Voyez plus haut, p. 18, note
PU humain (1). » C’est alors que Pierre Leroux expose sa fameuse théorie du Circulus (2).
L'histoire naturelle et la chimie nous apprennent que les êtres animés se nourrissent les uns des autres, ceux de l’ordre supérieur consomment la substance de ceux de l’ordre inférieur. Ces êtres rendent à la terre, sous forme de détritus de toutes sortes, d’exhalations ou enfin de cadavres, la même somme de matière organique qu'ils lui ont empruntée pour entretenir leur existence. Cette matière élaborée par les forces naturelles reproduit de nouveaux êtres animés. L'homme n’échappe pas à cette loi. Il consomme des substances, mais en échange de ces substances, il restitue nécessairement des détritus alimentaires qui retournent à la terre, et se combinant avec elle, la rendent fertile et productive. Nous ne créons rien, nous n’anéantissons rien, nous opérons des changements. « Avec des graines, de l’air, de la terre, de l’eau et des fumiers, nous produisons des matières alimentaires pour nous nourrir, et, en nous nourrissant, nous les convertissons en gaz et en fumiers qui en produisent d’autres : c’est là ce que nous appelons consommer. La consommation
est le but de la production, mais elle en est aussi la
1. P. Leroux. Dela recherche des biens matériels. Publié dans la Revue Sociale. Boussac, 1847. Op. cit., p. 87. 2, P. Leroux. Op. cit., p. 87.
cause (1). » Or la chimie a reconnu dans le détritus de l’homme l’engrais le plus fécondant qui existe, et on a calculé que la quantité de cet engrais suffirait à féconder les terres destinées à la production des céréales nécessaires à l’alimentation du genre humain tout entier. De par la nature même, tout homme a le droit de vivre : s’il consomme, il produit. L'idée qui se dégage ainsi de cette théorie est incontestablement la proclamation du droit à l'existence. Une objection se présente immédiatement à l’esprit. Nous admettons avec Pierre Leroux que la consommation soit le but et la cause de la production. Mais cette consommation ne saurait être directement reproductive. Tous les principes fertilisants incorporés au sol ne peuvent être immédiatement convertis en céréales: ce n’est que lentement, et par le jeu des forces naturelles qu’ils se combinent pour donner des matières nouvelles. La terre ne produit donc pas instantanément ; avant de produire il faut consommer. Pierre Leroux prévoit l’objection, mais il l’écarte hâtivement: « C’est parce que la production se fait sous la loi du capital et c'est également parce que la consommation se passe sous la même loi que les fameuses propositions de Malthus sont exactes sous cette loi ; c’est en un mot parce que le capital règle production et consommation que la multipli-