‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 54 sur 61 · H, GEORGE, 0p. cul., p · texte numérisé non relu

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Si maintenant nous passons de l’étude des faits à celle des analyses que l’on a pu citer à l’appui de la thèse de Malthus, nous voyons, dit Henry George, que celles-ci ne sont pas plus concluantes. Aussi bien dans le règne animal que dans le règne végétal, les espèces tendent à pulluler et pullulent, en réalité, lorsque leur développement n’est pas entravé au delà de leurs moyens de subsistance. Mais faut-il en conclure que la population tende,elle aussi, à dépasser les moyens de subsistance, et que son accroissement n’ait d'autre limite que la misère et la famine qui la ramènent constamment au niveau de ces moyens de subsistance ? IL faut tout d’abord observer que c’est des règnes animal et végétal que l’homme tire sa nourriture et que si leur force de reproduction est plus grande que celle de l’homme, cela prouve tout simplement que les moyens de subsistance croissent plus vite que la population. Dès lors jamais l’augmentation de la population n’excèdera les moyens de subsistance. D'ailleurs il existe entre l’homme et les autres êtres vivants une différence qui détruit toute analogie. Les animaux, en effet, ne s’accroissent qu'aux dépens de leur nourriture et lorsqu'ils ont atteint les limites que leur imposent leurs moyens de subsistance, leur nourriture doit augmenter avant qu'eux-mêmes n’augmentent. Au contraire, l'accroissement du nombre des hommes impli-

que l’accroissement de leur nourriture. « Là est la

différence entre l’animal et l’homme. Le geai et l’homme mangentles poulets, mais plus il y a de geais, moins il y a de poulets, tandis que plus il y a d'hommes, plus il y a de poulets (1). » L'analogie que l’on a voulu trouver entre l’homme et les autres espèces se trouve donc fausse. Pendant que les végétaux et les animaux luttent contre les limites de la subsistance, l'homme ne peut les atteindre tant qu'il n’a pas atteint les limites du globe.Ce danger, lui-même, cette limitation de l’espace est chimérique. L'homme, en effet, est un animal, mais il est « un animal plus quelque chose d'autre, » Il lui faut de la nourriture et un abri comme aux bêtes, comme elles il a des instincts de reproduction qui tendent à s'affirmer. Mais ces désirs qu'il partage ainsi avec les animaux, il les raffine et les élève. Puis il cherche à connaître les lois qui régissent les choses. Et ainsi il maîtrise l'animal, il se développe, il étend ses forces. Peut-on dès lors admettre qu'il y ait analogie entre l’homme et les autres espèces? Pas plus qu’elle ne s'accorde avec les faits, la théorie de Malthus ne repose sur une analogie. Bien plus, elle a même les faits contre elle. Les pays les plus riches sont ceux où la population est la plus dense. Et la raison en est évidente. Plus la population est dense, plus le travail est subdivisé et les économies de production

1, H. GrorGs, op. cit., p. 124,

et de distribution grandes. Un nombre plus grand d'individus produira toujours une somme proportionnellement plus grande de richesse, et fournira de quoi satisfaire plus complètement à leurs besoins que ne le ferait un petit nombre. Donc, c’est le contraire même de la théorie de Malthus qui est la vérité. « J'affirme que dans un état donné quelconque de civilisation, un plus grand nombre d’individus peuvent collectivement être mieux nourris qu’un plus petit. J’affirme que c’est l'injustice de la société et non l’avarice de la nature qui est la cause du besoin et de la misère que la théorie courante attribue à l’excès de population. J'affirme que les nouvelles bouches qu’un accroissement de population appelle à l'existence ne demandent pas plus de nourriture que les anciennes, et que les mains qui les accompagnent peuvent, dans l’ordre naturel des choses, produire davantage. J’affirme que, les autres circonstances étant égales, plus grande est la population, plus grande serait l’aisance qu’une distribution équitable de la richesse donnerait à chacun. J'affirme que dans un état d'égalité, l'accroissement naturel de la population tendrait constamment à rendre les individus plus riches et non plus pauvres (1) .»

Ainsi d’après Henry George, la densité de la popu-

1, H, Grorer, Lon, cil,, p. 134.

lation d’un pays est la mesure de sa richesse, et le seul argument sur lequel il s’appuie, c’est la division du travail. Mais nous avons déjà montré précédemment qu'à la division du travail aussi s'imposent certaines limites que l’on ne saurait franchir sans inconvénients. Dès lors la base même de sa théorie est des plus fragiles, sans compter que sa doctrine ne résiste pas à un examen quelque peu approfondi. Car il faut bien tenir compte de la loi du rendement décroissant en agriculture, et si l’on admet que chaque homme est par lui-même une force productive de richesses, il faut bien convenir que celte force n’est pas toujours à même de s'exercer : l’enfant et le vieillard consomment et ils ne produi-

sent rien.

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