‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 55 sur 61 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Dans le cours de cette étude, nous avons vu combien étaient différentes les opinions des principaux représentants des doctrines socialistes. Les uns acceptent la loi de population, tout en modifiant les eonclusions de Malthus ; d’autres en contestent le bien-fondé ; d’autres, enfin, la rejettent complètement avec les accusations les plus calomnieuses et les injures les plus grossières à l’adresse de son auteur. Ilest donc difficile de porter un jugement d’ensemble qui puisse s’appliquer au socialisme tout entier.

La population a tendance à s’accroître en progression géométrique, par périodes de vingt-cinq en vingtcinq ans, les subsistances ne peuvent être accrues au mieux pendant ces mêmes périodes que suivant une progression arithmétique. Tel est le principe. Peutêtre convient-il d'y apporter quelques réserves. La pression constante de la population sur les moyens

de subsistance n’est pas un phénomène universel. La

statistique, en effet, démontre que la natalité tend à se ralentir chez tous les peuples, à mesure qu'ils progressent en bien-être, et même dans une société déterminée, l'accroissement des familles appartenant aux classes supérieures ou aisées est moindre que celui des familles de là classe inférieure. Ce n’est pas, comme le disait Herbert Spencer, parce que « l'énergie de l’appétit de la génération », le mobile physiologique va s’affaiblissant chez elles. C'est bien plutôt parce que le mobile de l’intérèt, le mobile économique agit avec plus d’effieacité pour le contenir. Puis les lois de la variété et de la substitution des besoins nous ouvrent aussi quelque perspective de pouvoir satisfaire à un nombre grandissant d’entre eux.

Ce n’est pas à dire, cependant, que la loi de Malthus ne soit réelle. Peut-être l’'énorme accroissement de la richesse dans la seconde moitié du xix° siècle a-t-il eu pour conséquence de refouler au second plan le problème de la population et lui a-t-il substitué cet autre problème : trouvera-t-on toujours des débouchés à la production? la demande correspondrat-elle à uneoffre sans cesse croissante ? Mais la question s'est posée à nouveau durant les périodes de crises. Et d’ailleurs, il n’en est pas moins évident que la terre ne peut nourrir un nombre indéfini d'hommes. Si lointaine que puisse êtrela survenance

d'une surpopulation, il faut cependant l’envisager.

Pour prévenir cet excès de population, Malthus recommande la contrainte morale. Mais faut-il voir en elle une sorte de panacée universelle, qui doive à jamais écarter tous les maux dont souffre l’humanité ? Nous ne le croyons pas, d’autant plus qu’il ne semble pas qu'il faille beaucoup compter surla pratique de cette vertu de la part des classes tout à fait inférieures, des miséreux. Pourquoi s’abstiendraientils du mariage s'ils ne sont pas arrachés d’une situation sans espoir ? Ce qu’il faut donc, c’est leur assurer une protection plus grande qui leur permette de mettre quelque chose de côté pour les périodes de chômage et leur vieillesse. Mais dans cette voie, nous ne saurions aller jusqu'à demander que l’État prît à sacharge l’entretien et l'éducation des enfants. Bien au contraire, le devoir pour les parents d’entretenir et d’éduquer les enfants qu’ils ont mis au monde, jusqu’à l’âge où ils deviennent aptes au travail, nous semble la plus importante de toutes les barrières contre un accroissement intempestif de la population. Et si cette barrière ne peut être supprimée, nous ne croyons pas même qu'il puisse être question de l’abaisser. Ce qu’il faut, c’est agir sur l'initiative et l’activité propre des travailleurs, c’est répandre dans la masse les principes des plus élémentaires de l’éco. conomie politique, c’est élever son niveau intellectuel et moral.

Là, croyons-nous, est la solution du problème de

la population, bien plus que dans une réglementation arbitraire et odieuse. De mêmetouteslesspéculations qui ont été faites sur le changement de vie qui serait la conséquence d’une organisation sociale nouvelle n’ont que la valeur deconjectures et d’inductions hâtives. En accordant même quelque prix à ces suppositions, il faudrait qu'avant leur réalisation trop de générations se succédassent.

Que l’on ne nous accuse pas de vouloir laisser les pauvres périr de misère et defaim. L'assistance privée,croyons-nous, interviendra toujours, et cesinterventions il n’est personne qui ne puisse ni ne doiveles encourager. L'État et les autres personnes publiques, eux-mêmes, ont place dans une intervention pour suppléer ou soutenir l'assistance privée. Mais nous ne pensons pas que cette assistance doive se répandre d'une manière certaine, systématique, à tel point que le pauvre, quelle que soit sa conduite,'puisse y compter avec confiance ; elle doit être faite avec choix et

d’une manière purement occasionnelle.

Vu : le Président de la thèse

DESCHAMPS Vu :le Doyen,

LYON-CAEN Vu et permis d'imprimer : Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris

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