‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 3 sur 61 · Mazraus. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Mazraus. Op. cit., p

lui-même par une sorte de contrainte morale, qu’il s’abstienne du mariage et de tout ce qui s'intitule mariage ou lui ressemble. Comme moyen préventif à l’accroissement de population, et par suite, comme remède à la misère sociale, il ne faut compter que sur le sentiment de la prévoyance individuelle, c’est-àdire, en somme, de la responsabilité individuelle. Beaucoup d’économistes acceptèrent cette loi comme un dogme, comme un principe fondamental et désormais indiscutable. Pourtant l’accord ne fut pas unanime, quoique, dans la conclusion de son ouvrage, Malthus eût fait cette concession qu’il était probable qu'ayant trouvé l'arc trop courbé en un sens, il l’avait trop courbé de l’autre en vue de le redresser. Puis des disciples maladroits exagérèrent la théorie du maître et imaginèrent toutes sortes de moyens révoltants ou bizarres pour empêcher le débordement toujours imminent de la population. Peu à peu les critiques surgirent et se multiplièrent, à tel point que Garnier écrivait en 1857 que le nom de Malthus était un des plus impopulaires qu'il y eût. Il faut tout particulièrement citer Bastiat: « Disciples de Malthus, dit-il, philanthropes sincères et calomniés,dont le seul tortest de prémunir l'humanité contre une loi fatale, la croyant fatale, j'aurai à vous soumettre une autre loi plus consolante : toutes choses égales, d’ailleurs, la densité croissante de la popula-

tion équivaut à une facilité croissante de production.»

(Harmonies Économiques: A la Jeunesse Française.) Et au chapitre de l'Échange, il développe cette idée: la production est subordonnée à l'échange ; les hommes échangent d'autant plus que l'échange rencontre de moindres obstacles, exige de moindres efforts. L'échange rencontre des obstacles, exige des efforts d'autant moindres que les hommes sont plus rapprochés. La plus grande densité de la population donne donc plus de puissance à l'appareil de l'échange, elle met en disponibilité une portion d’effortshumains, elle est une cause de progrès. Là, disait Bastiat, résidait l'élément que Malthus avait négligé de considé rer, « l'élément qui, au lieu de discordance, nous permettrait de voir harmonie. » Et, de ces prémisses, il se proposait de tirer une conclusion tout à fait anti-malthusienne, que, dans une de ses dernières notes, il formulait ainsi: « Une population plus nombreuse, c’est un nouveau degré de supériorité donné aux facultés sur les besoins. » Pourtant, dans un chapitre postérieur des /armonies Économiques (De la Population), il semble bien que Bastiat fasse une concession à Malthus. « Quelle qu'’ait été l’intention de Dieu, la souffrance est entrée dans son plan..., même quand nous parviendrions à éloigner le châtiment d’une manière complète, nous aurions à subir d'autant plus l'effort pénible de la prévoyance.» Mais là encore, quoique moins nette, se retrouve l'opposition aux iaées de Malthus. L'auteur y faitres-

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sortir nettement que les moyens d’existence (expression qu’il substitue à celle de moyens de subsistance, l’homme, dit-il, ne vivant pas seulement de pain) ne sont pas une quantité fixe, qu’ils varient suivant les temps, les lieux, les races, et aussi les habitudes qui font du bien-être acquis un véritable besoin. En même temps que Bastiat, de l’autre côté de l’Atlantique,une voix s'élevait aussi contre la théorie de Malthus. Dans ses Principes de la Science sociale (chap. XLIX), Carey affirmait que l'offre des subsistances avait augmenté dans la même proportion que la population dans les différents États européens, et que dans tous les pays où la population et la richesse avaient pu croître librement, <l’hommeavait acquis plus grande faculté sur le trésor de la nature. » Et. comme son illustre contemporain, il concluait que plus le consommateur était proche du producteur, plus la population était dense, par conséquent plus la production était augmentée. Plus récemment, le 9 septembre 1876, M. Paul Leroy-Beaulieu écrivait dans l’Économiste français que la doctrine de Malthus était très exagérée et surtout très prématurée. Le nombre des hommes s’est considérablementaccru, et pourtant chacun est mieux nourri, mieux logé, mieux vètu qu'autrefois. Peut-être le cri d'alarme de Malthus se concevrait-il si le globe était entièrement habité et siles immenses solitudes de l'Afrique et de l’Asie centrale étaient cultivées

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à l'instar du continent européen. « La Providence s’est trompée, en faisant naître à la fin du xvin siècle un homme qui eût dû appartenir au xxr°. » Mais les attaques les plus vives ne vinrent pas du côté des économistes. Malthus, en effet, avait appuyé sur cette idée que la principale cause des misères sociales était dans l’incurie et dans l’insouciance des individus qui s’abandonnent aveuglément à leur instinct de reproduction. Il avait insisté sur le principe de responsabilité individuelle, il avait vu là le seul remède, et,tout en reconnaissant la hauteur de leurs vues, il avait porté un jugement de condamnation sur tous les grands plans d'organisation socialiste. Nousnous proposons d'examiner dans cet ouvrage l'attitude des socialistes vis-à-vis du principe de population. Nous verrons d’abord comment il fut accepté par les contemporains, par Godwin et par les réformateurs du commencement du xix° siècle, puis nous étudierons les diverses doctrines socialistes des environs de 1840 dans leurs rapports avec ce principe. Nous nous attacherons ensuite au socialisme scientifique ou marxiste. Enfin nous consacrerons une dernière parlie aux représentants du socialisme contem-

porain.

Peut-être sera-t-on porté à n’accorder à notre étude

qu'un intérêt purement doctrinal. La question de la

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population, en effet, se présente actuellement sous un aspect tout différent: la crainte d’une surpopulation paraît chimérique, dénuée de toute réalité objective. En France particulièrement, les esprits sont bien plus préoccupés de la diminution de la natalité que d’un accroissement trop rapide.

Cependant le problème subsiste entier au regard d'une société collectiviste. Le danger signalé par Malthus n'est-il pas à redouter de l’avènement du régime collectiviste? Le silence des représentants actuels des doctrines socialistes n'est-il pas dicté par une pure raison de tactique ?

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