsch qui, depuis des années, fait de la propagande en faveur de la guerre politique, écrivait dans son dernier ouvrage : « La guerre est un instrument de la politique. On ne peut plus l'utiliser sans la faire accompagner par des événements révolutionnaires. On ne peut plus imaginer un conflit, du moins en Europe, sans que les étincelles marxistes qui brillent encore ça et là ne deviennent des flammes dévorantes.» Ce soldat politicien prévoit donc même dans le Troisième Reich des mouvements révolutionnaires qui éclateront inévitablement au cours de la guerre. |
Cette guerre entre le fascisme et le socialisme ne sera pas un simple et banal conflit impérialiste: ce sera une guerre politique et son enjeu sera également politique et non pas simplement matériel. Il ne s'agira pas seulement du minerai de fer français, du pétrole roumain ou du blé de l'Ukraine que convoite l'impérialisme allemand, mais du bouleversement politique et social et du sort de l’Europe.
Depuis que les puissances fascistes ont engagé la lutte pour l’Europe, menaçant le prolétariat international de la œuerre de classe, de la guerre politique, les conditions et les données de lutte de classe en Europe ont subi un profond changement. La lutte de classe a été également transportée sur le terrain de la politique étrangère et de la lutte pour la suprématie européenne et mondiale
Elle aussi se poursuit sur un plan international. L'ennemi de classe du prolétariat apparaît dorénavant sous forme de l'ennemi extérieur qui organise la contrerévolution. La lutte de classe est menée à présent par les Etats. Zyromski a exprimé cette transformation avec une netteté bien marxiste
« Les frontières de classe au sein de chaque pays se combinent aux frontières territoriales. En réalité le front international de classe est aujourd’hui à la fois intérieur et extérieur » ,
La guerre devient la forme la plus violente, la plus intense, la plus impitoyable de la lutte de classe. Par conséquent, toute faiblesse à l'égard du fascisme dans la politique extérieure signifie une capitulatoin devant l'ennemi de classe. |
La politique internationale socialiste se trouve aujourd'hui devant des faits sans précédent et des tâches nouvelles. L’offensive fasciste l’oblige à recourir, dans sa lutte pour la paix, à des méthodes nouvelles et efficaces.
Mais si la guerre éclatait néanmoins, la tâche essen- Lielle et inévitable du socialisme international serait de {a conduire comme une guerre de classe, une guerre politique. Pour pouvoir être maître de toutes les situations en temps de paix et en temps de guerre, le socialisme international devrait savoir écarter ce dilèmme redoutable:
pacifisme passif en temps de paix, ou union sacrée en temps de guerre.
Le pacifisme passif mène, en temps de paix, à la guerre et pendant la guerre, il rend inévitable l'union sacrée et aboutit, par conséquent, même en cas de victoire mulitaire, à la défaite politique du socialisme.
Le pacitisme prolétarien et socialiste diffère foncierement de toutes les autres formes du pacifisme. Il hui est d'autant plus nécessaire de s’en séparer que nous vivons à une époque où la démagogie pacifiste bat son plein et où certains mouvements, dits pacifistes, sont exploi-
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tés dans des buts ant-prolétariens et, par 1à même, nuisibles à la cause de la paix.
Il existe aujourd’hui, un pacifisme contre-révolutionnaire : c'est l'intérêt des grandes puissances fascistes d’aveugler et d’aïfaiblir par le mirage pacifiste leurs luturs adversaires. D'autre part, une partie des classes possédantes et des groupes réactionnaires, dans les pays les plus menacés par l'impérialisme fasciste, prônent le pacilisme à outrance à l’égard des agresseurs fascistes et professent le délaitisme vis-à-vis de leur propre démocratie, Les chauvins et les fauteurs de la guerre de 1914-1918
sont aujourd’hui des adversaires farouches de toute mesure : de contrainte, de tout recours à la force... s'ils doivent
ètre dirigés contre les menées belliqueuses du fascisme.
; « Nous ne sommes pas contre la guerre, mais nous sommes contre celle guerre » écrivait Charles Maurras lorsqu'il
s'agissait de recourir aux sanctions de la $S. D. N. pour arrêter l’agresson italienne en Abyssinie. Ainsi le pacifisme des groupes fascistes dans un pays démocratique est prohitlérien, pro-mussolinien, maïs toujours dirigé contre sa propre nation. C'est la contre-révolution qui est devenue défaitiste.
Il existe un pacifisme capitaliste cher aux grands
. brasseurs d’affaires qui voudraient maintenir la paix au P
moyen d'une entente entre les deux capitalismes : celui des pays démocratiques et celui des puissances fascistes. Ce pa-
cifisme conseille toujours de reculer devant l'offensive
fasciste ; 1l est prêt à sacrilier la démocratie pour se faire du fascisme un allié politique et social. Malgré son prétendu réalisme —1lpréconise en premier lieu une entente économique entre les nations rivales -—— ce pacifisme pratiqué par certains groupements de la Cité de Londres, de la haute finance et de l'industrie française est en soi complètement utopique. Ce qu'il appelle « action pour la paix» ne fait que conduire la démocratie à se soumettre à l’a-
gression fasciste, et à la favoriser.C’est un pacifisme de notre
La
Re —
ennemi de classe : :l doit être dénoncé et combattu.
Vient ensuite le pacifisme bourgeois démocratique
{des années 1933-1937. C’est lui qui a permis au Troisième
: Reich de réarmer, qui a toujours battu en retraite devant
: le fascisme allemand, qui a assuré l’entrée de Mussolini
dans [a grande politique mondiale et en a fait presque l’arbitre du destin de l’Europe.
Ce pacifisme qui n'a ni jorce ni caractère a facilité
les préparatifs guerriers du fascisme, c’est lui qui compromet la cause de la paix. À l’heure actuelle, si particulièrement
critique, le socialisme ne doit à aucun prix participer à la faillite de la politique extérieure de la démocratie bourgeoise, il ne doit en aucun cas assumer la responsabilité de la ruine de la cause de la paix.
Ïl y a aussi plusieurs espèces de pacilismes socialistes, qui toutes ont été dépassés par les événements.
Il y a, par exemple, des pays où la politique étrangère socialiste est basée sur la conception de la neutralité inconditionnelle. Elle se trouve en contradiction non seulement avec la solidarité prolétarienne internationale et la sécurité collective, maïs encore avec les intérêts réels de ces pays. Si le Troisième Reich commence la guerre il ne la fera pas contre la France, la Tchécoslovaquie ou l'Union Soviétique, mais bien contre l'Europe tout entière et aucun £tat ne pourra échapper à ses conséquences. La puissante machine militaire allemande ne s'arrêtera pas devant les portes de Bruxelles, de Copenhague et de Stockholm. La déclaration d’une neutralité inconditionnelle ne constitue aucunement une garantie de sécurité pour les petits Etats. Il ne dépendra pas de leur volonté de rester neutres pour que le Troisième Reich les laisse en paix. Sa décision de les attaquer ou de les épargner sera déterminée par d’autres facteurs : par les plans stratégiques de l'Etat-Major allemand et par la puissance mihtaire de la coalition anti-hitlérienne. En réalité, si la guerre est déclenchée, ce seront l’armée française et l’armée rouge qui protègeront et défendront les petits Etats.